lundi 31 octobre 2016

Dessin du Dimanche : Arkady saute ! (Part 1)

Comme c’est la nuit des monstres, je dégaine une Ethel Arkady au feutre qui sera amené à devenir une gravure, puis un motif de tee-shirt (parce que…). 
À suivre…




____________________________________________

dimanche 23 octobre 2016

Bibliothèque des Ombres : Le Cycle de Cybione/Ayerdhal (in Psychovision)

Profitons du fait que la Belgique se soit récemment fait remarquer pour nous intéresser à un écrivain français ayant séjourné une partie de son existence dans le pays du surréalisme, je veux parler de Ayerdhal qui nous quitté il y a quelque temps. Un auteur dont la notion de science-fiction et de littérature de divertissement allait de pair avec des préoccupations politiques sans cesse présente dans la fiction et qui n’a cessé de nous prévenir des dérives du système capitaliste tout en cherchant dans les ornières et les parenthèses, une échappatoire à ce bordel… 

http://www.psychovision.net/livres/critiques/fiche/1346-cycle-de-cybione-le
Pour lire la chronique, cliquer sur l'image.

lundi 17 octobre 2016

Bibliothèque des Ombres : Les Évangiles Écarlates/Clive Barker (in Psychovision)

Retour des chroniques littéraires après une petite absence, avec un auteur dont j’ai pu autrefois admirer la maestria autant à travers ses recueils de nouvelles impeccables – Les Livres de Sang : un des rares ouvrages que je relis avec un entrain toujours renouvelé – qu’avec son univers des sombres merveilles urbaines qu’il a su déployer roman après roman. Un monde où le moindre coin de rue glauque pouvait être une porte d’entrée sur une dimension d’horreurs fantasmagoriques peuplées par des créatures ambiguës et amorales aux codes de conduites complexes. Hélas comme beaucoup d’autres, Clive Barker a vieilli et ce retour à sa saga emblématique qui devait être épique s’avère pour le moins décevant… 

http://www.psychovision.net/livres/critiques/fiche/1345-evangiles-ecarlates-les
Cliquer sur l'image pour avoir accès à la critique.


_________________________________________________

En bonus, la mémorable musique de Chrisopher Young pour le film éponyme...


dimanche 9 octobre 2016

Les Chroniques de Yelgor : La Nuit de l'Auberge Sanglante chap 10/12



Illustration de Didizuka
 
[Chapitre 1 : Le Chevalier]
[Chapitre 7 : Tension !] 
[Chapitre 8 : L'Auberge Sanglante]
[Chapitre 9 : Le Sang de Sol]


Des pans entiers de l’édifice s’affaissaient dans un vacarme cataclysmique. Alita respirait avec difficulté et l’atroce blessure qui lui ouvrait le flanc gauche suppurait d’épaisses perles sanguines qui alourdissaient son pantalon de toile écrue d’une teinte sombre. Fauve à l’architecture indescriptible, Zed sauta sur sa proie, ses bras éclatant pour s’orner de pics osseux.

Alita esquiva deux coups s’achevant sur deux colonnes qui explosèrent en un nuage d’étincelles. La langue pointue, obscène ver annelé se terminant par un cruel éperon décoré de barbillons, jaillit pour frapper. Alita interposa le sabre. Le tronçon de chair palpitante se perdit dans les flammes. Déséquilibré par la destruction de ses structures de soutènement, le plafond grinça avant de s’effondrer dans un soupir minéral. Alita anticipa d’un battement de cœur l’affaissement du second étage et s’écarta d’un pas de danse sur le côté, hors de portée des débris embrasés. Surpris par la douleur qui émanait de sa langue tranchée, Zed réagit avec moins de promptitude. Les décombres écrasèrent l’ex-prévôt dans un sirocco de brasillons et de projectiles pourpres.

Alita avisa ses compagnons d’infortune, horrifiée par l’apparition du mage qu’elle venait de sectionner en deux. L’ignoble chose avait perdu ses jambes, mais les avait substituées par ses côtes métamorphosées en pattes d’araignée. Les entrailles, agitées d’une impossible vie indépendante, dégueulaient hors de la cavité abdominale béante pour enserrer Schiscrim dans leurs anneaux gluants.

Toute la bâtisse gémissait, annonçant son collapsus imminent. Abandonnant Zed à son triste sort, Alita bondit en direction de sa fille adoptive et de Bodre qui souffrait le martyre, cloué au sol par une mauvaise fracture. Grâce au sabre, elle annula un instant la pesanteur, effectuant un saut de plusieurs pieds. Elle s’apprêtait à se jeter à l’assaut du monstre qui tourmentait Schiscrim et à enfin sustenter le métal vivant lorsqu’un épouvantable craquement retentit derrière elle. La masse de chair palpitante à moitié carbonisée de Zed s’élevait du tas de braises. Ses tissus entamés par le brasier sifflaient sous l’action de la chaleur. De larges plaques de peau calcinée donnaient naissance à un bourgeonnement anarchique d’organes inconnus et à des membres surnuméraires atrophiés qui grossissaient à vue d’œil.

