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    samedi 19 octobre 2024

    Les Chroniques de Yelgor : La Nuit du Fer-Vivant : l'Urzam

    Malgré un mois d’octobre plutôt chargé, je suis retourné dans le monde de Yelgor, en attendant une grosse sortie à venir, l’occasion pour l’ami ExpExp de conférer une apparence délabrée et délicieusement déliquescente au poste de garde qui finissait le premier tome. Une fois encore, je suis comblé par cette vision qui offre un peu plus de matérialité à ce monde très particulier que j’aime toujours arpenter.

    Si l’on ne retrouve pas nos protagonistes principaux dans ce premier segment, on y découvrira l’arrivée d’un « Urzam », un haut prêtre de la secte de Sol. Un personnage sympathique qui demeurait pour le moment à l’arrière plan, mais qui s’insinuera peu à peu dans le déroulé du récit. Ce charmant individu, et sa cohorte de zélotes, apparaissaient déjà dans le chapitre 6 du premier volet !

    Comme à son habitude, ExpExp s’est amusé à concevoir plusieurs déviations graphiques de son dessin pour le plaisir des yeux. 

     



    samedi 18 février 2023

    Les Chroniques de Yelgor : chant deuxième : La Nuit du Fer-Vivant : La Mer d'Herbe

    Cette deuxième illustration de MakuZoku pour les Chroniques de Yelgor nous offre une Allytah dans sa prime jeunesse, avant que le temps et ses duels successifs ne l’abîment. Je suis satisfait de ce panorama présentant une partie de ce monde très particulier. Ce second tome sort de l’Auberge de la Noctule pour explorer plus en profondeur l’univers étrange de Yelgor, dans lequel insectes géants et proto-dinosaures s’ébattent joyeusement. Cette ouverture me donne l’occasion d’inventer toute une flore et une faune en me référant à ce que j’aime : la préhistoire et l’entomologie.

    Je vous propose aussi l’extrait mis en image, bien qu’à l’inverse de la première aventure que j’ai livrée dans ces pages, celui-ci soit tronqué. En effet, je m’attarde bien plus sur les différents éléments qui composent cet univers. De cette complexité foisonnante résultent des chapitres bien plus longs qui passeront mal sur le Oueb. Je pense à vos mirettes, chers lecteurs !

    Ce qui fait que la suite des aventures d’Allytah et de ses compagnons ne sera disponible que sur papier et en mode liseuse. Néanmoins, il me reste encore beaucoup de chemin avant que le récit n’aboutisse. D’ici là, et à moins qu’une bombe thermonucléaire ne mette un terme à nos existences, je continuerai de vous présenter un aperçu de l’avancée des travaux.

    mercredi 20 février 2019

    Bibliothèque des Ombres : T.Rex superstar : l’irrésistible ascension du roi des dinosaures/Jean le Lœuf


    Belin : éditions, 2016.
    238 p.
    Illustré en NB.

    Après le PaléoArt, je continue ma descente dans les âges avec ce petit ouvrage sur un sujet somme toute assez similaire puisque l’auteur s’est emparé de la figure ô combien iconique du tyrannosaure pour disséquer le rapport à ce lointain passé.

    Mené avec faconde, l’exposé se montre très plaisant à lire. Les multiples extraits d’œuvres littéraires dynamisent le propos sur l'évolution de la perception de ses grosses bêtes depuis que nous avons commencé à les analyser de manière systématique, il y a une bonne centaine d’années. Reflet de notre façon d’appréhender le monde, les fossiles ne sont pas épargnés par la symbolique et la mystique fluctuante qui hantent nos cervelles de primates. Les rapports que nous entretenons avec ces reliques se teintent de fantasmes, de méprises et de mépris. Les images mentales que nous tissons à leurs sujets se nourrissent de notre anthropocentrisme égocentrique.

