mercredi 24 août 2016

Cinoche B comme Bon... : S.O.S. Fantômes de Paul Feig (2016).

Devenu en un rien de temps le symbole d’un ras-le-bol – mais lequel exactement ? –de la machine Hollywoodien, S.O.S Fantômes cuvée 2016 s’est pris dans la gueule une hallucinante campagne de haine et de dépréciation tous azimuts sur le net et même dans la presse. Un comble quand on découvre que le film fait justement du Net un de ses enjeux narratifs. Visionner la chose en salle ne me disait pas grand-chose, mais le rejet général a titillé mon esprit de contradicteur patenté et j’ai payé mon écu. Alors ? Que vaut ce remake conspué ? Mérite-t-il mon courroux pour m’avoir fait perdre mes deniers de galérien dans un divertissement frelaté ?

Par contre, les affiches ce n'est pas toujours ça en 2016...

1. Maudits Remakes !

Avant de me jeter dans cette critique à chaud et subjective, je poserais quelques postulats afin de mieux aiguiller la réflexion. Commençons par une question qui me paraît importante de préciser.

S.O.S Fantômes 3 est un remake.

Voilà.

Le film de 2016 ne tient aucun compte des deux précédents opus, se contentant de reprendre les éléments basiques de leur mythologie pour les réinsérer dans notre époque. Aucun des caméos des anciens acteurs ne mentionne les œuvres antérieures. Ce long-métrage repart de zéro. Il introduit de nouveaux personnages et une nouvelle histoire. La seule chose qui le rattache aux autres c’est le décorum fourni par les fantômes (et encore…)

Et je n’apprécie pas les remakes. Symptomatique de la manière dont l’industrie cinématographique tourne en rond en s’appuyant sur la nostalgie d’un public de passionnés dont la vénération pour ses œuvres favorites confine souvent à un fanatisme flippant, les récents remakes ont enfanté de plus de daubes que de classiques du cinéma. La faute à une volonté des studios de maximiser leurs profits grâce à des spectateurs captifs [1] en mettant de côté toutes prétentions artistiques pour plaire au plus grand nombre avec des produits consensuels.

En résultent des films impersonnels [2] dont chaque mouvement de caméra, chaque tirade semblent avoir fait l’objet de deux cent cinquante pénibles réunions d'actionnaires véreux ne panant que dalle à l'art. La liste des scénaristes présidant à la naissance de ces avortons rabougris s’est allongée au fil des années, rassemblant parfois jusqu’à plus de cinq scribouillards. Quand c’en est à ce point, ça sent la naphtaline au niveau de la créativité.

Néanmoins, cela ne veut pas dire que les remakes sont tous mauvais… Et l’un de mes cinéastes favoris, John Carpenter, en a même signé au moins trois : Assault on Precinct 13 (qui reprend le Rio Bravo de John Ford), The Thing (qui reprend La Chose d’un Autre Monde de Christian Nyby et Howard Hawks) et Village of the Damned (qui reprend le film éponyme de Wolf Rilla). Le réalisateur a abordé chaque projet en se demandant ce qu’il pouvait apporter aux anciennes versions. Et en l'état, je préfère les variantes carpeteriennes aux originaux. Le Duke [3] m’a toujours saoulé et je supporte difficilement un Western dans lequel sa tronche de caricature aux chemises proprettes apparaît. Merci à Carpenter d’avoir transformé Rio Bravo en un polar urbain fiévreux et cauchemardesque. D’un pâle clone de FrankensteinThe Thing est devenue l’archétype du film Lovecraftien réussi, quant au Village… Carpenter remet les personnages féminins au centre de l’intrigue, ce qui n’est pas un mal quand on sait que l'histoire tourne autour de grossesses mystérieuses et que les femmes sont les premières concernées. Une problématique que le premier opus des années 60 évite bien soigneusement…

Donc, la question – de mon point de vue – pour parler d’un remake est la suivante : l’œuvre originale est-elle suffisamment perfectible pour en faire une version différente ? Après, on ne peut ignorer que le producteur ne regarde que son porte-monnaie, certes, certes… Mais il demeure qu’un remake, comme une adaptation, ne fournit qu’un canevas de base. Et ce qui fait une bonne histoire ce n’est pas le postulat de départ, mais les péripéties qui la parsèment et qui vont donner un ton unique à l'ensemble.

Donc, du coup, est-ce que S.O.S Fantômes (Ivan Reitman, 1984) est perfectible ? Est-ce qu’un remake récent peut apporter du sang neuf à cette œuvre ?

Oui.

