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    vendredi 15 août 2025

    Les Aventures d'Ethel Arkady : Un Dîner en Ville

    Retour aux aventures de ma chère féline, avec un nouvel artiste aux commandes, que vous reverrez en ces pages, je le pense… Huba s’empare donc de mon univers pour un temps pour y adjoindre son style énergique et anguleux. Ce qui me donne l’occasion d’expliquer un peu le pourquoi de mes différentes associations avec des illustrateurs.

    Je ne vis pas de mes créations et même si j’ai déjà vendu quelques nouvelles à de petites maisons d’édition, convaincre les décideurs d’acheter un concept aussi nébuleux et franchement casse-gueule que les Aventures d’Ethel d’Arkady (ou même les Chroniques de Yelgor) est devenue une gageure, d’autant que mon style n’entre dans aucune case qui permette de le marketer à la sauce frigotartinable contemporaine. S’ajoute à cela mon goût pour la provocation, un tantinet gratuite, héritage de mon passé punk ainsi que le mélange de gore, d’érotisme, et d’impertinence qui marque les tribulations de mes héroïnes, comme autant de difficultés supplémentaires. En parlant d'Arkady et d'Allytah, dire qu'elles ne correspondent pas mieux aux canons de notre époque frôle le pléonasme (elles me disent dans l’oreille qu’elles s’en carrent les ovaires !). Ce cocktail détonnant, mais auquel je n’ai pas envie de renoncer, me condamne dans les franges les plus obscures du monde littéraire. J’aurai plus de chance de toucher trois fois le gros lot au loto que de parvenir à percer, en dépit du travail acharné que me demande chacune de mes histoires. 

    L’écriture est la plus ingrate des muses artistiques, car l’auteur, devant sa feuille ou son écran reste incapable de partager ses emportements, ses joies ou ses doutes. Et pour cause : nonante pour cent de son labeur demeure secret. Un texte ne devient lisible qu’à la suite d’un épuisant processus alchimique, un long raffinement dans lequel les mots, les paragraphes et les séquences se purifient. Pour un livre fini, six autres se trouvent à des étapes plus ou moins achevées : restructuration, deuxième ou quatrième jet… De tels chantiers appartiennent à l’ordre de l’embrouillamini illisible, avec des coupures dans tous les sens.

    Or, les illustrations, le dessin à cette particularité aimable d’être compréhensible de manière immédiate. J’avais d’abord limité celui-ci à deux sagas très spécifiques : Pornopolis à cause des liens existant entre les arts et l’érotisme et ensuite Les Chroniques de Yelgor car le support visuel apporte une densité appréciable à un monde de fantasy, mais je constate que cela me frustre de plus en plus de ne point présenter mes travaux en courts. Et comme je touche un peu plus d’argent de mon activité civil, pourquoi ne pas en investir une part congrue pour créer quelques visions appartenant à ces textes souterrains ? Ce ne seront pas des couvertures, qui relèvent d’un autre type de réalisation, mais ces images alimenteront ce petit espace d’oueb, et soulèveront un voile pudique sur ces récits en devenir !

    Et donc… Un Dîner en Ville, de quoi ça parle ?

    Eh bien… J’avais envie de revenir un peu sur le duo improbable formé par Ethel Arkady et Akemi Himiko et de les projeter dans un tourbillon d’érotisme et de combats dantesques. Je prévoyais d’écrire une novella pulp, mais rendue au-delà des 150.000 signes, j’ai entre les mains ce qui constitue déjà un roman de la taille d’un bon vieux Gore de chez Fleuve Noir, collection dans laquelle ce texte se fut inséré à la perfection. 

    Mais je n’ai toujours pas parlé de l’histoire… Elle se situe entre le deuxième et le troisième tome de Pornopolis, et elle suit les (més)aventures de nos deux fées invitées à un banquet très particulier dans l’antre du « Seigneur des Morts Étranges »… Un charmant personnage qui donnera bien du fil à retordre à leur duo !


    dimanche 25 avril 2021

    Ethel Arkady in Battle by MakuZoku

    Après une première collaboration sur le roman Pornopolis, qui sera donc illustré, le talentueux MakuZoku m’a offert (bien avant la date de mon anniversaire) cette image bien punk de ma chère Ethel Arkady

    Elle me plaît d’autant plus qu’elle reprend bien toutes les thématiques du personnage : sa rage, le fait que ses nombreux affrontements lui arrachent toujours un peu de chair, son histoire gravée sur son corps et son indubitable appartenance à la gente féminine et enfin les chaînes en arrière-plan constituent un écho à son ancienne condition d'esclave des vampires. Les mêmes qu’elle prendra un malin plaisir à traquer et à tuer de la manière la plus sadique possible !

    Et comme cela fait un moment que je trimballe Ethel Arkady, de forums en éditeurs, je pense profiter des prochains mois pour vous présenter les différentes versions que l’on m’a faites de cette héroïne atypique, ambiguë, provocatrice en diable et parfois attachante.

     
    Ethel Arkady in Battle ! by MakuZoku

    samedi 2 janvier 2021

    Mon premier roman : La Femme Écarlate

    Tout d’abord une bonne année à tous & à toutes, en espérant que les relents morbides et autoritaires de 2020 s’éloignent de notre réalité. Ce que je ne crois pas possible pendant quelque temps, mais soyons un peu optimistes : personne n’est encore capable de deviner l’avenir ! Même, et surtout, les barbiers de plateau de télévision. Mais pour aborder des sujets plus enthousiasmants, et en attendant de nouveaux articles, je porte à vos mirettes esbaudies le résultat d’une année acharnée de travail, mon premier roman. 

    Cliquez sur la couverture pour acheter le roman !

    Pitch :
    Alan Svartur, comptable quarantenaire pour une puissante multinationale, se perd avec sa famille dans les profondeurs du désert texan à cause d’une déviation routière. Obligés de s’arrêter dans un village en décrépitude, ils devront composer avec des autochtones envahissants qui souhaitent les convier à leurs « fêtes de la Crécelle » pour célébrer une mystérieuse « Femme Écarlate »…

    Après plusieurs relectures, des retouches à droite et à gauche, et après avoir passé l’épreuve de l’appréciation de quelques personnes choisies, n’ayant pas d’appétence particulière pour le genre, je suis fière de le mettre en ligne.

    Cette fameuse Femme Écarlate, dont la couverture signée par le talentueux EXP. avait déjà fait l’objet d’un article dans ces pages.