    Les grandes religions monothéistes ont influencé nos premiers contacts avec ces spectres du passé, et il en a découlé moult erreurs tant taxinomiques que logiques. Car nous autres, homo sapiens aimés d'un très hypothétique Dieu, nous ne pouvons être que la quintessence de la « création divine » ! Or rien n’est plus faux ! Les récentes découvertes dépeignent l'animal comme une créature homéotherme, aussi évolué dans sa conformation que nous le sommes[1]. Une notion qui s’oppose aux vieux clichés du XIXe siècle pour lequel le dinosaure ne peut-être qu’un saurien pataud et débile barbotant à une vitesse d'escargot neurasthénique dans son limon originel.
    Les dinos de Crystal Palace
    Cette conceptualisation du lézard antédiluvien nous a valu d’étonnantes représentations comme les monstres du Crystal Palace et elle a essaimé dans la littérature populaire. De Sir Arthur Conan Doyle en passant par Edgar Rice Burrough, les auteurs de SFFF ont souvent donné dans le reptile géant assoiffé de sang. Si le tyrannosaure n’a pas encore pointé le bout de son museau camus, le mégalosaure et l’iguanodon s'affrontent déjà dans des pugilats dantesques.

    Avant Jurassic Parc dont il est un des personnages les plus importants – quoiqu’il n’ait jamais posé une seule griffe dans la période jurassique – notre vedette en devenir doit sa notoriété à un certain Henry Fairfield Brown, jupitérien président de l’American Museum de New York. Une trouvaille et une description à la signature âprement disputée permettront à Brown d'exploiter sa découverte dont l’aura va être amplifiée par l’artiste Charles R. Knight puis par le King-Kong (1933) de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, film qui bénéficiera des conseils et croquis de Knight… Le monde est petit...

    La France de son côté est largement en retard sur la « dinoploitation » et le restera encore en notre bon XXIe siècle : visiter la galerie de l’évolution du Jardin des Plantes s’avère être un crève-cœur aujourd’hui. Peintures défraichies, spécimens abîmés ou attaqués par des mousses suspectes et seau posé à même le sol pour recueillir l’eau qui suinte du plafond vétuste vous offriront un spectacle lamentable. [2]

    Une scène typique par Charles R. Knight
    L’ouvrage continue sur une section « Rexipédia » où vous connaîtrez à peu près tout sur le T. Rex. De son régime alimentaire en passant par sa robe – avec ou sans plumes ? –, mais aussi ses pathologies. Une étude passionnante qui revient sur quelques décennies de recherches. Une manière de reconstruire l’image mentale de la bestiole conditionnée par des fictions hollywoodiennes manquant de rigueurs.

    On termine par un état des lieux de la paléontologie qui n’est pas épargnée par les malversations d’ordres financières et la popularité pharaonique du plus grand prédateur préhistorique a entraîné un trafic d’ossements hallucinant qui échappe ainsi aux scientifiques pour servir de table à manger à quelques richissimes excentriques.

    En épilogue, l’auteur revient sur la production littéraire qui a entouré l’ancien cousin de T.Rex, le mégalosaure. Détrôné par le roi des tyrans, le prédateur a une longue histoire fictionnelle qui débute en 1824. Manière de saluer une vedette finissante qui a rejoint le boulevard du crépuscule. Plus en veine avec les Français que le Tyrannosaure, le Mégalosaure a eu l’insigne honneur d’être dépeint sous les plumes de Maurice Renard… [3]

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    [1] – Nous n’avons pas vraiment de quoi pavoiser quand on voit tous les dysfonctionnements de nos frêles organismes.

    [2] — « Mais c’est la crise ! » Nous dit-on... Et il est certains qu’à choisir entre entretenir un patrimoine encombrant d’os ou donner quelques milliards à de riches industriels en espérant que les biffetons ruissellent ensuite sur le petit peuple aux yeux mouillés de reconnaissance, puis sur les institutions publiques, le choix est vite fait. N’est-ce pas ?

