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    vendredi 1 mai 2026

    Festival Fantastique et Dessins

    Comme l’année dernière, j’ai passé une partie de mon mois d’avril au BIFFF (Brussels Festival of Fantastique and Fantasy Films) pour vendre mes romans, grâce à la complicité de la librairie The Skull que je fréquente depuis… des décennies et à qui je dois un certain encombrement de mes étagères ! Une année qui s'avéra moins bonne que les autres au niveau des recettes et au terme de laquelle j’ai chopé la trachéite du siècle ! J’ai écopé d’une semaine sous antibiotique pour laquelle je remercie la ventilation pourrie du Heysel. 

    Néanmoins, je souligne que cet inconfort demeure très marginal en regard du fait… que j’aime ce festival ! Je me sens presque chez moi dans ses allées et j’adore retrouver les gens qui le composent. Si je n’ai pas atteint le nombre de ventes de l’année dernière et je ne suis pas le seul – le nouveau gouvernement belge a sabré comme un porc dans les budgets de la culture, on se demanderait presque si celle-ci, sous sa forme la plus débridée, ne constitue point une cible idéale pour les politiciens qui souhaitent des individus formatés, mais je vire au complotiste, là –, je suis tout de même parti avec d’excellentes rencontres et des étoiles dans les yeux et quelques Blu-ray en plus sur des étagères déjà en état d’obésité morbide.

    J’aime être exposant pour le festival, car cela me laisse un peu le temps de dessiner, ce qui mine de rien ne m’arrive plus si souvent. J’ai achevé deux images assez complexes pendant ce laps de temps, sans parler des dédicaces que j’ai réalisées pour ceux qui ont été tentés par mes histoires. Du coup, je reprends ma technique aux couleurs de l’événement pour ces compositions, c’est-à-dire noir et blanc additionné d’un peu d’écoline rouge. J’ajoute quelques projections à l’aide d’une brosse à dents que je maîtrise de mieux en mieux.


    La première illustration représente « Grinder », l’alter ego lycanthrope d’Eve Kellermann que j’ai situé dans une église. J’ignore encore comment utiliser ce personnage, mais j’aimerais le développer ailleurs que dans le jeu de rôle d’où elle vient. Son existence constitue une sorte de retour en arrière pour moi puisque ma première héroïne était aussi une louve-garou du nom d’Eve, que j’ai dessiné pendant longtemps, et même si les romans possèdent cette naïveté digne du débutant et que je ne les ai jamais retravaillés depuis. Je pense que cette seconde version sera appelée à devenir un personnage prolo à la Jack Burton (dans les Griffes du Mandarin), un de mes films de chevet, par ailleurs. Pour la thématique, je suis parti sur des questions de justice, de vigilantisme, ce que je n’ai pas encore exploré. Bien sûr, elle évoluera dans l’univers d’Ethel Arkady, mais ça sera une autre branche, parallèle au récit principal, mais qui le croisera de temps à autre.

    La seconde constitue une dédicace géante pour une personne qui m’a pris l’intégrale de la saga Arkady et celle des Chroniques de Yelgor dans la foulée, je me suis dépassé et j’ai confronté son avatar de jeu de rôle à une Akemi Himiko déchaînée. Petite différence avec l’année dernière : je n’avais pas le papier idoine et celui-ci buvait l’encre de chine comme un alcoolique après une année de sevrage ! J’ai donc abandonné mes velléités de dégradés et je me suis acharné, malgré mon erreur de base, pour explorer les effets graphiques inédits obtenus par ce contre-emploi du papier. 
     
     
    En ce qui concerne les films, j’en ai vu plus cette année et j’avoue que la sélection possédait plus d’intérêt que l’année précédente ou rien ne m’attirait. Mention spéciale pour Gaua qui revient sur les histoires de sorcellerie dans le Pays basque, avec un réalisateur très rock’n roll. Film parfait pour le festival celui-ci amalgame les visions empruntées à Bosch, Goya, Félicien Rops et quelques autres artistes fantastiques. Avec sa photographie renvoyant autant aux BD qu’aux livres de conte, sa cruauté et ses tableaux délirants et je pense que je le chercherai dès qu’il sortira en support physique pour en profiter à nouveau. Cela montre la vitalité du cinéma espagnol, même si celui-ci n’est pas très bien distribué en France et en Belgique alors que ce sont nos voisins directs.
     
    Pour l'affiche, je n'ai pas trouvé de meilleur définition...

     
    Dans le genre, Never After Dark m’a pas mal impressionné les rétines aussi, en prenant la direction du Kaidan ega pour basculer sur quelque chose de plus sadique et cynique, d’ailleurs pas mal influencé par les chutes grinçantes des histoires de Creepy ou des Contes de la Crypte. Le fait que le film soit basé sur l’ambiance ne l’a pas aidé face au public du festival, mais c’est une variation intéressante sur le thème de la maison hantée et du spiritisme à la sauce japonaise avec tout de même pas mal de séquences assez douloureuses et une introduction de gore décomplexé, plutôt rare dans ce type de récit, ce qui transforme cette pellicule quelque chose d’assez différent de ce qui a été accompli jusqu’à maintenant.

    dimanche 27 juillet 2025

    Dessin du Dimanche : Un Mariage bien Tempéré (01) : La Reine des Orages

    Oh ! Un deuxième dessin en peu de temps ? Quelle productivité ! 

    Il se trouve que dans le cadre d’un foulancement pour le club des Saigneurs du Chaos, dont je suis membre, j’ai proposé mon scénario d’introduction au jeu de rôle, le bien nommé « Un Mariage Bien Tempéré » pour un recueil inclus dans les contreparties. 

    Le titre fait référence au « Clavier bien Tempéré » de Jean-Sébastien Bach pour la simple raison que, comme celui-ci, c’est un exercice de style qui entend donner toutes les bases d'un « bon » scénario de jeu de rôle, selon moi ! On y retrouve de l’enquête, du combat et des choix cornéliens qui promettent des discussions houleuses à la table. Maître de jeu narratif, je ne distribue pas de points d’expérience en fonction du nombre de monstres tués, de même que l’alignement sauce AD&D m’a toujours dérangé avec son concept manichéen. Le cœur de ce récit se trouve dans les personnages-non-joueurs que j’espère habillés d’une certaine chair, avec des décisions qui, pour douteuses qu’elles soient, relève d’une logique interne offrant ainsi aux joueurs moult interactions et pistes narratives. 

    Je n’ai pas proposé ce titre par hasard, car il résulte d'un long questionnement sur la nature « d'un bon scénario » de JDR et aussi du fait que je l’ai mené plus de treize fois ce qui m’assure un recul assez conséquent sur celui-ci. Pour la rédaction, je me suis inspiré du style développé par Johan Scipion sur son propre jeu Sombre, lequel m’a pas mal questionné sur la nature hybride d’un scénario pour le jeu de rôle, en effet le scénario d’un JDR ne suit pas une « histoire », il déroule un espace pour l’imaginaire des joueurs. J’expose ainsi ma manière de raconter, au lieu de me caler sur un récit linéaire et immuable, car une fois publiée, ce « Mariage » vous appartiendra.

    Mais bon, ce scénario, il faut l’illustrer, et c’est pour cela que j’ai repris mes pinceaux. Par ailleurs, et bien que ce « Mariage » soit motorisé par l’excellent jeu Tranchons & Traquons dont je suis devenu un inconditionnel, il se déroule dans le monde de Yelgor, à quelques encablures des aventures d’Allytah.

    Pour ce premier dessin, voici une des héroïnes/antagonistes de l’histoire, la fameuse Aghara Tsahûl-Nashûl, une « kitling » des montagnes aux pouvoirs climatiques assez impressionnants et qui est à même de poser de nombreux problèmes aux joueurs. Pour la réalisation, j’expérimente toujours sur le lavis, technique aussi rapide que sale qui convient à mon style. J’ai renforcé certains contrastes à l’aide du numérique, mais il ne s’agit que d’une portion congrue dans le résultat final.


