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    lundi 17 octobre 2016

    Bibliothèque des Ombres : Les Évangiles Écarlates/Clive Barker (in Psychovision)

    Retour des chroniques littéraires après une petite absence, avec un auteur dont j’ai pu autrefois admirer la maestria autant à travers ses recueils de nouvelles impeccables – Les Livres de Sang : un des rares ouvrages que je relis avec un entrain toujours renouvelé – qu’avec son univers des sombres merveilles urbaines qu’il a su déployer roman après roman. Un monde où le moindre coin de rue glauque pouvait être une porte d’entrée sur une dimension d’horreurs fantasmagoriques peuplées par des créatures ambiguës et amorales aux codes de conduites complexes. Hélas comme beaucoup d’autres, Clive Barker a vieilli et ce retour à sa saga emblématique qui devait être épique s’avère pour le moins décevant… 

    http://www.psychovision.net/livres/critiques/fiche/1345-evangiles-ecarlates-les
    Cliquer sur l'image pour avoir accès à la critique.


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    En bonus, la mémorable musique de Chrisopher Young pour le film éponyme...


    samedi 1 novembre 2014

    Langage cinéma et langage littéraire, le cas de John Carpenter et de The Thing.

    Pour fêter Halloween, inaugurons ensemble une nouvelle rubrique qui parlera de méthode d'écriture au travers de la mise en confrontation d'un écrivain et d'un cinéaste. Parce que connaître les techniques d'écritures (qu'elles soient écrites ou visuelles) n'est plus un luxe dans le monde actuelle et que savoir décrypter un film est tout aussi important que savoir décrypter un livre.

    Pour débuter, j'ai  choisi de commencer par le cas H.P.Lovecraft qui aura influencé un grand nombre d’artistes avec son style difficilement, et c'est un euphémisme, adaptable pour l'écran. Pourtant son écriture imprègne la caméra de certains cinéastes qu’ils ont acquis un style « Lovecratien » sans jamais adapter directement les nouvelles de l'écrivain. Peut-être est-ce pour cela que l’œuvre de John Carpenter continue d'exercer sur moi son pouvoir de fascination, exhalant un parfum d'Horreur Cosmique inimitable…


    À la base, The Thing n’est pas adapté à la base d’une nouvelle de Lovecraft, mais d’un récit de John.W.Campbell : la Chose d’un autre Monde, adapté une première fois au cinéma en 1951 par Howard Hawk et Christian Nyby. Dans cette première version, le film est une métaphore peu subtile de la peur du communisme avec un acteur en costume pour figurer la fameuse Chose…

    Dans les années 80’ John Carpenter au sommet de sa maturité artistique et populaire décide de faire un remake de ce film. Pour ce faire, il désire pousser le concept de départ
    la créature protéiforme dans ses derniers retranchements et de rapprocher la narration d’un texte de Lovecraft : Les Montagnes Hallucinées.

    1. L’Attaque en Force :
     
    Toutes les nouvelles de Lovecraft débutent par ce qu’on appelle une « Attaque en Force », une accroche brutale intrigante ou horrifiante. Lovecraft condamne son lecteur, tout comme son infortuné narrateur à poursuivre le récit. 

    Exemple : …Il est vrai que j’ai logé six balles dans la tête de mon meilleur ami, et pourtant j’espère montrer par le présent récit que je ne suis pas son meurtrier[1]

    Chez Lovecraft le pire est déjà arrivé et il n’y a rien que nous puissions accomplir pour y remédier. Le destin est inéluctable et souvent fatal. John Carpenter reprendra ce principe en nous présentant une introduction étrange dans laquelle la barrière des langues va aboutir sur une incompréhension qui sonnera le début de la destruction.
     
    2. L’Art de la Description.
     
    Les personnages de Lovecraft ne sont que des témoins impuissants de ce qu’il se trame, incapable d’agir ou même de communiquer sur le danger qui les menace malgré une éducation soutenue, beaucoup de ses protagonistes étant des scientifiques. En tant que tels, ils tentent de comprendre les phénomènes auxquels ils assistent en réunissant une foule de données. Emboîtant la démarche scientifique de ses héros, Lovecraft compose de longues descriptions, très précises des manifestations physiques de ses monstres dépeintes par le menu dans une langue pointue quoi qu’empruntant des formulations et un vocabulaire déjà désuets à son époque. 

