Une nouvelle critique littéraire, quoiqu’il s’agisse ici d’art séquentiel, relayée sur le site Psychovision (Je vous invite à cliquer sur la sympathique image de la bourrine Inoshika Ochô !!) sur lequel je vous invite encore une fois à aller faire un tour ! En attendant vous pourrez toujours savourer la bande-annonce de ce classique du manga ainsi que l’adaptation cinématographique de 1973 réalisée par Norifumi Suzuki, auteur également du nunsploitation Le Couvent de la Bête Sacrée (1974)…
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dimanche 25 mai 2014
mercredi 23 avril 2014
Bibliothèque des Ombres : L'Habitant de l'Infini (de Hiroaki Samura), c'est fini ! (in Psychovision)
Voilà une série Gekiga / Chambara dont je ne pensais jamais lire la fin de mon vivant, mais l'auteur à la bonne idée de conclure sur un dernier combat d'une violence inouïe.
Pour l'occasion, je rends un court hommage à ce monument d'ultra-violence sur le site Psychovision qui accueillera certaines de mes prochaines chroniques. Ce charmant site rassemble de nombreux amateurs de cinoche déjanté, de littératures dégénérées et de BDs dévoyées... Un endroit que je vous invite à fréquenter si comme moi vous êtes à la recherche de bonnes séries B...
Pour l'occasion, je rends un court hommage à ce monument d'ultra-violence sur le site Psychovision qui accueillera certaines de mes prochaines chroniques. Ce charmant site rassemble de nombreux amateurs de cinoche déjanté, de littératures dégénérées et de BDs dévoyées... Un endroit que je vous invite à fréquenter si comme moi vous êtes à la recherche de bonnes séries B...
Après plus de 10 ans d’aventures éditoriales chez nous, aux éditions Casterman, les péripéties de Manji et de Lin s’achèvent, laissant une trace indélébile dans le paysage du manga à tendance martial. L’un poursuit un repentir impossible à obtenir et l’autre marche sur le chemin de la vengeance. Tous deux se complètent. Parce que son père, maître de dôjô, a été occis par un rival cherchant à faire main basse sur toutes les écoles martiales, Lin décidera de détruire l’école de sabre responsable de la mort odieuse de ses parents : le Itto-ryû. Elle engagera Manji comme garde du corps, un guerrier surpuissant et pour cause : un mystérieux ver introduit dans son organisme résorbe toutes ses blessures, le rendant immortel… Ce qu’elle ignore c’est que la voie de la vengeance s'avérera tortueuse et que son étrange compagnon va attiser, tout comme ses adversaires, la curiosité malsaine du gouvernement…
Ce résumé ne donne qu’une très vague idée des dimensions épiques de cette saga se situant sous le règne de Tokugawas. Dans ce contexte de paix, le règne des samouraïs prend fin et la quête de Lin et du Itto-ryû traverse une époque entre deux âges, ou la barbarie continue d’être monnaie courante pour le peuple tandis que les samouraïs oisifs cherchent un honneur guerrier de plus en plus dévoyé. À travers une multitude de portraits de paumés de tout bord, en marge de la société féodale, Samura peint une période cruelle, à grand renfort de duels outranciers. À mi-chemin entre le chambarra classique pour la description réaliste du contexte historique et le délire grotesque hérité du western spaghetti le plus baroque pour les combats, L’Habitant… demeure une œuvre aussi bâtarde que ses protagonistes, des antihéros charismatiques qui tentent de se dépêtrer de leurs conditions dans le fracas des lames.
Les trente tomes se décomposent chacun en trois arcs narratifs spécifiques. Le premier acte nous fera suivre la quête initiatique de la jeune Lin accompagnée par Manji. Le second acte se concentrera plus sur Manji et les caractéristiques de son immortalité, et le troisième relate les derniers instants de l’école du Itto-ryû dans son duel contre le gouvernement… Si la plupart des protagonistes sont en proie à de nombreux doutes en dépit de leur statut de guerrier, Samura créera également d’authentiques psychopathes, comme Shira, un sadique aux ordres de l’autorité, profitant de son immunité pour semer son chemin de cadavres mutilés.