    À l’origine je l’avais rédigé pour essayer de m’insérer dans une collection de roman trash, qui a fermé ses portes pendant le processus créatif, c’est ballot. Je l’ai tout de même achevé, tant cette expérience me plaisait. J’adore me rouler dans la fange d’un bon gore craspec !

    L’histoire empreinte aux Rednecks Movies, avec un détour sur les terres de Lovecraft, sans qu’il y soit cependant mention de la moindre divinité tentaculaire. Respectueux des canons esthétiques du genre, je n’évite ni les ambiances glauques et poisseuses, ni la violence gratuite, ni la sexualité déviante. Pire : je les assume pleinement !

    Ce roman n’est absolument pas pour toutes les sensibilités, en conséquence assurez-vous au préalable d'avoir un estomac d'airain pour goûter la chose !

    dimanche 8 décembre 2019

    Bibliothèque des Ombres : carnet de lecture 01 : Shirley Jackson ; Fritz Leiber ; Clive Barker

    Une première fournée d’œuvres et d’auteurs qui m’auront marqué au fer rouge pendant mon adolescence et dont je ne me suis jamais totalement remis de la fréquentation. En vous souhaitant une bonne découverte.


     Maison Hantée/Shirley Jackson

    Avant d’être une série télévisée, ce roman de Jackson est l’une des pièces maîtresses du conte spectral, presque un archétype : quatre chercheurs sont payés par un richissime milliardaire pour ramener une preuve de la vie après la mort. Pour ce faire, le groupe de scientifiques va élire domicile à Hill House, l'Everest des maisons hantées… Avec son architecture aux angles bizarroïdes, son historique lugubre aux fragrances de folie, les chasseurs de fantômes auront forte affaire.

    Reposant sur la figure du narrateur « non fiable » en la personne d’Eleanor Vance, le récit développe ses arabesques en triturant en profondeur la psychologie des personnages par subtiles touches impressionnistes avant que les mâchoires du piège ne se referment sur eux.
     
    Laissant à l’appréciation du lecteur la teneur fantastique de son récit, les phénomènes pouvant très bien n’être issu que de la psychée fragilisée des protagonistes, Shirley Jackson s’impose avec ce titre comme une géante de l’écriture au style raffiné qui joue avec maestria de l’ambiguïté du genre qu’elle aborde. Un pur chef-d’œuvre !

    Maison Hantée a connu trois adaptation aux qualités très différentes, bien que les lecteurs les plus cinéphiles préféreront  toujours le coup de maître de Robert Wise, The Haunting de 1963 qui, tout en élaguant le roman, parvenait à retranscrire le mélange de malaise, de tensions sexuelles et de folie qui l'habitait. A l'inverse, le remake des années 90 de Jan de Bont, et la série nanardesque Netflixienne ne mérite pas que l'on s'y attarde.

    Le Cycle des Épées/Fritz Leiber

    Regroupant toutes les nouvelles que Fritz Leiber à consacrer au couple de Fafhrd & le Souricier Gris, un barbare nordique et son acolyte voleur et sorcier à ses heures, cette intégrale permet de redécouvrir une pierre angulaire quoi qu’injustement méconnue de la fantasy qui aura occupé l’auteur pendant plus de trente ans.

    Évoluant dans la ville imaginaire et pourrissante de Lankhmar, nos deux héros affrontent dieux anciens et puissantes guildes pour s’enrichir les poches. À l’opposé de leurs homologues preux chevaliers, ces deux compagnons sont des mercenaires, des coupe-jarrets et des gredins sans foi, ni loi qui survivent grâce à leurs épées et à leurs roublardises dans un monde décadent.

    Le Cycle des Épées, loin d’une fantasy manichéenne archétypale, propose un vaste univers empreint d’une romantique noirceur. Le style à la fois poétique et complexe de Leiber en élabore les contours grotesques et fascinants ainsi qu’une galerie de personnages truculents.
     
    Et si Fafhrd & le Souricier Gris ont la galéjade facile et la rapière chatouilleuse, ils n’en négligent pas non plus la compagnie d'accortes ribaudes – parfois aux beautés très exotiques – au gré de leurs rencontres, ce qui apporte en sus une épice érotique dans un genre qui demeure souvent plus chaste qu’une vieille nonne nonagénaire.

     Livres de Sang/Clive Barker


    Originaire de Liverpool, soit le trou du cul de l’Angleterre, Clive Barker surgit dans les années 1980 comme une révélation dans le landernau fantasticophile avec ces Livres qui regroupent plusieurs nouvelles dans des styles différents – pourtant tous de la même plume – et dont la palette embrasse toutes les nuances du fantastique : de l’horreur gore poisseuse en passant par l’humour décalé ou l'inquiétante étrangeté cher à Freud.
     
    Il est ainsi impossible de savoir vers quoi vont tendre les histoires, mais toutes sont déjà marquées par le sceau de l’écrivain qui a une prédilection pour les métamorphoses, une franche sympathie pour les monstres et l'exploitation d'un paysage urbain déliquescent.
     
    Clive Barker se sera imposé avec cette œuvre comme un auteur atypique, possédant une vision empruntant à une multitude d'influences hétéroclites tout en demeurant d’une impressionnante cohérence thématique dans son ensemble.
     
    À travers cette intégrale les lecteurs pourront croiser au hasard des pages : un démon gaffeur, des membres qui se rebellent contre leur propre corps, des fées antiques attendant d'infortunés visiteurs dans des thermes abandonnés ou un cinéma hanté par mauvaise conscience suppurante de toutes ses plaies des cauchemars de celluloïds…


     

    vendredi 13 septembre 2019

    La Femme Écarlate : la Couverture

    Pitch :
    Alan Svartur et les siens se retrouvent coincés dans la petite communauté de Skull-city après une panne de voiture. Les autochtones manifestent un intérêt grandissant pour les citadins et peu à peu, l’hospitalité des « bons gars du sud » se transforment en piège…

    Commencé en Juin 2017 et achevé en Octobre, La Femme Écarlate est le texte qui m’aura demandé le moins de maturation, coulant de ma plume en quelques mois sans en passer par des mutations successives, version après version. Ce court roman s’inspire en grande partie du cinéma et de littérature Gore des années 80. Mon goût prononcé de l'excessif  – âmes sensibles s’abstenir parce que je vais très, mais alors très loin dans l’abject – n'a pas spécialement plu aux maisons d'édition..

    De manière comique, c’est ma critique sur le livre Redneck Movies : ruralité & dégénérescence dans le cinéma américain de Maxime Lachaud qui a mis le feu aux poudres de mon imaginaire avec un petit bout de texte fictionnel en préambule, reproduisant l'ambiance les archétypes du gothique sudiste. Ma compagne – outre son rôle de correctrice avisée – a pour sa part ajouté du carburant dans la rédaction avec quelques suggestions bien tordues qui se retrouvent telles quelles dans le résultat final.

