mercredi 20 mars 2019

Prix Rosny aîné 2019

Une de mes nouvelles, Dieu, publiée dans l’anthologie Calling Cthulhu vol.3 dirigée par Nicolas Pagès & anciennement éditée par l'Ivre-Book s’est retrouvée en lice pour le prix Rosny 2019. Vous pouvez donc voter pour elle, si elle vous a plu ! Je ne m’attendais pas à ce que l’on m’inscrive à ce type de concours et c’est une vraie première en ce qui me concerne.
 
Cliquez sur la couverture pour trouver le site du concours. Les auteurs sont classés par ordre alphabétique, il faut donc chercher mon nom de famille (Gernier) plutôt que le titre de la nouvelle.

https://www.noosfere.org/rosny/default.asp

dimanche 10 mars 2019

Bibliothèque des Ombres : Les Sentiers des Astres.3 : Meijo/Stefan Platteau


459 p.
Cartes & illustrations de FredK.

Après avoir laissé nos héros en proie à la traque de l’Hermine, la narration de Fintan Calathynn — le barde de l’équipée à la recherche du prophète « le Roi-Diseur » — relance la chasse. Les séquences de poursuites, menées tambours battants, amènent enfin nos protagonistes dans les fameux « Sentiers des Astres » où se dérouleront quelques règlements de compte fort graphiques. Les rares moments d'accalmies servent à poursuivre l'histoire de la courtisane Shakti dont les errances sont liées aux objectifs militaires de la petite troupe de manière bien plus intime que ses membres ne le soupçonnent.

L’auteur brosse en creux le portrait d’une belle ordure – le Meijo déjà présent dans le tome 2 – dont les actes répréhensibles jalonnent les rebondissements les plus marquants. On retrouve la plupart des thématiques exploitées dans les autres volumes de la saga, que ce soient la recherche d’artefacts anciens aux effets incertains, allégories de la pollution actuelle, ou les conséquences spectaculaires de la magie qui se manifestent dans la chair de ses utilisateurs. Le personnage de Shakti et de son enfant s’étoffe en profondeur et l’auteur s’attarde sur la mort sociale qu’entraîne la pauvreté lors de séquences aussi poisseuses que glauques.

Si la poésie était à l’honneur dans les deux premiers tomes, avec quelques descriptions parfois trop élégiaques, ici les manettes sont poussées vers la macabre, la violence et le gore. Le style reste riche en mots rares et autres allégories sinueuses, mais l’on devine une volonté d'accélérer le rythme de la narration. Les quelques séquences apaisées sont vite remplacées par des moments de lutte et des scènes dantesques comme la poursuite haletante dans la brume d’une dimension parallèle, ou l’affrontement contre une divinité corrompue qui clôt cet épisode dans le sang, la sueur et les larmes. L’auteur creuse son univers pour en explorer toutes les complexions, dynamisant le récit. Un ultime crescendo s’achève sur une fin ouverte qui prépare à une suite qui s’annonce tonitruante.

Les Moutons électriques ont été inspirés de publier la plume de Stefan Platteau qui démontre que la fantasy francophone est capable d’en remontrer à son homologue anglo-saxon. Que ce soit en termes de style, de rythme et d’inventivités. En résumé, oui ! C’est plus que convaincant et je serais au rendez-vous pour le quatrième volet de cette saga atypique par bien des aspects dans le morne paysage éditorial contemporain.

Attention toutefois à ne pas tomber dans l’écueil d’écrire la suite de trop et d’entraîner ce qui est pour le moment une brillante histoire solidement charpentée vers la Big Commercial Fantasy. Ce serait gâcher un titre au potentiel énorme, pourvu qu’on lui donne la durée idoine.

mercredi 20 février 2019

Bibliothèque des Ombres : T.Rex superstar : l’irrésistible ascension du roi des dinosaures/Jean le Lœuf


Belin : éditions, 2016.
238 p.
Illustré en NB.

Après le PaléoArt, je continue ma descente dans les âges avec ce petit ouvrage sur un sujet somme toute assez similaire puisque l’auteur s’est emparé de la figure ô combien iconique du tyrannosaure pour disséquer le rapport à ce lointain passé.

Mené avec faconde, l’exposé se montre très plaisant à lire. Les multiples extraits d’œuvres littéraires dynamisent le propos sur l'évolution de la perception de ses grosses bêtes depuis que nous avons commencé à les analyser de manière systématique, il y a une bonne centaine d’années. Reflet de notre façon d’appréhender le monde, les fossiles ne sont pas épargnés par la symbolique et la mystique fluctuante qui hantent nos cervelles de primates. Les rapports que nous entretenons avec ces reliques se teintent de fantasmes, de méprises et de mépris. Les images mentales que nous tissons à leurs sujets se nourrissent de notre anthropocentrisme égocentrique.

