samedi 31 décembre 2016

Les Galeries du Royaume de Yelgor : part 2 : Didizuka.

Douze chapitres, Douze illustrations dont six sorties des pinceaux et des arpèges plumitifs de ma complice Didizuka. Chacune de ses images aura contribué à étoffer ces chroniques en expansion constante… En passant, je vous invite à compulser ses très bonnes BD en ligne : Cut Off et Elle était là. Je vous souhaite de bonnes fêtes, et une bonne année, en espérant que 2017 soit moins catastrophique que 2016...






_____________________________________


lundi 26 décembre 2016

Les Galeries du Royaume de Yelgor : part 1 : Duarb Du.

Douze chapitres, Douze illustrations dont six sorties des crayons et de la plume psychotiques de mon complice Duarb Du. Que ses enluminures soient célébrées dans cette page, juste pour le plaisir des yeux. De quoi vous invitez à replonger dans Les Chroniqes de Yelgor












_____________________________________



mercredi 21 décembre 2016

Les Chroniques de Yelgor : La Nuit de l'Auberge Sanglante chap 12/26

Douze mois, douze (courts) chapitres, douze illustrations de deux dessinateurs différents et talentueux, tels avaient été les consignes que nous nous étions données pour Les Chroniques de Yelgor. Le contrat a-t-il été rempli ? À la fois oui… et non. Oui, car bon an, mal an et malgré les turbulences de la vie moderne occidentale, nous sommes parvenus à concevoir le contenu aux dates butoirs, et non – et là toute la faute m’en incombe –, le récit est très loin de s’achever sur ce chapitre 12. 

En effet, ce qui devait n’être qu’une scène de bagarre dans une auberge, dans le plus pur style des pires jeux de rôle, s’est trouvé doté au fur et à mesure d’enjeux assez forts. Des personnages ce sont distingués passant de l’arrière-plan au premier plan alors que je ne songeai pas à leurs donner cette incidence sur la narration.

Bref, comme vous avez remarqué dans le décompte, on en prend encore pour une année – plus ou moins – pour achever cette Chronique… Qui n’est pas la première, car il va valoir relier tous les fils du récit que j’ai lancé. Les prochaines histoires perdront un peu de leurs aspects improvisés pour se structurer, partant à la découverte de ce grand Royaume malade qu’est Yelgor. Je remercie bien bas les deux artistes Didizuka et Duarb. B. qui ont enluminé les textes pour le plaisir de vos petites mirettes.



Illustration par Didizuka.

[Chapitre 1 : Le Chevalier]
[Chapitre 7 : Tension !] 
[Chapitre 8 : L'Auberge Sanglante]
[Chapitre 9 : Le Sang de Sol]
[Chapitre 10 : Duels]
[Chapitre 11 : Alita et Zed]

Bodre s’éveilla avec une redoutable migraine qui le ceignait d’un cilice d’épines chauffées à blanc. Il était étendu dans un lit une place, le Dauphin toujours comateux à sa droite. Malgré le couteau qu’Alita avait lancé dans sa jugulaire, l’enfant respirait encore. Une âme charitable avait entouré la lésion sans ôter l’arme. Une sage décision, constata le vieillard. D’ailleurs, la quantité de sang ne paraissait pas aussi excessive qu’il l’avait d’abord cru – les céphalées ne facilitaient pas ses efforts de concentration pour demeurer conscient – ce qui l’amena à reconsidérer le geste de sa tenancière favorite. Malgré tout, la manœuvre restait incroyablement risquée et la moindre erreur aurait été fatale au jeune homme.

La soif lui tenaillait la gorge. Bodre tenta de se lever, mais ses muscles eurent à peine le temps de se mouvoir de quelques pouces que le rongeur fou de la souffrance osseuse se fraya un chemin dans sa colonne vertébrale, la modulant selon son bon vouloir. Il poussa un long hululement sinistre. Sa voix porta au-delà des murs puisqu’un rectangle de la forme d’une porte se creusa dans la surface grisâtre et lisse qui couvrait la pièce. La teinte se dégrada avant de laisser la place à une source de lumière vive qui lui écorcha les rétines. Des silhouettes floues émergèrent et il lui fallut quelques instants d’adaptation pour percer le voile de sa douleur et reconnaître la démarche athlétique de Tigrishka.

