mardi 30 août 2016

Les Chroniques de Yelgor : La Nuit de l'Auberge Sanglante chap 8/12


Illustration par Duarb


Le Prévôt Zed contempla le désastre avec un regard bovin. Son intervention se métamorphosait à une vitesse démentielle en une boucherie chaotique. Une myriade de malédictions trottait dans sa tête. Il en avait oublié le Dauphin qui gisait à ses pieds, secoué par des spasmes. Il fulminait de colère.

À défaut de pouvoir occire la Noctule, Eldridge focalisa sa fureur sur Zed qui dégainait sa claymore. Son poing ganté de fer s’écrasa sur la mâchoire fragilisée du Prévôt, surpris par l’ingérence du jeune homme qu’il avait chassé de ses préoccupations immédiates. Sa mandibule gicla entre les tables dans une explosion de sang, de dents et d’os. Il s’écroula dans un fracas d'arbre déraciné.

Le cuistot visa un des adjoints qui s’apprêtait à tirer sur sa femme. Son carreau fusa vers son œil gauche. L'impact arracha la moitié du visage. Un fin filet de matière cervicale jaillit de la plaie béante et la victime voltigea à une quinzaine de pieds de la mêlée pour s'écraser contre le mur.

La rébellion des aubergistes fouetta le sang des clients les plus combatifs. Ils se jetèrent dans la bataille, équipés de leur chaise, de leur assiette ou de leur couteau à viande. Les Kobolds bondissaient dans la mêlée, leur mâchoire se refermant sur les gorges et les visages. Ils arrachaient de longues bandes de peau et de tissus graisseux à leurs ennemis.

Les soldats frappèrent les attaquants, mais la configuration des lieux et les nombreuses poutres mal dégrossies jouèrent en faveur de leurs adversaires. Les épées se plantaient dans le bois où elles demeuraient coincées. Certains, horrifiés par le pitoyable destin de leurs collègues, usèrent de leurs dagues, mais leurs immenses épaulettes gênaient leurs mouvements. Quelques-uns se retrouvèrent bloqués, la masse brillante de métal qui soutenait leur cape enfoncée dans les divers obstacles que les fondations semaient sur leur chemin. Leurs gesticulations pataudes aggravaient le phénomène. Très vite, des hordes de Kobolds déchaînés les escaladèrent pour les dépecer vifs.

Les Gobelins s’étaient saisis de chaises qu’ils démontaient, se servant des pieds comme de redoutables knouts. Plus petits que leurs adversaires humains, ils zigzaguaient dans la cohue et distribuaient des coups dans les jambes, éclatant les rotules et les malléoles. Ceux qui avaient achevé leurs ennemis sautaient derrière le comptoir pour récupérer leurs armes.

Le mage aux deux Poings de Feu ajusta la Noctule dans sa ligne de mire. Alita eut juste le temps de se servir du cadavre d’un des soldats comme d’un bouclier. Quatre traits d’énergie rouge vibrèrent à quelques pouces d’elle, creusant de larges dépressions dans le torse du macchabée. Une abominable odeur d’ozone ponctuait chaque détonation. La force des impacts repoussait Alita vers le comptoir tandis que la poitrine de son protecteur s'effilochait en barbaque fumante.

Alita voyait sa dernière heure arriver lorsqu’une bille de pierre fusa au-dessus d’elle, emportant une partie de l’arcade sourcilière du tireur, noyant son regard sous une impressionnante hémorragie. Deux de ses traits manquèrent leur objectif. L’énergie se fragmenta en une myriade d’étincelles vrombissantes qui arrachèrent de larges pans de menuiserie incandescente. Les flammes léchèrent le plafond avec célérité. Alita lança une de ses dagues qui heurta son adversaire au front.

Le mage assommé bascula dans la masse grouillante des Gobelins qui se jetèrent sur sa carcasse. Les femelles lui arrachèrent sa virilité dans des bouillonnements de sang noir.