    [3] – La BD franco-belge en revanche a souvent usé des « terribles sauriens » pour s’attirer la sympathie des tits’ gnianfants. Bob Morane s’est frotté au T.Rex et à des hordes de Deinonychus aux attributs de mutants radioactifs. Les flegmatiques Blake et Mortimer de Edgar P. Jacobs ont voyagé dans le temps à moult reprises avant d’être mis dans le formol d’albums répétant ad nauseam les anachronismes stylistiques datant des années cinquante. Enfin, Franquin nous a offert la plus sympathique histoire du genre avec un sympathique Plateosaure sorti du Trias par le comte de Champignac dans Le Voyageur du Mésozoïque.

    dimanche 9 septembre 2018

    Les Chroniques de Yelgor : La Carte !

    Au sortir des Chroniques de Yelgor, je me dis que ça serait sympa de faire une carte narrative des différents royaumes et environnements que traverseront nos héros durant leurs périples.

    Un truc pas trop long à faire… Sauf qu’entretemps je me suis pris au jeu (et même ainsi j’ai omis pas mal d'éléments si vous y regardez de prêt ! Il manque notamment l’échelle. À la grosse louche, cette section du continent comprend une surface qui fait à peu près l’Europe, à un millier de kilomètres de marge d'erreur…) et que mon délire cartographique que je prévoyais sur une petite semaine m’occupera… Deux mois ! Enfin, la chose est à présent achevée.

    Je la poste en deux versions : une qui vous permet de vous faire une idée du royaume dans le cadre du récit et l’autre qui pourra servir aux rôlistes de passage et qu’ils peuvent intégrer dans leurs parties ! N’hésitez donc pas à la télécharger. Au pire, je vous demanderai de me dire ce que vous y avez vécu et comment vous êtes morts ! Après tout, Les Chroniques... sont parties d’une ancienne campagne auxquels moi et quelques amies avions joué… Ce n'est que logique qu'elle profite à d’autres pour s’ébattre dans ses vastes et mystérieuses terres.


    Carte sans indication, téléchargeable !

    lundi 5 février 2018

    Bibliothèque des Ombres : PaléoArt/Zoé Lescaze (Taschen, 2017)




    289 p.
    Traduction : François Dirdan
    Préface de Walton Ford

    Parmi tous les sujets qui ont focalisé mon attention, je crois qu’un des premiers – comme pour quelques autres bambins de la fin du XXe siècle – fut les dinosaures, ces gros « sauriens » venus des âges sombres de la terre. Et bien sûr, en dehors des musées, ce furent les livres qui me permirent de goûter à l’opium crétacé grâce à des visions d’illustrateurs parfois si prégnantes qu’elles imprimèrent durement mes rétines. Peut-être éprouvai-je ce vertige que n’importe qui ressent devant ces squelettes de pierre méticuleusement rassemblés par les paléontologues, traces antédiluviennes d’un passé plus lointain et inimaginable que celui déjà immense qui nous sépare des pharaons. Outre la grandeur – encore qu’il existe une infinité d’espèces ne dépassant pas le mètre, ce qui relativise un peu les choses –, c’est surtout la notion temporelle qui procure un effarement qui doit être voisin de l’effroi cosmique cher à Lovecraft. Parce que si « du haut de ces pyramides cinq siècles vous contemplent », qui dirent des millions d’années qui nous fixent depuis les orbites vides d’un compsognathus ? L’histoire humaine à l’échelle des dinos ? Rien ! Même pas le quart du demi d'un cinquième d’un battement de cœur de stégosaure !

    Or pour se figurer toutes ses bestioles ainsi que nos très lointains ancêtres, il a fallu recourir aux talents et aux artistes de tous poils et de toutes origines. Malgré la grandeur et la complexité de la tâche à accomplir, les peintres qui ont mis les mains dans le pétrole n’ont pas vraiment eu la postérité qu’ils auraient méritée. Car l’effort de création à fournir s’accompagne souvent – mais pas toujours – d’une vraie recherche pour tendre vers une véracité des scènes représentants les fameux animaux dans leurs environnements. Ainsi, la science s’offre une valse avec l’imagination. Une danse contrariée tant les deux cavalières ont un tempérament antagoniste, le calme et la pondération de l'une se mélangeant parfois assez mal avec les envolés lyriques de sa comparse, prompte à se défaire des carcans académiques pour vadrouiller ou bon lui plaît.

