samedi 12 septembre 2026

    Les Chroniques de Yelgor : Allytah & Skadi Nédérada (by Murazaki Sora)

    Après la photo de groupe, concentrons-nous sur les deux sœurs qui traverseront la saga. Après une scission malheureuse avec un illustrateur que j’aimais bien, j’ai voulu reprendre leur design en m’aidant de l’aquarelle de Murazaki Sora qui a déjà œuvré sur Ethel Arkady et dont le style convient bien à l’exercice. Ces nouveaux dessins en couleur me plaisent beaucoup, même si l’artiste a atténué les cicatrices faciales de notre héroïne. C’est sa lecture et je la respecte, mais cela engendre un léger problème de continuité. Le résultat, cependant, ne démérite pas et ce point de détail demeure d’une importance mineure.

    Allytah & Skadi ont une histoire particulière : elles avaient été conçues bien avant que je sache comment leur apparence et leur caractère se manifesteraient dans la saga littéraire, car il existe un monde entre une table de jeu de rôle et les pages d’un roman. Elles se sont coagulées par couches successives : Influences graphiques, bricolages de lore, lubies esthétiques… Tout cela a fini par produire deux protagonistes qui ne ressemblent plus beaucoup à leurs premières incarnations.

    C’est d’ailleurs une des choses que j’aime dans la création : un personnage commence parfois comme une silhouette, un concept séduisant, puis il vous oblige à creuser, à vous interroger. Quelque part, je ne suis pas très éloigné de Robert E. Howard qui pensait que Conan le forçait à raconter son histoire. Certaines réponses étaient prévues depuis longtemps ; d’autres ont été inventées après coup pour expliquer pourquoi j’étais tombé sur une association d’idées saugrenues. Pour cet article, je détaillerai ma cuisine interne et dont  mes influences me nourrissent, mais je souligne que les ai reconstruite a posteriori : lorsque j’ai dû expliciter à Murazaki ce que j’avais en tête pour Allytah & Skadi, j’ai dû mettre des mots sur une image qui existait déjà dans mon esprit depuis des décennies. Voyons cela !

    Allytah a connu moult variations graphiques et son aspect ne s’est « coagulé » que récemment. À part les brûlures qui lui ont abîmé la partie gauche du visage, la plupart des éléments caractéristiques de son personnage étaient présents dès sa première apparition sous ma plume : le chapeau, le bras artificiel et son épée. Certains détails ont cependant fluctué, comme la longueur des cheveux, le masque, la couleur de sa peau. Je suis aussi passé d’une drow de l’univers AD&D à une noctule dans mon propre univers, plus proche d’un style « furry », bien que j’ai atténué celui-ci : Allytah est une hybride humaine-noctule. Cette ascendance a complexifié son histoire familiale et démontre sans recourir à une encyclopédie de lore que toutes les peuplades de Yelgor se mélangent bien avec l’homo sapiens. Pourquoi, comment ? Ce sera une des nombreuses questions qui sera élucidée dans la saga… Ou pas… Nous verrons. 

    Cette hybridation cache aussi un second choix esthétique un peu plus provocateur, je le confesse : étant donné qu’une partie de la culture pop actuelle tend à gommer le dimorphisme sexuel alors que je préfère au contraire qu’il ait droit de cité dans mes dessins, y compris en poussant les potards à fond. Pour moi, cela ne réduit pas un personnage à son apparence : Allytah peut être une guerrière mutilée, une hybride, une sœur, une combattante exceptionnelle tout en possédant une anatomie indiscutablement féminine. Je ne vois pas pourquoi ces propositions s’annuleraient. Et puis, l’art étant par essence affaire de « fait du Prince », pourquoi me priverais-je de ce choix ? Oui, Gernier est chiant : interdisez-lui un truc et il l’accomplira dans la seconde suivante.