    La découverte du camp de base de l’expédition antarctique des Montagnes Hallucinées ne va pas échapper à cette déferlante de détails et de rapport. Tout ceci contribue à créer une ambiance très particulière, aux limites de la science-fiction la plus technique.La structure du film de Carpenter transpose cette séquence sur la trame narrative originelle. Là où dans la première version les scientifiques sont de courageux Américains, agissant en pionniers, ils seront traités comme des personnages de Lovecraft chez Carpenter, c'est-à-dire des témoins impuissants. La scène de la visite de la base des Norvégiens, les premiers à avoir déterrés le monstre, consistera en une exploration minutieuse d’un champ de ruine laissée par un mal inhumain. Par un enchaînement de plans descriptifs, le cinéaste attire notre attention sur des détails qui, séparés les uns des autres semblent faire sens, mais, qui mis ensemble deviennent incohérents. Les personnages, tous comme le spectateur, en sont réduits à tenter de reconstituer des faits à partir d’indices précis, mais contradictoires.


    3. Montrer l’Indicible. Techniques.
     
    Alors que Lovecraft se montre d’une précision démoniaque dans la description des empreintes laissées par ses créatures, il adopte une méthode inverse lorsque l’heure de la confrontation a sonné. Vivant dans des dimensions parallèles ou au sein de cités antiques bâties selon une architecture démentielle — les arts ont souvent une place prépondérante dans ses histoires — les entités mises en scènes sont en outre capables de tuer ou de rendre fou celui qui pose les yeux sur eux. Lovecraft utilise une déferlante d’adverbes et d’adjectifs enfilés les uns à la suite des autres pour dépeindre une ambiance d'horreur "cosmique" dans une langue aussi elliptique que poétique. Si Lovecraft dessinait ses créatures, il ne les révèle que partiellement à son lecteur.
     

    Cette méthode littéraire titillera l’imagination de moult cinéastes et plasticiens, posant la question de la matérialisation de ce qui est, selon les dires mêmes de l'écrivain, indicible...

    À cette interrogation deux techniques cinématographiques vont tenter de répondre en s’opposant : 


    La première stipule que si l’on ne peut pas montrer, il vaut mieux faire appel à l’imagination du spectateur et laisser les créatures hors champ. L’effet angoissant est obtenu grâce à un subtil jeu de montage et d’éclairage induisant la menace sans jamais en faire la monstration [3]. Cette solution très économique et particulièrement efficace continue d'être employée par des films d'horreur aux budgets restreints. 

    La seconde technique consiste à révéler de manière frontale les créatures au moyen de savants maquillages, prothèses ou images de synthèse. Dans le cas d’adaptations Lovecraftiennes, cette méthode se heurte à l'imaginaire du lecteur et la représentation qu'on lui proposera sombrera souvent dans le grotesque.

    Dans les Montagnes Hallucinés, tout comme dans The Thing, la créature est capable de se métamorphoser à volonté et elle ne possède aucune forme fixe. Décrite dans une mélopée d’adverbes par Lovecraft, la matérialisation du monstre constitue une problématique de taille pour le cinéaste. John Carpenter choisira une approche inédite pour concrétiser les délires de Lovecraft, alliant quelques effets de suggestion (ombres projetées, surgissement brutal de silhouette dans le cadre, utilisation du hors champ) à des apparitions de la créature en pleine lumière.

    Ce choix qui aurait pu enterrer le film dans le ridicule deviendra une arme redoutable. Carpenter tirera profit des capacités plastiques de la créature pour mieux nous la donner à contempler sans nous la montrer. Il faut saluer ici le travail monstrueux effectué par le maquilleur Rob Bottin auquel Carpenter va lâcher la bride, lui permettant d'expérimenter ses concepts les plus morbides et surréalistes. Alors encore à son zénith dans les années 80, les techniques de maquillages et de prothèses vont être poussés dans leurs derniers retranchements pour les besoins du film, ce qui fait de la Chose la créature la plus spectaculaire de l’histoire du cinéma. Point d’effets numériques, toutes les apparitions de la Chose se faisant à même le plateau de tournage.
     

    Il est impossible pour le spectateur de faire une description précise de ce qu’il perçoit. Créant des membres, des organes ou des extensions d’elle-même en fonction de ses besoins, la Chose rejoint les délires littéraires de Lovecraft dans une accumulation de détails qui la rendent totalement incompréhensible à nos yeux et donc terrifiante. John Carpenter et son artiste Rob Bottin réussissent le pari de montrer l’indicible, car nul ne peut dire à quoi ressemble la Chose.


    4. Horreur Cosmique.

    Une des scènes les plus éloquentes du film montre le groupe de savants en train d’autopsier une des premières « formes » de la Chose, sorte de sculpture surréaliste d’où partent pêle-mêle des têtes de chiens, des pattes d’araignées et d’autres morceaux d’anatomie indiscernables. L’incompréhension et la consternation se lisent sur les visages. Ces deux sentiments ne quitteront plus les personnages. Pendant tout le métrage, John Carpenter va confronter les hommes à une Chose qu’ils ne peuvent ni appréhender, ni contrôler. Le cinéaste parviendra à injecter à son film la fameuse Horreur Cosmique cher à H.P.Lovecraft.