Les grandes religions monothéistes ont influencé nos premiers contacts avec ces spectres du passé, et il en a découlé moult erreurs tant taxinomiques que logiques. Car nous autres, homo sapiens aimés d'un très hypothétique Dieu, nous ne pouvons être que la quintessence de la « création divine » ! Or rien n’est plus faux ! Les récentes découvertes dépeignent l'animal comme une créature homéotherme, aussi évolué dans sa conformation que nous le sommes[1]. Une notion qui s’oppose aux vieux clichés du XIXe siècle pour lequel le dinosaure ne peut-être qu’un saurien pataud et débile barbotant à une vitesse d'escargot neurasthénique dans son limon originel.
Les dinos de Crystal Palace
Cette conceptualisation du lézard antédiluvien nous a valu d’étonnantes représentations comme les monstres du Crystal Palace et elle a essaimé dans la littérature populaire. De Sir Arthur Conan Doyle en passant par Edgar Rice Burrough, les auteurs de SFFF ont souvent donné dans le reptile géant assoiffé de sang. Si le tyrannosaure n’a pas encore pointé le bout de son museau camus, le mégalosaure et l’iguanodon s'affrontent déjà dans des pugilats dantesques.

Avant Jurassic Parc dont il est un des personnages les plus importants – quoiqu’il n’ait jamais posé une seule griffe dans la période jurassique – notre vedette en devenir doit sa notoriété à un certain Henry Fairfield Brown, jupitérien président de l’American Museum de New York. Une trouvaille et une description à la signature âprement disputée permettront à Brown d'exploiter sa découverte dont l’aura va être amplifiée par l’artiste Charles R. Knight puis par le King-Kong (1933) de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, film qui bénéficiera des conseils et croquis de Knight… Le monde est petit...

La France de son côté est largement en retard sur la « dinoploitation » et le restera encore en notre bon XXIe siècle : visiter la galerie de l’évolution du Jardin des Plantes s’avère être un crève-cœur aujourd’hui. Peintures défraichies, spécimens abîmés ou attaqués par des mousses suspectes et seau posé à même le sol pour recueillir l’eau qui suinte du plafond vétuste vous offriront un spectacle lamentable. [2]

Une scène typique par Charles R. Knight
L’ouvrage continue sur une section « Rexipédia » où vous connaîtrez à peu près tout sur le T. Rex. De son régime alimentaire en passant par sa robe – avec ou sans plumes ? –, mais aussi ses pathologies. Une étude passionnante qui revient sur quelques décennies de recherches. Une manière de reconstruire l’image mentale de la bestiole conditionnée par des fictions hollywoodiennes manquant de rigueurs.

On termine par un état des lieux de la paléontologie qui n’est pas épargnée par les malversations d’ordres financières et la popularité pharaonique du plus grand prédateur préhistorique a entraîné un trafic d’ossements hallucinant qui échappe ainsi aux scientifiques pour servir de table à manger à quelques richissimes excentriques.

En épilogue, l’auteur revient sur la production littéraire qui a entouré l’ancien cousin de T.Rex, le mégalosaure. Détrôné par le roi des tyrans, le prédateur a une longue histoire fictionnelle qui débute en 1824. Manière de saluer une vedette finissante qui a rejoint le boulevard du crépuscule. Plus en veine avec les Français que le Tyrannosaure, le Mégalosaure a eu l’insigne honneur d’être dépeint sous les plumes de Maurice Renard… [3]

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[1] – Nous n’avons pas vraiment de quoi pavoiser quand on voit tous les dysfonctionnements de nos frêles organismes.

[2] — « Mais c’est la crise ! » Nous dit-on... Et il est certains qu’à choisir entre entretenir un patrimoine encombrant d’os ou donner quelques milliards à de riches industriels en espérant que les biffetons ruissellent ensuite sur le petit peuple aux yeux mouillés de reconnaissance, puis sur les institutions publiques, le choix est vite fait. N’est-ce pas ?

[3] – La BD franco-belge en revanche a souvent usé des « terribles sauriens » pour s’attirer la sympathie des tits’ gnianfants. Bob Morane s’est frotté au T.Rex et à des hordes de Deinonychus aux attributs de mutants radioactifs. Les flegmatiques Blake et Mortimer de Edgar P. Jacobs ont voyagé dans le temps à moult reprises avant d’être mis dans le formol d’albums répétant ad nauseam les anachronismes stylistiques datant des années cinquante. Enfin, Franquin nous a offert la plus sympathique histoire du genre avec un sympathique Plateosaure sorti du Trias par le comte de Champignac dans Le Voyageur du Mésozoïque.