    Comme j’ai établi que les noctules volent et ressemblent donc à des sarments, les imposants nichons d’Allytah nécessitaient une explication logique. Qu’à cela ne tienne : sa mère est tombée amoureuse d’un humain. Du coup, à l’inverse des autres noctules, Allytah est dotée d’une impressionnante constitution, mais elle ne possède pas d’ailes… 

    Tout comme Ethel Arkady, l’imaginaire d’Allytah plonge ses racines dans quelques œuvres qui m’ont marquées, telle La Femme Scorpion, que je vous recommande au passage si vous avez l’estomac accroché et que vous acceptez les changements de ton et de style dans le flux de la narration. Ses mutilations émulent le mythe du « guerrier handicapé » qui m’obsède depuis des lustres et particulièrement le film Samouraï sans Honneur d’Hideo Gosha, ainsi que le manga L’Habitant de l’Infini. Et concernant le nom, très voisin, de celui de Battle Angel Alita, le titre de Gunnm chez nos amis d’outre-Atlantique ? Mystère, je vous l’avoue. Parfois, un personnage apparaît dans ma tête avec son patronyme et je n’arrive pas à en changer. Je ne nierais pas que je l’ai dévoré, lu et relu les aventures cyberpunk de Gally pendant quelques décennies, cependant je n’ai jamais relié Allytah à cette œuvre. 

    Voici un croquis colorisé de l’ancienne Allytah, pour vous donner une idée.

    Passons à Skadi, alias la Comtesse, la redoutable sœur de notre héroïne. Son design ne m’appartenait pas à l’origine puisqu’elle a été créée par le joueur-MJ de notre très longue campagne. Dans le cadre de mon adaptation romanesque, j’ai dû fournir un travail de réappropriation. En tant qu’antagoniste, Skadi a été conçue à l’opposé de sa sœur, et son physique se devait de matérialiser cette différence. 


    Je me suis donc éloigné de son apparence dans AD&D telle que nous l’avons définie. Finie la drow et bonjour la noctule à l’aspect de furry badass. Maigre, capable de voler – ses ailes sont repliées dans ses avant-bras – vêtue de cuir façon Hellraiser et possédant une cape à col de revers rouge comme le Dracula de Christopher Lee, son design évoque l’autorité, l’assurance et une puissance sexuelle dominatrice. Son surnom de « Comtesse » ne provient pas de nulle part. Je cherchais cette imagerie au croisement de plusieurs influences horrifiques et son costume est inspiré par certaines tenues BDSM existantes que j’ai envoyées à Murazaki et le travail qu’elle a fourni se montre à la hauteur de ce que j’attendais. 

    Si Allytah refuse le pouvoir, Skadi le convoite. Elle apparaît au milieu du tome trois et elle met déjà en pièce mon plan narratif, conservant la caméra sur elle. Intelligente, machiavélique et excellente tacticienne, je ne résiste pas à l’envie de la regarder s’emparer du trône de Yelgor. Je n’en révélerai pas plus sur elle pour le moment, préférant que vous découvriez ses secrets dans le roman. Tout comme Allytah, elle se situe au croisement de plusieurs influences et je ne cacherai pas celles de Zatoichi pour sa cécité ainsi que celles du héros de Code Geass – un très bon anime de mecha, si vous aimez ce genre – pour son côté stratège et calculateur. 

    Dans l’univers de la fiction, les deux sœurs Nédérada sont reconnues pour leur maîtrise martiale exceptionnelle et elles savent toutes les deux qu’elles sont les seules à pouvoir se vaincre en duel singulier. Leurs cicatrices respectives proviennent de leurs affrontements successifs que je narrerai au compte-gouttes, soit dans la saga, soit dans les Contes de Yelgor.

    Voilà, j’espère que cette visite de mes cuisines conceptuelles vous aura plu. Il me reste encore d’autres illustrations à poster en ces lieux, d’autant que le tome 2 s’approche de la ligne d’arrivée et que le tome 3 voit son premier jet à deux doigts d’être achevé. Je rentrerai peut-être dans l’arène du dessin sur la suite des aventures d’Allytah, car ne plus tâter du pinceau me manque depuis des années, bien que mon style soit bien plus brouillon que celui de mes collaborateurs extérieurs.

    mardi 1 septembre 2026

    Les Chroniques de Yelgor : Le Bivouac (par Didier Normand)

    Nous sommes au mois de septembre et je suis toujours pris dans les Chroniques de Yelgor dont j’achève la rédaction du troisième volume. Je poursuivrai ensuite la mise en page du second qui démarre son cycle de bêta-lectures (au cas où : je recherche des bêta-lecteurs pour mes histoires) et il sera agrémenté des dernières illustrations. S’il me reste un peu de temps, je débuterai le plan du quatrième volume qui s'est déjà bien éloigné de ce que je pensai écrire en premier lieu.