    Car à travers son panthéon de créatures extra-terrestres terrifiantes, qu’elles se nomment Anciens, Grand-Anciens ou Dieux Extérieurs, Lovecraft n’a de cesse de nous signifier que l’homme n’est qu’un microscopique incident dans l’univers et que, si d’emblée d’autres entités intelligentes le peuplent, il n’est pas dit qu’elles soient bienveillantes. L’homme, qu’il soit fou, chercheur ou simple quidam est condamné à être broyé par des choses aux mieux indifférentes à son sort. Les monstres antédiluviens de Lovecraft ne sont que des symboles de l’univers, de la nature, des concepts sur lesquels nous n’avons aucun contrôle et pour lesquels la mise à mort de l’humanité est totalement indifférente.

    Lovecraft réanime la terreur viscérale que l’on ressent devant l’immensité de l’univers, écho de notre plus totale insignifiance. Écrivain misanthrope et dépressif il a créé une œuvre ou toutes les nobles aspirations humaines sont broyés par le destin, la folie et la mort. Aucun de ses héros de fiction, à l’instar des scientifiques de The Thing, ne parviendra à vaincre l'antagoniste auquel ils sont opposés. Leurs tentatives sont vouées à l’échec dès le départ. Que peuvent les hommes face à une créature protéiforme, symbole d’une nature hostile qui n’a de cesse de nous guetter pour nous broyer, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur de notre être ?

    5. Réception Publique.

    Le nihilisme cosmogonique de ce film atypique va se crasher contre un autre film d’extra-terrestre. Avec son message christique et son ton mielleux, E.T. de Steven Spielberg attirera les foules. John Carpenter sera éreinté par une critique impitoyable. Les studios ne feront plus guère confiance au cinéaste qui ne retrouvera plus jamais une telle liberté d’expression cinématographique. Il faudra attendre une vingtaine d’années avant que la perle noire de cet auteur soit enfin reconnue comme un des meilleurs films des années 80. John Carpenter de son côté va s’enfermer dans des séries B de haute volée, mais ne bénéficiera plus jamais de moyens décents pour mettre en scène ses projets. Il devra même montrer patte blanche en tournant un ersatz d’E.T. avec son film Starman, véritable œuvre alimentaire qui recevra un accueil public triomphal pour mieux sombrer dans l’oubli
    [4].

    6. Conclusion : Lire Lovecraft aujourd’hui.


    Aux confluences de différents genres, science-fiction, horreur, fantastique et fantasy, les univers de démons et de merveilles de Lovecraft n’ont jamais cessé de captiver depuis qu’ils ont été édités. Comment une littérature exigeante, nihiliste et misanthrope a-t-elle pu acquérir cette aura ? 

    Peut-être notre besoin de nous extirper d'un quotidien perclus de médiocrité entretient-il la réputation de cette œuvre singulière. Il nous donne à contempler des monstruosités indicibles, mais celles-ci s’accompagnent presque toujours d’une fascination pour ce qui nous dépasse. Un volcan est aussi destructeur que les divinités imaginaires de Lovecraft, mais derrière l’horreur indescriptible de la dévastation se cache une beauté extraordinaire sur laquelle nous n’avons aucune prise et que nous ne pouvons nous empêcher d'admirer en frissonnant d’épouvante, priant pour que la fatale nuée ardente nous épargne dans sa magnifique indifférence à notre sort.

    Malgré le poids des années et en partie à cause de sa thématique se défiant des modes et des époques, l’œuvre de Lovecraft a survécu et demeure encore aujourd’hui fascinante. Elle a imprimé sa marque sur nombre d’artistes contemporains et chacun s’en est emparé, façonnant un gigantesque mythe dans lequel l’homme est vertement remis à sa place. Lire Lovecraft aujourd’hui c’est peut-être comprendre qu’au-delà des réseaux sociaux, d’internet, de l’information continue et des objectifs de croissance, il existe une réalité inaltérable, la certitude que toutes nos valeurs ne sont que des illusions, que le monde ne tourne pas autour de notre petite personne et que, contrairement à ce que nous aimons à nous répéter, nous ne maitrisons qu’une infime partie de notre univers.
     

    « La chose la plus miséricordieuse qui soit au monde est bien, je crois, l'incapacité de l'esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu'il contient. Nous vivons sur un paisible îlot d'ignorance perdu au milieu de noirs océans d'infini, au large desquels nous n'avons jamais été destinés à naviguer. »[2]

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    [1] -
    in le Monstre sur le seuil.- Robert Laffont ed. .- trad. Jacques Papy et Simone Lamblin.