     

    mercredi 1 janvier 2025

    Ephéméride 2024-2025

    Cela fait un moment que je n’ai plus réalisé d’éphéméride pour la nouvelle année, mais j’ai éprouvé le besoin de jeter un coup d’œil dans le passé de ce blog pour en tirer quelques conclusions avant de démarrer l’année 2025, laquelle, les personnes qui possèdent une once de jugeote n’en doutent pas une seconde, sera encore pire que 2024, car chaque année, c’est connu : tout augmente ! C’est une loi universelle, gravée dans le marbre de l’éternité (si tant est qu’une telle chose existe !).


    Cet article sera subjectif, grinçant, et foutraque ! Vous êtes prévenu.

    D’abord, je noterai en préambule que ce blog a plus de dix ans, et qu’il est resté mon espace de communication préféré avec le vaste monde, bien plus que les autres moyens apparus depuis, ce qui me classe, je l’imagine sans peine, dans la catégorie des « Boomers », quoique je n’appartienne en aucune manière à cette génération. Ni Fesse-de-Bouc et son abominable interface, ni ex-Twitter ce nids à trépanés du cerveau pour qui 140 caractères représentent le summum de la lecture philosophique et encore moins les suivant, comme ce cancer cérébral de TikTok, ne m’ont convaincu. J’use bien d’Instagram, mais j’avoue qu’il s’agit d’un pis-allée, d’autant plus que cette plate-forme se désertifie. Quant à ma page Deviant-Art, elle demeure en état de coma depuis un bon moment déjà, étant donné que je n’ai plus dessiné depuis… Trop longtemps pour mon propre bien-être mental.

    Depuis que j’ai abandonné critiques et autres analyses filmiques, la fréquentation du blog a drastiquement chuté, comme je m’y attendais. La critique offre un certain confort pour le lecteur qui se sent en connivence graveleuse avec celui qui émet une opinion sur un objet culturel plus ou moins connu. Cette forme de complaisance me plaisait de moins en moins et cet exercice me gâchait ce que je lisais ou ce que je voyais, puisque le processus d’assimilation de l’œuvre était destiné à nourrir les articles en retour. Cependant, l’écriture de ces articles ne s’est pas avérée inutile, au contraire, s’interroger sur nos goûts, sur ce qui les articulent et comment cela s’emboîte reste une démarche intéressante et riche d’enseignements quant elle est accomplie avec honnêteté, mais d’une part, je n’arrivais juste plus à suivre le rythme des sorties, d’autre part, je trouvai de plus en plus pénible de n’avoir pour visites que des personnes venues là pour le ricanement. Même sur d’autres sites, cette expression de sarcasme pédante, un peu vaine, m’est passée comme un rot acide en bouche. Malgré tout, il est à noter qu’à ce jour, mon article sur l’adaptation ratée de Gunnm de Robert Rodriguez attire toujours des lecteurs, mais peu d’entre eux explorent le monde autour de ce court texte, lequel ne mérite pas autant de reconnaissance tant je l'ai torché en vitesse entre deux portes.

    À travers ces lectures critiques, j’avoue que j’ai éprouvé un dégoût de plus en plus lancinant vis-à-vis de ce que l’on me proposait. Tant et tant de récits actuels ne possèdent plus l’étoffe de ce qui sortait dans les années 80-90. J’orbite peut-être autour d'une idée de vieux con – et pourquoi pas, j’assume, j'en ai l’âge – mais il me semble que la créativité de manière globale – avec toutes les exceptions qui sont à inclure là-dedans – a subi une nette baisse de qualité au mitan des années 2000. Pourtant, pour le « moi-d’autrefois » trouvait dans cette boue une sujet bien gras à exploiter, mais voilà, avec mes récits en préparation, et l’existence qui s’en est mêlée, je l’ai définitivement accompli le tour de la question.

    Enfin, il y a un second élément dans l’équation : entre mon déménagement et les innombrables problèmes liés non seulement à mon logement, mais aussi à mon travail, j’ai éprouvé plus d'une fois les limites du surmenage, ce qui m’a obligé à me recentrer sur mes textes et la publication de ceux-ci.

    Ce qui m’amène à l’essentiel :
    Entre la collaboration fructueuse avec MakuZoku, ExpExp et plus récemment de K-Zlovetch ou WingedAyalis, je suis très content de la palette de style présente sur ce blog.

    Tout cela est bien beau, mais une personne un tantinet curieuse me demanderait pourquoi est-ce que je m'obstine à m’associer avec des illustrateurs alors que j’écris ?

    Les trois quarts de mon activité artistique se réalisent à « porte close », c’est-à-dire que je ne montre pas de texte en cours d'avancement, car je les juge illisibles. Ce qui me prive de matière pour entretenir ce lieu qui est censé être une vitrine de mes travaux. Du coup, le recourt à des illustrateurs de talents m’a paru comme une solution judicieuses pour lever le voile sur une partie de ces univers sur lesquels je passe – mine de rien – une heure à une heure et demie par jour, tous les jours, depuis plus de quinze ans maintenant.

    En parlant de cela, je suis aussi content de la collaboration que j’ai débuté avec l’écrivain Tom Larret qui m’a permis de rédiger une courte nouvelle à quatre mains, processus dont je raffole puisque je l’ai déjà expérimenté avec Steve Martin sur l’Œil & la Griffe. J’espère renouveler ce genre de « bœufs » littéraire, tant cela procure un effet galvanisant sur la création.

    Au final, je suis assez satisfait de l’orientation de cet endroit, même si l’hémorragie de lecteurs se poursuit de manière inexorable. Je pense que cela ne s’arrêtera pas : la guerre de l’attention entre les différents médias est devenue féroce, et je ne posséderai jamais la machinerie capable de rivaliser avec des groupes et des personnes bien plus équipés dans le domaine que je ne le serais jamais.

    Maintenant, un petit résumé de ma production de 2023-2024 : 

    2023 a été une drôle d’année : j’ai sorti deux titres, mais l’un d’eux, les Céruléens, restera encore bloqué dans les limbes pour longtemps, je le crains. Le sujet en est tellement polémique que je ne l’exposerai pas sur la place publique. C’est pourtant dommage, car j’aimais bien la manière dont j’avais agencé le récit, et la dynamique entre Ethel Arkady et son alter ego « divine », la cruelle et colérique Sekhmet.

    Mais je me suis rattrapé avec Pornopolis : Akemi Himiko, un mini-comics qui narre la première rencontre entre Ethel Arkady et Akemi Himiko, une antagoniste que j’apprécie énormément, et qui reviendra, n’en doutez point, dans d’autres histoires, notamment Un Dîner en Ville.

    J’en ai parlé en long, en large, et en travers, mais ma meilleure sortie date de la fin d’année 2024 : Adélaïde : livre premier : les journal d’Herbert Engellmann couronne près de 10 ans de travaux sur un monstre littéraire dans lequel je me suis lancé à corps perdu. Quoique n’ayant pas Ethel Arkady comme protagoniste, il se déroule dans son univers, et l’explore un peu plus en profondeur, le tout sur fond de guerre civile. C’est une histoire ambitieuse, dont je suis assez fière, en particulier de l’avoir amené à un premier tome fini.

    En parlant de cela, je vais lister ici les différents textes sur lesquels j'avance, pour vous donner un aperçu de ma production pour l’année à venir :

    – Adélaïde : second livre : le Récit de Ned Flaherty.
    Après avoir collé aux basques d’Herbert Engellmann, ce récit s’accroche à celles de son détective privé, Ned Flaherty, lequel est nanti d’un bras gauche artificiel conçu par le même Engellmann, ce qui facilitera son enquête en eaux troubles, entre vampires, faëries et rumeurs d’assassinat présidentiel. Une histoire qui renvoie autant au Steampunk qu’au polar hard-boiled avec quelques femmes fatales comme la « Chasseresse Pourpre » avec laquelle Ned sera obligé de s’allier, contre son gré, bien entendu !

