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    dimanche 26 mars 2023

    Cinoche P comme Pourris : Avatar 2 : la voie de l'eau de James Cameron (2023)

    Après un moment à bosser d’arrache-pied sur Ethel Arkady ou les Chroniques de Yelgor, il est temps d’exécuter un minuscule pas de côté pour rédiger de nouvelles critiques de films, mais dans un format un peu moins formel, plus libre et plus rapide que celles que j’ai déjà produites. Depuis la fin du confinement, j’ai retrouvé le chemin des salles obscures, et je pense qu’il est utile de jeter un regard dans le rétroviseur sur ce que j’y ai vu.


    À tout seigneur, tout honneur, jugeons sur pièce la dernière cathédrale cinématographique du Grand Jim, la ©Révolution Copernicienne qui nous apprendra comment l’on réalise des films à l’aune des années 2020, alors même que les IA sont en passe de remplacer les artistes[1]. D’une durée astronomique Avatar 2 propose un spectacle total, en 3D 400 THX 6.2 de mon cul, avec une myriade de détails et de biens belles vignettes, ma bonne dame, qu’elles sont magnifiquement poétiques ! Pouet, pouet !

    Alors, non ! Juste non ! Ce film est une insulte à l’intelligence humaine. Si je ne cracherais pas sur la réalisation qui vaut mieux que le moindre plan pondu par un « yes-man ! » de chez Disney, je ne m’extasierais pas non plus sur celle-ci. Elle ne comporte que peu de plans signifiants, se contentant d’illustrer de manière besogneuse le scénario. C’est le strict minimum syndical ce qu’on attend d’un réalisateur comme Cameron. Pour le reste, les thèmes exploités dans le récit ne dépareilleraient pas dans un western du Duke, avec cette bonne vieille moraline ricaine assénée au marteau-piqueur avec la légèreté d’un quinze tonnes bourré à la Kronenbourg. Hésitant comme un étudiant encore hébété par sa soirée de picole entre différentes voix narratives – sans en retenir aucune – le film ne répondra à AUCUNE des questions qu’ils posent lui-même, vous rotant des TGCM à la gueule en guise d'explication.

    Les beaux esprits qui s’accrochent à cette ©Révolution avec l’énergie du désespoir tente de transformer cette informe masse de plastique en un chef-d’œuvre ne contemple au fond que la déshérence morbide de leur idole passée. À l’évidence, et depuis une bonne vingtaine d’années, le cinéma de Cameron est rentré dans un coma avancé. Le premier Avatar recyclait déjà des pans entiers de sa filmographie dans un vomi de couleur fluo usant de ces Schtroumpfs comme de jouet dans des décors puant le silicone à plein nez. Ce nouvel opus entérine cette chute.

    Ce n’est pas parce que le film possède une structure en « chiasme » que ça le transforme en parangon d'intelligence. Maîtriser ce genre d’outil narratif, c’est la base pour n’importe quel aspirant écrivain. Ça n’excuse en aucun cas tous les trous dans la trame scénaristique sur lesquels je ne m'étendrai pas[2], ça serait trop fastidieux. Je signalerai juste que le film appartient au genre de la science-fiction, et que cela demande donc une rigueur de tous les instants dans l'exploitation de la logique interne du récit. Qu’en 13 ans (bordel !) personne dans la production n’ait rappelé au ©Grand Jim que les spectateurs ont besoin de règles claires, précises et que l’on réponde aux enjeux que l'introduction lance reste une éclatante preuve de paresse intellectuelle.

    Dans cet étron, tout est à chier : la musique vous scie les nerfs avec ses 250 000 cordes aussi asthmatiques, singeant les compositions de James Horner, lequel avait déjà pas mal recyclé ses plus glorieuses mélodies sur le premier épisode de cette saga, devinant peut-être que le réalisateur se muait en une caricature de lui-même ; Sam Worthington, à son habitude, livre une « performance » brillante de gnou sous prozac, tout à fait reconnaissable malgré son grimage bleu : Le vide abyssal de son regard vous hantera toute la nuit, on touche l’infini en se perdant dans cette négation de l’intelligence ; les autres acteurs déclament les pires inepties dans un surjeu constant, couverts des plus beaux effets spéciaux du monde, enfin pas un de ses personnages ne mange, ne saigne, trahissant là leur véritable nature « d’avatar » en plastoc, détaché de la contingence biologique qui est le lot du vivant. Cette artificialité eût pu être une mise en abîme terrifiante, mais cela restera un éclair de lucidité de la part du ©Grand Jim dans cette océan de vacuité.

    C’est que, film grand public oblige, et avec toutes les sensibilités exacerbées de notre époque, il ne faut froisser personne. Effaçons donc ces manifestations organiques qui sont pourtant à la base de notre vie en communauté[3]. J’aimerais aussi profiter de cet inventaire pour gloser sur le flagrant délit d’anthropomorphisme éhonté qui implique les baleines à mâchoire trifide. Ce moment de cinéma en or massif a pulvérisé le seuil de mon incrédulité à Mach 6 dans un élan de ridicule auquel même les dessins animés les plus niés de l’Oncle Walt n’ont rien à envier.

    Quant à « l’inventivité » du monde de Pandora, si foutre six pattes à des chevaux et coller une collerette à des plésiosaures est un parangon de création, je pense que la plupart des écrivains de fantasy se retournent dans leurs tombes. Il n’appartient qu’à vous d’ouvrir un livre d’Ernst Haeckel pour découvrir la pauvreté cagneuse de cet univers en carton-pâte numérique. En vérité, ce truc – j’hésite à appeler ça un film – ressemble beaucoup aux productions Marvel. Alors, comme je l'ai dit plus haut, certes pas au niveau de la réalisation, mais dans son vide thématique abyssal, son manichéisme abject, ses péripéties toutes plus téléphonées les unes que les autres, l’idiotie crispante de ses personnages, l’on retrouve la même absence d’ambition, la même atonalité un poil méprisante pour son public.

    Et pour cause, c’est que ce « truc » ©Révolutionnaire coûte le PIB d’un pays en voie de développement. Il faut se rembourser ma petite dame ! Que les actionnaires en aient pour leurs thunes. C’est d’autant plus amusant, de manière métatextuelle, que le film se vautre comme un cochon dans un écologisme d’apparat, alors que dans sa fabrication, il se situe aux antipodes de ce qu’il prêche avec une suffisance qui confine à l’insulte caractérisée. Et c’est peut-être cette hypocrisie crasse qui m’a le plus ulcéré. Cette façon sordide de se draper dans sa morale, sûre de son bon droit, qui n’appartient qu’au bourgeois, transpire par toutes les puces électroniques de cette sinistre et trop longue merde.
    ________________________________________________________ 

    [1] – plus malléables, n’ouvrant pas leurs gueules, qui s’en plaindra ? Sûrement pas les spectateurs habitués aux scripts pourris de chez Marvel.

    [2] – pour la bonne bouche, je citerai tout de même ces séquences ahurissantes ou les antagonistes ont TOUTES les cartes en main, les personnages dans leurs viseurs, mais laissent passer l’occasion parce que ça convient au réalisateur ! Du ©Génie !

    [3] – La plus simple des méthodes pour tisser des liens entre êtres humains consiste souvent à se réunir autour de gueuletons. Un élément que le film occulte, puisque pas un de ces personnages n’est incarné.

    mardi 8 janvier 2019

    Cinoche P comme Pourri (?) : Alita : Battle Angel (Robert Rodriguez & James Cameron, 2019)

    AVERTISSEMENT : Ceci n’est qu’un avis que vous n’êtes en aucune manière obligé de partager. Mon humble but ici est de proposer une lecture de mon ressenti. Si d’aventure vous vous sentez l’âme d’un justicier en déposant une pêche dans la section des commentaires, sachez que cela ne me fera pas changer d’avis et que vous perdrez votre temps. En vous remerciant pour votre compréhension… 

    Toutes les images appartiennent à leurs créateurs et je ne les ai mises ici qu'à titre d'exemple pour appuyer ma démonstration., Je vous encourage d'ailleurs à découvrir le manga d'origine, dans sa première traduction, bien plus brut de décoffrage.

    Clinquant & brillant : tout ce qu'il ne faut pas faire...