    [2] - In l'Appel de Cthulhu.- Mnémos ed. .- trad. David Camus.

    [3] - Un film récent usant et abusant de cette technique : The Conjuring de James Wan (2013).

    [4] - Seuls les admirateurs les plus forcenés du cinéaste sont capables d’apprécier ce film réalisé en mode automatique par un John Carpenter plus motivé par les horreurs lovecraftiennes que par les mésaventures d’un extra-terrestre bienveillant. 

    lundi 18 février 2013

    Publicité : E-Crucify N°11

    Un peu de réclame pour une ancienne histoire d'Ethel Arkady qui ressort de l'oubli à l'occasion du fanzine E-Crucify. Une histoire complète en 32 pages et pleins d'autres qui vous attendent dans cet ultime opus de cette publication gratuite menée de main de maître par la toujours talentueuse Didizuka.

    Couverture designée par Didizuka

    dimanche 10 février 2013

    Foutage de gueule ultime : Django Unchained et le communautarisme.

    Pour cette fois-ci, la critique ne concernera pas le film en lui-même puisque Django Unchained offre aux spectateurs un honnête divertissement. Certes il ne s'agit pas du chef-d’œuvre du siècle, mais après une année de films de merde encensés de manière exagérée par la presse, voir une série B décomplexée qui n’en oublie pas de placer dans la ligne de mire de ses exigences les plaisirs multiples du dialogue et de l’écriture avant de discuter avec les colts, ça donne le moral ! Quentin Tarantino cisèle avec un soin d'orfèvre ses répliques, obsédé par la musicalité des mots au point d’inviter l’Allemand et un peu de Français dans sa narration.

    Dessin de JorisLaquittant

    Les ennuis du film proviennent me semble-t-il d'une série de mauvaises interprétations des intentions de Tarantino. Ainsi, Spike Lee, un réalisateur engagé sur la cause des Afro-Américains, se pose en détracteur outré, choqué par l’utilisation d’un contexte historique et du maniement du mot « nigger ». Et tant pis si le film bonnis par ses malédictions semble fédérer les spectateurs. Le fait que Spike Lee appartienne à la communauté Afro-Américaine lui donne t-il forcément le pouvoir de condamner de façon péremptoire le travail de Tarantino ? La lecture d’une œuvre par son biais communautaire comme unique critère de jugement est-elle recevable ? Dans cette optique, nombreux sont ceux qui accusent Tarantino de « racisme » ou de complaisance dans la violence. Toutes ces allégations me paraissent infondées, inspirées par une grille de lecture critique étroite en porte à faux avec le véritable contenu de cette série B de haute tenue.

    Quentin Tarantino choisit le cadre de l’esclavagisme dans les états du Sud car ces sombres événements lui donnent l’occasion de s’adonner à deux genres en une seule histoire, manipulation formelle déjà à l'œuvre tout au long de sa filmographie. En le formulant de manière plus correcte, la sélection de l’époque lui a été probablement dictée par ses envies de cinéma. Dans Django Unchained il exhume le Western Spaghetti[1] et la Blaxploitation et tout comme les westerns ritals situaient leurs scénarios les plus gauchistes durant la révolution mexicaine, Tarantino utilise un schéma similaire pour traiter son sujet. Analysons un peu plus en détail les genres[2].
    Le premier "Django" de Sergio Corbucci.

    Western Spaghetti : contrairement à de nombreux westerns de l’âge d’or américain, Tarantino concentre sa narration sur un chasseur de prime : le docteur King Schultz (Christoph Waltz). Hors, l’archétype du chasseur de prime n’a que peu été prisé par le western américain. Pratiquant la justice expéditive, ces sinistres personnages nuisent à la mythologie des westerns classiques qui lui ont préféré les figures du bandit repentant et du shérif. Si John Ford a parfois dépeint la face sombre de la conquête de l’ouest, il a toujours conservé une touche de déférence pour le mythe du Pionner [3]. 

    Chez les Italiens cette révérence pour les origines de l’Amérique n’existe pas. Ils n’ont pas hésité à salir le western, à le rouler dans la boue. Le cadre historique sert de prétexte pour explorer des narrations singulières, aussi le western se métamorphose-t-il en tragédies antiques, en histoire relevant du fantastique gothique ou lorgnant sur le manifeste politique dans le sous-genre nommé ironiquement Western Zapata. C'est donc ce Chacal des grandes plaines de l’ouest, le chasseur de prime qui sera choisi comme personnage emblématique pour désacraliser de façon iconoclaste le stéréotype du cowboy, le replaçant dans un contexte brutal et paradoxalement bien plus proche de la vérité que les anciens westerns à la John Wayne.