Profitant du chaos, Schiscrim s’était faufilée hors des regards indiscrets et elle avait récupéré une fronde dans le tonneau dédié au dépôt des armes. Elle hulula un trille, envoyant à la cantonade les casse-crânes et autres éperons acérés à la foule en colère.

Un troisième mage se fraya un chemin dans la cohue et les cadavres, ajustant sa mire sur le Chevalier qui bataillait ferme avec un de ses collègues. Il s’adossa à une colonne et visa. Alors qu’Eldridge égorgeait son assaillant, il aperçut le mage. Il lança sa dague empoissée vers le tireur. L’arme se planta dans le bras de l’adjoint qui grogna, le clouant comme un papillon au fond de sa boîte. Dans un dernier réflexe, il pressa la détente et l’énergie fusa au moment où le mari d’Alita s’apprêtait à user une seconde fois de son arbalète. La foudre coralline ricocha sur un miroir mural ovoïde et perfora son front.

Un cri de fureur et de chagrin troua le brouhaha de la cohue. Le son perçant vrilla les tympans de tous les belligérants qui s'arrêtèrent pendant quelques secondes. Un frisson glacial parcourut la nuque d'Eldridge. Les quelques vitres encore intactes explosèrent sous la pression de l'onde acoustique qui jaillit de la gueule ouverte de la Noctule. Les oreilles les plus sensibles saignaient abondamment. Eldridge lui-même vacilla de quelques pas sous la force de ce hurlement terrifiant.

La haine qui avait été trop souvent la compagne de route d'Alita éclata dans sa poitrine comme une bombe. Elle infecta en quelques battements de cœur la moindre parcelle de son corps. Elle ne souhaitait plus rien d’autre que s’enivrer de l’odeur de la destruction et des chairs que l’on déchire. Elle voulait tous les faire périr de ses mains, les offrir en un martyr impossible au chagrin qui lardait son âme de coups de rasoir.

Figés, les adjoints contemplaient les yeux de la Noctule qui flamboyaient d’une lueur cardinale malsaine. Les dagues en avant, ils foncèrent vers la créature qu’ils jugeaient démoniaque, hurlant en chœur leur hymne de guerre.

– Pour la gloire de Sol !

Ils chargèrent de concert, mais leur corpulente ennemie se joua de leur assaut, esquivant avec une gracieuse aisance leur haie de lames. Elle frappa le poignet du premier soldat d'un atémi de sa main de fer, le disloquant dans un craquement sec. Il grogna et perdit sa dague dans les flammes qui commençaient à lécher le plancher.

Alita para de son membre mécanique la dague de son deuxième assaillant à quelques pouces de son crâne. L’éperon se brisa sur l’acier dans un tintement cristallin. Elle attrapa au vol le tronçon de lame de ses doigts métalliques et ouvrit la gorge offerte dans une ellipse parfaite. Le soldat gargouilla une plainte, tentant d’endiguer sa liqueur vitale qui jaillissait à gros bouillons noirs de l’atroce balafre.

Elle empoigna le bras de son troisième adversaire, entravant la course d'une dague visant son cœur. Son pied gauche s’enroula autour de la jambe de l’homme. D’une torsion, elle l'envoya se réceptionner sur le sol brûlant. Elle n'avait pas lâché le poing équipé de la dague et d'une rapide pression, elle plia le membre de son ennemi à angle droit, l’obligeant à relâcher son arme. Le radius émergea comme une imminence grotesque du tissu déchiré. Le soldat hurla de douleur. Alita l’interrompit en lui plantant sa propre lame dans la nuque. Il s'écroula sur le parquet, boule de souffrance paralysée, mais encore vive, contemplant impuissante les flammes sinuer comme des serpents affamés vers son visage.