Et largement ! Rappelons que le premier film ne brille pas vraiment par sa réalisation qui ne s’envole que lors des apparitions ectoplasmiques – sûrement parce que les techniciens des effets spéciaux veillent aux grains – et que l’humour n’est pas des plus léger. Entre la fellation fantomatique de Dan Aykroyd et un Rick Moranis dont le cabotinage hystérique constant répond à un script qui ne cesse de l’humilier dès qu’il le peut, le premier opus est très loin d’être une totale réussite. Il doit une grande partie de sa popularité à l’alchimie qui se produit entre les quatre héros, encore que le quatrième membre fasse un peu cinquième roue du carrosse, parachuté dans ce cirque par la grâce des quotas ethniques en vigueur aux US. Pour le reste, c’est du champ-contrechamp de sitcom et une histoire d’amour niaiseuse au possible...

Bref pas de quoi pavoiser ! Seule cette foutue nostalgie embellit cette réalisation pataude qui reprend en vrac les meilleurs et les pires aspects des années 80. Et n’allez pas croire que je n’apprécie pas le premier opus, en ce qui me concerne je le considère comme un plaisir un peu coupable, sauvé par le cachet fantastique de la chose...



Mais bon, les années 80, ce n'était pas forcément mieux non plus pour les affiches...


 2. Remake Maudit !

SOS fantômes cru 2016 est un des rares films à s’être mangé une telle campagne de haine de la part des internautes. Pourquoi lui et pas une autre des innombrables merdes que nous avons vus débouler récemment ? Le résultat final est très loin d’être épouvantable et accomplit parfaitement le boulot d’une comédie fantastique tout-public.

Car s’il y a bien une franchise capable de s’autorépliquer, c’est S.O.S Fantômes ! Les deux premiers films possèdent une structure narrative similaire qui fonctionne presque comme la saga des James Bond [4]. Et les substitutions de contexte et d’acteur principal de la série d’espionnage n’ont jamais provoqué autant de cris d’orfraie. De plus avec la mort d’Harold Ramis, un collaborateur historique des premiers films, et le vieillissement carabiné du reste du casting, il était vital de procéder à une refonte complète du concept [5]. Dans ce cas, pourquoi avoir opéré à ce changement de sexe si décrié ?

La licence est avant tout un enfant du show télévisé Saturday Night Lives, et la plupart des actrices de la nouvelle équipe en viennent – tous comme le trio du premier diptyque – dont elles ne font que reprendre le flambeau.

Je ne peux qu’apporter deux réponses : créer des protagonistes féminins est plus riche puisqu’elles se heurtent à la condescendance de leurs compères masculins – en 2016, l’équité entre les humains est encore loin d’être acquise… – et à ce phénomène s’ajoute à celui de la rigidité des « universités » scientifiques dès que l’on aborde la question du paranormal, ce qui était déjà une source de conflits intéressants dans les deux premiers films.

La nouveauté est ici que tout le métrage incline vers une revanche sur une société oppressante envers le « sexe faible », que ce soit dans l’introduction du premier fantôme – une femme hystérique que l’on a enfermée dans un cagibi, dans un geste très caractéristique de la façon bourrine dont on traitait les problèmes mentaux au XIXe – ou dans la scène de combat finale dans laquelle nos héroïnes écharpent de manière jouissive des puritains brûleurs de sorcières. Cependant, cet aspect reste très léger, comme une épice discrète, mais perceptible, et n’est pas le sujet principal de notre histoire.

Ceci étant dit, que vaut l'ensemble ?

Et bien ce n’est pas mal du tout !

Première chose qui rassure : le scénario est signé par le réalisateur lui-même et une complice. Malgré toutes les attentes liées à une telle licence populaire, les producteurs semblent avoir foutu la paix aux deux auteurs pour qu’on puisse considérer que, en dépit de son budget pharaonique, ce S.O.S Fantômes est un quasi film d’auteur. Une belle révolution en soi, mais qui va être gâché par la suite…

J’ignore complètement le travail de Paul Feig, je suis donc incapable de juger de son évolution, toujours est-il qu’il se débrouille à merveille avec un matériel de base complexe. Le dosage d’angoisse et de comédie est une de ses alchimies aussi instables que de la nitroglycérine et la moindre maladresse aboutit à une désastreuse explosion. Paul Feig s’en sort très bien grâce à plusieurs astuces de réalisation.

L’étalonnage et les couleurs du film tirent sur des tonalités très marquées dans les tons chauds (jaune, orange, rouge...) tandis que les manifestations spectrales bénéficient elles de tons froids, (bleu, vert, violet...) Ce parti-pris graphique participe à une immersion rapide dans cet univers qui jaillit tout droit d’une page de comics…[6] La première séquence sert de note d’intention au réalisateur puisqu’elle virevolte sans prévenir d’une comédie de situation à un moment d’épouvante traitée au premier degré et sans aucun cynisme.