    – La Chauve-Souris d’Or :
    En 1921, on retrouve Ethel Arkady sur le paquebot de luxe SS Diamant, en compagne de l’archéologue Gertrude Bell, laquelle a exhumé un artefact remontant à une période préhumaine : une « chauve-souris d’or » qui attirera la convoitise du sorcier Aleister Crowley. Un récit qui plonge avec délice dans le « pulp » et dont j’ai enfin achevé le premier jet. J’aime bien cette histoire, quoiqu’elle présente un aspect assez foutraque, mais elle se clôt sur une de mes meilleures scènes d’action dans laquelle Arkady affronte une abomination lovecraftienne, le tout sur fond de tempête apocalyptique.

    – 100 Cercueils partie 1 :
    Celui-là, je pense que je le découperai en trois parties. En 1847, en Arizona, Ethel Arkady alors âgée de 12 ans, se retrouve prisonnière de l’orphelinarium de « la Veuve Noire » après avoir perdu ses parents pendant la bataille de Monterrey. Cette institution, gérée par les vampires, produit, au terme d’une sélection drastique, des sujets capables de devenir des « goules ». Apprentissage du combat, des poisons, mais aussi culturel, rien n’est épargné aux têtes blondes. On y suivra donc les déboires d’Arkady – qui n’a même pas encore gagné son nom – pour s’évader de cet enfer terrestre. Alors, ici, j’avais envie de me confronter à un style que j’avoue ne pas trop porter dans mon cœur : la « Young Littérature ».

    – Pornopolis 1 & 2 :
    Retour dans nos années 2000 et des brouettes, pour l’aventure la plus « cul » d’Ethel Arkady qui aura commis l’erreur de se confier au mauvais amant, ce qui l’enverra tout droit entre les bras d’Akemi Himiko, un de ses plus redoutables adversaires. Je peaufine ce récit depuis longtemps, au point que j’en ai déjà scribouillé plus de quatre versions sans être satisfait. Cette fois, c’est la bonne et j’espère sortir le premier tome, illustré, courant 2025 ! Le deuxième est en cours de rédaction, et il promet d’être aussi complexe en termes d’inflorescences descriptives.

    – Un Dîner en Ville :
    Alors… pressenti comme la nouvelle annuelle s’intercalant entre Pornopolis 2 & 3 pour creuser un peu plus la relation entre Ethel Arkady & Akemi Himiko auxquels je souhaitais offrir une aventure en duo, ce texte a grossi jusqu’à atteindre les dimensions d’un court roman dont j’ai achevé le premier jet. Néanmoins, je suis assez satisfait de celui-ci, même si la fin m’a surpris moi-même. Se situant dans le cadre de Pornopolis, cette histoire possède une évidente charge érotique !

    – Les Chroniques de Yelgor : chant deuxième : la Nuit du Fer-Vivant :
    Après le premier tome, je me suis vraiment lancé dans une saga de « fantasy » complète, avec une véritable odyssée pour nos personnages qui ont toujours les adorateurs de Sol aux fesses. Comme si cela ne suffisait pas, j’ai rallongé la sauce en narrant les aventures de jeunesse d’Allytah Nédérada, notamment le chapitre de sa vie où elle perd son bras droit, ce qui a un tantinet agrandi le récit à un tel point que je me demande si je ne séparerai pas ce roman en deux. À ma décharge, la carte de Yelgor m’offre pléthore de possibilités, et l’extension de l’histoire vers l’extérieure (le premier tome demeurait un quasi hui-clos) me permet d’explorer ce monde très particulier, et comme j’apprécie le fait de me surprendre, je le peuple de tout un tas de créatures exotiques plus ou moins fréquentables.

    J’en resterai là pour ces éphémérides !

    En vous souhaitant chance et bonne santé pour l’avenir.

    mercredi 24 avril 2024

    Les Interviews de Gernier : Tom Larret

    Après MakuZoku qui est devenu un des piliers de mes deux sagas, le moment est venu de lever le voile sur une autre collaboration, très différente, qui a enrichi mes récits. 

    C’est que l’écrivain démiurge dans sa tour d’ivoire n’existe pas, et arrive toujours l’instant fatidique de présenter la première version de son épître à un lecteur avisé. Tom Larret est de ces personnes dont les retours pointus m’ont souvent poussé à m'arracher les cheveux dans des hurlements lupins terrifiants, me condamnant à me pencher une énième fois sur mon ouvrage.

    Évidemment, j’ai aussi relu dans la foulée son œuvre principale : les Chroniques de Guensorde. C’est au court de cet échange épistolaire électronique que nous avons sympathisé, nous rendons compte que nos deux univers ne sont pas si éloignés l’un de l’autre... Il était d'ailleurs fatal qu'Ethel Arkady rencontré le duo de Parques de Tom lors d’un amusant quatre mains… Il était donc temps que je lui offre une de mes pages, d’autant plus qu’elle m’a ouvert une des siennes il y a de cela un bail…

    Illustration par M-C-Illu

    Bonjour, Tom Larret, est-ce que tu peux te présenter pour les lecteurs qui ne te connaissent pas ?
    Bonjour, je suis romancière plutôt orientée dans l’imaginaire, même si je ne m’interdis pas à l’occasion de me frotter à d’autres genres plutôt pour le fun et l’expérience (oui, je me frotte de temps à autre à titre folâtre, et j’assume cette phrase). Il m’arrive aussi de publier des chroniques et des avis de lecture, mais sans la moindre rigueur ni ambition, et sous la surveillance de mon adjudant-chef. Après, je ne rédige pas une bafouille sur tout ce que je lis (par contre, je lis tout ce sur quoi j’écris mon opinion. Je sais, c’est con.) Hormis ça, j’aime le metal bourrin, les chiens, les poules et planter des campanules.

    C’est mieux de lire ce qu’on critique, effectivement. D’ailleurs, en dehors de tes romans, j’avoue que tes critiques ont le don de me faire rire. Tu utilises une certaine verve et un vocabulaire très riche, ce qui tranche avec le tout venant de ce qu’on lit sur le web. Du coup, j’ai envie de te demander d’où te vient cette faconde ?
    Eh bien, la réponse est un peu dans la question ! J’ai cette double volonté de faire rire et aussi de trancher. La critique passe souvent mieux avec une dose d’humour ; des auteurs que j’ai plus ou moins mordillés dans mes chroniques m’ont avoué que malgré ça, mes retours les avaient amusés aussi. Je pense également que le critique se pose, de façon volontaire ou non, comme un genre d’expert, et que pour cette raison, il doit faire preuve d’une grande rigueur dans le fond comme dans la forme. Après, j’admets que cela joue aussi contre moi ; j’ai un peu ce ton d’intello pédante à la Sainte-Beuve qui peut exaspérer ou décourager. Ça ne me dérange pas plus que ça ; je ne suis pas influenceuse, je ne formate pas mes contenus en fonction de l’attente du public. Alors, bien sûr, pour être honnête, j’aimerais bien que mes avis rencontrent plus de succès. Mais pas au point de simplifier ou de lisser ma façon de les rédiger ; ils n’auraient plus grand-chose d’authentique, et ça serait un peu méprisant envers ceux qui les lisent. Les lecteurs peuvent appréhender les mots de plus de deux syllabes, j’en suis convaincue !