    N’ayant pas envie de faire dormir ce récit – que je trouve réussi, une fois n’est pas coutume –, je vais donc le mettre à disposition d’un potentiel public en profitant des facilités d’impression que fournit la toile. Mais il me fallait une couverture… Et je ne peux pas toujours solliciter Duarb Du & Didizuka qui m’ont déjà gâté en terme d’iconographies remarquables.

    J’ai demandé à une vieille connaissance de mes années d’étude, un de ses dessinateurs stakhanovistes au trait se partageant quelque part entre un expressionnisme bouillonnant et un penchant pour la simplification stylisé de la forme de réaliser la devanture de l’ouvrage : EXP. Étant disponible, il a accepté la tache, ce dont je lui suis reconnaissant.

    Exp fait partie de ces personnes qui ont baigné comme moi dans la culture gore et punk avant que le grand ripolinage des années 2010 n’emporte tout ça dans les oubliettes psychiques. Qui de plus idéal que lui pour illustrer ce roman atypique ?

    Tout comme pour celle des Chroniques de Yelgor avec Duarb Du, nous avons commencé par discuter autour de croquis avant d’aboutir à la couverture finale…
    Voici les différentes étapes :



    Trois brouillons simples qui reprennent une idée similaire : donner un symbole au clan de dégénérés révérant la fameuse « Femme Écarlate ». Pour ce faire, il fallait conjuguer la vision des collines arides de la région, ainsi que l’image des serpents, ces reptiles ayant un rôle non négligeable dans l'intrigue. Mon choix s'est porté sur le premier essai qui avait un quelque chose d’ésotérique avec une légère pointe d’influence de films d’horreur des années 80. 





    Deuxième version, aux traits d’abord pour bien cerné le motif, retravailler ensuite dans un écarlate faisant écho au texte. Cette fois, le dessin se simplifie pour devenir une sorte de logo : l’emblème de la religion du cru. Le titre est inclus dans la montagne de feu, mais à ce stade il se fond un peu avec le reste.




    Plusieurs essais « psychédéliques », mais un brin trop chargé en ce qui me concerne. Cependant, le titrage jaune se détache bien de l’ensemble, ce qui nous aiguillera pour la version finale.




    Une version épurée qui s’approche beaucoup de la version final, mais le titrage un peu trop anguleux est difficilement lisible.J'ai aussi demandé de virer le « Jean-Michel » du nom, pour gagner en sobriété.



    Je vous invite à jeter un œil sur ces BDs dans lesquelles se manifeste son goût de l’humour (noir) et de la dérision. Les amateurs des opuscules désormais disparus comme Hara-Kiri ou Zoo du Professeur Choron en auront pour leur pesant de cacahouètes. Pour ma part j’ai eu la chance d’assister à la naissance de son trio de crétins de prédilection, les flics de l’enfer, les pieds nickelés de la bavure : Mass ; Turba & Fion. Tout un programme !
    Cliquer sur l'image !

    http://www.lulu.com/shop/search.ep?contributorId=1452671


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    Un peu de musique pour se mettre dans l'ambiance... 

    dimanche 10 mars 2019

    Bibliothèque des Ombres : Les Sentiers des Astres.3 : Meijo/Stefan Platteau


    459 p.
    Cartes & illustrations de FredK.

    Après avoir laissé nos héros en proie à la traque de l’Hermine, la narration de Fintan Calathynn — le barde de l’équipée à la recherche du prophète « le Roi-Diseur » — relance la chasse. Les séquences de poursuites, menées tambours battants, amènent enfin nos protagonistes dans les fameux « Sentiers des Astres » où se dérouleront quelques règlements de compte fort graphiques. Les rares moments d'accalmies servent à poursuivre l'histoire de la courtisane Shakti dont les errances sont liées aux objectifs militaires de la petite troupe de manière bien plus intime que ses membres ne le soupçonnent.

    L’auteur brosse en creux le portrait d’une belle ordure – le Meijo déjà présent dans le tome 2 – dont les actes répréhensibles jalonnent les rebondissements les plus marquants. On retrouve la plupart des thématiques exploitées dans les autres volumes de la saga, que ce soient la recherche d’artefacts anciens aux effets incertains, allégories de la pollution actuelle, ou les conséquences spectaculaires de la magie qui se manifestent dans la chair de ses utilisateurs. Le personnage de Shakti et de son enfant s’étoffe en profondeur et l’auteur s’attarde sur la mort sociale qu’entraîne la pauvreté lors de séquences aussi poisseuses que glauques.

    Si la poésie était à l’honneur dans les deux premiers tomes, avec quelques descriptions parfois trop élégiaques, ici les manettes sont poussées vers la macabre, la violence et le gore. Le style reste riche en mots rares et autres allégories sinueuses, mais l’on devine une volonté d'accélérer le rythme de la narration. Les quelques séquences apaisées sont vite remplacées par des moments de lutte et des scènes dantesques comme la poursuite haletante dans la brume d’une dimension parallèle, ou l’affrontement contre une divinité corrompue qui clôt cet épisode dans le sang, la sueur et les larmes. L’auteur creuse son univers pour en explorer toutes les complexions, dynamisant le récit. Un ultime crescendo s’achève sur une fin ouverte qui prépare à une suite qui s’annonce tonitruante.

    Les Moutons électriques ont été inspirés de publier la plume de Stefan Platteau qui démontre que la fantasy francophone est capable d’en remontrer à son homologue anglo-saxon. Que ce soit en termes de style, de rythme et d’inventivités. En résumé, oui ! C’est plus que convaincant et je serais au rendez-vous pour le quatrième volet de cette saga atypique par bien des aspects dans le morne paysage éditorial contemporain.

    Attention toutefois à ne pas tomber dans l’écueil d’écrire la suite de trop et d’entraîner ce qui est pour le moment une brillante histoire solidement charpentée vers la Big Commercial Fantasy. Ce serait gâcher un titre au potentiel énorme, pourvu qu’on lui donne la durée idoine.

    dimanche 22 juillet 2018

    Dessin du Dimanche : L'Ordre Noir, découpage 02

    Suite de mon arlésienne : le découpage de ma BD en cours depuis plus de dix ans… Je crois que je vais enfin pouvoir achever une longue séquence d’action de plus de 30 pages… Une bonne manière de montrer les compétences d'Ethel Arkady en matière d’exécution de vampires... En attendant un résultat plus définitif, quelques recherches en cours. Bon dimanche à vous !
     