    Allez, je vais faire un peu de publicité ! C’était si gentiment demandé.

    L’invitation était imprévue, mais comme j’ai apprécié le manga Gunnm de Yukito Kishiro lors de sa première sortie en livre – ce qui ne me rajeunit pas – et que ma compagne m’avait alléché par une bouffe aux frais de la princesse, pourquoi pas ?

    Et nous voilà, traversant une ville sous un ciel si bas que les canards se sont pendus pour être accueillis par une charmante hôtesse du multiplexe locale qui en a profité pour nous donner quelques objets promotionnels aussi esthétiques que vains. Mention spéciale à la pseudo main de Fatima couverte de slogans pour têtes blondes prépubères en pleine crise de dermatite séborrhéique dont je n’ai absolument pas pané le rapport avec le film, mais passons.

    La petite collation fut fort sympathique et elle méritait à elle seule le déplacement. L’équipe du multiplexe a été aux petits soins pour nous – après tout, n’étions-nous pas les agents publicitaires les moins bien payés du monde – et entre ceci et les coupes de mousseux distribués avec une largesse étourdissante, nous avons vite fini la soirée dans un état second. À un tel point que j’ai presque oublié les quelques échantillons que nous avons visionnés, car la félicité digestive était un soulagement par rapport aux douloureuses minutes que nous nous sommes vues infligées.

    Passé une séance d’auto congratulations énamourées toutes hollywoodiennes entre le producteur et son réalisateur, nous eûmes droit à quelques séquences introduites par des cartons indiquant les enjeux principaux. Et...

    Il est indispensable ici de séparer le bon grain – trop rare – de l’ivraie – fourni avec une prodigalité foisonnante – par ces morceaux disparates de métrage.

    Dans la catégorie des choses appréciables, on retiendra :

    Christopher Waltz bouffe l’écran et éclipse ses petits camarades. C’est le type d’acteur qui peut sauver le pire des infects nanars par sa présence charismatique et le velouté de sa diction parfaite.

    — Les « grands yeux » de l’héroïne éponyme passent crème et sont justifiés par son origine aussi martienne qu’antique. La fameuse Vallée dérangeante trouve donc toute son application dans le cadre de la fiction et renforce la singularité synthétique du personnage. C’est un choix esthétique qui peut surprendre, mais qui se défend plutôt bien. Le mélange bâtard entre l’animation par ordinateur et la prise de vue directe eût pu être une excellente idée, en parfait accord avec un récit dans lequel la chair et le métal s’épousent en d’orgiaques monstruosités.

    Toutefois, il m’est impossible de juge de la consistance du scénario avec ces quelques morceaux. Tout au plus puis-je déduire que des choix ont été faits dans la trame du manga et qu’ils ne me paraissent ni pires, ni meilleurs que d’autres. Les deux cinéastes ont compris qu’adapter c’était trahir et que les deux œuvres mèneront des existences différentes et pourront s’enrichir l’une l’autre.

    Ajoutons, pour rendre à César ce qui appartient à César, que ce caméléon stylistique de Robert Rodriguez a adopté une mise en scène à la « James Cameron », tant l’influence de l’un se ressent sur l’autre.

    Ce n’en est que plus bénéfique pour le résultat final puisque les tics les plus exaspérants d’un réalisateur à la carrière en dents de scie sont largement atténués. Les quelques moments d’action regorgent d’idées visuelles sympathiques – j’ai un faible pour la cyborg équipée de bras évoquant les pinces des mantes religieuses et sa façon de bouger calquée sur celle de l’insecte, c’est bien vu et original – et ne manquent pas de rythme. En dehors du redondant ralenti pour iconiser le personnage principal, c’est vif et énergique. Là-dessus je ne peux que tirer mon chapeau. Le dynamisme des planches de Yukito Kishiro a bien été synthétisé pour le grand écran.

    Pour le reste…
    Arf…
    Le Cyberpunk en 2018…

    Je vais juste m’attacher à l’esthétique du film, à ce que son langage me dit de la compréhension qu’il a eue de ce courant de la science-fiction que j’affectionne particulièrement puisque ces thématiques entrent souvent en résonance avec mes propres préoccupations. Et tel qu’il est présenté pour le moment, le film n'en retient pas grand-chose.

    La relief, gadget marketing s’il en est, était-elle nécessaire ? Et puis cette photographie clinquante, clinique, à l’opposé de ce qu’on attend d’un métrage dont le sujet est, faut-il le rappeler, les aventures d’une cyborg qui se bat dans un endroit qui se nomme LA DÉCHARGE, sous l’ombre d’une citée suspendu dans l’espace qui y déverse ses innombrables déchets.

    Des junkies se cachent dans cette image, seras-tu les trouver ?

    Tiens, puisqu’on en parle, le lumpenprolétariat qui se tasse sous la férule dictatoriale de Zalem est le plus souvent constitué d’êtres crasseux, malades, ou reconstruis avec des pièces cybernétiques parfois bricolées. De pauvres hères qui se défoncent en permanence pour fuir une névralgie quotidienne entre deux greffes indispensables à leurs survies. Les chirurgiens sont souvent des charlatans, obligeant ceux qui ne peuvent pas payer à pratiquer le vol d’organes ou de moelle épinière. Et quand on est trop impécunieux pour s’offrir une dose, on absorbe la drogue par décapsulage express de la boîte crânienne. En résumé cet univers est un enfer glacial peuplé de monstres où se rassemblent les pires tares de l’espèce humaine… On est assez loin des minets à gueule de gravure de mode qui hantent les quelques minutes que j’ai pu visionner.

    Vous pourriez penser que je chipote, mais un choix esthétique, même insignifiant en apparence, génère un message. Et avoir remplacé la population de la DÉCHARGE par une cohorte d’adolescents sortant d’une énième saga de « Young Littérature » lambda en dit beaucoup sur la non-compréhension des thématiques du manga et plus largement du genre cyberpunk. Ce qui constitue un paradoxe cocasse, puisque c’est James Cameron qui aura donné ses plus beaux cauchemars pelliculés à ce style avec son Terminator[1]…

    Car outre la quête du héros ma foi assez classique dans laquelle à l’air de s’inscrire la trame principale du scénario, les enjeux de Gunnm se concentrent sur la question du rapport au corps et de son influence sur notre esprit. En cela le cyberpunk côtoie souvent le body-horror avec ses abominations cancéreuses et sa chair martyrisée. Et des monstruosités, il y en a dans les aventures de Gal… euh… Alita : de la cervelle étalée sur le bitume en passant par des transformations immondes et de pures visions d’horreur malsaine. Un éventail de terreurs intimes qui — derrière le lustre des combats d’arts martiaux — sert le propos du récit avec une admirable intelligence et le distingue sans effort de ces voisins de palier.


    Une scène du manga qui m'aura bien marqué...

    Pour le dire autrement : pour être fidèle à l’esprit de l’œuvre de Yukito Kishiro et en extraire la substantifique moelle, il eût fallu salir tout ce qui est présent à l’écran. Les acteurs auraient dû avoir des trognes sortant tout droit d’un tableau de Bosch, des maladies de peau à vous donner envie de vous gratter jusqu’au sang, des prothèses rouillées... Nous aurions dû voir des junkies agoniser dans d’interminables apoplexies dans les caniveaux boueux de la DÉCHARGE. Eussent-ils été attachés à leurs sujets, les auteurs auraient adopté une esthétique gore, à la limite de la complaisance putassière. Pourquoi ? Car la chair meut en sous-texte le récit et impose sans cesse sa loi paradoxale.

    Mais voilà, mettre sur pieds un film implique de se frotter à des financiers, et même si j’imagine que le producteur n’a pas de souci de portefeuille, il faut s’assurer un retour sur investissement, donc fabriquer une marchandise soigneusement calibrée, qui rentre dans les cadres étroits de la mode cinématographique contemporaine pour attirer un chaland de moins en moins enclin à payer son écu en ces temps de crise. Du coup on aseptise, on repeint, on colmate… On réduit la valeur d’une œuvre séminale à un ersatz rabougri par l’idée que l’on se fait du goût de la foule.

