Retour aux aventures de ma chère féline, avec un nouvel artiste aux commandes, que vous reverrez en ces pages, je le pense… Huba s’empare donc de mon univers pour un temps pour y adjoindre son style énergique et anguleux. Ce qui me donne l’occasion d’expliquer un peu le pourquoi de mes différentes associations avec des illustrateurs.
Je ne vis pas de mes créations et même si j’ai déjà vendu quelques nouvelles à de petites maisons d’édition, convaincre les décideurs d’acheter un concept aussi nébuleux et franchement casse-gueule que les Aventures d’Ethel d’Arkady (ou même les Chroniques de Yelgor) est devenue une gageure, d’autant que mon style n’entre dans aucune case qui permette de le marketer à la sauce frigotartinable contemporaine. S’ajoute à cela mon goût pour la provocation, un tantinet gratuite, héritage de mon passé punk ainsi que le mélange de gore, d’érotisme, et d’impertinence qui marque les tribulations de mes héroïnes, comme autant de difficultés supplémentaires. En parlant d'Arkady et d'Allytah, dire qu'elles ne correspondent pas mieux aux canons de notre époque frôle le pléonasme (elles me disent dans l’oreille qu’elles s’en carrent les ovaires !). Ce cocktail détonnant, mais auquel je n’ai pas envie de renoncer, me condamne dans les franges les plus obscures du monde littéraire. J’aurai plus de chance de toucher trois fois le gros lot au loto que de parvenir à percer, en dépit du travail acharné que me demande chacune de mes histoires.
L’écriture est la plus ingrate des muses artistiques, car l’auteur, devant sa feuille ou son écran reste incapable de partager ses emportements, ses joies ou ses doutes. Et pour cause : nonante pour cent de son labeur demeure secret. Un texte ne devient lisible qu’à la suite d’un épuisant processus alchimique, un long raffinement dans lequel les mots, les paragraphes et les séquences se purifient. Pour un livre fini, six autres se trouvent à des étapes plus ou moins achevées : restructuration, deuxième ou quatrième jet… De tels chantiers appartiennent à l’ordre de l’embrouillamini illisible, avec des coupures dans tous les sens.
Or, les illustrations, le dessin à cette particularité aimable d’être compréhensible de manière immédiate. J’avais d’abord limité celui-ci à deux sagas très spécifiques : Pornopolis à cause des liens existant entre les arts et l’érotisme et ensuite Les Chroniques de Yelgor car le support visuel apporte une densité appréciable à un monde de fantasy, mais je constate que cela me frustre de plus en plus de ne point présenter mes travaux en courts. Et comme je touche un peu plus d’argent de mon activité civil, pourquoi ne pas en investir une part congrue pour créer quelques visions appartenant à ces textes souterrains ? Ce ne seront pas des couvertures, qui relèvent d’un autre type de réalisation, mais ces images alimenteront ce petit espace d’oueb, et soulèveront un voile pudique sur ces récits en devenir !
Et donc… Un Dîner en Ville, de quoi ça parle ?
Eh bien… J’avais envie de revenir un peu sur le duo improbable formé par Ethel Arkady et Akemi Himiko et de les projeter dans un tourbillon d’érotisme et de combats dantesques. Je prévoyais d’écrire une novella pulp, mais rendue au-delà des 150.000 signes, j’ai entre les mains ce qui constitue déjà un roman de la taille d’un bon vieux Gore de chez Fleuve Noir, collection dans laquelle ce texte se fut inséré à la perfection.
Mais je n’ai toujours pas parlé de l’histoire… Elle se situe entre le deuxième et le troisième tome de Pornopolis, et elle suit les (més)aventures de nos deux fées invitées à un banquet très particulier dans l’antre du « Seigneur des Morts Étranges »… Un charmant personnage qui donnera bien du fil à retordre à leur duo !
vendredi 15 août 2025
Les Aventures d'Ethel Arkady : Un Dîner en Ville
dimanche 25 avril 2021
Ethel Arkady in Battle by MakuZoku
Après une première collaboration sur le roman Pornopolis, qui sera donc illustré, le talentueux MakuZoku m’a offert (bien avant la date de mon anniversaire) cette image bien punk de ma chère Ethel Arkady.