Les pics de calcium de Zed s’interposèrent entre elle et ses protégés. Les yeux injectés de sang de l’ignominieuse créature se fixèrent sur Alita. Elle frissonna en observant une bouche jaillir d’une cloque, encore empoissée d’un ignoble mucus blanchâtre.

— Ça se passe entre nous deux, ma chérie !
— Espèce de…

Schiscrim se débattait dans la masse qui l’avait entravée. Elle ne possédait plus qu’une piètre marge de manœuvre et les anneaux gluants compressaient sa gorge, coupant lentement sa respiration. Désespérée, elle mordit les liens visqueux de toute la force de ses mâchoires juvéniles. Un sang pâteux au goût d’ammoniaque jaillit dans sa bouche, manquant de l’étouffer. Les tentacules s’agitèrent autour d’elle, relâchant leur étreinte sur ses jambes et ses bras.

Elle griffa les parois de l’organisme impossible, lui infligeant de profondes entailles. Enfin, la créature la lâcha. Schiscrim bondit à quelques pieds du mage dont la silhouette ne cessait de vibrer et de se métamorphoser. D’une main tremblante, Bodre tendit son casse-crâne à la jeune Kobold. Schiscrim tint fermement le bâton.

La tête à moitié décomposée par l’action de la chaleur lui adressa un ignoble sourire. Ses dents étaient devenues triangulaires et pointues comme celles d’un requin.

— Tu veux te battre, hein petite salope !
— Je ne te crains pas, abomination !

La chose bondit dans sa direction, tous ses tentacules orientés vers elle. Schiscrim esquiva de justesse la charge d’une pirouette, faisant tournoyer son arme autour d’elle. Le poids au bout de la hampe conférait au bâton une force centrifuge qui permettait à Schiscrim de décupler la puissance de ses coups tout en maintenant une giration constante.

Les tentacules de la créature étaient arrachés dès qu’ils tentaient de happer la Kobold. Le mage chassait les débris autour d’eux, élargissant le cercle de leur lutte dans le pandémonium de l’incendie. En arrière-fond, Schiscrim devinait le deuxième duel entre Alita et le prévôt. Son opposant sondait sa défense, perdant à chaque essai des livres de barbaque répugnante.

Le monstre, comprenant qu’il risquait d’égarer des fragments de sa personne s’il persistait dans ses timides assauts, recula puis chargea en direction du mur. Aidé par ses pattes d’araignée, le mage escalada la pente avec une célérité surnaturelle comme un obscène arthropode géant. Des morceaux de maçonnerie se détachaient sous son poids. Il se suspendit, tête en bas, aux parties encore entières du plafond. Schiscrim bloqua le tournoiement de son casse-crâne avec quelques secondes de retard. Des filins poisseux s’enroulèrent autour de son cou et de ses bras, l’obligeant à lâcher son arme. La chose la hissa vers sa gueule béante de lamproie hérissée de crochets suintants de bave gluante, plantés en cercles concentriques le long d’un œsophage géant.

Bodre avisa la situation de ses camarades, paniqués. Si seulement il pouvait avertir ce putain de Chevalier… Quel était son nom déjà, au jeunot ? Le vieux paysan se mordit la joue et agrippa le pied à peu près intact d’une table. À quelques pas de lui, une fenêtre qui n’avait pas encore été obturée par les éboulements bâillait sur les frimas de l’hiver. Il s’appuya sur sa canne improvisée, retenant un hurlement de souffrance lorsque sa carcasse décrépite craqua de tous les côtés et qu’un stylet de givre s’enfonça au creux de ses reins.

Les quelques foulées qui le séparaient du monde du dehors, loin de la folie qui faisait rage dans les derniers murs debout de l’auberge, lui parurent des kilomètres. Des rats de glace rampaient le long de son échine, menaçant de le plier en deux de manière irréversible. La baffe d’une bourrasque de neige le rafraîchit, taisant la douleur le temps de quelques inspirations. Ses mains nues, contractées en une boule autour de son tuteur, blanchirent jusqu’à se confondre avec le tapis de poudreuse. À moitié aveuglé par les larmes qui se métamorphosaient en givre sous ses yeux, il avançait au jugé. Il espérait que cette dernière lutte qu’il menait contre la fatalité qui l’avait toujours frappé changerait la donne.