    Django Unchained s’inscrit dans cette tradition, mais signalons qu’à l’inverse de ce que supposent nombre de ses détracteurs, Tarantino ne se réfère nullement au maniérisme de Sergio Leone, géant rapidement adoubé par les défenseurs du bon goût [4]. Tarantino exhume des cinéastes dans les franges les plus méconnues du western à l'italienne, naviguant entre exploitation pure et expérimentation tous azimuts pour donner naissance au meilleur de la série B. Il préfère au maestro la mise en scène brut de décoffrage de Sergio Corbucci à qui l’on doit le premier opus de « Django » ainsi qu’un des chefs-d'œuvre du genre, le Grand Silence . Un film glaçant dans tout les sens du terme qui revient sur une des pires pages de l’histoire des États-Unis en contant le massacre de toute une ville par des chasseurs de prime menés par un Klaus Kinski psychopathe.


    Quentin Tarantino suit donc les codes du Western Zapata dans lequel un étranger (ici le chasseur de prime Schultz) prend sous son aile un pauvre péon mexicain (ici l’esclave « Django ») pour lui enseigner les rudiments de la révolution. Souvent, les intérêts des protagonistes ne se rejoignent pas et le péon doit faire face à son mentor pour le tuer. Dans Le Dernier Face à Face de Sergio Solima, un enseignant (Gian Maria Volonté) est pris en otage par un bandit (Tomas Milian) se battant pour la cause des péons. Chemin faisant les deux hommes sympathisent. Très vite l’enseignant prend goût à cette vie et s’il aide volontiers les rebelles aux débuts, ses appétits augmentent. L’homme timoré que la violence du bandit terrifiait fait place à un général assoiffé de sang et de sadisme. Tarantino ne cite pas ce film précis, mais le duo Schultz/Django use de cette dichotomie. 

    Une partie des citations filmique me paraissent provenir de Lucio Fulci dont Tarantino partage la fascination pour la violence expressionniste et les ambiances poisseuses. Plus connu pour ses films de zombies, Fulci a œuvré dans tous les genres du cinéma italien. Les westerns de l’époque lui procurent un terrain d’expérimentation pour visualiser des cauchemars. Son western Le Temps du Massacre comporte quelques scènes typiques de son approche frontale du malsain : le fils dégénéré d’un riche propriétaire foncier dont la démarche de zombie exagère l’aura maléfique s’amuse à jeter des paysans en pâture à ses chiens, manipule son père et enfin parvient à vaincre une première fois le héros, nous offrant une longue séquence de quinze minutes de sadisme gratuit durant lequel notre cowboy sera fouetté à mort lors d’une réception mondaine. Django Unchained reprend ainsi certains de ces passages clés en les réinterprétant. Entre Sergio Corbucci et Lucio Fulci, Tarantino va chercher ses références dans le bis craspec plutôt que chez le plus acceptable Sergio Leone.
    Depuis quelques lignes déjà j’écris « Django » entre guillemets. Il y a une explication assez simple, et qui porte un autre regard sur la signification du titre du dernier Tarantino. Succès-surprise, le premier Django de Sergio Corbucci, a poussé les producteurs italiens à inscrire leurs créations en cours dans l’ornière de ce film. Sans logique le nom de Django a été apposé à toute une pelleté de pellicules n’ayant que peu ou pas de rapport avec le Django premier du nom. Le western gothique Tire encore si tu peux de Giulio Questi [5] est aussi connu sous le nom de Django tire encore si tu peux sans que Django (Franco Nero) n’y apparaisse. On peut encore citer : Quelques dollars pour Django ; Django tire le premier ; Django prépare ton cercueil ; Django le justicier ; Poker d’as pour Django ; Le retour de Django ; Avec Django la mort est là ; Django porte sa croix ; Django prépare ton Cercueil ; Avec Django ça va saigner ; etc.… 

    Ainsi le nom de Django est-il un autre synonyme pour « l’homme sans nom » de Sergio Leone. Au fond Django est presque une fonction, c’est l’homme qui apporte la violence. Le « Django » incarné par Jamie Foxx n’est rien d’autre qu’une nouvelle matérialisation de cet esprit vengeur dont nous ne connaîtrons jamais le véritable nom… Pas un hasard si Quentin Tarantino a choisi ce titre pour son film et comme patronyme pour son héros. En procédant de cette manière il s’inscrit dans la droite ligne de la mythologie héritée du western italien.