Le dernier combattant se relevait, menaçant de son arme retrouvée la coriace mégère. Alita, galvanisée par une rage infinie, franchit en un clignement d’œil les quelques pas qui les séparaient. Avant qu’il n’ait pu entamer son mouvement d’estoc, elle le cueillit d’un coup de coude vicieux à la tête. Son nez vineux explosa en un cratère de tissus tuméfiés. Elle le souleva au-dessus d’elle et le projeta derrière le comptoir où il s’écrasa dans les fiasques d’alcool. Le pied orné d'ergots d'Alita compressa sa boîte crânienne contre le mur de bois. Les os du soldat émirent un grincement sinistre en se déformant sous la pression des coussinets de la Noctule. Son œil gicla hors de son orbite dans une explosion de sang pour pendouiller le long de sa joue tandis qu'une partie de sa matière cervicale jaillissait de ses oreilles.

Les flammes escaladaient le bâtiment, dévoraient les poutres et les étages supérieurs avec une voracité toujours accrue. À la suite des enfants et de quelques gueux, Eldridge s’était faufilé dans la cuisine encombrée de mets et d’ustensiles, portant sur son épaule le cadavre du Dauphin qui s’était souillé. Il se saisit d’un couteau à désosser et se dirigea dans la pénombre vers la trappe qui béait sur d’étouffantes ténèbres. Il esquiva de justesse une solive embrasée qui dégringolait du plafond dans une inflorescence d’étincelles brûlantes. Il récupéra au jugé un brandon, et s’enfonça dans le corridor de terre.

Alita, la main humide d’humeur organique toussa. La vapeur lui coupait le souffle. Elle s’empara de son sabre qui pendait au-dessus du grand miroir brisé. Elle avait juré de ne plus l'ouvrir, du moins tant que son Jacques était encore en vie…

Il ne restait plus âme qui vive dans l’auberge dévastée. Seul le meurtrier de son mari demeurait cloué contre son pylône, s’échinant sans succès à ôter la dague du Chevalier de son bras en gémissant de terreur.


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Un peu de musique pour l'ambiance - tendance brutale donc...

mercredi 24 août 2016

Cinoche B comme Bon... : S.O.S. Fantômes de Paul Feig (2016).

Devenu en un rien de temps le symbole d’un ras-le-bol – mais lequel exactement ? –de la machine Hollywoodien, S.O.S Fantômes cuvée 2016 s’est pris dans la gueule une hallucinante campagne de haine et de dépréciation tous azimuts sur le net et même dans la presse. Un comble quand on découvre que le film fait justement du Net un de ses enjeux narratifs. Visionner la chose en salle ne me disait pas grand-chose, mais le rejet général a titillé mon esprit de contradicteur patenté et j’ai payé mon écu. Alors ? Que vaut ce remake conspué ? Mérite-t-il mon courroux pour m’avoir fait perdre mes deniers de galérien dans un divertissement frelaté ?

Par contre, les affiches ce n'est pas toujours ça en 2016...

1. Maudits Remakes !

Avant de me jeter dans cette critique à chaud et subjective, je poserais quelques postulats afin de mieux aiguiller la réflexion. Commençons par une question qui me paraît importante de préciser.

S.O.S Fantômes 3 est un remake.

Voilà.

Le film de 2016 ne tient aucun compte des deux précédents opus, se contentant de reprendre les éléments basiques de leur mythologie pour les réinsérer dans notre époque. Aucun des caméos des anciens acteurs ne mentionne les œuvres antérieures. Ce long-métrage repart de zéro. Il introduit de nouveaux personnages et une nouvelle histoire. La seule chose qui le rattache aux autres c’est le décorum fourni par les fantômes (et encore…)

Et je n’apprécie pas les remakes. Symptomatique de la manière dont l’industrie cinématographique tourne en rond en s’appuyant sur la nostalgie d’un public de passionnés dont la vénération pour ses œuvres favorites confine souvent à un fanatisme flippant, les récents remakes ont enfanté de plus de daubes que de classiques du cinéma. La faute à une volonté des studios de maximiser leurs profits grâce à des spectateurs captifs [1] en mettant de côté toutes prétentions artistiques pour plaire au plus grand nombre avec des produits consensuels.