    C’est cette sarabande à travers les siècles que ce magnifique ouvrage se propose de nous relater au travers du prisme de l’art et de ses praticiens. S’il est quelquefois question de science, ce ne sera que pour appuyer les multiples mutations qui vont marquer l’esthétique des dinosaures. Des soubresauts d’apparences qui se modifient au fur et à mesure que les techniques de reconstitution se font de plus en plus pointues nous permettant d’apprendre quelques miettes de savoir supplémentaires sur notre lointain passé. Les dinosaures, on les connaissait depuis le moment où nous avons commencé à creuser dans la glaise. Autrefois ils furent parés des oripeaux de basilics et de dragons. Parfois révérés comme des Dieux, parfois broyés en poussière pour éveiller la virilité défaillante de quelques barbons neurasthéniques, les fossiles ont toujours flotté dans un coin sombre de notre conscience.

    Le PaléoArt est donc une discipline artistique qui consiste à redonner vie à ce qui fût. À défaut de pouvoir voyager dans le temps, les artistes vont s’échiner à récréer un passé antérieur. Une quête qui, comme le montre la journaliste Zoë Lescaze, a été ponctuée d’erreurs, de créatures difformes et d’interprétations pour le moins… curieuses. Mécène et industriels désireux de se tailler une réputation se sont penchés sur le chevet des squelettes, imposant parfois leurs désidératas aberrants, donnant naissance à des avortons ayant plus à voir avec la chimère qu’avec la reconstitution soigneuse.

    L’aventure débute en Angleterre vers 1830 avec une certaine Mary Anning qui, dans la précarité financière collecte des « Doigts du Diable » et autres « Pierres à Serpents » pour les vendre à des crédules comme remède contre le panaris et philtres d’amour divers. Ce n’est qu’avec le temps — et la sortie de la détresse économique — que la jeune femme apprendra à mieux connaître ces étranges pierrailles, s'intéressant à la géologie pour poser les bases de la paléontologie balbutiantes, la notion de préhistoire n’existant pas encore. En rencontrant le géologue anglais — et dessinateur à ses heures pas perdues pour tout le monde — Henry Thomas de la Beche, Mary Anning va enfanter sans le vouloir de la première œuvre de PaléoArt : Duria Antiquior. Cette modeste aquarelle ressuscite par la grâce du trait et du pigment les fossiles découverts le long de la côte anglaise.

    Duria Antiquior - Henry Thomas de la Beche, 1830
     À la première stupéfaction vis-à-vis de ces créatures, succéda une période de chaos au court de laquelle les diacres et autres autorités religieuses eurent beaucoup de mal à gober la pilule amère : les humains n’ont tout simplement pas existé pendant des centaines de millions d’années. Pendant une partie du XIXe siècle, le PaléoArt balbutiant fut souvent mis au service d’idéologies parfois saugrenues, ainsi l’une d'elles prophétisait que l’homme, étant par nature la perfection divine trônant au sommet de l’évolution, ces lointains ancêtres ne seraient être que des ébauches grotesques, quelques reptiles cannibales barbotant dans la boue antédiluvienne. Un concept exploité par l’anatomiste Richard Owen à travers les sculptures sauriennes de Crystal Palace, fabriqué par Benjamin Waterhouse Hawkins à l’occasion de la première exposition universelle en 1851. Par cette démonstration de force, d’une puissance égale à celle du plus récent Jurassic Parc de tonton Spielby, Richard Owen va ancrer dans l'esprit de ses contemporains l’idée des dinosaures — un mot dont il baptisera les squelettes géants en 1841 — sont à l'évidence de pitoyables avortons. Les pauvres mégalodons et iguanodon ne se reconnaitraient pas dans les dantesques sculptures les affublant de caractéristiques fantaisistes. Ainsi au début de leurs représentations les dinosaures furent-ils tour à tour instrumentalisés pour servir les théories défiant l’évolution darwinienne ou pour symboliser la redoutable flotte anglaise dans la figure du combat de l’ichtyosaure contre le fragile plésiosaure, allégorie de la France Macro… Napoléonienne.