    Pour le formatage, je confirme que tu y échappes, que ce soit dans tes fictions ou dans tes critiques, mais d’ailleurs... Je sais que tu as déjà fait un article sur lui, mais pourrais-tu nous dire qui est cet « adjudant-chef » qui te surveille ? Comment as-tu eu l’idée d’un personnage aussi saugrenu pour épicer tes critiques ?
    Ah, mon adjudant-chef ! C’est un mélange de personnes existantes et de mythes familiaux. Au début, j’avais simplement envie de caser des proverbes ou des citations détournées, et puis j’ai réalisé que je tenais là un triple bénéfice. Jouer avec les expressions, bien sûr, mais les aboiements de mon adjudant-chef me permettent aussi de me dégager un peu de ce statut « d’experte » dont je te parlais plus haut. Je retranscris des diatribes à mon égard du genre « Vous avez la cervelle aussi flasque et ratatinée que les valseuses d’un octogénaire, Seconde Classe Larret ! », je pense que ça atténue un peu la hauteur de grosse tête grammatisante qu’on pourrait m’attribuer. D’autre part, cette figure à la fois inquiétante et ridicule me permet de glisser des vannes qui seraient mal interprétées dans un style plus direct ; bien qu’on en ait déjà mal interprétées... Je cache sans doute sous son képi mon propre syndrome de l’imposteur, aussi... Enfin, c’est aussi un genre de gimmick à la mode WWF. Eh ouais ! la nuit, je suis une luchadora masquée.

    Avant d’aborder le gros morceau que constituent les Chroniques de Guensorde, je souhaite poursuivre sur ton site... J’avoue humblement que je n’ai pas tout lu, mais j’apprécie les petites pièces comiques et très métatextuelles que constituent les Parques Attaques... Est-ce que tu peux m’expliquer d’où elles viennent ?
    Parques Attaque, c’est une autre forme de critique, plus générale et peut-être moins professorale aussi. Une façon de pointer les clichés incohérents, les tropes politiquement obligatoires et autres poncifs de bon aloi ineptes qu’on retrouve chez beaucoup de romanciers, sans cibler quelqu’un en particulier. Bien sûr, les épisodes ont également un côté parodique, qui s’amuse avec les codes d’un genre donné (codes qu’il ne faut pas confondre avec les clichés, les uns sont des repères pour le lecteur quand les autres sont des facilités pour l’auteur). Je ne sais pas si c’est dû à l’explosion faramineuse du nombre de livres édités ces dernières années, à mes propres choix de lecture, ou bien à un lissage nauséabond de la pensée générale, mais j’ai très souvent l’impression de relire la même histoire, avec les mêmes personnages et les mêmes enjeux. J’avais envie d’éclater un peu toutes ces histoires hyper attendues, cette littérature au Nutriscore, sans sel, sans gras, sans gluten et sans idées, et c’est pour ça que j’ai envoyé mon duo d’andouilles mettre un peu le bordel là-dedans. J’ai choisi les personnages de « Parques » comme des représentants d’un destin un peu facétieux, et sans motivation précise, hormis les mystérieuses Plus-values Fatalité. Et, bien sûr, le mot en lui-même m’ouvre les portes béantes de l’univers infini des calembours débiles.

    Les facétieuses Parques par Tom Larret !

    C’est assez marrant qu’on en vienne à parler de cela, de littérature lyophilisée... Ce qui me permet de raccrocher un peu les wagons avec ton magnum opus à ce jour : les Chroniques de Guensorde. Malgré le fait que tu t’inscrives dans un genre assez balisé, j’ai autant été surpris par le style tout en arabesques byzantines, que par des séquences d’une cruauté ahurissante. Du coup, j’ai envie de te demander d’expliciter ces choix pour le moins risqués dans un genre – la fantasy – plein de possibilités, mais finalement assez frileux.
    Je t’avoue que je n’avais pas du tout conscience des « risques » autour de mes choix. Ma témérité de luchadora masquée, sans doute ! Je ne suis même pas sûre d’avoir fait des choix, au final (mon adjudant-chef désapprouve ce genre de choses). Concernant le genre littéraire des Chroniques de Guensorde, il s’est imposé à moi tout naturellement ; c’est de loin celui qui m’attire le plus, qu’il s’agisse de livres, de bandes dessinées, de films, de séries ou de jeux. Il y a dans la fantasy une dualité que je trouve assez fascinante : la liberté absolue qu’offre un univers complètement imaginaire, tout comme le travail intellectuel qu’il exige pour s’y plonger. Mais aussi l’évasion qu’il permet avec le réel tout en en proposant un reflet parfois très net. C’est probablement de là que viennent les séquences que tu soulignes.

    Ce type d’atrocités existe aussi ici, et en certainement bien pire ; la fantasy aide à les évoquer avec une certaine « distance de sécurité ». Mais d’après quelques retours, la distance est un peu courte pour certains lecteurs. C’est une affaire de goût, comme de sensibilité. Je ne cache pas les aspects sordides et brutaux de la saga ; j’ai collé une pastille « Pour public averti » en quatrième de couverture, et un traumavertissement sincère en première page. Je ne l’ai pas du tout pensé comme une accroche marketing, un « venez vous rouler dans les tripes et les larmes ». Même si je suis toujours ravie qu’on vienne se rouler, hein ! Ça correspond à ma vision de la littérature, de l’art en général, qui pour moi doit utiliser les constituants de la réalité sans pudibonderie, au service de l’émotion, voire de la réflexion. Il y a une vraie utilité à ces scènes dans les Chroniques, je ne les ai pas collées là par voyeurisme ou complaisance. Après, si on ne la perçoit pas, ça veut juste dire qu’il faut que je travaille plus dur !

    Enfin, j’ai voulu que le style soutienne le propos général, permette davantage de précision ou de profondeur, qu’il reflète aussi une certaine complexité inhérente à l’univers de Guensorde. La façon d’écrire, comme de dessiner ou de jouer, n’est pas un simple emballage cadeau autour d’une idée. La forme est une partie intégrante du fond. Là, encore, ça n’aide peut-être pas à l’accessibilité de mes textes. Mais j’ai assez de foi en l’intelligence humaine pour lui attribuer des capacités de compréhension allant au-delà de « sujet + verbe + complément ». Et, pour terminer sur une note d’honnêteté, le genre, le style et la noirceur, je les ai aussi choisis parce que ça me plaît. La fantasy est un univers de liberté pour tous ! Là, j’ai poussé mon cri de luchadora masquée, mais il est difficile à retranscrire.

    J’avoue que j’aime me rouler dans les tripes et les larmes, de mon côté, donc tout cela ne me choque pas trop. D’ailleurs, un autre truc qui m’a frappé, outre une montée en puissance de ton style, c’est que finalement, on s’attache aux pas d’une des pires ordures de la fantasy, j’ai nommé Anverion. Qu’est-ce qui a motivé la création de ce personnage abject ?
    J’avoue que l’Anverion final qu’on découvre dans la saga est un peu moins sympathique que ma première idée. Le personnage a pas mal évolué au fur et à mesure de mes lectures pour préparer le premier tome. À l’origine, je m’étais plutôt inspirée de tout le mythe construit autour d’Alexandre le Grand, avec toute la complexité et la fascination qu’évoque sa figure historique. Mais au contraire du Macédonien, qui se réclamait certes d’origines divines sans prétendre être lui-même un dieu, Anverion, lui, en est un. Lui donner un caractère nuancé, avec des émotions et des ambitions entremêlées, une propension égale ou variable au bien comme au mal lui aurait aussi octroyé une certaine forme d’humanité, qui ne convenait pas vraiment à la monarchie de Guensorde. Par conséquent, j’ai ajouté quelques poignées du Caligula de Dion Cassius et de celui de Jean-Yves Boriaud entre « démesure et dérision », une bonne rasade Louiquatorzienne, un zeste de Charles VI et d’Ivan le Terrible, j’ai fait cuire le mélange dans un moule de fanatisme religieux, et j’ai nappé le tout des pires grumeaux de « l’éducation positive ».

    Au final, sa nature divine, sa situation sociale et son histoire personnelle ont donné cette espèce de psycho-sociopathe que son entourage déteste adorer ! En outre, je ne voulais surtout, surtout pas lui donner de « ticket retour » magique parlepouvoirdelamourlamitié, du genre qui balaie les valeurs et le caractère d’un personnage en un bisou sur la joue. C’est un trope parfois positif, mais qui ne fonctionne que dans la littérature jeunesse ou feel-good, le vilain qui devient gentil parce qu’on l’aime. Je ne porte pas ici de jugement de valeur sur ces genres littéraires, mais je trouve que ledit cliché vire souvent à la croyance dangereuse dans les autres registres, surtout lorsqu’il s’insinue dans les représentations du monde réel. Non, messieurs-dames, il ne suffit pas d’aimer très fort votre partenaire pour en finir avec ses coups de poing dans votre museau ou ceux des autres. 