    Exit donc les gueules cassées, l’ultra-violence décomplexée et les visions d’horreur et place à un ripolinage en règle. On ravale la façade, cachez-moi ses disgracieuses verrues que je ne saurai voir ! Et comme cet état d’esprit contrevient aux grandes interrogations qui irriguent la saga d’origine, je crains que ce film ne soit qu’un ratage de plus dans la longue liste des pellicules clinquantes dont ne cesse de nous abreuver l’usine à rêves ces dernières années.

    Personnellement, je souhaiterais un doigt de cauchemar, surtout lorsque ceux-ci sont pétris de questionnements philosophiques. Parfois un bon choc esthétique, ça ouvre les yeux !

    Oh ! Le spectacle est sûrement au rendez-vous, certes ! La réalisation soignée fait bien son boulot. C’est beau. C’est un peu le problème… Derrière l’emballage très cliquant, ce qui se laisse deviner ne parvient pas à dépasser le stade du scénario hollywoodien lambda avec sa quête hérité de Joseph Campbell, son histoire d’amour niaise – un tic de James Cameron depuis son célèbre naufrage de trois heures – et son héroïne combative, très à la mode parce que : allô, on est en 2018 (bientôt 19) [2], quoi ! Outre les oripeaux arrachés au cadavre du cyberpunk, rien ici ne correspond à une œuvre qui prend à bras le corps ses sujets adultes.

    De quelques manières dont on l’aborde, le cyberpunk, comme tout autre thème de l’imaginaire ne supporte pas la demi-mesure, les approches tièdes. Il faut plonger ses mimines créatives dans la poésie du macabre, quitte à sacrifier au passage une audience grand public qui, de toute façon et contrairement aux calculs cyniques de studios, ne se déplacera pas pour ce type de spectacle.

    Si vous êtes en manque de cyberpunk, vous devez chercher des productions moins fournies en billets verts dématérialisés, mais dont les esthétiques ne rentrent pas en contradiction avec le sujet qu'elles illustrent. Car si le film de Rodriguez s’emploie à être très « cyber », je constate avec amertume son déficit de « punks », pourtant légion dans le manga.

    Prenez donc le temps de faire un tour chez le chef-d’œuvre de Popaul Verhoeven : RoboCop (1987) dont ni le propos politique, ni les questionnements sur la survivance de l’identité dans un corps étranger n’ont jamais été aussi bien traités, le tout à travers une violence exacerbée, point d'orgue d'un chemin de croix électronique d'un représentant exemplaire du cyberpunk.

    Confrontez-vous au Tetsuo (Shin'ya Tsukamoto ,1998) dont la brutalité et le tournage sans le sou donnent tout son sens au mot « punk ». Un film d’ailleurs adoubé par le fer de lance du genre : William Gibson.

    Enfin, n’oublions pas le crépusculaire Hardware (Richard Stanley,1990) et son robot meurtrier qui se nourrit de son environnement ou encore le dépressif Passé Virtuel (Josef Rusnak, 1999) et son exploration glaçante des terres numériques ou le très récent Logan (James Mangold, 2017), western futuriste poisseux illustrant la déréliction des mythes américains…

    Et des titres comme ça on pourrait en citer par paquet de douze, ne serait-ce que la carrière de David Cronenberg qui a tourné durant toute une époque autour de l’idée du mariage entre la chair et l’acier… Des pellicules exceptionnelles, dans lesquelles l’absence de moyen se transforme en force esthétique mise au service d'un récit, d'une métaphore ou juste d'un coup de boule dans ta chetron.

    Et je ne parle même de la pelleté de films japonais qui utilisent le cyberpunk à la perfection, oscillant de la perfection d’un Ghost in the Shell (Mamoru Oshii, 1995) à l’agressivité hystérique et fauchée d’un Pinocchio 964 (Shozin Fukui, 1991).

    Que l’on soit simple curieux ou cinéphile, il y a largement de quoi faire plutôt que de payer son écot pour ce qui ne sera en fin de compte qu’un simulacre de cinéma.
     
    Et du coup, mon gore craspec, je m'assois dessus ?

    _________________________________________________

    [1] – Un James Cameron qui aura déjà été la tête pensante d’une série pouvant être considérée comme un quasi « brouillon » des aventures de Gal… Alita : Dark Angel. Contexte cyberpunk blafard, bien plus efficace dès les premières images que celui ripoliné du film à sortir, héroïne créée pour être une guerrière invincible, et mentor scientifique à la chevelure en pétard… L’influence du manga de Yukito Kishiro est patente dans le moindre photogramme. Il ne manquait plus qu'une réalisation à la hauteur des ambitions de la série, las ! Tout cela est dans les clous d'une certaine médiocrité télévisuelle assez commune. 

    [2] – Ceux qui sont déjà venus ici savent que je n’ai absolument RIEN contre le fait de mettre en scène des femmes en tant que personnage principal dans des fictions (cf. ma chère Ethel Arkady). Par contre, le faire par pur calcul opportuniste bien glaireux, cela m’insupporte au plus haut poing.

    lundi 6 mars 2017

    Cinoche P comme Pourri... : Your Name (Makoto Shinkaï, 2017)

    AVERTISSEMENT :
     
    Ceci n’est qu’un avis que vous n’êtes en aucune manière obligé de partager. Mon humble but ici est de proposer une lecture de mon ressenti sur ce film que l’on porte – selon moi – un peu trop rapidement au pinacle. Si d’aventure vous vous sentez l’âme d’un justicier en déposant une pêche dans la section des commentaires, sachez que cela ne me fera pas changer d’avis et que vous perdrez votre temps. En vous remerciant pour votre compréhension…
     
    Certains n'ont peur de rien : "le successeur de Miyazaki"...
    Qu'on se rassure, avec des films de cette trempe, ce n'est pas pour tout de suite !
     

    Prologue.

    J’en avais déjà parlé dans la critique de Zombie Cherry : dans ses meilleurs moments, la culture populaire nippone [1] a la capacité de saisir le spectateur à revers pour lui arracher des larmes alors même que celui-ci pensait avoir juste affaire à une comédie déjantée. Cet effet est recherché par les créateurs du soleil-levant, insufflant à des œuvres paraissant mineures un supplément d’âme bienvenue. Ces ruptures de ton – que peu de réalisateurs osent en Occident – requièrent un dosage subtil, une savante manipulation de nos affects avec comme ingrédient principal des personnages pour lesquels nous nous impliquons. Les séries sont mieux à même de jouer avec ces mécanismes, car la longueur étendue suppose une connivence accrue avec nos protagonistes préférés.

    En revanche quand l’exercice de style se vautre, que le spectateur sent que le film essaie d’instiller un sentiment dans son cerveau – sans y parvenir – alors, bien plus que l’ennuie, c’est le rejet immédiat et la colère qui l'emportent. Your Name appartient à ce club assez fermé des œuvres qui m’auront valu une nuit blanche de ruminations. La virtuosité du réalisateur – survendu à mon humble avis – a échoué à percer mon petit cœur de midinette car la manipulation fût grossière et insultante.

    1. Synopsis.

    Your Name narre donc les déboires de deux adolescents japonais que tout sépare, le sexe, la distance et la culture. Lui est un Tokyoïte bûcheur qui en plus du lycée accumule le job de serveur pour pallier à une démission parentale patente. Il est pris d’un étrange sentiment de mélancolie en voyant une comète enflammer le ciel de la ville –, malgré la pollution lumineuse et atmosphérique de la mégalopole… Passons… –, elle est une provinciale officiante parfois comme prêtresse lors de cérémonie shintoïste tenue vaille que vaille par sa grand-mère. Cette originalité fait d’elle la proie de quelques moqueries dans le village, surtout que son père brique une énième fois le poste de maire. Nos deux joyeux comparses se retrouvent un beau jour à échanger leurs corps de façon anarchique. Décontenancé par le phénomène et ces quelques – bénignes hein, faudrait pas ajouter de la profondeur… — incidences sociales, ils essaient de comprendre le pourquoi du comment. Ce faisant, ils réalisent qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre. Sauf que la jeune fille est non seulement éloignée du garçon géographiquement, mais aussi temporellement puisque la fameuse comète – dont une partie a chuté sur terre – a rayé la petite ville provinciale de la carte en une grande explosion il y a de cela trois ans. C’est alors que le garçon va tout faire pour changer le cours des événements.