L’auteur ne cesse d’exploiter, outre une reconstitution minutieuse de l’ère d’Edo, la violence sous toutes ses formes et la spirale de drames qu’elle entraîne, comme fasciné par notre nature matérielle et animale. Samura dépeint des duels brutaux dans des compositions spectaculaires et si le découpage des planches est parfois à la limite du lisible, on ne peut que rester interloqué devant les démembrements dantesques qui peuvent exploser en l’espace de deux cases de dialogue. Une description graphique complaisante de la part d’un dessinateur qui confère un ressenti viscérale aux affrontements tout en conservant une certaine crédibilité.
L’immortalité du héros lui permettra de pousser dans ses derniers retranchements cet aspect charnel de son récit, Manji subissant régulièrement d'abominables mutilations se servant de temps à autres des membres de combattants morts pour continuer ses assauts... Le sommet de cette fascination pour le gore le plus craspec est atteint pendant l’arc impliquant les expériences sur l’immortalité. Tenu prisonnier par le gouvernement dans une geôle secrète, Manji verra ses membres débités morceau par morceau puis recollés sur des condamnés à mort. Ces greffes improbables entraîneront un nombre de décès excessifs, ce qui ne gênera pas le docteur Mengele local dans la poursuite de ces recherches démentielles. Cadavres cachectiques, monstres grotesques et description de charniers apocalyptiques sont au programme de ces épisodes parmi les plus glauques ou le lecteur peut presque sentir les remugles de décomposition.
La série est construite comme un hommage hommage aux chambarras cinématographique et plus particulièrement au mythe du Héros Handicapé1 à travers la figure de Manji dont l’invulnérabilité apparente lui vaudra de se retrouver plus d’une fois aveugle ou manchot durant des combats corsés. De son immortalité Samura ne nous donnera que peu d'explication, se contentant juste de nous faire comprendre que dans ses duels sanguinolents, Manji cherche un adversaire capable de briser son don pour échapper à l’éternel recommencement de son existence, symbolisé par la svastika qu’il porte sur son kimono… L'immortalité apparaît comme une malédiction condamnant Manji à expérimenter un enfer terrestre dans lequel les relations qu’il noue avec les autres ne peuvent être qu’évanescentes...
L’habitant de l’Infini mérite sa place, malgré un épilogue frustrant, mais logique, dans toutes bonnes bibliothèques de manga. D’autant qu’il est rare de lire une série récente aussi aboutie dans la narration et l’exploitation de ses idées, la plupart des chambarras marquants datant des années 60-70. L’édition française aura connu deux versions, dont la première, absolument abominables comprenant des couvertures mal composées, un choix typographique désastreux et une inversion des bulles dans les cases. Casterman rectifiera le tir à partir du numéro 8, nous offrant cette fois les couvertures originales. Hélas la traduction ne prendra pas en compte la volonté de l’auteur d'utiliser différents dialectes et accents régionaux pour caractériser ses personnages, composant des joutes orales où s’entrechoquent argot des rues et vieux japonais…
Ce résumé ne donne qu’une très vague idée des dimensions épiques de cette saga se situant sous le règne de Tokugawas. Dans ce contexte de paix, le règne des samouraïs prend fin et la quête de Lin et du Itto-ryû traverse une époque entre deux âges, ou la barbarie continue d’être monnaie courante pour le peuple tandis que les samouraïs oisifs cherchent un honneur guerrier de plus en plus dévoyé. À travers une multitude de portraits de paumés de tout bord, en marge de la société féodale, Samura peint une période cruelle, à grand renfort de duels outranciers. À mi-chemin entre le chambarra classique pour la description réaliste du contexte historique et le délire grotesque hérité du western spaghetti le plus baroque pour les combats, L’Habitant… demeure une œuvre aussi bâtarde que ses protagonistes, des antihéros charismatiques qui tentent de se dépêtrer de leurs conditions dans le fracas des lames.