En résultent des films impersonnels [2] dont chaque mouvement de caméra, chaque tirade semblent avoir fait l’objet de deux cent cinquante pénibles réunions d'actionnaires véreux ne panant que dalle à l'art. La liste des scénaristes présidant à la naissance de ces avortons rabougris s’est allongée au fil des années, rassemblant parfois jusqu’à plus de cinq scribouillards. Quand c’en est à ce point, ça sent la naphtaline au niveau de la créativité.

Néanmoins, cela ne veut pas dire que les remakes sont tous mauvais… Et l’un de mes cinéastes favoris, John Carpenter, en a même signé au moins trois : Assault on Precinct 13 (qui reprend le Rio Bravo de John Ford), The Thing (qui reprend La Chose d’un Autre Monde de Christian Nyby et Howard Hawks) et Village of the Damned (qui reprend le film éponyme de Wolf Rilla). Le réalisateur a abordé chaque projet en se demandant ce qu’il pouvait apporter aux anciennes versions. Et en l'état, je préfère les variantes carpeteriennes aux originaux. Le Duke [3] m’a toujours saoulé et je supporte difficilement un Western dans lequel sa tronche de caricature aux chemises proprettes apparaît. Merci à Carpenter d’avoir transformé Rio Bravo en un polar urbain fiévreux et cauchemardesque. D’un pâle clone de FrankensteinThe Thing est devenue l’archétype du film Lovecraftien réussi, quant au Village… Carpenter remet les personnages féminins au centre de l’intrigue, ce qui n’est pas un mal quand on sait que l'histoire tourne autour de grossesses mystérieuses et que les femmes sont les premières concernées. Une problématique que le premier opus des années 60 évite bien soigneusement…

Donc, la question – de mon point de vue – pour parler d’un remake est la suivante : l’œuvre originale est-elle suffisamment perfectible pour en faire une version différente ? Après, on ne peut ignorer que le producteur ne regarde que son porte-monnaie, certes, certes… Mais il demeure qu’un remake, comme une adaptation, ne fournit qu’un canevas de base. Et ce qui fait une bonne histoire ce n’est pas le postulat de départ, mais les péripéties qui la parsèment et qui vont donner un ton unique à l'ensemble.

Donc, du coup, est-ce que S.O.S Fantômes (Ivan Reitman, 1984) est perfectible ? Est-ce qu’un remake récent peut apporter du sang neuf à cette œuvre ?

Oui.

Et largement ! Rappelons que le premier film ne brille pas vraiment par sa réalisation qui ne s’envole que lors des apparitions ectoplasmiques – sûrement parce que les techniciens des effets spéciaux veillent aux grains – et que l’humour n’est pas des plus léger. Entre la fellation fantomatique de Dan Aykroyd et un Rick Moranis dont le cabotinage hystérique constant répond à un script qui ne cesse de l’humilier dès qu’il le peut, le premier opus est très loin d’être une totale réussite. Il doit une grande partie de sa popularité à l’alchimie qui se produit entre les quatre héros, encore que le quatrième membre fasse un peu cinquième roue du carrosse, parachuté dans ce cirque par la grâce des quotas ethniques en vigueur aux US. Pour le reste, c’est du champ-contrechamp de sitcom et une histoire d’amour niaiseuse au possible...

Bref pas de quoi pavoiser ! Seule cette foutue nostalgie embellit cette réalisation pataude qui reprend en vrac les meilleurs et les pires aspects des années 80. Et n’allez pas croire que je n’apprécie pas le premier opus, en ce qui me concerne je le considère comme un plaisir un peu coupable, sauvé par le cachet fantastique de la chose...



Mais bon, les années 80, ce n'était pas forcément mieux non plus pour les affiches...