    Planche à refaire. La perte du collier protecteur...

    dimanche 27 mai 2018

    Bibliothèque des Ombres : Kane : intégrale, vol.1/Karl Edward Wagner

    L’été et sa moiteur étouffante me paralysant, il est temps de dégainer les gros volumes pour égrainer les heures chaudes durant lesquels j’ai autant d’énergie qu’une larve neurasthénique bourrée au Vitallium250gr. Et comme on a parcouru la piste du Cush en compagnie de Charles R. Saunders, autant enchaîner sur la création de son volubile et alcoolique comparse : Kane ! Un colosse d’Héroïc-Fantasy cruelle sur lequel j’aurais bien plaqué la moustache blonde de Franco Nero dans une adaptation cinématographique qui demeurera de l’ordre du fantasme…

    Éditeur : Gallimard
    Collection : Folio SF : Fantasy
    Traduit par Patrick Marcel
    735 p.
     
    Tout à la fois sorcier, poète et guerrier, Kane a été maudit par un dieu fou à l’éternité. Il distrait son inextinguible ennui en tentant de bâtir des empires… qui ne cessent de s’écrouler en monticules de sable sous ses doigts. Mais cette vaine quête n’est-elle pas celle d’un adversaire à sa mesure, capable de le délivrer de la prison du temps ?

    La collection Folio-SF a réédité les romans, les nouvelles et les poèmes composant le cycle de Kane en trois épais volumes, donnant l’occasion aux lecteurs français de se plonger dans des aventures empreintes de spleen et d'une brutalité peu commune dans le genre de la fantasy. Wagner n’a pas peur des mélanges – c’est le moins que l’on puisse dire – et si le style s’avère inégal, il émane de cette fiction l'indéniable fascination que l'on éprouve pour des œuvres frôlant l'excellence et le génie. Son protagoniste principal, au carrefour des influences, synthèse parfaite de Conan et de Sauron, participe à l'aura de ces textes ambigus au sein desquels la morale est plus d'une fois retournée, le cul par-dessus tête.

    Mais avant de plonger de plain-pied dans le contenu de ces trois énormes volumes, survolons le bouillon de culture dans lequel baigne l’auteur et qui a présidé à la naissance de cet antihéros. Comme il le révèle dans une courte postface du troisième tome, Wagner aura longtemps muri sa création dans le creuset de ses différentes lectures. Ce seront d’abord les classiques du gothique anglais – Melmoth ou l'Homme Errant de Mathurin en particulier – qui auront nourri sa réflexion sur l’importance des seconds rôles « négatifs » qui emmènent l’intrigue, éclipsant fréquemment des protagonistes principaux s'avérant fades dans leurs actions et consensuels dans leurs morales.

    De cette influence, il conservera une fascination pour un environnement hostile reflétant souvent les sentiments des personnages ainsi qu’une tendance à la grandiloquence. Il usera de Kane pour se livrer à toutes sortes d’expérimentations, cherchant à construire un style qu’il définira comme étant du « gothique sous acide ». Une taxinomie adaptée aux dernières aventures de Kane qui le verra atterrir dans les années 70…

    La littérature « pulp » des années 30 a également joué un grand rôle dans l'établissement de la charte esthétique de Kane. On retrouve dans les textes de Wagner la patte de l’inévitable Robert E. Howard pour le côté sec et brutal des scènes d’action. Souhaitant donner à son monde un lustre réel, factuel, Wagner compose des dialogues rudes et crus qu’il privilégie aux déclamations ampoulées qui plombent les récits des continuateurs de Tolkien et qui tendent, selon lui, à décrédibiliser le genre. D’autant plus que Kane – même s’il fréquente parfois des têtes couronnées – passe plus de temps en compagnie de mercenaires et de grouillots de guerre, qui jurent plus qu’ils ne débitent des logorrhées shakespeariennes. Une option stylistique boudée par les thuriféraires de la fantasy que j’applaudis, tant cette trivialité confère, paradoxalement, plus de force à l'imaginaire. 


    Amis écrivains, la boue, la poussière, la merde et le langage fleuri des charretiers sont vos meilleurs outils pour solidifier votre charpente de mots.

    Évoquons aussi la mythologie chrétienne dans le bagage de notre personnage. Karl Edward Wagner ne s’appesantit pas sur la question, pour lui Kane [1] est Caïn ! Outre son immortalité, il possède dans ses yeux une étincelle de folie, la fameuse marque infamante, qui l’éloigne de l’humanité. Très discrète, cette référence à une religion contemporaine existante va infuser dans différentes nouvelles, aboutissant aux meilleurs textes de l'auteur.

    Enfin, difficile de parler de Kane sans évoquer les récits qui le mettent en scène et l'évolution de son statut dans ce qui a été l’œuvre d’une vie.

    Le premier volume comporte deux romans :

    La Pierre de Sang :


    Illustration par Frank Frazetta
    Première apparition de Kane, bien que cette histoire fut publiée après le Château d'Outre-Nuit. Il flotte sur cette épopée barbare l'influence d' H.P.Lovecraft, tant dans son intrigue que dans des descriptions rivalisant d’adjectifs, parfois jusqu’à la surenchère.

    Après une courte scène introduisant Kane en voleur, nous le voyons mettre sur pied une expédition dans de lointains marais, promettant d'arracher à la vase des tonnes d'or au potentat local. Trahissant à tour de bras, Kane s'empare du trésor des Rillytis – une race d’hommes crapauds abâtardit – : une Pierre de Sang. L’énorme joyau cache en son cœur une technologie oubliée qui fait du cristal une intelligence artificielle, bâtit par les ancêtres des Rillytis du temps de leurs splendeurs. En constante expansion, tirant son énergie du vide sidéral, cet artefact confère un pouvoir inimaginable à son possesseur... À moins, que celui-ci soit, in fine, l’outil de l'esprit de froide logique lovée dans le minéral…

    Un récit nerveux, dense, parfois desservi par un excès d’images et de répétitions reprises dans une traduction ( ?) que je supposerais un peu trop déférente, quoique paradoxalement excellente dans son ambition de retranscrire l'ambiance que distille Wagner. Malgré ces petites scories, ce roman pose les jalons de la saga : une atmosphère empreinte de déliquescence, des royaumes pourrissants menés de main de fer par des soudards sans scrupules et des mystères surnaturels sur lesquels se devine l’ombre du maître de Providence.