Les trente tomes se décomposent chacun en trois arcs narratifs spécifiques. Le premier acte nous fera suivre la quête initiatique de la jeune Lin accompagnée par Manji. Le second acte se concentrera plus sur Manji et les caractéristiques de son immortalité, et le troisième relate les derniers instants de l’école du Itto-ryû dans son duel contre le gouvernement… Si la plupart des protagonistes sont en proie à de nombreux doutes en dépit de leur statut de guerrier, Samura créera également d’authentiques psychopathes, comme Shira, un sadique aux ordres de l’autorité, profitant de son immunité pour semer son chemin de cadavres mutilés.
L’auteur ne cesse d’exploiter, outre une reconstitution minutieuse de l’ère d’Edo, la violence sous toutes ses formes et la spirale de drames qu’elle entraîne, comme fasciné par notre nature matérielle et animale. Samura dépeint des duels brutaux dans des compositions spectaculaires et si le découpage des planches est parfois à la limite du lisible, on ne peut que rester interloqué devant les démembrements dantesques qui peuvent exploser en l’espace de deux cases de dialogue. Une description graphique complaisante de la part d’un dessinateur qui confère un ressenti viscérale aux affrontements tout en conservant une certaine crédibilité.
L’immortalité du héros lui permettra de pousser dans ses derniers retranchements cet aspect charnel de son récit, Manji subissant régulièrement d'abominables mutilations se servant de temps à autres des membres de combattants morts pour continuer ses assauts... Le sommet de cette fascination pour le gore le plus craspec est atteint pendant l’arc impliquant les expériences sur l’immortalité. Tenu prisonnier par le gouvernement dans une geôle secrète, Manji verra ses membres débités morceau par morceau puis recollés sur des condamnés à mort. Ces greffes improbables entraîneront un nombre de décès excessifs, ce qui ne gênera pas le docteur Mengele local dans la poursuite de ces recherches démentielles. Cadavres cachectiques, monstres grotesques et description de charniers apocalyptiques sont au programme de ces épisodes parmi les plus glauques ou le lecteur peut presque sentir les remugles de décomposition.
La série est construite comme un hommage hommage aux chambarras cinématographique et plus particulièrement au mythe du Héros Handicapé1 à travers la figure de Manji dont l’invulnérabilité apparente lui vaudra de se retrouver plus d’une fois aveugle ou manchot durant des combats corsés. De son immortalité Samura ne nous donnera que peu d'explication, se contentant juste de nous faire comprendre que dans ses duels sanguinolents, Manji cherche un adversaire capable de briser son don pour échapper à l’éternel recommencement de son existence, symbolisé par la svastika qu’il porte sur son kimono… L'immortalité apparaît comme une malédiction condamnant Manji à expérimenter un enfer terrestre dans lequel les relations qu’il noue avec les autres ne peuvent être qu’évanescentes...
L’habitant de l’Infini mérite sa place, malgré un épilogue frustrant, mais logique, dans toutes bonnes bibliothèques de manga. D’autant qu’il est rare de lire une série récente aussi aboutie dans la narration et l’exploitation de ses idées, la plupart des chambarras marquants datant des années 60-70. L’édition française aura connu deux versions, dont la première, absolument abominables comprenant des couvertures mal composées, un choix typographique désastreux et une inversion des bulles dans les cases. Casterman rectifiera le tir à partir du numéro 8, nous offrant cette fois les couvertures originales. Hélas la traduction ne prendra pas en compte la volonté de l’auteur d'utiliser différents dialectes et accents régionaux pour caractériser ses personnages, composant des joutes orales où s’entrechoquent argot des rues et vieux japonais…
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