    2. Thématiques et exploitations.

    Que ce résumé est long ! Le film emmêle les thèmes complexes par bouquet de douze en les assénant à coups de symbolisme lourdingue, comme cette scène de destruction massive censée nous faire songer à Fukushima [2] –, le scénariste ignorant qu'une catastrophe naturelle n'a rien à voir avec un incident nucléaire... – et les agglomère sans rime ni raison dans une espèce de frénésie chaotique. Je me suis demandé si, quelque part dans le processus de la production, un script-doctor n’aurait pas dû signaler à l’auteur de se concentrer sur un seul sujet pour lui appliquer un traitement idoine plutôt que de disperser son énergie aux quatre vents. Parce qu’entre le changement d’identité – et de sexe ce qui, en pleine adolescence de surcroît, est tout sauf bénin –, les imbroglios spatio-temporels et une histoire d’amour plaquée de manière artificielle sur tout ça, ça fait beaucoup... Exploiter le tout en moins de deux heures requerrait d'être un génie… Ce que le réalisateur, malgré ce que les échos élogieux de la presse et de ses groupies laissent entendre, n'est pas. Au mieux se situe-t-il au niveau d’un excellent technicien auquel il manque l'indispensable scénariste avisé.

    La question du paradoxe temporelle n’a d’ailleurs aucune importance dans le court de l’univers du film. Ainsi qu’en est-il de la ville qui est au final sauvegardée alors que celle-ci devait être rasée dans la première version des événements. Ce sauvetage in extremis par « un voyageur imprudent » a-t-il une incidence sur les personnages ? Leurs entourages ? À peine plus qu’un pet de souris. Quel est le rapport avec la comète qui ouvre le récit, une des rares séquences à valoir le déplacement ? Schnol ! Bernique ! Rien ! Que dalle ! Peau de zob ! Nada ! Le scénariste est en grève, veuillez laisser un message.... Sans rechercher à tout prix une explication claire de tous les fils dramatiques, je goûte assez que l’on conserve des zones de floues pour faire travailler mon imaginaire. Les thèmes présentés dans l'introduction – une promesse de l’auteur aux spectateurs – doivent trouver une utilité dans la narration, d’autant plus quand ceux-ci ont un tel potentiel de fascination, sinon à quoi bon les employer ? Quant à la dualité ville-tradition, évoquée en filigrane, elle est évacuée d'une chiquenaude en même temps qu'une foultitude d'autres éléments. L’auteur préfère accorder toute son attention sur nos deux très puritains adolescents.

    L’inversion des corps – en plein bouillonnement hormonal – demeure est traitée par-dessus la jambe alors que cela aurait pu être l’occasion de répondre à la maxime : l’esprit est-il un jouet pour le corps ? [3] De cet échange ponctuel d’incarnation, les protagonistes ne retirent rien et n’effectuent aucune évolution dramatique. Comment tombent-ils amoureux, étant donné leurs manques assez flagrants de personnalité, pourquoi ? Pour cela, l'auteur aura recours à la plus vieille et vile astuce disponible dans son médiocre répertoire : un montage sur de la J-Pop bien sûr ! Voilà pour le soi-disant « romantisme »…


    3. De la mise en scène.

    La mise en scène se perd dans les contorsions d'une virtuosité superfétatoire plutôt que de trouver des solutions cinéma pour tisser l'alchimie des sentiments par le biais de l’image. Si certains laudateurs se sont esbaudis sur le rendu « réaliste » des scènes de métro – l’auteur use et abuse des ouvertures et fermetures de portes coulissantes comme autant de « volet naturel » pour alterner le point de vue – je serais pour ma part beaucoup plus sévère. D’une part le réalisme ces séquences ne m’éblouit pas, mais en plus cette débauche d’efforts pour un résultat aussi minable en terme d’immersion – puisque le film tente de m’arracher au marteau piqueur une sensation de mélancolie – aboutit à un effet inverse, c'est-à-dire une neutralité de ton embarrassante. Le réalisateur semble incapable de voir au-delà de la technique. Avec un pareil sujet, il y aurait pourtant eu un vrai travail à faire sur l’expressionnisme, sur les codes de couleur, sur le graphisme et la ligne... Quelque chose qui joue avec toutes les possibilités offertes par l'animation. Ici l’on préfère s’attarder sur l’exactitude des rivets et sur la diffraction de la lumière crue sur le métal. L'onanisme technologique, en ce qui me concerne, m’a toujours laissé de marbre.

    Que m’importe qu’une rame de métro soit « bien » dessinée si la présence de celle-ci au sein du récit est tout à fait banale ? Au dernier quart du métrage l’auteur s’ébroue un peu, se souvenant qu’il fait un film d’animation et qu’il peut donc s’affranchir des limites physiques de notre monde pour se lancer dans quelques timides et maladroites expérimentations. Las, cela vient trop tard et presque sans aucune justification narrative conséquente – enfin, il y en a bien une, mais elle participe d’une telle mièvrerie que j’ai failli me noyer dans la guimauve – et demeure d’un rendu graphique trop convenu. Loin, très loin sont les emportements d’une Princesse Kaguya (Isao Takahata, 2013) qui, en quelques intenses secondes, parvenaient à synthétiser avec fougue la crise de colère, de rage et de chagrin de l'héroïne en titre. Une séquence audacieuse au service des sentiments du personnage et qui use de toutes les armes du dessin pour arriver à ses fins… Se vautrer dans des mouvements de caméra ostentatoires inutiles [4] pour modeler un espace dont je sais pertinemment qu’il s’agit d’une simulation de silicone démontre une certaine immaturité et un manque de pertinence flagrant. J’accepte le fait que tu sois un dessin animé, Your Name ! Tu peux assumer ta condition et me faire des propositions de mise en scène novatrice pour capturer mon attention...

    4. De la musique et d’une maladie répandue.

    Si le rendu visuel se montre insuffisant à me satisfaire, qu’en est-il de la musique ? Accompagnement souvent discret chez les meilleures, l’emploie de celle-ci demeure problématique, en particulier dans les productions relevant du grand public, qui surlignent avec de gros sabots le moindre passage pour nous faire comprendre que là il faut avoir peur, là il faut pleurer, etc.… La bande-son de Your Name ne fait pas défaut au reste du métrage dans la médiocrité crasse. Les ténors de l’animation japonaise comptaient d’habitude sur des compositeurs inspirés, Joe Hisaishi, Kenji Kawaï et Yoko Kanno pour les plus connus... Les producteurs de Your Name ont recours à une espèce de J-pop sirupeuse et larmoyante qui peint en rose fuchsia tous les moments sentimentaux, les noyant dans une avalanche de kitsch involontaire. Il n’y a pas un seul passage de silence [5] – alors que des Hayao Miyazaki, des Mamoru Oshii ou des Isao Takahata ménageaient à dessein des plages contemplatives qui, loin de desservir leurs films, les ennoblissaient d’un réel respect pour l’intelligence du spectateur. Même les codes sonores comme le bruit d’une clochette dont usent Your Name sont assénés avec un aplomb grotesque.

    Au-delà du problème que pose la posologie musicale, ce film souffre d’une tare — répandu en Occident — qui a contaminé l'industrie cinématographique japonaise par les capillarités que le pays entretient avec ses colonisateurs : les États-Unis. Se calquant sur le modèle des blockbusters américains de la dernière décade, le cinéma populaire japonais s'est déparé de sa spécificité pour s’aligner sur un modèle narratif qui – pour efficace qu’il soit – manque de singularité. L’emploi systématique de mélodies commerciales estampillées « romantiques » est une des innombrables formes de cette pathologie culturelle causée non seulement par une certaine mondialisation, mais aussi par l’embrasement des coûts de production qui font que seules quelques gargantuesques compagnies détiennent les lacets de la bourse qu'elles ouvrent avec parcimonies et uniquement si un staff de technocrates aux cœurs de calculette sont convaincus de la rentabilité immédiate du métrage. En résulte une érosion de toutes les particularités qui confèrent une identité au cinéma de chaque pays  — ici japonais — pour tendre vers un cinéma lyophilisé, roboratif et uniformisé. Dans Your Name tous les ingrédients sont là, mais la recette devient une mouture industrielle : la sauce est allongée au sucre, au sel, à l'additif CGI et l’ensemble est immangeable. Je passe rapidement sur le placement de produit intempestif, principalement des applications pour Aïe-phone reproduite à l’écran avec un soin maniaque, Nous n'en sommes plus à un détail près...

