samedi 10 décembre 2011

La Bibliothèque des Ombres : La Trilogie des Rats/James Herbert.

On parlera ici de Paralittératures, des genres que la critique parisienne méprise, des auteurs parfois inconnus ou parfois connus, d’œuvres perfectibles mais ayant toujours un caractère affirmée, un point de vue, une originalité....

 Les éditions Bragelonne, qui ont la bonne politique de n'éditer aucun auteur de fantastique francophone et une pléthore de production de Bit-Lit (on y reviendra quand j'aurais le temps) ont parfois la bonne idée de ressortir des intégrales des classiques de l'horreur des décennies insouciantes, je veux bien-sûr parler des années 70-80. L'amateur devra donc franchir le cap d'une couverture absolument hideuse, photomontage foireux exécuté par un graphiste parisien ivre mort pour rentrer de plein pied dans un des meilleurs récits de catastrophe horrifiques. 


Considéré par de nombreux critiques comme l'un des pire tâcheron de la littérature horrifique, James Herbert ne mérite pas cette étiquette. Certes ses intrigues sont la plupart du temps basiques (encore que....) mais à l'inverse de nombres de ses confrères, il sait créer des personnages immédiatement crédibles en quelques lignes pour mieux les broyer plus tard d'une manière redoutablement sadique, ce qui est un peu le but du jeu ne l'oublions pas. Pour le premier roman de la trilogie, sobrement intitulé "Les Rats" nous faisons d'abord la connaissances d'un homosexuel en perdition, créature mis au ban de la société par ses pairs. Herbert s'attache à lui. Est-ce notre héros ? Non puisqu'il est la première victime à se faire atrocement dévorer par les rongeurs.

La suite nous présentera le personnage pivot, Harris, un enseignant qui sera au centre de la luttte contre les monstre. Ici Herbert place son héros dans le milieu ouvrier de Londres, profitant de l'occasion pour dépeindre des quartiers miséreux, foyer d'origine de l'infestation. On ne le soulignera jamais assez mais cette dimension sociale dans le genre, typique des années 70 a fait la force de toute une école de l'horreur dans tous les médiums possible. Bien évidemment, l'opposition va se jouer entre les différents acteurs du drame et des politiciens véreux qui crieront victoire un peu trop tôt.

En matière d'horreur pur et dur, James Herbert est un maître. Distillant scènes de pur terreur, moments gores et suggestif avec un talent redoutable, il enquille des séquences hallucinantes, hautement cinématographiques dans leurs construction. Déjà redoutables, les rongeurs carnassiers transmettent une horrible maladie, faisant de chaque morsure une condamnation à mort. Les attaques du premier roman sont parmi les plus angoissantes du genre. Agression dans un cinéma, siège de l'école du héros. La scène d'anthologie revenant à l'attaque du métro dans laquelle Herbert présente une dizaine de personnages pour mieux les massacrer. Les actes d’héroïsmes ne serviront à rien face à la multitude des bestioles.



Les années passent. Le succès aidant, Herbert remet le couvert pour une seconde agression de ratus norvégicus dans le repaire des rats. Cette fois le décor change, passant de la ville à la forêt. Ici la touche de folie se fait plus diffuse. Alors que le premier récit démarrait sur des chapeaux de roues, hurlant sa rage sanglante, Herbert semble attendre qu'il se passe quelque-chose et remplit du vide. Même si certaines attaques demeurent bien crades, voir cette séquence où une femme encore vivante se fait bouffer son fœtus par un rongeur, il faut avouer que cela sent un peu le réchauffé malgré de bonnes idées qui tombent à l'eau. Un deuxième chapitre pas vraiment nécessaire et qui n'apporte pas grand-chose à la saga.


Si le deuxième chapitre de la saga est un ratage, le troisième va convoquer la science-fiction pour finir en une ode à la chair pourrie et au massacre tout azimut. Débutant par une belle journée londonienne, Herbert brosse une nouvelle galerie de portraits rapides de personnages d'âges et de milieu différent. Pour mieux les atomiser. Littéralement. A nouveau, impossible de deviner à priori qui sera le héros. Finalement nous nous attachons à un quidam (tiens, je ne me souviens plus de son nom) qui nous entrainera dans une fuite éperdue pour trouver un abri, entraînant avec lui un homme du gouvernement aux yeux brûlés par le flash de la première explosion.

Herbert ne s'intéressera pas au pourquoi de l'attaque nucléaire. Juste à ses effroyables conséquences. A ce stade d'abomination, l'écrivain va lancer toutes ces orgues de Staline dans la bataille, éprouvant ses personnages jusqu'à la mort. Des conséquences de la vie en abri anti-atomique avec abjection sociale, prise de pouvoir jusqu'au cheminement des survivants dans une ville dévastée transformait en buffet pour les rats mutants, on nagera dans un océan d'horreur. Au point qu'ici les rats apparaîtront comme un moindre mal tant l'humain est définitivement abject.

C'est là qu'Herbert va relâcher sa dernière cartouche. Déjà gavé d'horreur à la nausée, assistant à des scènes de démences tragi-comiques comme celle opposant un paranoïaque dans son abri souterrain à un petit chat, huis-clos minimaliste valant largement le détour, le lecteur est déjà bien près de croire que l'humain est également une espèce aussi crétine et cupide que le rat. Une hypothèse qu'Herbert avalise après un combat désespéré entre les derniers survivants déjà remarquablement amochés et une horde de rats. Car sans trop déflorer le sujet, il se pourrait que chez Herbert l'homme ne descende du singe....