Elle me plaît d’autant plus qu’elle reprend bien toutes les thématiques du personnage : sa rage, le fait que ses nombreux affrontements lui arrachent toujours un peu de chair, son histoire gravée sur son corps et son indubitable appartenance à la gente féminine et enfin les chaînes en arrière-plan constituent un écho à son ancienne condition d'esclave des vampires. Les mêmes qu’elle prendra un malin plaisir à traquer et à tuer de la manière la plus sadique possible !
Et comme cela fait un moment que je trimballe Ethel Arkady, de forums en éditeurs, je pense profiter des prochains mois pour vous présenter les différentes versions que l’on m’a faites de cette héroïne atypique, ambiguë, provocatrice en diable et parfois attachante.
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| Ethel Arkady in Battle ! by MakuZoku |
samedi 2 janvier 2021
Mon premier roman : La Femme Écarlate
Tout d’abord une bonne année à tous & à toutes, en espérant que les relents morbides et autoritaires de 2020 s’éloignent de notre réalité. Ce que je ne crois pas possible pendant quelque temps, mais soyons un peu optimistes : personne n’est encore capable de deviner l’avenir ! Même, et surtout, les barbiers de plateau de télévision. Mais pour aborder des sujets plus enthousiasmants, et en attendant de nouveaux articles, je porte à vos mirettes esbaudies le résultat d’une année acharnée de travail, mon premier roman.
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| Cliquez sur la couverture pour acheter le roman ! |
Pitch :
Alan Svartur, comptable quarantenaire pour une puissante multinationale, se perd avec sa famille dans les profondeurs du désert texan à cause d’une déviation routière. Obligés de s’arrêter dans un village en décrépitude, ils devront composer avec des autochtones envahissants qui souhaitent les convier à leurs « fêtes de la Crécelle » pour célébrer une mystérieuse « Femme Écarlate »…
Après plusieurs relectures, des retouches à droite et à gauche, et après avoir passé l’épreuve de l’appréciation de quelques personnes choisies, n’ayant pas d’appétence particulière pour le genre, je suis fière de le mettre en ligne.
Cette fameuse Femme Écarlate, dont la couverture signée par le talentueux EXP. avait déjà fait l’objet d’un article dans ces pages.
À l’origine je l’avais rédigé pour essayer de m’insérer dans une collection de roman trash, qui a fermé ses portes pendant le processus créatif, c’est ballot. Je l’ai tout de même achevé, tant cette expérience me plaisait. J’adore me rouler dans la fange d’un bon gore craspec !
L’histoire empreinte aux Rednecks Movies, avec un détour sur les terres de Lovecraft, sans qu’il y soit cependant mention de la moindre divinité tentaculaire. Respectueux des canons esthétiques du genre, je n’évite ni les ambiances glauques et poisseuses, ni la violence gratuite, ni la sexualité déviante. Pire : je les assume pleinement !
Ce roman n’est absolument pas pour toutes les sensibilités, en conséquence assurez-vous au préalable d'avoir un estomac d'airain pour goûter la chose !
dimanche 8 décembre 2019
Bibliothèque des Ombres : carnet de lecture 01 : Shirley Jackson ; Fritz Leiber ; Clive Barker
Avant d’être une série télévisée, ce roman de Jackson est l’une des pièces maîtresses du conte spectral, presque un archétype : quatre chercheurs sont payés par un richissime milliardaire pour ramener une preuve de la vie après la mort. Pour ce faire, le groupe de scientifiques va élire domicile à Hill House, l'Everest des maisons hantées… Avec son architecture aux angles bizarroïdes, son historique lugubre aux fragrances de folie, les chasseurs de fantômes auront forte affaire.
Reposant sur la figure du narrateur « non fiable » en la personne d’Eleanor Vance, le récit développe ses arabesques en triturant en profondeur la psychologie des personnages par subtiles touches impressionnistes avant que les mâchoires du piège ne se referment sur eux.
Regroupant toutes les nouvelles que Fritz Leiber à consacrer au couple de Fafhrd & le Souricier Gris, un barbare nordique et son acolyte voleur et sorcier à ses heures, cette intégrale permet de redécouvrir une pierre angulaire quoi qu’injustement méconnue de la fantasy qui aura occupé l’auteur pendant plus de trente ans.