    Pour cette nouvelle incursion dans mon monde déglingué, je vous présente un nouveau venu, le talentueux Didier Normand

    Son trait très frazettien épouse à la perfection à mon univers de fantasy, aussi brutal qu’étrange. Je l’ai découvert par hasard, car ses dessins ont circulé sur mon mur de Fesses-de-Bouc puisqu’il travaille pour certaines maisons d’édition de SFFF et quelques groupes de metal. Un homme de goût, assurément ! Me trouvant alors en deuil d’une précédente collaboration, je lui ai envoyé un mail de contact. Je m’attendais comme pour pas mal d’autre sollicitation à une fin de non-recevoir. Je classe maintenant ces très agaçantes choses dans la pile des « on oublie », mais Didier ne m’a pas laissé en plan et m’a répondu dans une missive aimable en moins d’une semaine. 

    J’ai commencé par lui demander une couverture pour une nouvelle que je réécrirai dans quelque temps. J’ai perdu le script original et la première illustration dans un crash système assez désagréable. Je doutais que Didier se prêtât à l’exercice pour un particulier, mais à ma grande surprise, il a accepté ! Je lui suis reconnaissant, car je n’ai pas la chance de collaborer avec un tel talent autodidacte tous les jours. Je vous proposerai bien sûr la superbe peinture à l’huile qui en est résultée, dans un autre article.

    Ce nouveau dessin réunit les « Héros de la Prophétie » autour d’un bivouac lors d’une séquence en flash-back. Cette illustration constitue presque une image d’Épinal d’une équipe de jeu de rôle et cela me rappelle que ce récit reprend et adapte une vieille et longue campagne d’AD&D. De manière assez inhabituelle chez moi, j’ai demandé à Didier d’insérer des clins d’œil aux anciens joueurs de cette partie. Ils m’ont accompagné pendant toutes ces années sur les sentiers de l’imaginaire et je souhaitais leur rendre un discret hommage. 

    J’ignore s’ils se reconnaîtront si jamais ils tombent par hasard sur celle-ci, j’aime à penser que oui. Cette image constitue presque une capsule temporelle en ce qui me concerne. Elle me rappelle aussi que cet imaginaire que nous avons partagé se matérialise dans la réalité, ne serait-ce que sous la forme un peu dérisoire du dessin que je vous propose. 

    Et rien que ça, c’est beau !


     

    dimanche 9 août 2026

    Eve Kellermann : La Louve de l'Autoroute

    Après un bon gros craquage de slip dans mon emploi civil, j’ai réussi à reprendre les pinceaux… J’avais l’intention de soulager un peu mon esprit de quelques visions. Je suis toujours attaché à la technique du lavis et de l’écoline rouge que j’explore depuis un moment. Elle allie souplesse et rapidité avec une pointe d’accident qui rend le dessin vivant. 

    Quant au sujet, il est lié à quelques récentes mauvaises expériences de jeu de rôle que j’ai enchaînées coup sur coup. Le loisir reposant sur des interactions humaines, quand certains gougnafiers décident de vous gâcher une ou plusieurs sessions chèrement arrachées à un agenda plein comme un œuf, cela vire très vite à la séance de roulette chez le dentiste. En sus, vous n’avez même pas la possibilité d’assister à la fin du récit, ce qui aggrave le mécontentement ressenti, d’autant que mon plaisir, en plus de construire une histoire à plusieurs, consiste à explorer toutes leurs potentialités dramaturgiques. 

    Ces mésaventures ayant tout de même duré quelques mois, j’ai accumulé pas mal de frustration créative, ce qui a fini par entraîner la continuation des aventures d'Eve Kellermann dont la voix a grossi comme une énorme tumeur 
    dans un coin de ma cervelle.

    J’ai donc oublié son origine ludique – pour autant, j’aimerais toujours lui trouver une table accueillante – pour la redessiner dans une version plus vieille, ce qui a abouti à ce résultat. Pour mal faire, j’ai ouvert une nouvelle histoire – pauvre de moi – qui la met en scène. Je ne sais pas encore ce que donnera ce chaos créatif total, mais je m’amuse bien en explorant un genre que je n’ai pas abordé dans mes autres récits, bien que je l’apprécie : le « Road Movie ». Après le « Redneck Movie », je reste cohérent dans mes inspirations cinématographiques.


    Ce nouvel article me permet de vous signaler que les Aventures d’Ethel Arkady en comics continuent de paraître dans le fanzine OMB, dont le cinquième numéro est disponible… depuis quelque temps. J’y suis accompagné par les bandes dessinées absurdes d’ExpExp, mon vieux complice et de quelques autres personnes. C’est toujours un plaisir de participer à ce genre de publications.
     

     Un peu de musique pour se mettre dans l'esprit :