    Ce qui nous vaut d'énormes paragraphes hallucinatoires lorsque Kane tente de contrôler l’intelligence artificielle dormant dans la Pierre de Sang ainsi que des descriptions gourmandes en décrépitudes de toutes sortes. Wagner plonge sa plume dans l'encre d'un romantisme noir, quelque-part entre Edgar Allan Poe et les décadentistes français pour peindre un monde flottant où les passions sont excessives et où les réalisations humaines ont autant de consistances que des châteaux de sable érodés par les alizées.

    L’horreur, qu’elle soit de nature diffuse ou plus frontale, est dispensée avec générosité, trouvant sa pleine puissance dans des affrontements dantesques n'hésitant jamais à verser dans la démesure et les flots de tripailles.

    Une parfaite introduction à l’univers tourmenté de Kane.

    La Croisade des Ténèbres :


    Illustration par Frank Frazetta
    Deuxième morceau d’anthologie de cette première intégrale qui confronte Kane à une secte vindicative se répandant comme une peste sur les royaumes voisins. Profitant de la crédulité du « Prophète » meurtrier, Kane intégrera les rangs de son armée de va-nus pieds, et usera de ses talents pour discipliner une assemblée disparate de bandits en une redoutable meute organisée. Son plan pour s’arroger le trône sera contrecarré par le général de la ville adverse, victime dans un premier temps de son orgueil, puis retournant sur les lieux de sa défaite comme un phénix pour démanteler la cabale d'un Kane en mauvaise posture, ses machinations se heurtant à la nature d’outre-monde de l'entité téléguidant la secte…

    Un roman dense, touffu, plein de fureur et d’horreur dont la moindre n’est pas celle de cette religion étouffante dont les exactions et l’ignominie au quotidien ne sont pas sans évoquer avec quelques décennies d’avance les atrocités des fous de Dieu de l’État Islamique. L’auteur utilise toutes les ressources de la fiction pour proposer des images qui vous collent dans le crâne comme cette partie de football entre enfants… avec la tête d’un incroyant !

    Dans cette atmosphère de paranoïa constante et de massacres gratuits, la menace que représente un Kane est minimisée, au point que notre personnage paraisse presque insignifiant face à une foule hystérisée par des préceptes absurdes. D'ailleurs, notre antihéros charismatique ne devra sa survie qu’en pénétrant dans l’antre de l'entité derrière cette vague de fanatisme, ce qui nous vaudra une longue scène psychédélique, au cours de laquelle l’immortalité de Kane sera mise à rude épreuve.

    Morceau monstrueux de Dark Fantasy aux échos – hélas – bien réels, ce second volet des aventures de Kane disserte sur la nocivité de la croyance instrumentalisée sans oublier de poursuivre ses expérimentations littéraires.

    Une pièce maîtresse du genre.
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    [1] – Caïn se prononce Kane à l’américaine…

    samedi 27 janvier 2018

    Publication : Anthologie Calling Cthulhu vol.3

    Et voilà ! La nouvelle Dieu est donc disponible aux éditions L’ivre-Book, en format numérique pour le moment dans l’Anthologie Calling Cthulhu 3e du nom. Si d’autres auteurs ont choisi le versant subtil pour affronter l’ascension du géant Lovecraft, j’ai choisi une approche plus viscérale de l'horreur, ce qui n'interdit pas quelques pointes d'humour noir. Ce fut en tout les cas une fierté pour moi d'être intégré à une anthologie portant sur un écrivain dont les récits continuent de faire écho dans mon imaginaire.

    (Cliquez sur l'image pour acheter le livre)

    https://www.livre-book-63.fr/home/584-calling-cthulhu-anthologie-vol-3-9782368925485.html

    mercredi 11 octobre 2017

    Dessins du Dimanche : L'Ordre Noir, découpage (01)

    Quelques bruts de scan, pour mon violon d’Ingres, soit L'Ordre Noir que je terminerais, un jour... Ici une petite scène d'action dans laquelle Arkady malaxe la tronche façon puzzle à quelques vermines vampiriques...

    Planche 18

    Planche 19-20

    Planche 27

    Planche 28
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    Un peu de musique pour se mettre dans l'ambiance...


     

    lundi 27 février 2017

    Les Chroniques de Yelgor : La Nuit de l'Auberge Sanglante chap 14/25

    Illustration par Didizuka.




    [Chapitre 1 : Le Chevalier]                                                           
    [Chapitre 7 : Tension !] 
    [Chapitre 8 : L'Auberge Sanglante]
    [Chapitre 9 : Le Sang de Sol]
    [Chapitre 10 : Duels]
    [Chapitre 11Allytah et Zed]
    [Chapitre 12 : L'abri souterrain]
    [Chapitre 13 : Mise à mort]

    Tigrishka s’en voulait de ne pas avoir pu intervenir autrement qu’en organisant la fuite de sa fratrie dans les tunnels lorsque la bagarre s’était déclarée dans l’auberge. Sa colère n’avait fait qu’enfler contre cet enfoiré de prévôt et ses adjoints. Elle s’était entendue avec Eldridge sur un plan très simple : elle tirerait la dernière flèche de Feu Froid sur le monstre qui malmenait sa sœur, seule arme magique capable de combattre efficacement le sortilège de Sol. Eldridge aurait la tâche d’occuper la créature, le temps qu’elle la vise. Ils ne devaient pas gâcher leur unique chance de remporter la bataille.

    Eldridge aperçut de grosses larmes sur le mufle de sa camarade avant qu’elle ne fonce tout droit vers leurs adversaires avec une célérité hallucinante, oubliant toute leur organisation. Le spectacle blasphématoire de la régurgitation de Schiscrim transfigura Tigrishka. Elle voulut faire ressentir toute sa souffrance, celle de sa sœur, de son père et de tous ceux que ces salauds avaient martyrisés à cette ignoble masse dégoûtante qui rampait, polluant la neige de sa souillure. Une férocité phénoménale embrasa son âme. Les Anciens de son village lui avaient déjà raconté les exploits que les guerriers accomplissaient lorsqu’ils étaient possédés par la Fureur, mais elle n’avait jamais éprouvé ce sentiment. Jusqu’à maintenant. Elle bondit sur un tronc, s’aidant de ses griffes pour atteindre la cime de l’arbre. Eldridge resta planté là, admirant le long corps de la Sylvestre se jouer de la pesanteur. Elle sautait d’arbre en arbre avec la grâce d’une danseuse de théâtre.

    Sa crinière gonflée voltigeait sous les bourrasques de vent glacé. Sa grande queue pelucheuse préhensile s’accrochait aux branches pour la stabiliser dans ses évolutions acrobatiques. Galvanisée par une haine pure, elle s’empara de deux flèches reposant dans son carquois de cuir et tira une deuxième fois, crevant les yeux de la chose qui chuintait sous elle.