    Illustration par M-C-Illu

    Jolies références pour ton « antagoniste » principal ! Je vais me permettre une digression : il m’apparaît que ce cliché, du bad-boy, de préférence riche ou à une position de pouvoir élevé, qu’une jeune et jolie demoiselle va remettre sur le droit chemin se retrouve beaucoup dans une certaine littérature, en particulier qu’on appelle « Young Adult », bien que je déteste aussi ce genre d’étiquette. Non que j’apporte quelques croyances à l’influence de la fiction sur les âmes – ce serait à mon humble avis nous accorder une trop grande importance aux saltimbanques que nous sommes – mais je me demande si, à force de « répéter un mensonge », ainsi que l’a prophétisé un homme dont je tairais le nom, celui-ci ne devient pas une réalité. Parce que de ce côté-là, et même si je loin d’avoir eu le courage de tout lire dans le genre – qui ne m’intéresse pas beaucoup – j’ai la sensation que ta posture critique sur ce stéréotype est plutôt unique en son genre...
    Je suis d’accord avec toi, c’est un type de personnage qu’on retrouve énormément, dans la littérature à destination des grands adolescents, mais également dans tous les types de romance. La figure de la rédemption par l’amour n’est pas spécialement nouvelle, mais ce que je constate de plus en plus, et qui motive ma critique, c’est que ladite rédemption n’est plus le fruit d’un effort sur soi-même ou d’un chemin parcouru, ni même d’une évolution globale, car elle ne s’effectue qu’au sein du couple, et pas à d’autres niveaux.

    Et à force de se multiplier dans la fiction, ce genre de personnalité comme de relation est devenu un modèle à suivre, un idéal à imiter, un but à atteindre, puisque présenté comme la base d’un bonheur délirant. J’y vois deux messages assez toxiques s’ils sont pris sans recul : « si votre partenaire n’est pas une bonne personne, changez-le ou la » d’un côté, et « si votre partenaire vous aime vraiment, il ou elle tolérera tous vos comportements, même les plus abjects » de l’autre. Je comprends tout à fait le fantasme du mauvais garçon (ou de la femme fatale) qui se transforme par la passion ; mais pas qu’on l’érige en parangon de l’amour heureux et parfait en un battement de cils. Hélas, pour avoir travaillé avec les « jeunes adultes » en question, je te confirme que ce cliché façonne bien une certaine norme dans la vision du couple. Je m’étais un tout petit peu enflammée à ce sujet sur mon blog, d’ailleurs. C’est aussi pour ça que j’ai voulu proposer une évolution différente pour Anverion, en décalage avec la version romancée habituelle. Et beaucoup plus proche de ce qui arrivera à ta sœur ou à ton voisin face à des comportements de cet acabit.

    Merci pour ta réponse développée à laquelle j’adhère totalement. Tant que nous sommes dans les arcanes de Guensorde, une autre chose qui m’a surpris de manière très agréable, c’est que ton héroïne se détache un peu du tout venant : elle possède des connaissances scientifiques, elle demeure assez intelligente, et pourtant elle possède beaucoup de failles, ce qui la rend assez touchante. Est-ce que tu peux nous expliquer comment t’es venu ce personnage ?
    J’avais envie d’écrire l’histoire d’un personnage avec des capacités assez poussées, mais pas au point de lui permettre de surmonter seule toutes les difficultés. J’ai tendance à me détacher des héroïnes ou héros trop doués ; lorsqu’on comprend après dix pages (ou dix minutes de film) qu’ils sont capables de tout réussir, de tout affronter, puis de s’en sortir comme des fleurs, tout frais tout propres et bien coiffés, je ne vois plus aucun intérêt à suivre leurs aventures. Je ne souhaitais pas non plus un personnage de combattante, je voulais lui donner d’autres compétences que l’endurance, le courage, l’adresse aux armes ou la force physique, qui lui seraient tout aussi utiles, mais d’une manière bien différente. 

    J’ai tenté de lui donner en outre des traits de caractère qui la desservent réellement, voire la mettent en danger, et pas de pseudos-défauts comme la fameuse impétuosité qu’on retrouve dans de nombreuses descriptions « d’héroïnes badass », qui n’est qu’une qualité maquillée sans aucune conséquence sur leurs destins ou leurs choix. Au début de la saga, Aldanor est complètement infoutue de la fermer, de réfléchir avant de parler, ou de retenir ses interventions. Bien qu’elle comprenne très rapidement que le silence, un choix de mots plus avisé ou une inaction temporaire la garderaient en sécurité, elle a le plus grand mal à s’y résoudre, et cela lui coûte assez cher. Elle ne parvient pas non plus à remettre en question son système de croyances et de valeurs ; lorsqu’il entre en contradiction avec ses analyses ou ses apprentissages, elle parvient toujours à les déformer de façon à rester cohérente avec elle-même. Pour éviter de reconstruire totalement sa personnalité, elle se trouve toujours une bonne raison de tendre l’autre joue, si tu préfères. 

    Enfin, j’ai aussi essayé de tordre le cou à l’image que les victimes d’emprise se font d’elles-mêmes, comme à celle que la société leur renvoie en général. Qu’il s’agisse d’une manipulation sentimentale, amicale, professionnelle, spirituelle ou religieuse, celles et ceux qui s’en sortent se demandent toujours « comment ai-je pu être aussi bête ? ». Et, lorsqu’on n’y a pas été confronté, on a tendance à penser que les membres d’une secte, les cibles des brouteurs, etc... ne sont pas les couteaux les plus affûtés du lave-vaisselle. Aldanor est une femme intelligente, cultivée, avec des capacités de raisonnement efficaces, mais elle fait face à des pratiques d’instrumentalisation qui utilisent d’autres ressorts psychologiques, qui jouent davantage avec les affects ou l’émotion que l’intellect et la réflexion, et qui les mettent complètement en déroute. Avec du recul, ça donne une impression de grande stupidité. Pourtant, assiégé par les techniques certifiées et bien maîtrisées des gourous, des dictateurs ou de n’importe quel manipulateur malveillant, que tu sois Prix Nobel de physique, champion du monde d’échecs, lauréat du Goncourt ou autre HPI, je ne miserai pas un centime sur toi.

    Illustration par M-C-Illu

    J’avoue qu’Aldanor m’a parfois crispé dans sa manière de se voiler la face, mais comme c’est voulu de ta part... Je te tire mon chapeau. On a abordé pas mal de sujets intéressants, mine de rien, mais je me demande... Quelles sont tes influences littéraires ? Les auteurs (même les cinéastes ou les dessinateurs, je ne suis pas sectaire...) qui t’ont le plus influencée ?
    Pour la saga de Guensorde, je citerais G.R.R Martin en première position, pour le côté réaliste et sans pitié de son monde (assez aseptisé dans la série télévisée, d’ailleurs, mais particulièrement rude et complexe dans les livres), et une certaine circonspection avec l’usage de la « magie ». Souvent, sortilèges et invocateurs se pavanent en fantasy, j’avais apprécié leurs restrictions et leur rareté dans Le Trône de Fer. De mon côté, c’est moins un vœu de subtilité qu’une difficulté à gérer tout un système de pouvoirs surnaturels. Hormis les Incarnés, qui tiennent plus des créatures fantastiques que des mages, j’ai tenté de l’imiter et donc de limiter.