    5. Des personnages.

    Le lycéen lambda n°328 – s’il a quelques dons pour le dessin, lointain écho du réalisateur ? – demeure une fourmi industrieuse et parfois bagarreuse comme on en a vu 36.250 dans n’importe quel shônen. Quant à la fille, excepté les traditions shintoïstes familiales qui seront utilisées comme nébuleux prétexte à une séquence onirique pour les nuls, elle se maintient dans des stéréotypes éculés dignes des animes de harem les plus émétiques. Minaudant à tout va, incapable de se bouger le cul, elle aura fait de son pire pour me gâcher le peu d’intérêt qui me restait de la chose. Avec cette caractérisation à la truelle, il devient aisé de deviner qui est qui lors des inversions de corps. Un scénariste et un réalisateur doués d’un minimum de neurones auraient induit le spectateur en erreur en opérant un subtil dégradé entre les deux personnalités, chacun prenant peu à peu des tics, des expressions ou des manières d’être de l’autre.

    6. Conclusion.

    À défaut de vous conseiller de voir ce truc, je trouve sain d'identifier les raisons d'une appréciation – ou d'une détestation – d'une œuvre. Et j’ai cordialement exécré chaque douloureuse seconde de ce métrage. Si je me montre volontiers indulgent à l'égard des films dotés d'un budget famélique – dont chaque séquence réussie ou ratée est polie avec amour par ses concepteurs —, je suis en revanche beaucoup plus strict avec une production possédant une enveloppe conséquente pour matérialiser ses carabistouilles. Ce qui est le cas de Your Name. Ce n’est pas un nanar, juste un très mauvais film bénéficiant d'un engouement que je ne m’explique pas.

    Malgré le soin de cruciverbiste fou qu'apporte l'auteur à son œuvre, il échoue systématiquement à créer la moindre once de sensation et cet échec maladif attise mon aigreur. Parce que si j'accepte de me faire manipuler en m'installant dans un fauteuil de cinéma pour déguster un film, encore faut-il que le cinéaste respecte son contrat en m'aidant à soulever mon incrédulité. Si à aucun moment son travail ne m'offre de points d’ancrage, si l’univers, les personnages et la direction artistique qui le meuvent ne m’émeuvent pas et que – de surcroît – je distingue les artifices dont use la mise en scène pour m’arracher une émotion particulière, alors j’ai le droit de dire que l'auteur se fout un peu de ma gueule. [6]

    En choisissant la voix du moindre mal, la plupart des réalisateurs des films à gros budgets se vautrent dans la facilité et Your Name ne fait pas exception à la règle. Les subtilités qui existaient chez les maîtres de l’animation japonaise sont ici évacuées au profit d’une vacuité hallucinante. Your Name c’est l’équivalent d’un Marc Levy au Japon avec un vague fond de couleur locale qui ne sera jamais exploitée. L’auteur préfère immortaliser les insupportables minauderies de son héroïne. C’est un choix. Je ne l’approuve pas.

    ________________________________________________

    [1] – La « culture populaire » mériterait d’ailleurs une définition précise qui pourrait englober tous ses multiples aspects. Je prends dans cet article le postulat de l’identifier comme relevant de tout ce qui s’approche de près ou de loin du manga, des animes ou même des dramas (il y a quelques-uns dont les qualités n’ont rien à envier au film malgré – ou à cause – d’une économie de moyen drastiques…), sachant pertinemment que cette démarche est bancale.

    [2] – Visuellement l’explosion en question ressemble plus à un impact de bombe nucléaire – tout au moins est-elle mise en scène ainsi – mais pour une raison que je ne m’explique pas, tous les commentateurs francophone ont plaqué Fukushima sur cette séquence… Une mémoire défaillante et sélective peut-être ?

    [3] – M’ennuyant notablement pendant la projection qui s’éternisait – film à minutes compte quadruple – je songeais que c’était assez fou, avec un ressort dramatique pareil, d’avoir une réalisation à ce point clinique – évacuant même la sensualité inhérente au dessin… – et de passer à ce point à côté de la question sexuelle. Sans parler d’en faire une œuvre relevant de l'érotisme, je comprends que ce n'est pas le but, mais ces personnages sont aussi cul serré que s’ils avaient été drillés par le prêche d’un Saint-Augustin sous cocaïne. Mis à part un gag récurrent sur les seins qui a la subtilité d’une blague de camionneur russe chargé à la vodka (pouêt-pouêt camion ! Nichons !), nous n’aurons guère plus d’indices sur la sexualisation des héros. Un vrai fantasme de curé priapique, cet anime. Sur ce sujet, mieux vaut lire l’excellent manga psychologique Dans l’intimité de Marie de Shuzo Oshimi (éd. Akata, 2015-…) qui creuse beaucoup plus loin les conséquences d’une telle bascule corporelle.

    [4] — Savoureux paradoxes, je raffole chez les virtuoses de la caméra comme un Sam Raimi ou un Dario Argento en forme. Et s’ils me plaisaient, c’est qu’ils imposaient une déformation de la réalité pour mieux servir leurs propos, un expressionnisme furibard qui ruait dans les brancards de la réalisation à Papa.

    [5] — Je suis de mauvaise foi : il y a un unique moment de silence ! Les quelques secondes qui précèdent l’explosion. Instant salutaire qui a soulagé mes tympans réduit en charpie par la cacophonie ultérieure. Néanmoins là aussi, l’auteur ne fait pas vraiment œuvre d’une vertigineuse maestria. Il suffit de songer, au hasard, à Akira (Katsuhiro Otomo, 1988) qui plaçait la barre très haute en matière de représentation de déflagrations destructrices…

    [6] – Le terme émouvoir est à prendre dans un sens large. L’on peut – et c’est mon cas – être « ému » par un geste artistique, par une mise en scène sans qu’il ne soit nulle part question de sentiment. Ainsi, le cinéma de Stanley Kubrick — pour citer un exemple parlant — n’est pas vraiment habité par une franche empathie pour ses personnages. Néanmoins, sa réalisation millimétrée et ces histoires s'aventurant hardiment dans les zones d'ombres de la nature humaine nous amènent à réfléchir à notre propre condition. Kubrick respecte l’intelligence de son spectateur. Les responsables de Your Name préfèrent les infantiliser...

    dimanche 22 juillet 2012

    Cinoche P comme Pourri : Bat-catastrophe !!

    La récente tuerie autour du blockbuster de Christopher Nolan ouvre à nouveau les vannes d’un marronnier agaçant des JT en mal de sensations : la mauvaise influence d’un certain cinéma sur les esprits. Les faits sont plus complexes que ce type de raccourcis absurdes…



    Ça faisait longtemps que les médias n’avaient pas remis le couvert, à un tel point que cela m’étonnait un peu ! Revenons en arrière un petit moment, à l’époque des années 90 où ma cinéphilie se nourrissait de films d’horreur des années 70 à 80 tandis que le climat devenait pesant pour les amateurs de genre. Groupe de pressions catholiques, parents d’élèves relayés par la presse s’acharnaient sur ces pellicules censées distiller au sein des cerveaux des envies de meurtres. On citait à l’appui des cas de tueurs en série ou d'assassinats sordides soi-disant inspirés par des films d’horreur. Des pédopsychiatres envahissaient les plateaux de talk-show pour nous effrayer en analysant des scènes de Derrick ! Ont été traînés dans l’opprobre les films d’animation, les jeux vidéo et assimilés. 

    Le cinéma d’horreur est devenu célèbre autant pour ses excès que pour sa stylisation esthétique. Mais cela ne va nullement pousser aux crimes. On ne fait pas un carton après avoir en avoir regardé. Ce type d’allégations démontrent un certains manquent de finesses et de professionnalisme en même qu’une méconnaissance du sujet. Mais il tout ce qui appartient à une certaine forme de culture parallèle devient nécessairement suspect .[1]
    Image de David Michael Chandler.

    Au-delà du massacre gratuit d’une dizaine de personnes, j’oserais faire remarquer que nous ne vivons pas dans une société baignant béatement au pays des bisounours. Entre les effets pervers de la crise financière, le concassage de neurones menés depuis plus d’une décennie par les médias mainstream et l’encouragement appuyé aux communautarismes, le quotidien devient parfois étouffant. Un esprit peut basculer. Pour se donner une bonne conscience, il est nécessaire de trouver des boucs émissaires excusant un tel comportement. 