    Klapnik abandonna à regret sa proie, ses pseudopodes munis d’ergots empoisonnés dardés vers l’impudente féline qui feula de défi. Sans accorder plus d’attention que cela à sa victime poisseuse de fluides caustiques qui respirait malgré l’atroce mutilation de son visage, il fila vers la Sylvestre, ses huit pattes d’araignée soulevant des nuages de poudreuse qui déformèrent ses contours.

    Il créa des tentacules pour l’enlacer dans une étreinte mortelle. Elle les épingla aussitôt de flèches saisies par paquets de deux. Les quelques minuscules lieues le séparant de l’archère lui valurent de se retrouver criblé de six morceaux de bois qui bloquèrent les évolutions de ses membres sinueux et occultèrent encore trois yeux.

    Tigrishka esquiva d’un saut les quatre bras jaillissant vers elle, piochant dans le même mouvement deux nouveaux traits qui clouèrent les pseudopodes contre un effreul centenaire. Klapnik émit une interjection étouffée, cherchant à se libérer. Il avait négligé la force de cette maudite pisseuse, car les flèches étaient profondément enfoncées dans l’écorce de l’arbre. La Noctule avait-elle donc entraîné tous les morveux de l’auberge pour en faire des combattants hors pair ? Immobilisé, Klapnik agonit son assaillante d’un torrent d’injures. Un hurlement coupa sa litanie ordurière.

    — Que l’Unique et mon Roy guident mon épée ! Pour Yelgor !

    Eldridge chargea l’odieuse chose qui gargouillait et glougloutait à quelques pas de lui. Il n’avait pas eu d’autre choix que de laisser Tigrishka harceler avec cruauté le mage métamorphosé, remerciant les cieux d’être son allié. La créature, blessée de toutes parts, s’affolait, produisant des organes étranges en pure perte. Klapnik lança trois pattes hérissées de piques translucides en direction d’Eldridge, mais les deux premières éclatèrent sous les tirs de Tigrishka.

    Eldridge abattit son épée sur un troisième tentacule. L’acier trempé arracha le morceau de chair d’un coup, décrivant ensuite une révolution autour du Chevalier pour mordre la tête du monstre dans une éruption de matière dégoûtante et de sang huileux. La lame s’enfonça comme dans du beurre dans les entrailles de la bête qui hulula de stupeur, se statufiant sous l’assaut de mille et une souffrances.

    Eldridge appuya son pied droit sur la surface molle de l’ancien mage, extirpant son fer bloqué dans la masse miasmatique de la créature. Les organes dégorgèrent de la plaie béante en une cataracte huileuse immonde, répandant un fumet pestilentiel aux alentours. Eldridge sentit l’estomac lui venir au bord des lèvres. Il frappa une deuxième fois, taillant une large portion de chair à son adversaire qui piaula. Celui-ci générait de nouvelles griffes venimeuses, mais chacune de ses tentatives était sanctionnée par les tirs sadiques de Tigrishka.

    Dans un geste désespéré de défense, Klapnik percuta le Chevalier sur le point de lancer un ultime assaut d’un éperon improvisé avec le peu de matière qui lui restait. La pointe suintante de poison cogna contre le plastron. Eldridge valsa à trois pas de lui. Klapnik profita de cette réussite pour se couler hors de portée de ses tourmenteurs, déchirant ses liens de chair. Il fila le plus vite possible, entraîné par ses huit pattes qui le guidèrent loin du couple déchaîné. Il reviendrait les occire lorsqu’il aurait repris des forces…

    Il se félicita de sa dérobade lorsque la Sylvestre jaillit devant lui dans une bourrasque de givre et de brindilles, lui bloquant toute échappatoire. Il n’avait jamais affronté cette ethnie et les brusques accélérations dont était capable la jeune chatte le dépassaient. La fourrure piquetée de cristaux de neige reflétait les lueurs des feux mourants de l’auberge incendiée. Perdues dans l’immensité de ses grands yeux violets, les deux pupilles réduites à de minces lignes bravaient l’allure répugnante de Klapnik, débordant d’une haine froide et inextinguible. Entraînée par sa vitesse, Tigrishka dérapa, formant un large cercle autour de lui. Dans le même mouvement, elle banda son arc jusqu’à son point de rupture, les muscles de ses bras saillant comme des serpents. Le nerf claqua. Deux hampes à la pointe d’acier s’enfoncèrent dans les entrailles de Klapnik. Tigrishka révéla ses crocs dans un rictus vicieux.

    — À vous, Chevalier !

    Klapnik glapit. Eldridge le chargea comme un lucane mâle. De nouvelles petites pattes ayant éclos sur lui, Klapnik esquiva de justesse l’assaut et la lame creusa une ligne dans le sol, à quelques pouces de lui. Il vomit une minuscule corde de chair gluante qui s’entortilla autour de son adversaire, le bloquant dans ses raies. Eldridge se débattit, mais le lien l’amena devant les griffes dardées du monstre qui caressèrent sa gorge découverte. Il adressa un avertissement à la Sylvestre qui s’était figée, dans l’expectative.

    — Si t’avances ou si tu tires, je l’égorge… Tout ce que t’as à faire c’est de me laisser partir… Dépose tes armes devant moi, salope !

    Surveillant du regard les moindres soubresauts de Klapnik, Tigrishka envoya un signe au Chevalier. Elle jeta d’abord son arc à terre puis elle retira de son carquois l’unique flèche qu’elle conservait pour la mise à mort.

    — Qu’est-ce que tu fais ? marmotta Klapnik. Réponds ou je le tue !
    — Je dépose mes armes. Relâche-le maintenant…
    — Non ! Pas avant de vous avoir faussé compagnie.
    — D’accord…

    La hampe s’achevait par une extrémité renflée, piriforme et luisant d’un chatoiement bleuté. Elle ôta d’un geste rapide le capuchon qui englobait la pointe. Au contact de l’air, la réaction magique s’amorça avec un chuintement désagréable. Une lueur aveuglante éclaboussa les environs.

    Klapnik, ébloui, demeura un moment incapable d’effectuer le moindre mouvement. Si Eldridge ne disposait plus de son bras droit, bloqué par les entraves gluantes avec son épée, il possédait néanmoins une marge de manœuvre de sa main gauche, ce que Tigrishka avait perçu lorsqu’elle lui avait enjoint par sémaphore d’attendre un signe avant de se dégager. Il agrippa la poignée de sa dague et trancha le fil répugnant, se libérant de l’étreinte de la créature. Il roula dans la neige. Klapnik poussa un hululement de désespoir. Le sang jaillissait de son membre lésé et la plaie ne cicatrisait plus. Il s’élança vers l’abri de ténèbres de la forêt aussi vite que le permettaient ses huit pattes.