Évoluant dans la ville imaginaire et pourrissante de Lankhmar, nos deux héros affrontent dieux anciens et puissantes guildes pour s’enrichir les poches. À l’opposé de leurs homologues preux chevaliers, ces deux compagnons sont des mercenaires, des coupe-jarrets et des gredins sans foi, ni loi qui survivent grâce à leurs épées et à leurs roublardises dans un monde décadent.
Le Cycle des Épées, loin d’une fantasy manichéenne archétypale, propose un vaste univers empreint d’une romantique noirceur. Le style à la fois poétique et complexe de Leiber en élabore les contours grotesques et fascinants ainsi qu’une galerie de personnages truculents.
Originaire de Liverpool, soit le trou du cul de l’Angleterre, Clive Barker surgit dans les années 1980 comme une révélation dans le landernau fantasticophile avec ces Livres qui regroupent plusieurs nouvelles dans des styles différents – pourtant tous de la même plume – et dont la palette embrasse toutes les nuances du fantastique : de l’horreur gore poisseuse en passant par l’humour décalé ou l'inquiétante étrangeté cher à Freud.
vendredi 13 septembre 2019
La Femme Écarlate : la Couverture
Deuxième version, aux traits d’abord pour bien cerné le motif, retravailler ensuite dans un écarlate faisant écho au texte. Cette fois, le dessin se simplifie pour devenir une sorte de logo : l’emblème de la religion du cru. Le titre est inclus dans la montagne de feu, mais à ce stade il se fond un peu avec le reste.
Plusieurs essais « psychédéliques », mais un brin trop chargé en ce qui me concerne. Cependant, le titrage jaune se détache bien de l’ensemble, ce qui nous aiguillera pour la version finale.
Cliquer sur l'image !
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dimanche 10 mars 2019
Bibliothèque des Ombres : Les Sentiers des Astres.3 : Meijo/Stefan Platteau
dimanche 22 juillet 2018
Dessin du Dimanche : L'Ordre Noir, découpage 02
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| Planche à refaire. La perte du collier protecteur... |
dimanche 27 mai 2018
Bibliothèque des Ombres : Kane : intégrale, vol.1/Karl Edward Wagner
Collection : Folio SF : Fantasy
Traduit par Patrick Marcel
735 p.
La collection Folio-SF a réédité les romans, les nouvelles et les poèmes composant le cycle de Kane en trois épais volumes, donnant l’occasion aux lecteurs français de se plonger dans des aventures empreintes de spleen et d'une brutalité peu commune dans le genre de la fantasy. Wagner n’a pas peur des mélanges – c’est le moins que l’on puisse dire – et si le style s’avère inégal, il émane de cette fiction l'indéniable fascination que l'on éprouve pour des œuvres frôlant l'excellence et le génie. Son protagoniste principal, au carrefour des influences, synthèse parfaite de Conan et de Sauron, participe à l'aura de ces textes ambigus au sein desquels la morale est plus d'une fois retournée, le cul par-dessus tête.
Mais avant de plonger de plain-pied dans le contenu de ces trois énormes volumes, survolons le bouillon de culture dans lequel baigne l’auteur et qui a présidé à la naissance de cet antihéros. Comme il le révèle dans une courte postface du troisième tome, Wagner aura longtemps muri sa création dans le creuset de ses différentes lectures. Ce seront d’abord les classiques du gothique anglais – Melmoth ou l'Homme Errant de Mathurin en particulier – qui auront nourri sa réflexion sur l’importance des seconds rôles « négatifs » qui emmènent l’intrigue, éclipsant fréquemment des protagonistes principaux s'avérant fades dans leurs actions et consensuels dans leurs morales.