    À la lecture de certains articles, on apprend que le tueur est un solitaire qui a entassé depuis longtemps un magnifique arsenal. La tempête couvait dans sa tête bien avant la sortie du film. En remettant les choses dans leurs contextes, la libre possession d’armes à feu a sûrement un léger rôle à jouer dans le fait que les USA affichent un taux de mortalité par balle relativement élevé [2]. Ajoutons à cela une guerre sociale exacerbée [3] au nom d’un capitalisme effréné ne profitant qu’au plus riche. On a alors un bon terreau pour des explosions de crimes. 

    Pourquoi faire péter les valves de la haine durant l’avant-première de The Dark Knight Rises ? Simple ! Le film très attendu garantit un impact traumatique sur les consciences. Comme on le voit, il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des explications plausibles sûrement plus convaincantes que « C’est la faute au film ! » [4]. Est-ce que ces messieurs dames les journalistes s'ennuyaient tellement qu'ils ont sauté sur l'occasion pour faire des liens foireux entre tout et n'importe quoi ?

    Donner une explication crédible à un événement comme celui-ci nécessite autre chose que des théories éculées. Un véritable travail de fond reste toujours à faire pour disséquer les nombreux paradoxes de nos sociétés. J’ai cependant la certitude que le cinéma n’est pas responsable de nos actions dans le quotidien. Jusqu’à preuve du contraire, les films français n’ont jamais provoqué de crise d’hystérie et pourtant ceux-ci sont de plus en plus exécrables au fil des décennies. La série des Saw malgré sa connerie abyssale et son inspiration délétère à base de voyeurisme n’a pas engendré de tueur aux pièges !! [5]

    J’ai moi-même consommé une certaine quantité de films d’horreur dans ma jeunesse, du plus bénin au plus violent. La fréquentation des réalisateurs d'horreurs m'a amené à découvrir d'autres artistes de toutes disciplines. Cela m'a ouvert les yeux sur le langage propre au cinéma, à ce qu'était la mise en scène et l'importance du montage pour accentuer l'impact d'une image et du hors champ, toutes ces choses dont j’ai pris conscience de manière presque naturelle et instinctive. Par contre, les litres de faux sangs ne m’ont jamais donné envie de passer à l’acte.

    Bien plus malsaines me paraissent les téléréalités qui ont fait leurs trous sur les ondes hertziennes ces dernières années, des programmes déshumanisant à l’extrême ceux qui y participent. Si on devait trouver des responsables à des actes meurtriers, je parierais plus pour ces coupables là. 

    La dramaturgie [6] nous présente des modèles à suivre et les contes de fées en particulier relèvent du parcours initiatique. Les meilleurs héritiers de cette structure indémodables restent les films d’horreur ! [7] Les productions de téléréalités dont le studio Endemol est le pionnier [8], se vautrent dans un esprit putassier avec une  la jouissance d’un cochon dans son auge. Véritables chancres culturels, ces programmes dévoient tous le spectre des émotions humaines pour les pervertir au dernier degré. Ainsi, le sentiment amoureux y devient un sentiment de possession et d’humiliation, pas très loin de celui qu’éprouve le tueur en série vis-à-vis de sa victime. L’être humain adulte est infantilisé, obligé de se soumettre à une autorité extérieure toute puissante, le dieu Audimat.

    On assiste médusé à l'apologie d'un égocentrisme merdeux qui évacue aux oubliettes toute humanité et dont l'influence se fait plus vivement sentir dans la recherche compulsive de certains esprits faibles de la popularité, du buzz, non pas comme la récompense d’un dur labeur, mais juste pour devenir célèbre. Ces programmes possèdent certainement un pouvoir de fascination bien plus nocif que le plus taré des films gores.


    Vous voulez d’autres coupables ? Pourquoi passer des publicités agressives dans des séances de cinéma pour enfants ? Pourquoi, dans un monde ou la communication visuelle est devenue endémique s’entêter à ne pas créer des cours d'analyse visuelle dans les écoles. De tels enseignements fourniraient aux consommateurs des moyens de prendre du recul face à l’esprit retord des publicitaires.

    Si on veut trouver des raisons, relier entre eux des éléments qui n’ont rien à voir alors autant choisir la voie la plus logique. Quand on constate qu’actuellement certains citoyens, le cerveau lavé par la culture de consommation de masse et la religion en viennent à s’emporter à la moindre vexation et à souhaiter faire la peau de n’importe qui, il ne faut pas s’étonner que d’autres pètent les plombs et fassent un carton dans un cinoche.

    En ce qui me concerne, j’irais voir The Dark Knight Rises, qui trouvera peut-être sa place dans cette section de mon blog. Ou alors peut-être irais-je après écumer les salles UGC de Belgique et de Navarre, la bave aux lèvres, la rage au ventre et un masque sur la gueule pour créer une mini-apocalypse….

    EDIT : Il semblerait que TF1 (aussi nommée "La Boîte à Cons") ait retiré son articles sous la pression des commentaires envoyés par les internautes tandis que notre guignol meurtrier prétende être le Joker du second volet de la trilogie Batman de Nolan.... 

                                                                             

    [1] - Flirtant souvent avec le commerce le plus éhonté mais ceci est un autre sujet.

    [2] - Le tueur portait sur lui, outre des grenades lacrymogènes, ce qui explique le masque, un fusil d’assaut quand même…

    [3] - Pas de protection sociale, de sécu ou de chômage aux USA !! Une fois que tu es viré c'est la ligne droite vers la clochardisation.

    [4] - À ce propos il est important de noter que la violence fictionnelle existe depuis l’aube des temps, dans les poèmes épiques, la bible et les contes de fées originaux sans pour autant être un problème majeur ! Un sujet qui a opposé Platon qui reprochait au théâtre de pervertir les citoyens et Aristote qui se reposait sur le concept de la catharsis

    [5] Mon préféré est Saw 6, essayez de le prononcer rapidement pour voir… Il y aurait encore de nombreuses choses à dire sur cette branche de l'horreur qu'est le Torture Porn auquel appartient la série des Saw mais cela fera l'objet d'un autre article, en son temps...

    [6] Vocable qui réunit les différents médiums relevant de la narration…

    [7] Quelques des œuvres les plus significatives du genre sont d’ailleurs bourrées de références à ces vénérables ancêtres, comme Suspiria ou la Compagnie des Loups.

    [8] Pour ne citer que ce génial producteur flamand....

    samedi 16 juin 2012

    Foutage de Gueule Ultime : Prometheus.


    Un film sur les grosses têtes....

    Autrefois, lorsque j’étais enfant, mon père, un fan de SF autant littéraire que filmique me montra Alien. Ce film fut un véritable choc. J’en ai fait des cauchemars, des visions d’horreur : spécialement la chose nommée « Face-Hugger », inquiétante combinaison d’une main, d’une araignée et d’un scorpion. Une créature qui par son design peu ragoutant a fait date dans l’histoire du cinéma.

    Par la suite, j’ai suivi tous les autres films de la saga. Quelques peu inégaux, présentant toujours certaines idées bien barrées, cette série a bercé toute une partie de ma jeunesse, jusqu’à l’adolescence. Principalement cet étrange vaisseau, perdu sur une planète de cauchemar, contenant dans sa soute les redoutables choses qui n’ont jamais censé de faire carburer mon imagination.
     
    Alien est un conte d’horreur dans un univers appartenant à la SF que son approche sensitive place dans une optique très particulière, celle de la terreur matérialiste. Il n’y a pas de fantôme et pas de divinité à laquelle se raccrocher. Contenant une complexe histoire sous-jacente que le scénariste Dan O’Bannon s’est bien gardé de nous révéler, le film envoie le spectateur et ses personnages dans un univers glacial. C’est l’histoire d’une rencontre du troisième type qui bascule dans le cauchemar. L’Autre est une chose incompréhensible et destructrice, une créature en constante mutation dont on ignorera tout. Cette manière d’envisager les rapports de force entre extraterrestres et humains n’est pas loin de l’approche de l’horreur de H.P.Lovecraft.