    Se redressant, Eldridge plaça ses mains en visière pour se protéger de la violente explosion de nitescence blanche projetant des ombres fantasmagoriques sur les troncs. Tigrishka enfila les énormes lunettes en verre fumé suspendues autour de son cou, ce qui lui conféra l’aspect d’une mouche humanoïde, puis encocha la flèche. Il songea un instant que le monstre se déroberait, car Tigrishka attendait de lâcher son trait, tendant l’arc à son maximum, visant le ciel de son étoile en fusion qui craquait avec fureur.

    — Tu ne m’échapperas pas, saleté ! Où est-ce que tu crois courir ?

    Le nerf de cloporte pourpre claqua une dernière fois. Le projectile décrivit une hyperbole parfaite, illuminant les bois de son globe de lumière, arrachant des bouts de branches et d’écorce dans sa chute. Il fusa vers la forme qui rampait dans le paysage, soulevant de petits nuages blancs sur son passage. La flèche l’épingla alors qu’il disparaissait à l’horizon, s’enfonçant dans les ténèbres. Aussitôt, des flammes céruléennes cernèrent la créature de toutes parts par le feu, elle stridula une ultime plainte pitoyable, se volatilisant dans les profondeurs de la forêt.

    Tigrishka tomba à genoux, le souffle court. Elle ôta les lunettes qui s’écrasèrent à ses pieds. Son arc lui échappa. Elle se crispa et serra son ventre dans ses mains gourdes avant de vomir à longs jets, hoquetant entre les secousses. Eldridge se débarrassa avec répugnance des fils de chair qui collaient encore à son armure et rengaina son épée. Compatissant, il s’approcha de Tigrishka. Lorsqu’il voulut l’étreindre, posant sa paume sur son épaule pelucheuse, elle bondit en arrière en crachant une interjection inaudible.

    — Ne me touchez pas !
    — C’est la première fois que vous tuez quelqu’un.

    Eldridge ne prononçait qu’une évidence.

    — Je peux vous aider, ajouta-t-il doucement.
    — Il y a quelques éodes à peine, vous me menaciez.
    — Nous n’étions pas encore des frères d’armes.
    — Alors, laissez-moi seule, Chevalier. Allez voir ma sœur. Elle a plus besoin d’assistance que moi.


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    Un peu de musique pour se mettre dans l'ambiance...

    samedi 25 février 2017

    Bibliothèque des Ombres : Zombie Cherry/Shoko Conami (2016)

    Le prochain chapitre des Chroniques… prenant un peu plus de temps à mettre au point, voici un critique sur un manga fort fréquentable où je m’étends un peu sur ma détestation de ce qu’est devenue le genre « Zombie » depuis l’irruption d'une exécrable série à succès qui ne cesse de repousser les limites du nauséeux… 


    Ah ! Le manga ! Difficile d’y voir clair dans tous les titres qui pullulent sur les étales des libraires ! Le lecteur un tant soit peu exigeant peut au moins tabler sur les productions des éditions Akata qui tendent — à l’inverse de leurs concurrents — à allier le font et la forme grâce à une sélection d’ouvrages qui privilégient une thématique forte, des histoires pour le moins surprenantes et très souvent un graphisme à la hauteur.

    Zombie Cherry – ne payant pas de mine au premier abord – n’est pourtant pas dénué de toutes réflexions, bien au contraire. Si la forme qu’adopte l’auteur empreint les codes rigides d’un certain type de Shôjô manga – donc le sempiternel lycée, les jeunes filles en fleurs et les amourettes impossibles – c’est pour mieux les détourner à la sauce zombie. Zombie ?

    Avons-nous droit à un déferlement de gueulards aux chicots pourris dévastant l’école ? Non ! On se situerait plutôt ici dans une approche bien plus subtile de la thématique. Foin des grandes invasions de viandards qui n’ont que trop constituées le font de commerce de scénaristes en mal d’inspiration avec pour seule morale le retour à un Far-West supervisé par la NRA. [1]

    En fait Zombie Cherry décline son thème titre sous une forme surprenante, donnant naissance à un mélange des tonalités – entre comique et mélancolie amère – qui transcende ce qui n’aurait été sans ça qu’une bluette somme toute assez fadasse. Jugez plutôt :

    Miu, jeune fille au caractère attachant et aux yeux carrés, est une passionnée de films d’horreur. Son voisin et ami d’enfance – qui l’aime en secret, je ne vous dévoile rien – pourrait tenir le rôle d’un Ré-Animateur à l'envers, car inventeur d’une étrange substance : la Cherry Soupe. Un produit qui redonne à celui qui le consomme un tonus d’enfer. Et Miu, amoureuse du beau gosse local en a besoin puisqu’elle passe ses nuits insomniaques à se morfondre. Mais les hasards de la vie font parfois bien les choses et le ténébreux garçon raffole lui aussi de pelloches horrifiques, excepté celle parlant de zombies. Ni une, ni deux, Miu en profite pour flirter avec lui. Sauf que le jour de leur premier rendez-vous elle absorbe une trop grande dose de Cherry Soupe… Et meurt dans un stupide accident. Avant de ressusciter grâce à l’effet prolongé de la même substance. Cependant si elle réussit à cicatriser à une vitesse accélérée et ne paraît plus ressentir la douleur, son cœur ne bat plus et elle ne respire plus que par habitude… Elle est morte – définitivement – et son sursis durera tant que la Cherry Soupe agira sur elle , ce qui la transforme de facto en Zombie…

    D’un point de vue technique, le dessin fait la part belle à l’expressivité des personnages avec un soin particulier apporté au découpage et aux mimiques et postures de Miu. Shôjô oblige il y a de la paillette ici et là, mais rien de trop envahissant et quelques extérieures ainsi qu’une mise en scène dynamique affranchissent le récit des contingences du genre. Cerise – ah ah ah ah ! – sur le gâteau, la traduction d’Akata offre une coloration subtile, mais très prégnante aux dialogues. Un respect pour le matériel original qui n’est pas répandu dans le monde éditorial, la plupart des traductions de mangas en France oscillant chez d’autres éditeurs – Panama Jack, est-ce que tu te reconnais ? – entre le passable et l’infect.