Mais ce ne sont pas les d’effets spéciaux – maîtrisés, mais hélas déjà vu dans la dernière partie – que la maîtrise des dialogues qui montrent la patte d'un cinéaste. La caméra s'efface tout en usant de mouvements discrets. Le réalisateur parvient à faire interagir plusieurs personnages dans le cadre. Dynamiser des scènes de discussions – interminable et parfois dans un espace réduit pour corser le tout – n’est pas l’apanage du premier « Yes-man » venu. C’est dans ces instants, où l’œil du réalisateur se fait le plus furtif possible, que Paul Feig démontre un indéniable talent et envoie au tapis quelques-uns de ses confrères œuvrant dans les blockbusters.

Que serait un conte de revenants sans demeures mystérieuses ? Les quatre lieux hantés, correspondant aux trois actes de la narration, se rattachent tous au passé de la ville de New York – qui a toujours été un des protagonistes importants de la saga. Excepté le métro, les trois bâtiments traversent plusieurs époques de l’architecture. La première affiche un style néo-gothique du XIXe [7] tandis que la salle de concert appartient à l’art nouveau (vers 1890 et des bananes) et le grand hôtel de la scène finale à l’art déco (environ 1920-1930), nous faisant ainsi voyager dans les strates historiques de la ville de manière visuelle et bien plus fine que dans les précédents opus.

Les scènes d’action nous épargnent la shaky-cams en gerborama et le montage stroboscopique (Michael Bay©) pour cadrer au plus près les exploits de ses chasseuses de fantômes. Et si le réalisateur se permet des  mouvements de caméra, ceux-ci ne nuisent pas à la lisibilité de l’image. C’est même très doux par rapport au tout-venant actuel.

Concernant le scénario… On en entend peu parler de ce fameux scénario ! Parce que c’est une comédie et qu’en tant que telle, elle croule sous les anecdotes, empêchant une compréhension immédiate de l’histoire. Pourtant, la trame existe et elle est bien plus retorse que celle des deux premiers films. Là où nous avions le retour d’une entité millénariste provoquant la fin du monde dans les deux premiers, c’est un subtil MacGuffin qui déclenche toute l’intrigue – ici encore on demeure dans un classicisme bienvenu – et l’arrivée des spectres.

On y suit en filigrane les pérégrinations d’un livre – écrit par deux des héroïnes – qui sert à la fois de fil rouge à leurs retrouvailles et à la création de l’équipe des S.O.S. Fantômes, mais aussi a une réflexion sur l’utilisation de la connaissance qui peut se faire autant dans une direction positive que négative. La notion très actuelle du droit à l’oubli numérique – tout ce que vous rédigez sur Internet y demeure tant que le réseau existe et n’importe qui peut établir un dossier sur les poussières d’informations que vous disséminez dans les serveurs – fait partie des problématiques qu’effleure assez la narration, transformant ce matériel en un moteur pour aiguiller les péripéties de nos chasseuses de fantômes. Ajoutons aussi que cela fait longtemps que le cinéma grand public n’avait plus utilisé une imagerie liée au prolétariat – les combinaisons qu’elles portent renvoyant aux métiers manuels – et de protagonistes humains modestes — on est pas chez Bruce Wayne, Tony Stark ou n’importe quels encapés dopés aux pouvoirs improbables — qui doivent se contenter pour s’en sortir que sur leurs intelligences et leurs malices. La manipulation médiatique et politique adjoint un agréable sous-texte à l’ensemble de l’histoire.

Cerise sur le gâteau, les auteurs nous épargnent la sempiternelle love-story – travers dans lequel les deux premiers tombent à pieds joints – pour mettre l’accent sur la complicité qui existent entre les quatre personnages. Un choix scénaristique que je ne peux qu’applaudir des deux mains.

Faire pire que la première affiche ? C'est possible, si, si...

3. Les aquariums sont des sous-marins pour poissons !

Malgré tous les points que je viens de souligner, S.O.S. Fantômes cuvée 2016 souffre de quelques scories gênantes qui le handicapent. On citera les coupes sombres effectuées en plusieurs endroits par une production probablement échaudée par la tempête de merdes concoctée par la communauté de « fans », alors qu’il aurait fallu tenir bon et ne rien lâcher. La nostalgie qui entache les films des années 80 en a empêché beaucoup de mesurer ce nouveau volet à l’aune de ce qu’il valait, sans le comparer aux précédents opus. Et s’il est vrai, comme je le soulignais dans l’introduction, que je me suis beaucoup escrimé à déchoir les remakes récents, ce n’est pas tant à cause de leur nature que par le fait que ce sont de très mauvais films qui n’ont pas compris la singularité de leurs prédécesseurs.