    Mégalosaure de Crystal Palace.


    Néanmoins, ces délires fantasmatiques, ces gravures et ces aquarelles de monstres mous et de tylosaures cruelles ne resteront que des surgissements de l’inconscient dans le positivisme de la science et de l’industrie naissante. Tout comme les visions spirites et la chasse aux fées de Conan Doyle, les dinosaures seront les acteurs d’un incroyable retour du merveilleux refoulé par une raison par trop cartésienne. De plus, à l’inverse des théories d’Allan Kardec, ces créatures adoubées par les officines scientifiques vont vite envahir le monde avec un égal succès en tout point du globe, de la Chine en passant par les steppes glacées de la Russie, faisant même une halte dans les mines belges, à Bernissart où l’on exhumera un des plus impressionnants troupeaux d’iguanodons. 
     
    Ichtyosaure et Plésiosaure de Edouard Riou, 1863


    Ce succès entrainera aux États-Unis une ruée vers les fossiles dont la folie furieuse n’aura rien à envier à celle de l’or, les ossements rapportant gros et les différentes universités n’hésitant pas à débourser des fortunes pour posséder de préférence des géants complets. C'est aux sons des colts que naîtra une véritable épopée western sur fond de Crétacé. Les protagonistes : Othniel Charles Marsh et Edward Drinker Cope. Des amis passionnés de géologie qui plongeront dans une rivalité sanglante qui causera la destruction de quelques squelettes lors d’acte de sabotage opéré à la dynamite. Si Marsh s’avérait être un personnage paranoïaque, à la limite de la psychopathie, Cope quant à lui sera hanté par des cauchemars récurrents au cours desquels les tyrannosaures et tricératops ne cesseront de démantibuler son corps dans un jurassique anxiogène. Néanmoins à eux deux, ces paléontologues de l’extrême exhumeront plus d’une centaine d’espèces – pour celles qui auront survécu aux règlements de compte à Trias-city – et établiront durablement la richesse américaine dans le domaine. C’est dans cette ambiance délétère que Cope demandera à un autre homme d’exception de matérialiser sur la toile ces découvertes : Charles R. Knight.

    Leaping laelaps (1897)
    Issu d’un milieu aisé, Charles R. Knight s’est passionné assez tôt pour le dessin, écumant les zoos pour croquer les animaux. Sa carrière dans le monde minuscule du PaléoArt sera lancée par Henry Fairfield Osborn, le directeur controversé du Muséum d’histoires naturelles des États-Unis, et également le forgeron du nom du dinosaure le plus connu de l’histoire : le tyrannosaure rex. C’est le flair, mais aussi le sens du spectacle qui attirera Osborn vers les talents du jeune peintre, pour lui commander une série d’illustrations. Par l’intermédiaire d’Osborn, Knight rencontrera Cope et usera de toute sa technique pour insuffler un peu de vie dans les dépouilles tirées de la nuit des temps. Knight se passionnera pour les bestioles et chamboulera de fond en comble leurs apparences. Sous son pinceau affuté, les créatures vont se déparer de leurs images de reptiles patauds pour devenir véloces, des animaux évolués, adaptés à leurs environnements. Parmi la masse des toiles de Knight, celle évoquant le combat de deux laelaps (aujourd’hui renommé dryptosaures) sera considérée comme l’une des plus novatrices du genre. Les deux carnivores ne sont plus des salamandres molles comme on les représentait au début de la discipline, mais des prédateurs agiles, empruntant déjà aux oiseaux dans leurs postures, une intuition clairvoyante de Knight issue de son excellente connaissance de l'anatomie.