    La présence d’une technologie reposant sur un concept aussi monstrueux que le mélange de la chair à la mécanique a engendré toute une pléthore d’œuvres parallèles. Il est à parier que nombres de monstres de jeux vidéos, de bandes-dessinées, voire même de romans doivent beaucoup à ce film. Et je ne parle même pas du cinéma bis qui a enfanté une armada de pellicules pompant allègrement le schéma scénaristique du premier Alien (Métamorphosis : The Alien Factor, Contamination, Créatures, la Galaxie de la Terreur et bien d’autres….)
    Œuvre phare de la Science-fiction adulte Alien, en se vautrant dans la saleté, a fait basculé le genre du space-opera en pyjama dans le cyberpunk. Cette esthétique allait rapidement gagner en popularité dans les années 80. Adieu l’USS Enterprise de Star-Trek, véhicule spatial trop propre sur lui et bonjour le vaisseau poussiéreux, hanté par un ordinateur de bord aux ordres d’une multinationale aussi rapace que tentaculaire. Adieu équipage trop souriant, trop poli, portant sur eux des joggings ou des combinaisons inadéquates. Dans Alien, on a droit à un équipage de prolos de l’espace. Des personnages bien construits, stressés par leurs situations et qui ne pourront qu’improviser face à des événements les dépassant totalement.

    Alien premier du nom a donc été aussi novateur que 2001,l’odyssée de l’espace, dans un tout autre style. Le scénariste a fait le pari payant de bétonner son univers, jouant avec l’imagination du spectateur pour lui suggérer le pire.

     Aidé par la réalisation de Ridley Scott alors au zénith de son talent, nous sommes embarqués dans ce monde menaçant, fait d’ombres où la lumière est une denrée aussi précieuse que trompeuse, le clair-obscur dissimulant sournoisement le danger. L’excellent travail sonore comportant tout un jeu de sons feutrés, lesquels seront distincts selon les différents secteurs du Nostromo, contribuera à nous immerger dans une atmosphère angoissante. Ajoutons à cela une musique discrète mais inspiré de Jerry Goldsmith et vous avez un classique de la SF horrifique qui demeure toujours d’actualité 33 ans après sa production.

    Cette longue introduction sert à faire le parallèle entre deux périodes de la saga qui nous permettant d’assister à l’agonie d’un certain cinéma puisque Prometheus est la préquelle de Alien. Tourné en 2012 et en 3D, Prometheus sent déjà la naphtaline.
     
    A 30 minutes à peine du début, impossible de rester de marbre face à un massacre intégral : acteurs de seconde zone, déluge d’incohérences, scènes ratées, raccord avec le film original capillotracté, réalisation molle…. L’impression d’avoir été pris pour un crétin est intense… Logique d’une époque de capitaliste triomphant qui biaise par le bas tout ce qu’elle touche. On n’est plus là pour rêver mais pour consommer.

    Les auteurs n’auraient-ils pas revu leur copie avant de s’atteler à la rédaction de ce truc ? Il y avait pourtant matière à introduire une dose de folie en partant de la découverte du vaisseau transportant les œufs d’Aliens. Pourquoi les créateurs des humains et des Aliens sont-ils de foutus anthropomorphes quand tout semble suggérer le contraire ? Est-ce que cela n'aurait pas eu plus de sens de faire ressembler les extraterrestres à des formes évoluées de la célèbre créature de Giger, ce qui paraissait suggéré dans le premier film plutôt qu'à des fans de SM ?? Quid de leurs origines biomécaniques ? Sont-ils à base de silicium ?? Etc… Ne cherchez pas une once d’imagination durant ces 2 heures 10 de film.
    Un "Ingénieur" donc....
    Le scénariste Damon « Lost » Lindelof[1], appliquant la recette de sa série à succès sans réfléchir, multiplie les personnages sans ne jamais en développer aucun. Il en sera de même pour les idées qui parsèment le film : Je suis à peu près certains que mieux présentées certaines d’entre elles auraient pu aboutir à quelque-chose, un embryon de long-métrage plus intéressant. Cette méthode engendre une quantité invraisemblable d’incohérences de toutes sortes, à un tel point qu’on se demande si le film n’a pas été rédigé par un adolescent sous cocaïne !! Le malheureux spectateur, attiré par la promesse d’un bon film de SF grâce à la force du marketing virale a le droit à une enfilade incroyable de stéréotypes éculés.

    La caractérisation des personnages donnent la nausée. Ce qui est fort dommageable puisque pour que le suspens fonctionne, nous devons impérativement nous attacher à eux.

    Holloway (Logan Marshall-Green) est un scientifique au look de GI, passant la moitié du temps à biberonner de la vodka tout en enfreignant au moins 250 000 protocoles scientifiques. Interprété par une endive cuite. Holloway affichera un air blasé jusqu’à sa mort. Sa seul motivation demeurera de s’envoyer en l’air avec « sa meuf parce qu’elle est bonne… ». Les extraterrestres ne lui arracheront qu’un haussement d'épaule blasée. Que voulez-vous, il en a vu de dur dans le 9-3. Figure autrefois récurrente du cinéma de Luc Besson, il semble que le « jeune de banlieue », ou son avatar fantasmé par les médias dont le GI n’est qu’une variante issus de la culture américaine, a infecté peu à peu tout l’espace de la fiction contemporaine. Avec son attitude méprisante, sa haine viscérale de la culture sous toutes ses formes, sa misogynie prononcée, ce personnage est parvenu à s’imposer comme porte étendard de toute une génération laissée à la dérive. Il y aura, je le souhaite, des universitaires masochistes qui se pencheront sur cette période noire de notre septième art pour étudier sociologiquement ce nouvel archétype de « héros » et la manière dont son idéologie faite d’opportunisme s'est infiltrée dans la fiction comme étant la seule manière d’être pour l’homme moderne. 

    N’échappant pas à ce nivellement par le bas, le personnage féminin central, Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) sera soumise à son mari GI, catholique et aussi ignorantes des règles de sécurité que son mari. Ayant la foi, elle pourra se remettre très rapidement d’une grossesse poulpesque expresse ainsi que d’une césarienne tout aussi rapide que propre[2]. Ses agrafes ne partiront pas et ses entrailles ne se dérouleront pas sur le sol. C’est merveilleux d’avoir la foi…. rappelons une règle de base pour scénariste débutant : lorsque l'on fait un film censé faire peur, il faut que les personnages soient VULNÉRABLES et pas immortels !! Entre une Ellen Ripley (Sigourney Weaver) qui, dans les années 70', incarnait une femme assez forte pour survivre dans un milieu hostile et Elisabeth Shaw qui tire sa force non pas d’une quelconque intelligence mais bien de la foi !! 

    Sans prendre en compte qu’un équipage mixte est une aberration à cause des tensions sexuelles que cela peut engendrer et qu’il aurait été plus malin d’avoir un casting unisexe regardons un peu les quelques compagnons de voyage de nos valeureux scientifiques. Cela ressemble à une liste digne d’un inventaire à la Prévert oscillant entre un cartographe punk n'ayant pas le sens de l'orientation ; L’obligatoire blonde platine frigide dont la présence s’avérera inutile ; un équipage de militaire « United color of Bandes de con » pour compléter les quotas raciaux et dont l’implication dans toute cette histoire est à la hauteur de l’ennui qui traverse de part en part le malheureux spectateur ; un androïde nazi perfide aux motivations mystérieuses, à moins que l’on est oublié de brancher quelques fils dans son cerveau positronique et des figurants qui serviront de chair à canon. On a l’impression d’assister à un slasher de base avec la bande d’ados attardés crispantes dont on attend avec impatience le sordide trépas tant est grande l’envie de les occire nous-mêmes. Seul Michael Fassbender incarnant David le robot défaillant sort son épingle de ce jeu de massacre.
    Image de Rest-Gestae
    Cette bande de branquignol ne cessera de se foutre sur la gueule tout au long du trajet. Etant donné qu’il s’agit d’un voyage d’exploration, probablement avec un décalage temporel vis-à-vis de ceux restés sur Terre à quelques années-lumière, n’est-il pas plus logique de penser que les membres de l’équipage auraient eu le temps de se connaître lors d’entraînements spécifiques ? Ne fait-on plus passer des batteries de tests physiques et psychologiques pour les missions spatiales ??