Les nombreux caméos sont superflus, et Bill Murray joue comme un cochon dès qu’il en a l’occasion. À un tel point que sa prestation sera amputée par un monteur lucide devant la catastrophe. On est là dans ce que le film a de pire, le clin d’œil putassier obligatoire pour ce type de franchise commerciale. Et c’est bien navrant puisque ces envahissants clins d’œil alourdissent le propos. Nouveau doudou pour trentenaires pas encore sevré de leur enfance dorée, le fan-service est une vérole culturelle moderne qui s’insinue dans les moindres interstices que lui offre une cinéphilie dévoyée par la marchandisation à outrance.

Notons aussi l’absence de la mention de la formation d’historienne du personnage de Leslie Jones. Cet aspect ressort de temps à autre, le temps d'une tirade, mais cela demeure du niveau de l’anecdote. Dommage, car un tel bagage possède son utilité dans un film de chasseurs de fantômes ! Néanmoins, son rôle est moins limité que celui de son prédécesseur et elle a droit à ses grands moments. (Mention spéciale au « selfie Metal » qui m’aura valu un bon fou rire…)

Si S.O.S. Fantômes cuvée 2016 n’est pas un chef-d’œuvre, c’est un excellent blockbuster qui arrive à conjuguer une réalisation élégante avec un bon scénario emmené par cinq acteurs (Impossible de ne pas mentionner Chris Hemsworth dans le rôle du secrétaire en constant décalage par rapport à la situation…) au mieux de leurs formes. Du divertissement tout public de qualité en somme.

Et je n’avais plus vu ça depuis… Assez longtemps !

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[1] — Disney avec Marvel et sa horde d'encapés a très bien capté l'avantage qu'il y avait à produire des métrages s'enchaînant les uns aux autres…

[2] — N’étant pas friand de ce type d’œuvre, je ne peux pas vraiment parler des récentes – je me suis épargné la douleur au fondement d’un Jurassic World  et d'un énième Star-Wars par exemple… — mais j’ai vécu ce moment ou Hollywood s’était mis en tête de refaire tout le répertoire des films d’horreur des années 70-80 et pour une réussite (La Colline à des Yeux d’Alexandre Aja, supérieur à son modèle) combien d’hémorroïdes ai-je dû supporter avec des merdes à pleurer comme Evil-Dead, Massacre à la Tronçonneuse, l’Armée des Morts

[3] — Je veux dire John Wayne, même si celui-ci peut-être bon quand il est bien dirigé.

[4] — Rapidement on a : 
Prologue : situation surnaturelle 
– acte 1 : réunion de l’équipe 
– acte 2 : invention de nouveaux gadgets et péripéties diverses et variées 
– acte 3 : confrontation finale dans un contexte d’apocalypse... 
Pour James Bond :
Prologue : Mission X avec agent Y qui foire
– acte 1 : On tire James Bond de sa tanière. Gadget et blagues vaseuses...
– acte 2 : Diverses péripéties autour du monde. James Bond girls (si la femme est badass, elle deviendra automatiquement naze après avoir succombé au charme de l'espion surgelé...)
– acte 3 : confrontation finale dans un contexte d’apocalypse...

[5] — Est-ce que vous aviez réellement envie de revoir un Indiana-Jones 4 bis, un S.O.S. Fantôme gériatrique ? Encore qu’un Don Coscarelli pourrait en faire quelque-chose…

[6] — Un comble quand on compare ce travail avec la photographie digne de Derrick des adaptations de super héros actuelles.

[7] — N’ayant vu le film qu’une fois, je ne suis pas très sûre de mon fait, mais cela doit correspondre…

[8] — Zack Snyder n’a jamais saisi les nombreuses métaphores et l’humour du Zombies de George A. Romero, transformant son remake, renommé pour l'occasion L’Armée des Morts, en un actionner bourrin décérébré, pétri de personnages stéréotypés. Ainsi, le scénario reprend le Supermarché comme théâtre des affrontements, mais il occulte la dimension symbolique du lieu et le parallèle que fait Romero entre les humains et les zombies. Au final, cette histoire aurait pu se passer n’importe où… La réalisation est correcte, mais la production y a injecté un budget bien plus conséquent que celui dont disposait Romero dans les années 70' et il aurait fallu une sacrée dose d’incompétence pour foirer l’aspect technique du métrage.

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