    Puissances et vélocités voilà les deux maîtres mots de la peinture de Knight qui provoquera une véritable renaissance du PaléoArt. Il y aura un avant et un après Knight. Sculpteur – il prendra toujours le soin de fabriquer des modèles d’argile en observant les squelettes, essayant de récréer la chair sur les os pour mieux analyser les jeux d'ombre et de lumière sur ses sujets –, Knight va synthétiser les différentes qualités des Paléoartistes : une approche scientifique, une rigueur d’exécution, mais aussi une tendance – qui lui sera reproché dans les milieux universitaires – à la dramaturgie. Que ce soit dans ses toiles les plus calmes ou dans la dépictions de combats titanesques. Knight lui-même ne récusera pas les affirmations de ses détracteurs, trouvant dans ces animaux un véritable potentiel artistique dont il aurait été dommage de se priver…

    Ptéranodon - détail, Heinrich Harder.
    Le passage par Charles R. Knight est presque indispensable pour comprendre les tensions qui habitent le PaléoArt, entre la nécessité de rendre compte de l’état des découvertes d’un côté, et d’un autre de s’attirer les faveurs du public – et des mécènes – pour pouvoir continuer les fouilles. Il ne fait aucun doute que les œuvres de l’américain ont largement contribués à la popularité des dinosaures, tant il émane d’elles une puissance picturale renforcée par des choix esthétiques audacieux, des flous, des touches de peintures nerveuses… Elles influenceront une kyrielle d'artistes, illustrateurs ou sculpteurs qui viendront à la suite de Knight. Que ce soit dans les céramiques de Heinrich Harder, reconstituées en 1982 ou dans les toiles du Breton Mathurin Méheut, le conseil de Knight résonnera chez ces successeurs. S’émancipant plus ou moins de la froide logique, les plus grands praticiens du PaléoArt danseront en funambules sur une corde raide tendue entre fantaisie et réalisme, déployant une variété de manières pour le moins ahurissante.

    Les Ptérodactyles - Mathurin Méheut, 1942-1947




    Outre Knight, je ne peux m’empêcher de citer la présence au sommaire de cet ouvrage d’une autre sommité du genre : le tchécoslovaque Zednek Burian. Travaillant de concert avec le paléontologue Josef Augusta, il exécutera plus de 500 illustrations sur le thème de la préhistoire. Le style de Burian mêle est un savant mélange de précision – bien qu’il n’ait pas eu l’occasion d’avoir accès à des fossiles, rare dans son pays – et d’impressionnisme, avec empattement, coupures et grattages de toiles. Chaque image permet au peintre de se déchainer sur son sujet et d’expérimenter pour rendre palpables les peaux, les écailles et les poils en usant de toute la latitude que lui offre la matière. Si ces dinosaures prennent une pose dynamique dans des scènes dramatiques, il excellera encore plus dans la description des hommes préhistoriques, puisant dans son existence précaire pour insuffler une âme à ses visions d’un autre monde. Emplies d’anxiété – Burian aura traversé deux guerres, vécu le pire du « communisme » et mené une adolescence de SDF –, ces œuvres, utilisant souvent des matériaux de récupération, sont percluses de détails sinistres qui frappent l’œil. 
     