     
    Blaxploitation : Dans le petit monde de la blaxploitation qui, il me paraît nécessaire de le rappeler a été principalement créé par les américains d'ascendance WASP pur jus à des fins bassement mercantiles, c'est-à-dire s’attirer les faveurs du public noir, les héros sont noirs. Les blancs sont cantonnés au rôle de sous-fifre ou de pourris ultime. Le mot « Nigger » fuse dans toutes les phrases. Le plus célèbre des films de Blaxploitation, Shaft de Gordon Parks voit son protagoniste éponyme aider une police impuissante à enrayer les cartels de la drogue. Shaft arrive à ses fins non sans oublier de coucher avec une blanche, pour l’humilier une scène plus loin. Si les films de Blaxploitation se déroulent fréquemment dans des environnements urbains, certains sont cuisinés à d’autres sauces, dont celle du western. En montrant son héros triompher des blancs, Tarantino inscrit son œuvre dans cette tradition. Mais si Quentin Tarantino aime à se délecter de ce type de cinéma, il en connaît les étroites limites. Le propos racial unidimensionnel dessert souvent ces productions dont l’intérêt purement mercantile n’est que rarement transcendé. Aussi l’accole-t-il à d’autres genres, le film d’amour dans Jackie Brown ou le western spaghetti dans Django Unchained. D’autant que la musique fait clairement référence à tout un pan de la culture afro-américaine, depuis le funk jusqu’au rap.
    On reproche au réalisateur de ne jamais se séparer de sa cinéphilie. Cependant même s’il reste fasciné comme un gamin par ces prédécesseurs, Tarantino est loin d’être un plagiaire. À l’inverse d’un Ridley Scott frappé par Alzheimer, ses références sont digérées pour construire un univers cohérent avec une dramaturgie fonctionnant à plein rendement.

    Que raconte Django Unchained d’ailleurs ? Simplement la quête d’une des nombreuses incarnations de « Django » à la recherche de sa femme prisonnière des enfers. Le film est à peine commencé depuis dix minutes que le réalisateur nous donne les clés pour comprendre ses intentions. Il transpose l’histoire de Siegfried ou, tout du moins une de ses variations, dans le cadre du western. Ainsi « Django », comme Siegfried doit-il traverser les enfers et combattre un dragon pour grimper au sommet de la montagne et délivrer Broomhilda (Kerry Washington). 

    L’adjonction du personnage de Schultz à « Django » ne fonctionne pas dans une transmission du savoir du type « du maître blanc vers son gentil sauvage ». Schultz n'utilise de paternalisme condescendant envers Django. Tout au plus lui donne-t-il les armes et lui enseigne-t-il à jouer un rôle qui lui permettra d’accomplir sa quête. Personnage égaré, issu de la culture germanique, à l’époque en plein essor, Schultz se situe en total décalage avec le monde qui l’entoure. Si Django demeure mutique durant la première heure, il faut comprendre qu’après avoir été battu comme du plâtre et avoir été métamorphosé en bien de consommation, il ne lui reste plus que quelques oripeaux épars de confiance en son prochain. L’association Django/Schultz commence comme par un échange de service, mais elle évolue en une profonde amitié. Schultz traite Django en égal, voire en un membre de sa famille. Ce résidu d’humanisme, inutile dans l’univers brutal du western, que porte en lui le chasseur de prime signera son arrêt de mort. 