 2. Remake Maudit !

SOS fantômes cru 2016 est un des rares films à s’être mangé une telle campagne de haine de la part des internautes. Pourquoi lui et pas une autre des innombrables merdes que nous avons vus débouler récemment ? Le résultat final est très loin d’être épouvantable et accomplit parfaitement le boulot d’une comédie fantastique tout-public.

Car s’il y a bien une franchise capable de s’autorépliquer, c’est S.O.S Fantômes ! Les deux premiers films possèdent une structure narrative similaire qui fonctionne presque comme la saga des James Bond [4]. Et les substitutions de contexte et d’acteur principal de la série d’espionnage n’ont jamais provoqué autant de cris d’orfraie. De plus avec la mort d’Harold Ramis, un collaborateur historique des premiers films, et le vieillissement carabiné du reste du casting, il était vital de procéder à une refonte complète du concept [5]. Dans ce cas, pourquoi avoir opéré à ce changement de sexe si décrié ?

La licence est avant tout un enfant du show télévisé Saturday Night Lives, et la plupart des actrices de la nouvelle équipe en viennent – tous comme le trio du premier diptyque – dont elles ne font que reprendre le flambeau.

Je ne peux qu’apporter deux réponses : créer des protagonistes féminins est plus riche puisqu’elles se heurtent à la condescendance de leurs compères masculins – en 2016, l’équité entre les humains est encore loin d’être acquise… – et à ce phénomène s’ajoute à celui de la rigidité des « universités » scientifiques dès que l’on aborde la question du paranormal, ce qui était déjà une source de conflits intéressants dans les deux premiers films.

La nouveauté est ici que tout le métrage incline vers une revanche sur une société oppressante envers le « sexe faible », que ce soit dans l’introduction du premier fantôme – une femme hystérique que l’on a enfermée dans un cagibi, dans un geste très caractéristique de la façon bourrine dont on traitait les problèmes mentaux au XIXe – ou dans la scène de combat finale dans laquelle nos héroïnes écharpent de manière jouissive des puritains brûleurs de sorcières. Cependant, cet aspect reste très léger, comme une épice discrète, mais perceptible, et n’est pas le sujet principal de notre histoire.

Ceci étant dit, que vaut l'ensemble ?

Et bien ce n’est pas mal du tout !

Première chose qui rassure : le scénario est signé par le réalisateur lui-même et une complice. Malgré toutes les attentes liées à une telle licence populaire, les producteurs semblent avoir foutu la paix aux deux auteurs pour qu’on puisse considérer que, en dépit de son budget pharaonique, ce S.O.S Fantômes est un quasi film d’auteur. Une belle révolution en soi, mais qui va être gâché par la suite…

J’ignore complètement le travail de Paul Feig, je suis donc incapable de juger de son évolution, toujours est-il qu’il se débrouille à merveille avec un matériel de base complexe. Le dosage d’angoisse et de comédie est une de ses alchimies aussi instables que de la nitroglycérine et la moindre maladresse aboutit à une désastreuse explosion. Paul Feig s’en sort très bien grâce à plusieurs astuces de réalisation.

L’étalonnage et les couleurs du film tirent sur des tonalités très marquées dans les tons chauds (jaune, orange, rouge...) tandis que les manifestations spectrales bénéficient elles de tons froids, (bleu, vert, violet...) Ce parti-pris graphique participe à une immersion rapide dans cet univers qui jaillit tout droit d’une page de comics…[6] La première séquence sert de note d’intention au réalisateur puisqu’elle virevolte sans prévenir d’une comédie de situation à un moment d’épouvante traitée au premier degré et sans aucun cynisme.