    J’avais aussi été très marquée par les trois volumes des Enquêtes de Télamon de Paul Doherty, et, en ayant relu La Mort sans Visage il y a peu, je n’avais même pas imaginé le nombre de parallèles inconscients que j’ai faits dans Le Sceptre et la Lancette ! Après, je suis une grande admiratrice des classiques ; c’est peut-être moins sensible, mais j’adore Hugo, Corneille, Virgile et consorts... Ils ont tous les trois droit à leurs clins d’œil enamourés, d’ailleurs, dans la quadrilogie. Pour sortir un peu des auteurs, j’avoue que j’y ai glissé énormément de références à l’univers metal (et pas seulement quand quelqu’un se met à chanter). En ce qui concerne les aspects plus visuels, je pense que les atroces distorsions physiques des corps dans les dessins d’Otto Dix ont probablement dû façonner celles de mes Incarnés, ainsi que les ravages qu’ils font. Et enfin, j’ai sorti pas mal de calembours de mon propre héritage familial, car mes turlupinades lexicales se transmettent de génération en génération.

    Je te remercie pour tes réponses, même si j’avoue ne pas être très fan de GoT ! J’avais une dernière question : quand on suit un peu ton site, on remarque que tu t’essaies souvent à des mises en page ou à des illustrations, est-ce que cela nourrit aussi ta narration ?
    Moi la série m’a laissée assez mitigée, mais j’avais bien aimé les romans malgré l’aspect touffu des intrigues dont j’ai eu du mal à me dépêtrer. Après, j’aime bien quand c’est touffu.
    En ce qui concerne la mise en page et l’illustration, de mon côté, ça obéit à des impératifs de communication presque assez bêtes et méchants pour les confier à une IA. Presque. Disons que ça n’est là que pour mettre en valeur une de mes publications, et respecter les codes d’internet où l’image et la vidéo attirent presque seules l’attention. J’aime bien bricoler sur Illustrator de temps en temps, mais je n’ai pas la patience, la formation et les compétences d’un vrai professionnel. Toutefois, je préfère quand même mes résultats aux tas de pixels fades et répétitifs que produisent Midjourney et consorts.
    Lorsque j’ai vraiment besoin d’une illustration porteuse de sens et de créativité, comme pour mes couvertures, je préfère l’acheter à une personne talentueuse et sérieuse avec qui je peux échanger. Non seulement j’obtiendrai quelque chose de conforme à ma première idée, mais bien plus esthétique que ce que je suis capable de faire, et enrichi par une vision artistique différente. Pour celles de Guensorde, j’ai fait appel à M-C-Illu. J’avoue que j’aimerais bien confier toute ma « communication visuelle » à un graphiste ou un dessinateur de métier, mais c’est un investissement que je ne peux pas me permettre. Pour l’instant ; comme mes ventes devraient logiquement exploser suite à cette interview, je prépare d’ores et déjà mes annonces de recrutement, ainsi que l’emplacement de ma future piscine et la commande des 25 000 hectolitres de crémant de Loire pour la remplir.

    Je te remercie pour ta participation ! Du coup, je pense que cela conclut ce très intéressant entretien. Est-ce que tu aurais le mot de la fin ?
    Ben... à table. 
     
    L'intégralité (ou presque) du pléthorique casting de Guensorde par Tom Larret.

    dimanche 26 mars 2023

    Cinoche P comme Pourris : Avatar 2 : la voie de l'eau de James Cameron (2023)

    Après un moment à bosser d’arrache-pied sur Ethel Arkady ou les Chroniques de Yelgor, il est temps d’exécuter un minuscule pas de côté pour rédiger de nouvelles critiques de films, mais dans un format un peu moins formel, plus libre et plus rapide que celles que j’ai déjà produites. Depuis la fin du confinement, j’ai retrouvé le chemin des salles obscures, et je pense qu’il est utile de jeter un regard dans le rétroviseur sur ce que j’y ai vu.


    À tout seigneur, tout honneur, jugeons sur pièce la dernière cathédrale cinématographique du Grand Jim, la ©Révolution Copernicienne qui nous apprendra comment l’on réalise des films à l’aune des années 2020, alors même que les IA sont en passe de remplacer les artistes[1]. D’une durée astronomique Avatar 2 propose un spectacle total, en 3D 400 THX 6.2 de mon cul, avec une myriade de détails et de biens belles vignettes, ma bonne dame, qu’elles sont magnifiquement poétiques ! Pouet, pouet !

    Alors, non ! Juste non ! Ce film est une insulte à l’intelligence humaine. Si je ne cracherais pas sur la réalisation qui vaut mieux que le moindre plan pondu par un « yes-man ! » de chez Disney, je ne m’extasierais pas non plus sur celle-ci. Elle ne comporte que peu de plans signifiants, se contentant d’illustrer de manière besogneuse le scénario. C’est le strict minimum syndical ce qu’on attend d’un réalisateur comme Cameron. Pour le reste, les thèmes exploités dans le récit ne dépareilleraient pas dans un western du Duke, avec cette bonne vieille moraline ricaine assénée au marteau-piqueur avec la légèreté d’un quinze tonnes bourré à la Kronenbourg. Hésitant comme un étudiant encore hébété par sa soirée de picole entre différentes voix narratives – sans en retenir aucune – le film ne répondra à AUCUNE des questions qu’ils posent lui-même, vous rotant des TGCM à la gueule en guise d'explication.

    Les beaux esprits qui s’accrochent à cette ©Révolution avec l’énergie du désespoir tente de transformer cette informe masse de plastique en un chef-d’œuvre ne contemple au fond que la déshérence morbide de leur idole passée. À l’évidence, et depuis une bonne vingtaine d’années, le cinéma de Cameron est rentré dans un coma avancé. Le premier Avatar recyclait déjà des pans entiers de sa filmographie dans un vomi de couleur fluo usant de ces Schtroumpfs comme de jouet dans des décors puant le silicone à plein nez. Ce nouvel opus entérine cette chute.

    Ce n’est pas parce que le film possède une structure en « chiasme » que ça le transforme en parangon d'intelligence. Maîtriser ce genre d’outil narratif, c’est la base pour n’importe quel aspirant écrivain. Ça n’excuse en aucun cas tous les trous dans la trame scénaristique sur lesquels je ne m'étendrai pas[2], ça serait trop fastidieux. Je signalerai juste que le film appartient au genre de la science-fiction, et que cela demande donc une rigueur de tous les instants dans l'exploitation de la logique interne du récit. Qu’en 13 ans (bordel !) personne dans la production n’ait rappelé au ©Grand Jim que les spectateurs ont besoin de règles claires, précises et que l’on réponde aux enjeux que l'introduction lance reste une éclatante preuve de paresse intellectuelle.

    Dans cet étron, tout est à chier : la musique vous scie les nerfs avec ses 250 000 cordes aussi asthmatiques, singeant les compositions de James Horner, lequel avait déjà pas mal recyclé ses plus glorieuses mélodies sur le premier épisode de cette saga, devinant peut-être que le réalisateur se muait en une caricature de lui-même ; Sam Worthington, à son habitude, livre une « performance » brillante de gnou sous prozac, tout à fait reconnaissable malgré son grimage bleu : Le vide abyssal de son regard vous hantera toute la nuit, on touche l’infini en se perdant dans cette négation de l’intelligence ; les autres acteurs déclament les pires inepties dans un surjeu constant, couverts des plus beaux effets spéciaux du monde, enfin pas un de ses personnages ne mange, ne saigne, trahissant là leur véritable nature « d’avatar » en plastoc, détaché de la contingence biologique qui est le lot du vivant. Cette artificialité eût pu être une mise en abîme terrifiante, mais cela restera un éclair de lucidité de la part du ©Grand Jim dans cette océan de vacuité.

    C’est que, film grand public oblige, et avec toutes les sensibilités exacerbées de notre époque, il ne faut froisser personne. Effaçons donc ces manifestations organiques qui sont pourtant à la base de notre vie en communauté[3]. J’aimerais aussi profiter de cet inventaire pour gloser sur le flagrant délit d’anthropomorphisme éhonté qui implique les baleines à mâchoire trifide. Ce moment de cinéma en or massif a pulvérisé le seuil de mon incrédulité à Mach 6 dans un élan de ridicule auquel même les dessins animés les plus niés de l’Oncle Walt n’ont rien à envier.