De cette influence, il conservera une fascination pour un environnement hostile reflétant souvent les sentiments des personnages ainsi qu’une tendance à la grandiloquence. Il usera de Kane pour se livrer à toutes sortes d’expérimentations, cherchant à construire un style qu’il définira comme étant du « gothique sous acide ». Une taxinomie adaptée aux dernières aventures de Kane qui le verra atterrir dans les années 70…
La littérature « pulp » des années 30 a également joué un grand rôle dans l'établissement de la charte esthétique de Kane. On retrouve dans les textes de Wagner la patte de l’inévitable Robert E. Howard pour le côté sec et brutal des scènes d’action. Souhaitant donner à son monde un lustre réel, factuel, Wagner compose des dialogues rudes et crus qu’il privilégie aux déclamations ampoulées qui plombent les récits des continuateurs de Tolkien et qui tendent, selon lui, à décrédibiliser le genre. D’autant plus que Kane – même s’il fréquente parfois des têtes couronnées – passe plus de temps en compagnie de mercenaires et de grouillots de guerre, qui jurent plus qu’ils ne débitent des logorrhées shakespeariennes. Une option stylistique boudée par les thuriféraires de la fantasy que j’applaudis, tant cette trivialité confère, paradoxalement, plus de force à l'imaginaire.
Amis écrivains, la boue, la poussière, la merde et le langage fleuri des charretiers sont vos meilleurs outils pour solidifier votre charpente de mots.
Évoquons aussi la mythologie chrétienne dans le bagage de notre personnage. Karl Edward Wagner ne s’appesantit pas sur la question, pour lui Kane [1] est Caïn ! Outre son immortalité, il possède dans ses yeux une étincelle de folie, la fameuse marque infamante, qui l’éloigne de l’humanité. Très discrète, cette référence à une religion contemporaine existante va infuser dans différentes nouvelles, aboutissant aux meilleurs textes de l'auteur.
Enfin, difficile de parler de Kane sans évoquer les récits qui le mettent en scène et l'évolution de son statut dans ce qui a été l’œuvre d’une vie.
Le premier volume comporte deux romans :
— La Pierre de Sang :
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| Illustration par Frank Frazetta |
Après une courte scène introduisant Kane en voleur, nous le voyons mettre sur pied une expédition dans de lointains marais, promettant d'arracher à la vase des tonnes d'or au potentat local. Trahissant à tour de bras, Kane s'empare du trésor des Rillytis – une race d’hommes crapauds abâtardit – : une Pierre de Sang. L’énorme joyau cache en son cœur une technologie oubliée qui fait du cristal une intelligence artificielle, bâtit par les ancêtres des Rillytis du temps de leurs splendeurs. En constante expansion, tirant son énergie du vide sidéral, cet artefact confère un pouvoir inimaginable à son possesseur... À moins, que celui-ci soit, in fine, l’outil de l'esprit de froide logique lovée dans le minéral…
Un récit nerveux, dense, parfois desservi par un excès d’images et de répétitions reprises dans une traduction ( ?) que je supposerais un peu trop déférente, quoique paradoxalement excellente dans son ambition de retranscrire l'ambiance que distille Wagner. Malgré ces petites scories, ce roman pose les jalons de la saga : une atmosphère empreinte de déliquescence, des royaumes pourrissants menés de main de fer par des soudards sans scrupules et des mystères surnaturels sur lesquels se devine l’ombre du maître de Providence.
Ce qui nous vaut d'énormes paragraphes hallucinatoires lorsque Kane tente de contrôler l’intelligence artificielle dormant dans la Pierre de Sang ainsi que des descriptions gourmandes en décrépitudes de toutes sortes. Wagner plonge sa plume dans l'encre d'un romantisme noir, quelque-part entre Edgar Allan Poe et les décadentistes français pour peindre un monde flottant où les passions sont excessives et où les réalisations humaines ont autant de consistances que des châteaux de sable érodés par les alizées.
L’horreur, qu’elle soit de nature diffuse ou plus frontale, est dispensée avec générosité, trouvant sa pleine puissance dans des affrontements dantesques n'hésitant jamais à verser dans la démesure et les flots de tripailles.
Une parfaite introduction à l’univers tourmenté de Kane.
— La Croisade des Ténèbres :
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| Illustration par Frank Frazetta |
Un roman dense, touffu, plein de fureur et d’horreur dont la moindre n’est pas celle de cette religion étouffante dont les exactions et l’ignominie au quotidien ne sont pas sans évoquer avec quelques décennies d’avance les atrocités des fous de Dieu de l’État Islamique. L’auteur utilise toutes les ressources de la fiction pour proposer des images qui vous collent dans le crâne comme cette partie de football entre enfants… avec la tête d’un incroyant !