Mais ce ne sont pas les d’effets spéciaux – maîtrisés, mais hélas déjà vu dans la dernière partie – que la maîtrise des dialogues qui montrent la patte d'un cinéaste. La caméra s'efface tout en usant de mouvements discrets. Le réalisateur parvient à faire interagir plusieurs personnages dans le cadre. Dynamiser des scènes de discussions – interminable et parfois dans un espace réduit pour corser le tout – n’est pas l’apanage du premier « Yes-man » venu. C’est dans ces instants, où l’œil du réalisateur se fait le plus furtif possible, que Paul Feig démontre un indéniable talent et envoie au tapis quelques-uns de ses confrères œuvrant dans les blockbusters.

Que serait un conte de revenants sans demeures mystérieuses ? Les quatre lieux hantés, correspondant aux trois actes de la narration, se rattachent tous au passé de la ville de New York – qui a toujours été un des protagonistes importants de la saga. Excepté le métro, les trois bâtiments traversent plusieurs époques de l’architecture. La première affiche un style néo-gothique du XIXe [7] tandis que la salle de concert appartient à l’art nouveau (vers 1890 et des bananes) et le grand hôtel de la scène finale à l’art déco (environ 1920-1930), nous faisant ainsi voyager dans les strates historiques de la ville de manière visuelle et bien plus fine que dans les précédents opus.

Les scènes d’action nous épargnent la shaky-cams en gerborama et le montage stroboscopique (Michael Bay©) pour cadrer au plus près les exploits de ses chasseuses de fantômes. Et si le réalisateur se permet des  mouvements de caméra, ceux-ci ne nuisent pas à la lisibilité de l’image. C’est même très doux par rapport au tout-venant actuel.

Concernant le scénario… On en entend peu parler de ce fameux scénario ! Parce que c’est une comédie et qu’en tant que telle, elle croule sous les anecdotes, empêchant une compréhension immédiate de l’histoire. Pourtant, la trame existe et elle est bien plus retorse que celle des deux premiers films. Là où nous avions le retour d’une entité millénariste provoquant la fin du monde dans les deux premiers, c’est un subtil MacGuffin qui déclenche toute l’intrigue – ici encore on demeure dans un classicisme bienvenu – et l’arrivée des spectres.

On y suit en filigrane les pérégrinations d’un livre – écrit par deux des héroïnes – qui sert à la fois de fil rouge à leurs retrouvailles et à la création de l’équipe des S.O.S. Fantômes, mais aussi a une réflexion sur l’utilisation de la connaissance qui peut se faire autant dans une direction positive que négative. La notion très actuelle du droit à l’oubli numérique – tout ce que vous rédigez sur Internet y demeure tant que le réseau existe et n’importe qui peut établir un dossier sur les poussières d’informations que vous disséminez dans les serveurs – fait partie des problématiques qu’effleure assez la narration, transformant ce matériel en un moteur pour aiguiller les péripéties de nos chasseuses de fantômes. Ajoutons aussi que cela fait longtemps que le cinéma grand public n’avait plus utilisé une imagerie liée au prolétariat – les combinaisons qu’elles portent renvoyant aux métiers manuels – et de protagonistes humains modestes — on est pas chez Bruce Wayne, Tony Stark ou n’importe quels encapés dopés aux pouvoirs improbables — qui doivent se contenter pour s’en sortir que sur leurs intelligences et leurs malices. La manipulation médiatique et politique adjoint un agréable sous-texte à l’ensemble de l’histoire.

Cerise sur le gâteau, les auteurs nous épargnent la sempiternelle love-story – travers dans lequel les deux premiers tombent à pieds joints – pour mettre l’accent sur la complicité qui existent entre les quatre personnages. Un choix scénaristique que je ne peux qu’applaudir des deux mains.

Faire pire que la première affiche ? C'est possible, si, si...