    L’esclavagisme en Amérique et sa cohorte d'horreurs se transforment sous la caméra du réalisateur en un enfer ou l’hypocrisie de la civilisation dissimule la bêtise et sa compagne, la barbarie. L’utilisation des abominations d’une époque n’est qu’un outil narratif pour poser des barrières infranchissables à son protagoniste. Tarantino ne souhaite aucunement nous expliquer que l’esclavagisme c’est mal par une démonstration dramatique ! Il confie ce bourbier à d’autres [6] (dont Steven Spielberg qui avait déjà traité le sujet avec emphase et force séquences larmoyantes dans Amnistad). Tarantino compte sur la jugeote des spectateurs pour conserver à l’esprit qu'il réalise une fiction et non une reconstitution scrupuleuse. Les hectolitres de sang nous assurent que ceci est très exagéré.
    La violence, cet objet de détestation du cinéma de genre par les défenseurs du bon goût a toujours été pointé du doigt depuis l’apparition des premiers films d’horreur jusqu’à maintenant. Elle continue pourtant d’être l’objet d’un désir cynégétique de la part de nombreux cinéastes, dont certains très respectables.[6] En cinéaste chevronné, Tarantino s’en sert avec un art consommé. Sa connaissance des différentes méthodes utilisées dans sa représentation à l’écran lui permet de mêler deux niveaux de mise en scène. Le premier et le plus visible éclate lors des scènes de fusillades durant lesquelles les crânes et les corps explosent, balayés par des impacts surpuissants dans des gerbes de sang numériques hallucinantes. De telles hémorragies monstrueuses dédramatisent et théâtralisent les échanges de coups de feu, les métamorphosant en un ballet morbide exécuté avec maestria. Le deuxième niveau intervient à l'intérieur de deux scènes : le combat des « mandigos » et celle du dépeçage d’un pauvre bougre par des chiens enragés. Quentin Tarantino découpe ces actes de barbarie en flashs épars les épiçant de bruitages liquides immondes. Cette méthode relève de la suggestion, une approche efficace et terrifiante. Notre imagination aiguillée par l’enchaînement syncopé des gros plans construit une action bien plus redoutable que celle que pourrait visualiser le cinéaste en nous dévoilant tout (ce qui en outre ressemblerait à de la provocation gratuite et peu intelligente tout en banalisant des agissements inhumains). En procédant de la sorte, Tarantino nous envoie une note d’intention imagée qui dit ceci : « J’use de la violence comme outil narratif mais je ne m’octroie pas le droit de basculer du côté de la basse exploitation. » La violence réelle, ayant existé ou ayant pu exister, bénéficie d’un traitement elliptique qui la rend terrifiante à nos yeux. La violence de « Django » au contraire trouve ses racines dans le domaine du grotesque, du Grand-Guignol. Les hectolitres de sang la dédramatisent immédiatement. Nous savons que tout cela est impossible, qu’il s’agit d’un ballet épique qui nous soulage de ce que nous avons subi précédemment.

    S’il faut voir un propos politique dans ce film, il n’entre à aucun moment dans des considérations sur les rapports raciaux. Quentin Tarantino situe ces derniers rebondissements dans un enfer qui se nomme Candyland. Un nom de parc d’attractions pour suggérer que la folie et la bêtise se drapent dans d’hypocrites oripeaux de bienséances. Que l’enfer au quotidien modèle les hommes pour les métamorphoser en démons dociles qui règnent d’une main de fer sur le petit royaume que leur octroie dédaigneusement le maître des lieux. Dans la scène clé du film qui oppose ainsi Django et Schultz à Léonardo DiCaprio, le véritable dragon trouve son incarnation dans le vieux serviteur Stephen (Samuel L. Jackson), un personnage ingrat impeccablement interprété par Samuel L Jackson, un laquais enfermé depuis si longtemps dans son rôle que les vexations et les humiliations sont devenues la seule satisfaction de son existence. Stephen modèle ses comportements pour plaire à son maître et parfois le manipuler pour jouir de ses sautes d'humeur. 
    À ce moment de l’histoire, le réalisateur nous a suffisamment triturés pour qu’on soit sur ses gardes. Chaque phrase prononcée lors d’un interminable dîner se métamorphose en un duel plus violent que tous ceux auxquels nous avons assisté. Poussé à bout, Schultz finit par exploser et descend l’infâme Calvin Candie. Il libère la violence que nous avons accumulée pendant deux heures. La suite se situe en droite ligne d’une catharsis qui était attendue depuis longtemps. Le réalisateur ne nous ment plus sur sa manière classique de procéder. Tarantino s’est débarrassé des derniers oripeaux de sophistication qui hantait ses précédents opus pour nous faire croire à nouveau à une histoire simple.

    Alors, qu’en est-il des accusations de racisme ? Comme nous l’avons vu, le réalisateur a choisi son contexte en fonction des scènes qu’il voulait y mettre. Il a soigneusement balisé le terrain en nous faisant confiance pour pouvoir digérer cette époque et ces mœurs antédiluviennes, mais dont les spectres se sont enracinés dans les cervelets de n’importe quels êtres humains. Non, Django Unchained n’est pas une fiction raciste au sens où l’entendent ses détracteurs du Net qui veulent l'analyser au moyen d’une seule grille de lecture. Cette méthode demeure toujours réductrice des nombreuses idées qui traversent une œuvre.

    S’il fallait chercher une lecture idéologique au travail d’écriture de Tarantino, il reposerait en partie sur des personnages bien construits qui symbolisent chacun à leurs manières des tournures d’esprit différentes. Tarantino va s’échiner pendant tout le film à opposer deux individus isolés, le couple de déracinés Django/Schultz, capables de réflexion et de raison vis-à-vis de leurs entourages, à des brutes ignares dont le manque d’intelligence décidera de leurs perte. 

    Sous ses aspects de western sanguinolent, Django Unchained ne discute que de cela. Schultz et Django s’adaptent à leur monde de diverse manière tout en faisant preuve d'imagination et de panache, les personnages qui les entourent demeurent coincés dans leurs certitudes et leurs habitudes, incapable d’évolution. Ils ne voient pas d’autres ressources que les schémas comportementaux de leurs ancêtres. Ce sont tous des moutons de panurge qui ne savent pas se remettre en cause. 