Dans cette atmosphère de paranoïa constante et de massacres gratuits, la menace que représente un Kane est minimisée, au point que notre personnage paraisse presque insignifiant face à une foule hystérisée par des préceptes absurdes. D'ailleurs, notre antihéros charismatique ne devra sa survie qu’en pénétrant dans l’antre de l'entité derrière cette vague de fanatisme, ce qui nous vaudra une longue scène psychédélique, au cours de laquelle l’immortalité de Kane sera mise à rude épreuve.
Morceau monstrueux de Dark Fantasy aux échos – hélas – bien réels, ce second volet des aventures de Kane disserte sur la nocivité de la croyance instrumentalisée sans oublier de poursuivre ses expérimentations littéraires.
Une pièce maîtresse du genre.
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[1] – Caïn se prononce Kane à l’américaine…
samedi 27 janvier 2018
Publication : Anthologie Calling Cthulhu vol.3
(Cliquez sur l'image pour acheter le livre)
mercredi 11 octobre 2017
Dessins du Dimanche : L'Ordre Noir, découpage (01)
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| Planche 18 |
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| Planche 19-20 |
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| Planche 27 |
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| Planche 28 |
Un peu de musique pour se mettre dans l'ambiance...
lundi 27 février 2017
Les Chroniques de Yelgor : La Nuit de l'Auberge Sanglante chap 14/25
[Chapitre 7 : Tension !]
[Chapitre 8 : L'Auberge Sanglante]
[Chapitre 9 : Le Sang de Sol]
[Chapitre 10 : Duels]
[Chapitre 11 : Allytah et Zed]
[Chapitre 12 : L'abri souterrain]
[Chapitre 13 : Mise à mort]
Tigrishka s’en voulait de ne pas avoir pu intervenir autrement qu’en organisant la fuite de sa fratrie dans les tunnels lorsque la bagarre s’était déclarée dans l’auberge. Sa colère n’avait fait qu’enfler contre cet enfoiré de prévôt et ses adjoints. Elle s’était entendue avec Eldridge sur un plan très simple : elle tirerait la dernière flèche de Feu Froid sur le monstre qui malmenait sa sœur, seule arme magique capable de combattre efficacement le sortilège de Sol. Eldridge aurait la tâche d’occuper la créature, le temps qu’elle la vise. Ils ne devaient pas gâcher leur unique chance de remporter la bataille.
Eldridge aperçut de grosses larmes sur le mufle de sa camarade avant qu’elle ne fonce tout droit vers leurs adversaires avec une célérité hallucinante, oubliant toute leur organisation. Le spectacle blasphématoire de la régurgitation de Schiscrim transfigura Tigrishka. Elle voulut faire ressentir toute sa souffrance, celle de sa sœur, de son père et de tous ceux que ces salauds avaient martyrisés à cette ignoble masse dégoûtante qui rampait, polluant la neige de sa souillure. Une férocité phénoménale embrasa son âme. Les Anciens de son village lui avaient déjà raconté les exploits que les guerriers accomplissaient lorsqu’ils étaient possédés par la Fureur, mais elle n’avait jamais éprouvé ce sentiment. Jusqu’à maintenant. Elle bondit sur un tronc, s’aidant de ses griffes pour atteindre la cime de l’arbre. Eldridge resta planté là, admirant le long corps de la Sylvestre se jouer de la pesanteur. Elle sautait d’arbre en arbre avec la grâce d’une danseuse de théâtre.
Sa crinière gonflée voltigeait sous les bourrasques de vent glacé. Sa grande queue pelucheuse préhensile s’accrochait aux branches pour la stabiliser dans ses évolutions acrobatiques. Galvanisée par une haine pure, elle s’empara de deux flèches reposant dans son carquois de cuir et tira une deuxième fois, crevant les yeux de la chose qui chuintait sous elle.
Klapnik abandonna à regret sa proie, ses pseudopodes munis d’ergots empoisonnés dardés vers l’impudente féline qui feula de défi. Sans accorder plus d’attention que cela à sa victime poisseuse de fluides caustiques qui respirait malgré l’atroce mutilation de son visage, il fila vers la Sylvestre, ses huit pattes d’araignée soulevant des nuages de poudreuse qui déformèrent ses contours.