La jeune Sylvestre le fixait de ses yeux violets avec une sincère inquiétude. Elle était accompagnée par le Chevalier qui escortait le gamin. Le regard mauvais de l’envoyé royal ne présageait rien de bon. Malgré le flux et reflux de la souffrance, Bodre devinait la prodigieuse tempête qui couvait sous son front. Eldridge jeta un œil sur l’enfant qui reposait à côté du vieil homme puis soupira un grand coup.

— Enfin conscient, vieillard ! Par l’Unique ! Qu’est-ce qu’il se passe en haut ?
— Je… Alita et Schiscrim… Elles affrontent des horreurs ! Vous devez… Vous devez… Zed, il est devenu… une… chose… innommable !

Il gargouilla, alors que de nouveau le rat lui fouillait le dos. Ses poils métalliques grattaient ses os, crissaient contre le calcium, arrachant à chaque passage une infime poussière de sa substance. Très loin au-dessus de son tourment, il devinait les doux coussinets de Tigrishka qui appuyaient sur sa tête.

— Chut… Votre bassin est cassé, Bodre. Seule ma mère peut se servir des objets de guérison. Il faut que vous restiez le plus immobile possible pour le moment…

Bodre tourna de l’œil, emporté par un nouvel assaut de souffrance. Tigrishka l’étendit sur le brancard puis se retourna. Elle planta ses deux pupilles verticales dans les yeux bleus comme l’acier du Chevalier. Elle le dépassait de deux têtes et le toisait avec insolence. Bien que les Sylvestres aient aidé les héros de la Prophétie – louée soit-elle – Eldridge se méfiait d’eux comme de toutes les engeances qui peuplaient l’auberge malfamée de la Noctule. Il n’accordait pas le moindre crédit aux paroles que proférait la féline.

Le Chevalier serra la main autour de la poignée du coutelas qui lui restait. Le geste de la Noctule l’avait non seulement surpris, mais il avait surtout anéanti tout espoir de servir les vœux de son suzerain. Défait de sa mission, il ignorait s’il devait maudire les idées de sa Grandeur et retourner au pays, ou alors passer au fil de sa lame rédemptrice les choses inhumaines que l’ancienne comparse de Jehan avait rassemblées autour d’elle.

— Je vais avoir besoin de vous, Chevalier ! Je ne sais pas ce qui se passe, mais ma mère aurait dû nous rejoindre depuis longtemps. Je sais me battre, mais quoi que soit devenu Zed, je crains de ne pouvoir lui faire face sans aide.
— Créature, je ne sers que l’Unique et mon suzerain. À cause de vous, des vôtres, j’ai failli à ma mission ! Vous aviez promis de m’aider, mais vous ne faites rien !
— Parce que je ne peux pas me servir de la magie régénératrice de l’Abri Anam’tique. Seule ma mère possède les connaissances suffisantes pour ça.
— Votre mère… Elle avait la confiance du roi Jehan et voici ce qu’elle a fait.

Dans un débordement de colère, le Chevalier tendit le doigt vers la forme grisâtre du Dauphin qui gisait dans le lit blanc.

— Aurait-elle voulu poignarder dans le dos notre suzerain qu’elle n’aurait pas procédé autrement !

Les poils de Tigrishka se hérissèrent et sa crinière flamboya autour de son mufle comme une collerette. Elle souffla au visage d’Eldridge qui réagit promptement et tira la dague de son fourreau pour la coller sous sa gorge. Tous deux basculèrent contre la couche du Dauphin qui gémissait dans son inconscience ouatée. Les pupilles de la Sylvestre se rétrécirent jusqu’à n’être plus que deux traits dans l’immensité de ses iris zinzolins. Tigrishka attrapa son poignet pour conserver la lame sur sa trachée.

— Vous allez m’égorger, oui ? Comme les hommes de Zed ? Êtes-vous à ce point immature, Chevalier ?