    Quant à « l’inventivité » du monde de Pandora, si foutre six pattes à des chevaux et coller une collerette à des plésiosaures est un parangon de création, je pense que la plupart des écrivains de fantasy se retournent dans leurs tombes. Il n’appartient qu’à vous d’ouvrir un livre d’Ernst Haeckel pour découvrir la pauvreté cagneuse de cet univers en carton-pâte numérique. En vérité, ce truc – j’hésite à appeler ça un film – ressemble beaucoup aux productions Marvel. Alors, comme je l'ai dit plus haut, certes pas au niveau de la réalisation, mais dans son vide thématique abyssal, son manichéisme abject, ses péripéties toutes plus téléphonées les unes que les autres, l’idiotie crispante de ses personnages, l’on retrouve la même absence d’ambition, la même atonalité un poil méprisante pour son public.

    Et pour cause, c’est que ce « truc » ©Révolutionnaire coûte le PIB d’un pays en voie de développement. Il faut se rembourser ma petite dame ! Que les actionnaires en aient pour leurs thunes. C’est d’autant plus amusant, de manière métatextuelle, que le film se vautre comme un cochon dans un écologisme d’apparat, alors que dans sa fabrication, il se situe aux antipodes de ce qu’il prêche avec une suffisance qui confine à l’insulte caractérisée. Et c’est peut-être cette hypocrisie crasse qui m’a le plus ulcéré. Cette façon sordide de se draper dans sa morale, sûre de son bon droit, qui n’appartient qu’au bourgeois, transpire par toutes les puces électroniques de cette sinistre et trop longue merde.
    ________________________________________________________ 

    [1] – plus malléables, n’ouvrant pas leurs gueules, qui s’en plaindra ? Sûrement pas les spectateurs habitués aux scripts pourris de chez Marvel.

    [2] – pour la bonne bouche, je citerai tout de même ces séquences ahurissantes ou les antagonistes ont TOUTES les cartes en main, les personnages dans leurs viseurs, mais laissent passer l’occasion parce que ça convient au réalisateur ! Du ©Génie !

    [3] – La plus simple des méthodes pour tisser des liens entre êtres humains consiste souvent à se réunir autour de gueuletons. Un élément que le film occulte, puisque pas un de ces personnages n’est incarné.

    dimanche 7 novembre 2021

    Bibliothèque des Ombres : Pot-pourris de rééditions remarquables... (02)

    Ça faisait un mois que je n’avais plus ouvert ce blog, car je cravache de plusieurs côtés pour achever différents projets liés à Ethel Arkady.

    En passant, je remercie encore Tom Larret qui m’a gratifié de cette magnifique concernant ma dernière nouvelle que vous trouverez ICI.


    Je vous entretiendrais de tout cela dans ces pages, mais pour le moment la patience s’impose comme une excellente conseillère. D’autant qu’avec l’actualité stressante qui est la nôtre, des soucis de santé dus au stress pourrissent mon existence. (rien à voir avec le virus star qui continue d’agiter les talk-shows et les Knock de tous poils)

    Donc, en attendant, voici un petit pot-pourri de mes récentes lectures.
     

    Eden : it's an Endless World / Hiroki Endo

    La nouvelle édition de ce manga nous permet d’en apprécier toute la pertinence. En effet, le monde futuriste décrit par l’auteur est celui d’une humanité à l’agonie, prise en étaux entre un virus qui a décimé 15 % de la population, les problèmes de pollution et la raréfaction des terres arables.


    Dire que le genre du « Cyberpunk » a été visionnaire est une lapalissade. Outre les sujets environnementaux, ce manga traite avec un certain brio de thèmes complexes comme le transhumanisme, l’extrémisme sous toutes ses formes, la mainmise de grandes compagnies industrielles sur le politique. Des questions qui appartiennent désormais à notre actualité.


    Pour autant cette énorme fresque est loin d’être un pensum assommant. Endo danse sur le fil du rasoir entre la SF cérébrale et les moments d’actions décomplexés typiques du genre dans des envolées de destructions massives ou des joutes dantesques. L’humanité des personnages est tiraillée en permanence et il vaut mieux ne pas s’attacher à eux, car l’auteur fait souvent preuve d’une cruauté ahurissante vis-à-vis de ces protagonistes.

     Balançant entre le drame et le grotesque, Endo parvient à infuser une mélancolie prégnante entre ses pages. Bien qu’Endo s’adresse à des lectures matures en raison des innombrables thèmes difficiles qu’il traite, il offre aussi à ceux qui oseront s’y pencher un univers foisonnant, complexe, riche en sujets de réflexions et en drames. 

     

    Le Troisième Œil / Olivier Ledroit

    Dessinateur talentueux, déjà à l’origine de plusieurs titres cultes comme Les Chroniques de la Lune Noire (avec Froideval au scénario) ou Requiem Chevalier Vampire (avec Pat Mills), Ledroit se lance ici dans une série en solo. 

    Nantie de sa longue expérience avec différents scénaristes, Ledroit tisse un récit assez lâche, ce qui lui permet de jongler avec les clichés du thriller ésotérique. 

    Le sujet lui offre l'occasion de tester la peinture numérique pour nous éblouir de planches psychédéliques qui emboîtent le pas aux pérégrinations du héros durant sa course métaphysique dans un Paris transfiguré par les Grands Anciens de Lovecraft. Impossible de ne pas songer aux créatures de la nouvelle « De l’Au-delà » avec la horde de radiolaires, de cnidaires, de myriapodes, chiens de Tindalos et autres zooplanctons qui apparaissent dans ces planches.

    Cette palette nocturne articule un récit aussi complexe que les différentes manifestations surnaturelles qui le hantent. L’histoire de la capitale est mise à contribution dans des explosions graphiques très expressives. De ce point de vue, l’album est une réussite et Ledroit lui confère une ambiance à nulle autre pareille.

    Complexe dans son texte et la structure de son découpage, surprenant dans son parti-pris radical, cet album solo augure du meilleur pour la suite de la série. Olivier Ledroit, confirme ici son statut d’auteur fantastique complet.

     

    Le Mercenaire / Vicente Segrelles 

    La BD espagnole est un tout un continent inexploré du 9e Art et Vicente Segrelles en est un des plus brillants représentants. À partir des années 80, il s’engage sur une longue saga d’héroïc-fantasy réalisé à la peinture à l’huile. Une technique unique dans le monde de la bande dessinée, de par sa lenteur d’exécution, mais aussi par sa richesse chromatique.

    On y suit les pérégrinations d’un mercenaire sans nom, rappelant par cette absence de dénomination, l’archétype des westerns spaghettis de Sergio Leone. Cet anti-héros déambule dans des paysages arides, des cimes enneigées et d’imposantes gorges escarpées. Peuplé de dragons, de géants et de nefs volantes, ce monde est décrit dans une palette de couleurs d’une rare subtilité. Les pleines pages et les cadres amples invitent à la contemplation. 

    Le découpage cinématographique épouse à la perfection cette atmosphère languissante, nous menant par la main dans les méandres de cet univers singulier.
     
    Vicente Segrelles n’oublie pas de conférer une portée universelle à son récit et une bonne part de son intrigue repose sur une course à l’armement alchimique, ce qui fait écho à la Guerre Froide qui se déroulait pendant la composition de la première partie de cette saga.

    Présenté dans une intégrale réalisée avec soin, Le Mercenaire est une de ses œuvres qui, de par sa technique, sa narration limpide et son sujet, offre le meilleur de ce que la BD. Une série atypique, attachante et qui invite à la contemplation. On appelle ça un chef-d’œuvre !

    Une dernière illustration pour la route...

    dimanche 30 mai 2021

    Bibliothèque des Ombres : Pot-pourris de rééditions remarquables...