3. Les aquariums sont des sous-marins pour poissons !

Malgré tous les points que je viens de souligner, S.O.S. Fantômes cuvée 2016 souffre de quelques scories gênantes qui le handicapent. On citera les coupes sombres effectuées en plusieurs endroits par une production probablement échaudée par la tempête de merdes concoctée par la communauté de « fans », alors qu’il aurait fallu tenir bon et ne rien lâcher. La nostalgie qui entache les films des années 80 en a empêché beaucoup de mesurer ce nouveau volet à l’aune de ce qu’il valait, sans le comparer aux précédents opus. Et s’il est vrai, comme je le soulignais dans l’introduction, que je me suis beaucoup escrimé à déchoir les remakes récents, ce n’est pas tant à cause de leur nature que par le fait que ce sont de très mauvais films qui n’ont pas compris la singularité de leurs prédécesseurs.

Les nombreux caméos sont superflus, et Bill Murray joue comme un cochon dès qu’il en a l’occasion. À un tel point que sa prestation sera amputée par un monteur lucide devant la catastrophe. On est là dans ce que le film a de pire, le clin d’œil putassier obligatoire pour ce type de franchise commerciale. Et c’est bien navrant puisque ces envahissants clins d’œil alourdissent le propos. Nouveau doudou pour trentenaires pas encore sevré de leur enfance dorée, le fan-service est une vérole culturelle moderne qui s’insinue dans les moindres interstices que lui offre une cinéphilie dévoyée par la marchandisation à outrance.

Notons aussi l’absence de la mention de la formation d’historienne du personnage de Leslie Jones. Cet aspect ressort de temps à autre, le temps d'une tirade, mais cela demeure du niveau de l’anecdote. Dommage, car un tel bagage possède son utilité dans un film de chasseurs de fantômes ! Néanmoins, son rôle est moins limité que celui de son prédécesseur et elle a droit à ses grands moments. (Mention spéciale au « selfie Metal » qui m’aura valu un bon fou rire…)

Si S.O.S. Fantômes cuvée 2016 n’est pas un chef-d’œuvre, c’est un excellent blockbuster qui arrive à conjuguer une réalisation élégante avec un bon scénario emmené par cinq acteurs (Impossible de ne pas mentionner Chris Hemsworth dans le rôle du secrétaire en constant décalage par rapport à la situation…) au mieux de leurs formes. Du divertissement tout public de qualité en somme.

Et je n’avais plus vu ça depuis… Assez longtemps !

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[1] — Disney avec Marvel et sa horde d'encapés a très bien capté l'avantage qu'il y avait à produire des métrages s'enchaînant les uns aux autres…

[2] — N’étant pas friand de ce type d’œuvre, je ne peux pas vraiment parler des récentes – je me suis épargné la douleur au fondement d’un Jurassic World  et d'un énième Star-Wars par exemple… — mais j’ai vécu ce moment ou Hollywood s’était mis en tête de refaire tout le répertoire des films d’horreur des années 70-80 et pour une réussite (La Colline à des Yeux d’Alexandre Aja, supérieur à son modèle) combien d’hémorroïdes ai-je dû supporter avec des merdes à pleurer comme Evil-Dead, Massacre à la Tronçonneuse, l’Armée des Morts

[3] — Je veux dire John Wayne, même si celui-ci peut-être bon quand il est bien dirigé.

[4] — Rapidement on a : 
Prologue : situation surnaturelle 
– acte 1 : réunion de l’équipe 
– acte 2 : invention de nouveaux gadgets et péripéties diverses et variées 
– acte 3 : confrontation finale dans un contexte d’apocalypse... 
Pour James Bond :
Prologue : Mission X avec agent Y qui foire
– acte 1 : On tire James Bond de sa tanière. Gadget et blagues vaseuses...
– acte 2 : Diverses péripéties autour du monde. James Bond girls (si la femme est badass, elle deviendra automatiquement naze après avoir succombé au charme de l'espion surgelé...)
– acte 3 : confrontation finale dans un contexte d’apocalypse...