Il créa des tentacules pour l’enlacer dans une étreinte mortelle. Elle les épingla aussitôt de flèches saisies par paquets de deux. Les quelques minuscules lieues le séparant de l’archère lui valurent de se retrouver criblé de six morceaux de bois qui bloquèrent les évolutions de ses membres sinueux et occultèrent encore trois yeux.
Tigrishka esquiva d’un saut les quatre bras jaillissant vers elle, piochant dans le même mouvement deux nouveaux traits qui clouèrent les pseudopodes contre un effreul centenaire. Klapnik émit une interjection étouffée, cherchant à se libérer. Il avait négligé la force de cette maudite pisseuse, car les flèches étaient profondément enfoncées dans l’écorce de l’arbre. La Noctule avait-elle donc entraîné tous les morveux de l’auberge pour en faire des combattants hors pair ? Immobilisé, Klapnik agonit son assaillante d’un torrent d’injures. Un hurlement coupa sa litanie ordurière.
— Que l’Unique et mon Roy guident mon épée ! Pour Yelgor !
Eldridge chargea l’odieuse chose qui gargouillait et glougloutait à quelques pas de lui. Il n’avait pas eu d’autre choix que de laisser Tigrishka harceler avec cruauté le mage métamorphosé, remerciant les cieux d’être son allié. La créature, blessée de toutes parts, s’affolait, produisant des organes étranges en pure perte. Klapnik lança trois pattes hérissées de piques translucides en direction d’Eldridge, mais les deux premières éclatèrent sous les tirs de Tigrishka.
Eldridge abattit son épée sur un troisième tentacule. L’acier trempé arracha le morceau de chair d’un coup, décrivant ensuite une révolution autour du Chevalier pour mordre la tête du monstre dans une éruption de matière dégoûtante et de sang huileux. La lame s’enfonça comme dans du beurre dans les entrailles de la bête qui hulula de stupeur, se statufiant sous l’assaut de mille et une souffrances.
Eldridge appuya son pied droit sur la surface molle de l’ancien mage, extirpant son fer bloqué dans la masse miasmatique de la créature. Les organes dégorgèrent de la plaie béante en une cataracte huileuse immonde, répandant un fumet pestilentiel aux alentours. Eldridge sentit l’estomac lui venir au bord des lèvres. Il frappa une deuxième fois, taillant une large portion de chair à son adversaire qui piaula. Celui-ci générait de nouvelles griffes venimeuses, mais chacune de ses tentatives était sanctionnée par les tirs sadiques de Tigrishka.
Dans un geste désespéré de défense, Klapnik percuta le Chevalier sur le point de lancer un ultime assaut d’un éperon improvisé avec le peu de matière qui lui restait. La pointe suintante de poison cogna contre le plastron. Eldridge valsa à trois pas de lui. Klapnik profita de cette réussite pour se couler hors de portée de ses tourmenteurs, déchirant ses liens de chair. Il fila le plus vite possible, entraîné par ses huit pattes qui le guidèrent loin du couple déchaîné. Il reviendrait les occire lorsqu’il aurait repris des forces…
Il se félicita de sa dérobade lorsque la Sylvestre jaillit devant lui dans une bourrasque de givre et de brindilles, lui bloquant toute échappatoire. Il n’avait jamais affronté cette ethnie et les brusques accélérations dont était capable la jeune chatte le dépassaient. La fourrure piquetée de cristaux de neige reflétait les lueurs des feux mourants de l’auberge incendiée. Perdues dans l’immensité de ses grands yeux violets, les deux pupilles réduites à de minces lignes bravaient l’allure répugnante de Klapnik, débordant d’une haine froide et inextinguible. Entraînée par sa vitesse, Tigrishka dérapa, formant un large cercle autour de lui. Dans le même mouvement, elle banda son arc jusqu’à son point de rupture, les muscles de ses bras saillant comme des serpents. Le nerf claqua. Deux hampes à la pointe d’acier s’enfoncèrent dans les entrailles de Klapnik. Tigrishka révéla ses crocs dans un rictus vicieux.
— À vous, Chevalier !
Klapnik glapit. Eldridge le chargea comme un lucane mâle. De nouvelles petites pattes ayant éclos sur lui, Klapnik esquiva de justesse l’assaut et la lame creusa une ligne dans le sol, à quelques pouces de lui. Il vomit une minuscule corde de chair gluante qui s’entortilla autour de son adversaire, le bloquant dans ses raies. Eldridge se débattit, mais le lien l’amena devant les griffes dardées du monstre qui caressèrent sa gorge découverte. Il adressa un avertissement à la Sylvestre qui s’était figée, dans l’expectative.