    Le fond de cette histoire s'avère donc un poil plus sérieux que ce qu’un œil distrait en retirerait... Nous sommes dans un conte qui se veut une métaphore assez limpide de la maladie et de la manière dont celle-ci altère notre perception des choses. Le Zombie du titre devient une « morte-vivante », une personne qui – pour avoir tâté une fois de l’ultime frontière – acquiert une conscience bien plus aigüe de sa propre mortalité que ses semblables. Du coup l’approche de comédie sentimentale, en plus d’être pertinente, se teinte tout du long d’une tonalité douce-amère.

    L’auteur s’intéresse à un fantastique centré sur le corps, une thématique tapant en plein dans le sous-genre « Body-Horror » dont David Cronenberg fut au cinéma l’un des patriciens les plus reconnus [2]. Un style narratif dans lequel l’esprit est le jouet d’un corps déliquescent et dans lequel les héros sont les témoins et les acteurs d’une dégénérescence accélérée. Un genre qui creuse en profondeur notre rapport aux manifestations organiques et qui cogne dur là où ça fait le plus mal. Addiction, sexualité extrême, mutilation, décomposition et plaisir masochiste sont les mamelles outrancières de ces récits s’intéressant à nos dysfonctionnements internes et psychologiques pour mieux les disséquer. Seule une fiction bien troussée, en s'émancipant d'un pathos inutile, peut pénétrer des thèmes délicats tels que la maladie, le handicap ou les hospitalisations lourdes. Il s’agit ici de rechercher la compréhension — et il faut se faire violence pour comprendre et ressentir, d’où l’attrait de certains auteurs pour l’outrance dont le choc émotionnel qu’elle procure amène souvent à repenser son point de vue — et non une fausse compassion hypocrite qui s’éteindra rapidement une fois l’œuvre lacrymale lambda n°58 digérée.

    Doute sur son rapport à l’autre, dépendance nécessaire d’une tierce personne lorsque notre liberté de mouvement nous lâche, l’auteur aborde avec honnêteté et pudeur toutes les composantes de son thème dont l’approche légère n’empêche en rien une atmosphère morbide de s’installer peu à peu. Du trauma de l’amoureux de Miu – et l’hiatus qui ne tardera pas à survenir – en passant par la dissimulation de son état au microcosme du lycée – lequel n’est très souvent qu’une métaphore des strates sociales rigides de la société japonaise – l’archétype du zombie n’est donc pas qu’un attrape-nigaud et les couleurs acidulées de la couverture ne doivent pas nous égarer dans notre perception globale du contenant.

    Non ! Car s’il est une chose que les auteurs japonais réussissent très, très bien lorsqu’ils sont à leurs pinacles, c’est de vos prendre par la main dans une histoire que vous apprécierez comme une comédie loufoque sans conséquence… avant de vous jeter dans un drame cornélien au sein duquel le rire se coince profondément dans la gorge pour faire place aux larmes. Et certains moments, certaines réflexions qui parsèment cette œuvre, en plus d’infléchir la trame comique vers quelque chose de beaucoup plus sombre, sonnent très souvent juste. Inutile de se leurrer, à l’inverse de nombre de ses consœurs, le sujet de cette courte série n’est pas Éros, mais Thanatos.

    Du coup nous revoilà avec notre thème zombiesque et on avait presque fini par oublier qu’au-delà des clowns hurlants, celui-ci est d’abord un des symboles les plus puissants du cadavre que nous sommes amenés à devenir. Une réalité que la petite Miu touche du doigt en perdant parfois la tête. C’est son goût pour l’horreur et le morbide qui aidera l’héroïne à surmonter son état. On sent ici le respect de l’auteur pour un genre cinématographique important et très souvent mal-aimé ou mal compris de ceux qui – paradoxe ironique – le mettent sur un piédestal. Car, le genre horrifique n’a d'intérêt que lorsqu’il nous questionne notre complexe rapport à l’autre, mais – et surtout – celui que nous entretenons avec ce grand inconnu, cette frontière intime qu’est notre propre corps et ses nombreuses métamorphoses qui n’ont de cesse de nous échapper.

    Alors oui, tout cela n’est pas aisé et nous oblige à nous sortir de notre zone de confort. Mais si les auteurs n’ont pas forcément de réponse à nos angoisses existentielles, le plus important n’est-il pas pour eux de nous prendre par la main pour nous amener à contempler nos mystères, aussi triviales puissent-ils être ? Et les grands thèmes du fantastique, parce que ce sont des archétypes polis par des décennies – voire des millénaires – de marée culturelle sont les outils tout indiqués pour apporter du grain à moudre aux moulins de nos intellects.

    Mine de rien, à sa manière et sans tambour ni trompette d’aucune sorte, ce manga parvient à retrouver ce rare équilibre entre les figures obligées d’un genre et une réflexion qui, sans être omniprésente, n’en est pas moins toujours perceptible en filigrane. L'auteur s’empare de ce qui se dissimule derrière la carte rebattue du Zombie pour le tordre selon une configuration inédite. Et je n’avais plus vu ça depuis un bon bout de temps…

    En définitive, cette lecture qui devrait être remboursée par la Sécu.

    ________________________________________________________

    [1] Petite parenthèse concernant l'horreur : je rappelle aux quelques béotiens en la matière que l’horreur ne se nourrit pas de la violence pour la violence contrairement à l’image d’épinal qu’on lui accole. La représentation graphique d’actes ou de phénomènes intendant à l’intégrité physique des protagonistes d’une fiction demeure un outil dans les mains d’un créateur avisé. Pour ce qui est de servir la pinte d’hémoglobine aux chalands, les actualités en continues assurent le job et je m’en passe très bien ! En ce qui concerne le sous-genre « Zombies », je ne peux dans ces lignes que vomir mon exécration de la franchise The Walking Dead – le comics et la série télévisée – comme une des plus mauvaises œuvres jamais écrites sur le sujet et qui — comble de notre époque — ont perverti, à défaut de comprendre, une figure très complexe du fantastique. Que ce soit au niveau de la mise en scène, du symbolisme, ou de l’utilisation d’une ultra-violence totalement gratuite, cette franchise racle le fond à l'aide d'un racolage douteux tout en faisant l’apologie d’une mentalité de droite nauséabonde qui est à l’exact opposée idéologique de la trilogie de Georges A. Romero.

    [2] – Dans le genre zombie et Body-Horror, je citerais pour ceux que ça intrique I Zombie, Chronique of Pain de Andrew Parkinson (1998) ou les quelques films du réalisateurs Bruce LaBruce dans un genre plus trash. Pour les amateurs avertis…