[5] — Est-ce que vous aviez réellement envie de revoir un Indiana-Jones 4 bis, un S.O.S. Fantôme gériatrique ? Encore qu’un Don Coscarelli pourrait en faire quelque-chose…

[6] — Un comble quand on compare ce travail avec la photographie digne de Derrick des adaptations de super héros actuelles.

[7] — N’ayant vu le film qu’une fois, je ne suis pas très sûre de mon fait, mais cela doit correspondre…

[8] — Zack Snyder n’a jamais saisi les nombreuses métaphores et l’humour du Zombies de George A. Romero, transformant son remake, renommé pour l'occasion L’Armée des Morts, en un actionner bourrin décérébré, pétri de personnages stéréotypés. Ainsi, le scénario reprend le Supermarché comme théâtre des affrontements, mais il occulte la dimension symbolique du lieu et le parallèle que fait Romero entre les humains et les zombies. Au final, cette histoire aurait pu se passer n’importe où… La réalisation est correcte, mais la production y a injecté un budget bien plus conséquent que celui dont disposait Romero dans les années 70' et il aurait fallu une sacrée dose d’incompétence pour foirer l’aspect technique du métrage.

mardi 9 août 2016

Les Esclaves de l’Or et nouvelle fonctionnalité du Blog

Une deuxième aventure d’Ethel Arkady est disponible en ligne ! 

Et cette nouvelle revient de loin puisqu’elle était à l’origine rédigée pour un appel à texte dont les résultats se sont perdus dans les limbes du temps. Elle aura donc attendu quelques années dans un tiroir numérique avant que je ne la ressorte pour la faire enluminée par la talentueuse Didizuka.

Pour ce récit, j’ai uni deux de mes péchés mignons en matière de genre en mélangeant le western (sauce all’dente of course !) avec des zombies. Et pourquoi, en cette époque où la version Romerienne du monstre a envahi toutes les sphères culturelles, ne pas revenir aux racines du mythe ? J’espère que cette vision très particulière de cette créature devenue par trop classique aura l’heur de vous plaire.

Du western avec Ethel Arkady, il y en aura encore dans un futur proche, mais auparavant la fin des Chroniques de Yelgor m’attend.

https://www.amazon.fr/Esclaves-lOr-Aventure-dEthel-Aventures-ebook/dp/B01JWRCZIG/ref=sr_1_8?ie=UTF8&qid=1470750238&sr=8-8&keywords=les+esclaves+de+l%27or
Pour acquérir la nouvelle, il suffit de cliquer sur l'image.

Ce qui m’amène au deuxième point de ce billet. Je ne travaille pas seul sur les histoires que je mets à votre disposition.

Outre ma compagne qui a l’amabilité de me relire, tous mes écrits subissent une révision exécutée par une professionnelle du français. En effet, le français est une des langues les plus complexes au monde. Même en donnant mes récits à plusieurs personnes, il reste toujours des chtouilles.

Sachez que la correction orthographique au carrée ne fait pas partie des points forts des écrivains —  même chez les cadors de la littérature, on pratique l'art de la bourde grammaticale malheureuse... —, mais rentre habituellement dans les prérogatives de l’éditeur (demandez à être remboursé de votre achat quand vous apercevez des erreurs qui font saigner des yeux : quelqu’un a mal fait son job !)

On peut arguer sur le fait que « sur internet ce n’est pas grave ». Oui, mais… J’espère atteindre un niveau de qualité « pro » qui s’opposerait à l’assertion que les textes « autoédités » sont toujours rédigés par des aspirants écrivains pas fichu d'ouvrir un dictionnaire.

Tout ceci, correction de l’orthographe, illustration a un coût qui se greffe sur mes autres dépenses. Ajoutons à cela que de récents changements de ma situation me conduiront à me montrer plus frugal que les années précédentes…

Aussi ai-je installé un petit bouton « don » relié à mon Paypal. Libre à vous de donner quelques cents ou euros, de devenir des « mécènes » si le contenu vous plaît.


Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite une agréable lecture.