Eldridge tremblait de tous ses membres. La lumière crue qui émanait des murs l’éblouissait. Il relâcha sa prise, mais la Sylvestre le maintenait. Il ignorait ce qu’il devait faire. La voix de son roi intérieur s’était tue en lui. Il s’efforçait de retrouver sa présence familière qui l’aidait à résoudre tous les dilemmes. Arnassus d’Hersculape, son maître, lui avait enseigné l’avantage qu’il y avait à penser à son « suzerain intérieur ». « Lorsqu’une situation vous dépasse et que vous désirez intervenir pour l’honneur, la justice et votre roi, avait-il dit ce jour-là dans la cour d’entraînement à ses écuyers épuisés par les moulinets de sa Faucheuse, souvenez-vous toujours de ce qu’il a accompli contre les Dieux Noirs. Imaginez-le guider votre main, parlez-lui. Demandez-lui comment il aurait agi dans votre position et suivez ses conseils. »

Sauf que les chansons et les contes ne mentionnaient pas de Noctule femelle et encore moins une ribambelle de gniards d’origines ethniques variées, ni cet endroit déconcertant, où les portes s’ouvraient dans les murs et où d’étranges fenêtres perçaient sans douleur la peau du corps humain. Déboussolé par tant de choses nouvelles, son roi intérieur avait disparu, escamoté par le faciès grimaçant d’Alita. Un frisson secoua Eldridge. Malgré lui, des sanglots honteux montèrent dans sa gorge. Sans réaliser quand sa position avait changé, il se retrouva à hoqueter dans la fourrure de Tigrishka qui lui tapotait fraternellement les omoplates. Il baragouinait des prières sans forme à l’intention de l’Unique qui ne lui répondait pas. La chaleur du corps de la Sylvestre et son odeur l’entouraient de leur patiente gentillesse.

— J’ai failli, grommela-t-il. Le Dauphin… Mort…
— Non. Ma mère n’aurait pas fait ça. Je pense au contraire qu’elle vous a sauvé la mise, mais nous n’avons que peu de temps avant que le Dauphin ne s’unisse à la Grande Unagût.

Eldridge ne comprenait pas ce que la Sylvestre proférait, mais il saisit le sous-entendu funeste, aussi passa-t-il enfin outre ses barrières mentales pour accomplir sa mission. Ravalant ses larmes et essuyant ses yeux avec de grands gestes, il s’arracha à l’étreinte de la Sylvestre. Une inquiétante chaleur envahissait son ventre. Il se surprit à rougir de honte en essayant de taire un sentiment peu honorable. Les fragrances de la créature lui tournaient la tête. Il parvint à conserver la rigueur de son maintien malgré ses joues rosies par l’afflux de sensations contradictoires. Il rangea son coutelas dans son étui, sous sa cape de fourrure.

— Vous… Vous ne direz rien à personne ? Son visage se leva vers elle, cherchant, fébrile et inquiet, un acquiescement.
— Non. Cela ne concerne que nous, bien sûr.
— Il y a une seule difficulté, dit Eldridge en reniflant. Toutes mes armes sont restées dans l’auberge.
— Ce n’est pas un problème, l’assura Tigrishka.

Derrière eux, Bodre gémit, les yeux mi-clos, prisonnier des griffes glaciales de la souffrance. Tigrishka tira d’une armoire une sorte de Poing de Feu modifié comportant sur son corps principal un réservoir empli d’un liquide ambré. Elle posa la gueule de l’engin sur l’épaule du paysan qui ferma les paupières. La substance propulsée dans son organisme par la capsule de gaz atténuait déjà les gesticulations du rat enflammé qui lui dévorait les os. Cette opération achevée, elle occulta la forme prostrée du vieillard d’un rideau laiteux.

— Je reviendrai avec ma mère, dit-elle à Bodre. Dormez un peu. Je vous ai administré des antidouleurs.

Elle se tourna vers Eldridge.

— Suivez-moi !

Elle ne ralentit même pas devant le mur clos. Sa couleur eut à peine le temps de pâlir que Trigrishka sautait à l’extérieur, accompagnée d’un Eldridge encore déstabilisé par son aventure.
 
_____________________________________

Un peu de musique pour se mettre dans l'ambiance...