    Tyrannosaurus Rex attaquant des Trachodon Annectens de Zdenek Burian, 1938


    Le communisme oppressif du bloc soviétique, dans lequel la plupart des artistes peineront sur un réalisme sociale, verra le paléoart s'auréoler d'un voile de liberté pour les peintres audacieux. Cantonnées à l’illustration informative, les toiles échapperont à la censure bureaucratique. Outre la virtuosité morbide d'un Burian, il faut citer les essais sur carton, usant d’expédient en guise de pigment, du directeur de musée Konstantin Konstantinovich Flerov, rejoignant par la voie des dinosaures les fauvistes européens. Il va de soi que le singulier personnage enverra aux oubliettes toute prétention documentaire dans ses étranges représentations qui empreintent plus à l’esthétique prophétisée par Knight qu’à la science…

    Tarbosaurus et dinosaures blindés de Konstantin Flerov, 1955

    Donnant souvent dans le spectaculaire, la mise en scène de foire tout juste bonne à amuser les drôles, le PaléoArt a souffert de sa nature schizophrénique. Il n’empêche qu’à s’y pencher comme nous le propose ce livre, avec de superbes reproductions riches en couleurs et en nuances, l’on se trouve ici en face d’un genre en soi avec ses figures obligées – Ichtyosaure contre plésiosaure, tyrannosaures et tricératops par exemple – et ses audaces thématiques et formelles. Parce que le sujet fait un double appel à la science et à l’imagination, cette discipline s’est retrouvée plongée dans les oubliettes, alors même que son champ d'expérimentation est l’un des plus évidents pour ses praticiens.

    Rarement entretenu ou restauré, le poids des années n’a guère épargné le PaléoArt [1]. Les images de synthèses ont ajouté quelques rivets supplémentaires à son cercueil d’oubli. Mais Si les outils graphiques de modélisations en 3D permettent de créer de toutes pièces des représentations plus précises, ils leur manquent le souffle de vie insufflé par le pinceau et le couteau d’un artiste compétent, possédé par une réelle vision et une envie de la transmettre.

    Pourtant, il y a de la matière pour une nouvelle génération, d’autant que les dernières recherches ont bouleversé notre compréhension des dinosaures – les animaux ne sont plus du tout des reptiles, mais bien une famille voisine des oiseaux, une branche du vivant qui n’existe plus... En raison de cette plasticité constante qui résiste à toutes les tentatives pour les normaliser, les dinosaures restent surtout un séduisant mystère et une paradoxale fantaisie scientifique. Si les illustrations contenues dans ce livre sont d’ore et déjà caduques, elles ne nous en invitent pas moins à un voyage passionnant dans les tréfonds d’un passé qui nous est autant universel qu'intime.

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    [1] – Si le vingtième siècle a été celui au court duquel s’est développé le PaléoArt, probablement la discipline artistique la plus « science-fictive », essayant de construire des mondes passés, l’Art Contemporain et ses nombreuses bouffonneries déconstruisaient jusqu’à l’idée même d’Art. L’un a été condamné à l’effacement, l’autre a été richement doté par l’argent public. Quitte à être rétrograde, j’ose préférer l’expressivité, surtout lorsqu’elle additionne l’imagination à la technique pour signifier une idée, un sentiment ou une contemplation qu’une installation absconse minimaliste dont la seule valeur est pécuniaire.

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    Un peu de musique pour se mettre dans l'ambiance... 



    jeudi 24 août 2017

    Bibliothèque des Ombres : Jabberwocky/Masato Hisa (in Psychovision)

    Une chronique manga pour la fin de ces vacances qui comportera des pistolets, des dinosaures et des femmes fatales... Le tout porté par un graphisme pour le moins contrasté fleuretant avec l'esthétique de Sin City de Frank Miller. Authentique réussite au propos plus subtile que son côté référentiel assumé ne le laisserait supposé au premier abord... Explications.

    http://www.psychovision.net/bd/critiques/fiche/782-jabberwocky
    Cliquer sur l'image pour lire la critique.

    Quelques extraits de planches. Juste pour le plaisir des yeux...

     


    Détail croustillant : comme bon nombre d'œuvres présentant un certains intérêt au-delà d'un divertissement éphémère, Jabberwocky - comme les autres travaux de l'auteur - est un four monumental en terme de ventes. Il est vrais que le titre n'est guère aidé par une communication anémique de Panama Jack...