— Si t’avances ou si tu tires, je l’égorge… Tout ce que t’as à faire c’est de me laisser partir… Dépose tes armes devant moi, salope !
Surveillant du regard les moindres soubresauts de Klapnik, Tigrishka envoya un signe au Chevalier. Elle jeta d’abord son arc à terre puis elle retira de son carquois l’unique flèche qu’elle conservait pour la mise à mort.
— Qu’est-ce que tu fais ? marmotta Klapnik. Réponds ou je le tue !
— Je dépose mes armes. Relâche-le maintenant…
— Non ! Pas avant de vous avoir faussé compagnie.
— D’accord…
La hampe s’achevait par une extrémité renflée, piriforme et luisant d’un chatoiement bleuté. Elle ôta d’un geste rapide le capuchon qui englobait la pointe. Au contact de l’air, la réaction magique s’amorça avec un chuintement désagréable. Une lueur aveuglante éclaboussa les environs.
Klapnik, ébloui, demeura un moment incapable d’effectuer le moindre mouvement. Si Eldridge ne disposait plus de son bras droit, bloqué par les entraves gluantes avec son épée, il possédait néanmoins une marge de manœuvre de sa main gauche, ce que Tigrishka avait perçu lorsqu’elle lui avait enjoint par sémaphore d’attendre un signe avant de se dégager. Il agrippa la poignée de sa dague et trancha le fil répugnant, se libérant de l’étreinte de la créature. Il roula dans la neige. Klapnik poussa un hululement de désespoir. Le sang jaillissait de son membre lésé et la plaie ne cicatrisait plus. Il s’élança vers l’abri de ténèbres de la forêt aussi vite que le permettaient ses huit pattes.
Se redressant, Eldridge plaça ses mains en visière pour se protéger de la violente explosion de nitescence blanche projetant des ombres fantasmagoriques sur les troncs. Tigrishka enfila les énormes lunettes en verre fumé suspendues autour de son cou, ce qui lui conféra l’aspect d’une mouche humanoïde, puis encocha la flèche. Il songea un instant que le monstre se déroberait, car Tigrishka attendait de lâcher son trait, tendant l’arc à son maximum, visant le ciel de son étoile en fusion qui craquait avec fureur.
— Tu ne m’échapperas pas, saleté ! Où est-ce que tu crois courir ?
Le nerf de cloporte pourpre claqua une dernière fois. Le projectile décrivit une hyperbole parfaite, illuminant les bois de son globe de lumière, arrachant des bouts de branches et d’écorce dans sa chute. Il fusa vers la forme qui rampait dans le paysage, soulevant de petits nuages blancs sur son passage. La flèche l’épingla alors qu’il disparaissait à l’horizon, s’enfonçant dans les ténèbres. Aussitôt, des flammes céruléennes cernèrent la créature de toutes parts par le feu, elle stridula une ultime plainte pitoyable, se volatilisant dans les profondeurs de la forêt.
Tigrishka tomba à genoux, le souffle court. Elle ôta les lunettes qui s’écrasèrent à ses pieds. Son arc lui échappa. Elle se crispa et serra son ventre dans ses mains gourdes avant de vomir à longs jets, hoquetant entre les secousses. Eldridge se débarrassa avec répugnance des fils de chair qui collaient encore à son armure et rengaina son épée. Compatissant, il s’approcha de Tigrishka. Lorsqu’il voulut l’étreindre, posant sa paume sur son épaule pelucheuse, elle bondit en arrière en crachant une interjection inaudible.
— Ne me touchez pas !
— C’est la première fois que vous tuez quelqu’un.
Eldridge ne prononçait qu’une évidence.
— Je peux vous aider, ajouta-t-il doucement.
— Il y a quelques éodes à peine, vous me menaciez.
— Nous n’étions pas encore des frères d’armes.
— Alors, laissez-moi seule, Chevalier. Allez voir ma sœur. Elle a plus besoin d’assistance que moi.








