    Pas encore de de progrès sur les travaux en cours – et ce ne sera pas pour ce début de mois de Juin, mon emploi alimentaire devenant aussi abscons que surréaliste en ces temps d’ouragan sanitaire – mais ce sera pour bientôt. En attendant quelques petites chroniques sur des BD (re)découvertes qui bénéficient de rééditions bienvenues pour des classiques de cette importance. 

    J’attire également votre attention sur Kirihito d’Osamu Tezuka qui, avec son contexte de maladie émergente et ses intrigues politico-médicales, est une parfaite anticipation de ce que nous vivons...

     

     Kirihito / Osamu Tezuka

    Avant d’être mangaka, Osamu Tezuka a suivi un cursus médical et il a observé ce microcosme pour en tirer la matière de ses meilleures histoires, dont la série consacrée au chirurgien marron Black Jack, mais aussi ce terrible récit centré autour d’une maladie, la Monmô, qui déforme les os de ses hôtes, les métamorphosant en lycanthropes.

    Pour découvrir les causes de cette infection, le docteur Kirihito se rendra dans le village isolé d'Inugami-Sawa. À la clé de ce travail peut-être le couronnement de sa carrière universitaire. Mais la jalousie, la malveillance et les accointances politiques de ses collègues ne tarderont pas à l’enferrer dans une machination diabolique. D’autant plus qu’il contracte à son tour la maladie...

    Dans les années 1970, Tezuka abandonne son ton enfantin pour se jeter à corps perdu dans le gekiga (manga pour adultes) afin de concurrencer ses collègues. Un changement aussi drastique que réussi qui offre à ses lecteurs des histoires très sombres dans lesquelles machinations politiques, sexe et violence se mêlent en un tourbillon vertigineux. N’ayant rien à envier aux meilleurs thrillers modernes, ces récits demeurent toujours d’une inquiétante réalité.

    Dans Kirihito Tezuka nous alerte sur les conséquences désastreuses qui résultent de la collusion entre le monde politique et médical. À méditer en ces temps de pandémie...

     

    Anita Bomba intégrale 1 : Journal d'une emmerdeuse / Éric Gratien & Cromwell

    Dessinateur punk, œuvrant dans le domaine de la BD et celui de l’illustration, Cromwell possède un univers déglingué bien à lui dans lequel s’écharpent des personnages aux faciès burinés par les accidents de la vie. En particulier quand ceux-ci s’associent pour leurs plus grands malheurs à la fameuse Anita et à ses bombes artisanales.

    Cette intégrale vous propose de redécouvrir les aventures « No Futur » de cette héroïne à nulle autre pareille. Accompagnée par des compagnons hauts en couleur – un mentor au visage indiscernable et un robot victime d’un syndrome de personnalités multiples –, cette fine équipe se lancera sur la piste d’un trésor faramineux, poursuivi par « La Misère », un super-héros usant d’une horde de piranhas mécaniques pour appliquer sa propre justice.

    La verve d’Éric Gratien, le trait nerveux et la bichromie de Cromwell font des merveilles pour dépeindre cet univers cabossé aux confluences de plusieurs genres comme le western, la SF post-apocalyptique et le récit de casse. Ni hommage servile, ni pastiche, mais quelque part entre les deux, Anita Bomba est un titre unique, et son héroïne explosive en constitue un des atouts de cette aventure dont les tours et détours vous surprendront.

    Pas encore de de progrès sur les travaux en cours – et ce ne sera pas pour ce début de mois de Juin, mon emploi alimentaire devenant aussi abscons que surréaliste en ces temps d’ouragan sanitaire – mais ce sera pour bientôt. En attendant quelques petites chroniques sur des BD (re)découvertes qui bénéficient de rééditions bienvenues pour des classiques de cette importance. 

    Spice & Wolf / Isuna Hasekura & Keito Koume

    Lawrence Kraft, marchand itinérant, accueille dans sa carriole une squatteuse d’un genre très particulier en la personne d’Holo. Cette (jeune ?) fille possédant une queue et des oreilles de canidés n’est autre que la déesse des récoltes en personne.

    Vous êtes-vous demandé comment s’organisait le commerce durant le moyen-âge ? Ce manga va vous donner un début de réponse. Cette fantaisie sur fond de bouleversement religieux exploite un sujet inédit dans la littérature de fantasy, plus axée sur les guerres d’honneur et les rois que sur la réalité matérielle des vilains.

    Pour autant, le voyage de Lawrence et Holo n’est pas un pensum aride, et le caractère volontiers fantasque de la déesse déchue apporte une épice comique qui n’est pas désagréable. Le ton se pare parfois de pointe de mélancolie, de poésie, car le périple d’Holo n’est autre que la révérence d’une divinité séculaire qui abandonne le monde des hommes.

    Une œuvre attachante qui s’éloigne des figures classiques du genre pour donner une autre image du moyen-âge, bien plus proche de nos problématiques économiques que nous ne le supposions.

     

    Promethea / Alan Moore & J.H.Williams III

    Étudiante en littérature, Sophie Bang – qui habite une année 1999 fantasmée, avec super-héros de la science incluent en bonus – base sa thèse de fin d'étude sur Promethea, une héroïne qui ne cesse de poindre dans les récits. Présente dès le VIIIe siècle, elle se sublime dans les strips des journaux dominicaux, puis dans les pulps des années 30… Au fur et à mesure de ses recherches, Sophie est appelée à devenir l’incarnation de la prochaine Promethea

    Alan Moore nous offre ici une nouvelle vision, enluminée par le dessin hyperbolique de J.H.Williams III, qui se centre sur une figure mythologique féminine. Les nombreuses digressions du récit, qui paraissent d’abord superfétatoires ne sont là que pour soutenir le propos de l’écrivain qui s’avère, comme toujours, un vibrant hommage à l’imagination que Moore considère comme la véritable force cachée en l’homme.

    Car Promethea – déclinaison transparente de Prométhée – qui ne cesse de se transcender dans les récits, souvent mise en comparaison avec les fameux « héros de la science », n’est constituée que d’imaginaire et ne peut-être appelée qu’avec le verbe créateur. C’est donc à une véritable initiation occulte que nous invite l’auteur. Ce qui donnera parfois des chapitres touffus, mais néanmoins capitaux pour la compréhension de l’histoire.

    À travers Promethea, Alan Moore nous invite une fois de plus à prendre conscience que c’est l’imagination collective de l’humanité qui meut le monde. Parfois en bien. Trop souvent en mal.

     

    Fear Agent : omnibus / Rick Remender & Tony Moore

    Heath Huston est le dernier Fear Agent de l’univers : un terrien capable de supprimer tous les extra-terrestres malveillants existants. Bâti dans le granit de l’americana la plus pure, il engloutit des litres de whisky sans problème. Il sillonne l’espace dans sa fusée, cigare au bec, à la recherche de nouvelles missions.

    Prenant comme point de départ un hommage aux récits pulps testostéronés des années 20, le scénariste Rick Remender oblique très vite dans une orbite plus satyrique. Si les premières histoires dépeignent les opérations musclées d’Huston, l’armure d’airain de notre protagoniste se fragilise rapidement. Plus clodo de l’espace que héros, Heath Huston ne cesse de réparer son passé en effectuant des sauts temporels… qui ne font qu’aggraver la situation.

    Rejeton tardif du Cannon de Wallace Wood, Fear Agent montre comment un scénariste talentueux utilise un stéréotype usé jusqu’à la corde pour en altérer la perception que nous en avions. D’un récit de SF pétaradant qui n’a rien à envier à une célèbre franchise hollywoodienne, Remender oblique vers le portrait d’un homme hanté par ses remords et tenaillé par une dépendance morbide qui ne cesse de lui faire prendre les plus mauvaises décisions, aux plus mauvais moments. En dépit de tous ses ennemis hauts en couleur, Heath Huston est la pire Némésis d’Heath Huston.

    Un comics qui vaut mieux que n’importe quelle publicité de tempérance. 

    Tu t’es vu quand t’as bu ? Tu détruis l’univers. Littéralement !