Alita et lui avaient entretenu – dès la construction de l’auberge à laquelle il avait participé – une longue et étrange complicité. Bodre ne se souvenait même plus de sa vie auparavant tant celle-ci était nimbée des vagues amères du regret. La guerre qui avait ensanglanté tout le pays lui avait pris son lopin de terre et sa famille. La famine puis la redoutable peste de fer avaient emporté tous les siens dans un flot d’horreur. Sa femme avait été une des dernières victimes à succomber, le corps piqueté de milliers d’épines surgissant des profondeurs de sa chair, déchirant ses lèvres et crevant ses yeux avec la lenteur sadique d’un inquisiteur de l’église de l’Unique. Le remède existait, bien sûr ! Les mages du roi Jehan avaient réussi à comprendre la nature de la maladie et à créer un antidote, mais encore fallait-il pouvoir entreprendre le voyage jusqu’à la capitale Tulking-Rox et s’acquitter du prix exorbitant de la précieuse substance.

C’est dans ce cauchemar de tous les instants, dans un petit hameau saigné à blanc qu’étaient apparus la Noctule, son compagnon Jacques le forgeron et toute sa marmaille bariolée. Elle avait administré l’antidote aux villageois qui pouvaient être sauvés. Elle s’était installée dans les profondeurs des bois, à quelques lieues de leurs champs. Malgré les quelques protestations du bourgmestre et du prêtre de l’Unique, les locaux avaient souhaité remercier la Noctule – sans faire le rapport entre cette étrange femme et les héros qui avaient remporté la partie contre les Dieux Noirs – en participant à l’élaboration du bâtiment qui était devenu un point de rencontre pour eux, mais aussi pour d’autres ethnies.

Bodre en avait fait sa seconde maison et rapidement, il avait possédé son couvert et son gîte quand il le souhaitait. Alita ne lui posait jamais de questions, elle lui adressait un sourire et tout était entendu. Il tentait parfois de timides remboursements de son ardoise qu’elle refusait toujours gentiment, mais fermement. Lorsque les premiers clients non humains étaient apparus, Bodre avait manifesté comme les autres locaux un mouvement de recul. Puis, en un imperceptible dégradé des récriminations, la population hétéroclite de l’auberge avait tissé des liens.

Perdu dans ses souvenirs, se tenant à son bâton, Bodre progressait, pas à pas vers la deuxième entrée du souterrain d’Alita. La bougresse n’avait pas choisi tout à fait au hasard le duché de Mabs pour s’établir. Son expérience de mercenaire l’avait mise au fait des secrets dont regorgeait le royaume, notamment ces abris souterrains, vaste réseau de galeries maintenues en état par une magie inconnue au service des nobles d’une très ancienne civilisation dont l’existence se délitait dans les limbes des siècles. Le Chevalier et les quelques survivants de l’attaque insensée du prévôt Zed – les dieux maudissent cette ordure – devaient patienter dans ces boyaux.

Bodre louvoya entre deux pins dont l’éminence se perdait dans les pointillés d’un tapis d’étoiles à peine voilées par la lueur des flammes qui feulaient dans son dos. Il traversa deux lieues à une vitesse d’escargot. Il se damna mille fois pour sa lenteur tandis que ses amies risquaient de se faire tailler en pièces par des monstres issus de l’imaginaire d’un camé à l’huile d’Avtaup. Enfin, il repéra les deux rochers de forme ronde représentant presque Jyzho, le dieu de la félicité et de la gourmandise.

Il se pencha sur la pierre qui masquait la dalle de métal. Le blizzard engourdissait tous ses mouvements. Il n’arrivait même plus à lâcher son bâton, ses doigts désobéissant aux injonctions de son cerveau. Il souffla sur ses mains paralysées. Sa colonne vertébrale craqua une nouvelle fois et il chut sur la surface rêche du granit. Il se fendit la lèvre et perdit deux de ses dernières dents dans un éclaboussement de sang. La conscience de l’urgence de la situation et la douleur continue de sa fracture masquèrent celle du choc.

Incapable de bouger ses doigts pour composer le code qui lui permettrait de s’introduire dans la place forte, Bodre urina sur ses mains, se servant de la chaleur organique qui filtrait à travers les mailles de ses chausses. Le liquide chaud délia brièvement ses articulations blanches. Il poussa de toutes ses forces l’éminence rocheuse. La douleur qui émanait de son dos mordit ses côtes, s’insinua dans tous ses os, le transformant en une boule à vif. Il gargouilla une expression de désespoir puis la masse vibra pour enfin rouler dans la légère déclivité du terrain. Bodre usa de chaque précieux instant pour se pencher sur un pupitre lumineux qui rayonnait dans toute la forêt. Tremblant de tous ses membres, il introduisit la suite d’idéogrammes dans la boîte magique dans l’ordre qu’Alita lui avait enseigné, des années plus tôt.

La dalle soupira et pivota sur elle-même. Bodre plongea dans l’ouverture sombre. La force lui manqua pour s’agripper aux barreaux de l’échelle. Il glissa et tomba une dizaine de pieds plus bas. La douleur explosa dans son dos, l’emportant dans les ténèbres.

_____________________________________

Un peu de musique pour se mettre dans l'ambiance...