    Malgré un terreau fertile pouvant supporter une trame faite de ramifications sinueuses, les enjeux narratifs de Prometheus tiennent sur un modeste feuillet de papier toilette :

    Le vieux Weyland[3] décide de faire confiance à un couple d’archéologues aux théories fumeuses exposées en cinq secondes chronos : l’être humain a été créé par des extraterrestres, à son image. Malgré le peu de preuves qu’ils fournissent au vieil industriel, celui-ci met sur pied une expédition coûteuse pour aller explorer une lointaine planète située à quelques millions d'années-lumière dans le but d’obtenir la vie éternelle. Bien-sûr le vieillard sera du voyage pour surgir de sa boîte, tel un diable rouillé, à quelques minutes des révélations finales.

    Guy Pearce (Weyland), qui sera maquillé à la truelle dans le film.
    Les effets de maquillages ont bien régressé
    depuis l’avènement du numérique. 
    Là où Alien avait l’intelligence de conserver une unité de temps et de lieu pour mieux développer les relations entre les personnages, Prometheus nous fait subir des changements de lieux aussi nombreux qu’incohérents, éclatant tout azimut un scénario déjà gravement handicapé par des personnages creux. A tenter par tous les moyens de dynamiser le récit, les auteurs s’éparpillent et multiplient les erreurs de scripts aberrantes : deux des personnages, le cartographe et un collègue qui sera rapidement tué, se perdent dans le vaisseau Alien alors qu’il était censé en sortir. Il faut savoir qu’à l’intérieur du Prométhéus existe une carte en 3D du vaisseau et que celui-ci est composé d’un seul couloir et de pièces attenantes. Trop occupé à draguer la frigide, le capitaine qui supervise les opérations n’avertira pas les hommes qu’une présence de vie se manifeste près d’eux…. Ces enchainements de péripéties navrantes se poursuivront durant tout le métrage.

    Je ne vais pas oublier ma bourde scénaristique préférée. Holloway GI enlève son casque trente seconde après avoir constaté que l’air est respirable…. Contaminant de manière définitive toute l’atmosphère de la caverne, sans oublier de se contaminer lui-même avec de possibles virus étrangers. Si seulement l’histoire avait pu partir sur ces rails-là, c’eût été très plaisant….

    Le "Space Jockey" de 1979....

    Centre de toutes nos attentions, l’expédition chaotique de nos glorieux savants nous amènera à découvrir des « obus » au lieu d'œufs. Ces objets cylindriques exsudant un liquide noir donnent logiquement naissance à :

    - Un proto-alien, sorte de tentacule ressemblant à un phallus géant se comportant comme un cobra. Agressive, la chose s’introduit sous la peau du cartographe punk. Une fois infecté celui-ci se transforme en une version encore plus moche de Hulk.

    - Si ce liquide infecte un humain et que celui-ci a des rapports sexuels non protégés avec une humaine on obtient une pieuvre qui se transforme en « Face-Hugger » géant..... Comment une petite créature devient-elle grande sans rien ingérer, mystère….

    - Un « Ingénieur », race d’être censément supérieur se mettant à agir comme le premier bourrin venu en exterminant tout le monde….

    - La carte des étoiles fait atterrir les humains sur la planète militaire des Ingénieurs. Pourquoi des êtres ayant décidé de nous métamorphoser en Hulks ratés nous confieraient-ils une carte menant à leur base militaire ?

    - La représentation de la terre est conforme à son aspect actuel alors qu’avec le décalage temporel, en tenant compte de la dérive des continents, ceux-ci devraient avoir une autre disposition, plus proche de la pangée.


    On pourrait continuer des heures à relever tous les égarements de ce film qui sous-estime gravement l’intelligence de ses spectateurs. Les changements apportés à l’univers des premiers Aliens ne s’arrêtent pas là. L’esthétique générale pâtit d’une nette régression artistique.
     
    Le Nostromo de Alien était un vaisseau sale, anxiogène de par son immensité abyssale. En comparaison, le Prometheus est un vaisseau propre, lumineux. L’ensemble est si aseptisé qu’on en vient à sentir des relents de décor de studio et de « carton-pâte ». Un retour en arrière phénoménal pour une saga qui a toujours mis en avant la saleté. On peut aussi se demander pourquoi certaines technologies présentées à l’écran n’apparaissent pas dans le premier Alien alors que Prometheus se déroule AVANT ? Pourquoi les scaphandres ont-ils un aspect design, contemporain, là ou ceux d’Alien ne s’encombraient pas de superflu, les auteurs ayant privilégié une approche fonctionnelle dans la conception des différents objets ? Cet effort de recherche s’avère payant sur le long terme puisque le film ne s’inscrit pas dans une période donné mais dans un temps imaginaire. Un avantage que n’aura pas sa préquelle qui prendra dix ans dans les mâchoires seulement 15 jours après sa sortie.

    J’ignore si H.R.Giger a participé à ce carnage mais si les décors du premier Alien en imposaient, ceux de Prometheus sont d'une pauvreté absolue. Exit les mattes-painting peints sur plaque de verre et les effets d'optique qui permettaient d'obtenir un résultat bluffant. Le numérique ne donnent à voir que des images lisses. La reprise des décors biomécaniques issus directement d’Alien provoque l’inévitable comparaison entre les deux films, au détriment du plus récent. Du risible tableau de bord du vaisseau des ingénieurs, en passant par le « Space-Jockey » qui perd quelques mètres entre les deux films, tout est à l’avenant. Le vaisseau de Giger se démarquait par son gigantisme, celui de Prometheus paraît petit…. 

    Le "Space Jockey" de Prometheus.... Il y a pas comme un problème...
     
    Je me demande donc comment un réalisateur un minimum doué peut-il approuver un script d’une telle indigence ? En étant bon public, on pourrait croire que celui-ci a été écrit par un adolescent de 15 ans !! Comment une équipe a-t-elle pu penser que cela avait un quelconque intérêt, hormis pécunier ? Ridley Scott a t-il perdu tant d’argents lorsque Facebook est entré en bourse pour accepter d’être le mercenaire de producteurs avides ?

    Il me fallait manifester ma mauvaise humeur après avoir subi cette arnaque. Depuis quelques temps déjà les affiches des multiplexes ne proposent plus que des blockbusters acéphales ou des films essayant de flatter l’intelligentsia[4]. Vendu comme la prequel d’un classique du cinéma en capitalisant sur la renommé d’un réalisateur autrefois doué, Prometheus est, comme beaucoup d’autres films récents[5], un gloubi-goulba atroce. Voulant à tout prix capitaliser des franchises exsangues sans prendre de risque, les grands studios ne laissent aucune idée originale franchir les portes de leurs bureaux, fournissant au public des films neutres au potentiel artistique proche du zéros absolu.

    Je me suis laissé avoir par la promesse de passer un bon moment de cinoche, poussé par des critiques de presses dithyrambiques, le souvenir d’un premier film comptant parmi les grandes réussites du cinéma de science-fiction… Maintenant, aux spectateurs avertis de ne plus se laisser avoir, de ne plus cautionner ce type de film creux aux discours putrides. Il y a encore tant de bons films à chercher ailleurs, là où les majors ne tournent pas leurs regards corrupteurs…

    Mauvaise nouvelle : Ridley Scott prépare le remake
    de Blade-Runner.... 
                                                                                       

    [1] - Même si je peux deviner que beaucoup d’entre vous se sont souvent pâmés devant les élucubrations d’une histoire montée au jour le jour avec pour unique technique de narration la méthode du marabout bout-de-ficelles, soyons honnête un moment, Lost a tout du pire nanar italien sans en avoir la folie qui permet de faire tenir debout leurs énormités sans s’attirer les foudres des spectateurs.

    [2] - Un comble pour la saga Alien qui n’a jamais craché sur les scènes gores !!

    [3] - Fondateur de la Weyland compagnie, une multinationale tentaculaire que l’on retrouve dans les premiers Alien.

    [4] - Je me fendrais d'un autre billet plus-tard, concernant la Handicaploitation qui fait fureur en France.....

    [5] -  Avatar  – Inceptionla planète des singesThe Thing, le remake…. Les exemples sont trop nombreux pour qu'on puisse se souvenir de tous....