    À ce titre, Stephen est emblématique puisqu’il représente une fonction et a laissé son humanité se fossiliser pour conserver son poste de petit dieu de son univers étriqué. Stephen constitue l’ennemi le plus important du film et sans lui le métrage aurait perdu de sa dimension complexe. Il renvoie à toutes les personnes qui ont aidé servilement l’oppression : par crainte du fouet, de la mort, puis par habitude et enfin par sadisme. Quant à Calvin Candie si celui-ci est éduqué il se fourvoie dans une fausse science, la phrénologie, tout en disposant d’une immense bibliothèque (symbole du savoir) qui ne lui sert que de décoration là où Schultz connaît les livres et leurs auteurs…
    En terminant sur une note cynique, l’image des deux esclaves qui restent dans leur cage malgré la porte ouverte, le film achève de démontrer que la plupart des hommes ont les plus grandes difficultés à se sortir des schémas que leur impose la société qu’ils s’approprient [7]. Qu’on ne s’y trompe pas, tous les personnages de cette histoire recèlent leurs parts d’ombre. Bien qu’ils possèdent un code de conduite, nos deux héros restent des loups pour leurs prochains de par l’activité qu’ils exercent. Schultz cherche certes à se racheter en assistant Django mais il pratique une profession qui parodie la justice. 
    Non, Django Unchained n’est pas un film qui se veut une réflexion sur l’esclavagisme ou la lutte des races, mais juste un conte de fées pour adulte qui démontre qu’entre la barbarie et la civilisation, il n’y a qu’une mince couche de vernis qu’il suffit de gratter pour révéler notre véritable et sombre nature. Un très bon film donc, au scénario efficace et qui, même sans forcément connaître tout le faisceau des influences de Quentin Tarantino [8] (On ne reproche pas à Martin Scorcese d’être lui aussi un recycleur d’image en puissance alors qu’il se réfère tout autant à ses prédécesseurs que Tarantino) possède une réalisation élégante, une photographie léchée et une narration sans faille.


     
    ____________________________________

    [1] Ouvrage que je recommande chaudement à ce sujet, pourvu d'une iconographie exhaustive : Il était une fois le Western Européen de Jean-François Gire aux éditions Bazaar & co.

    [2] "Le genre devient intellectuellement stimulant lorsqu'il implique une codification rigide, une série de conventions contre lesquelles s'insurger. Établissons d’emblée les règles à dérégler puisque c'est souvent en dérogeant à un système établi que le film de genre produit son discours..." in Vies et morts du Giallo de 1963 à aujourd'hui dirigé par Alexandre Fontaine Rousseau pour Panorama Cinéma p. 22.

    [3] « l’Esprit Pionner » comme l’a surnommé Stephen King sur le ton de la plaisanterie dans son excellent essai Anatomie de l’horreur pour définir ce qui imprègne les fictions des années 50-60…

    [4] Je ne remets pas en cause l’excellence des films de Leone, mais son ombre gigantesque a enterré un peu vite des perles du cinéma de genre.

    [5] Western totalement barré et que je vous conseille fortement, cher lecteur…

    [6] Il y aurait de très nombreuses observations à faire à ce sujet, mais si un film idiot peut résumer le débat, Funny Game de Michael Haneke se pose là. Le cinéaste s’échine durant deux heures à exécuter une œuvre « dégoutante » tout en conservant une réalisation classieuse qui… enjolive les actes odieux de ses antihéros. Du cinéma prétentieux qui ne considère les productions horrifiques qu’en fonction de leurs définitions la plus primaire. Haneke ignore que la représentation de la violence dépend de plusieurs gradation graphique en fonction de l’effet voulu…

    [7] A ce sujet je pourrais disserter quelques temps de l’aliénation au quotidien. Du glissement sémantique qui c’est établi entre la dénomination chômeur et demandeur d’emplois ou dans le fait que ce sont les chômeurs qui doivent se vendre sur le marché du travail… En poussant pas trop loin le raisonnement on pourrait presque constater que le salariat prend la forme sournoise d’un auto-esclavage…

    lundi 31 décembre 2012

    Éphémérides, nouvelle année et rétrospective...


    En attendant mon long article sur les vampires qui célèbre la fin de la saga Twilight comme il se doit, c'est-à-dire en l’enterrant, voici une petite rétrospective de l’an passé... L'occasion aussi d’annoncer que dans les mois à venir, ce blog devrait évoluer pour se métamorphoser en une véritable vitrine de mes différents travaux mais ceci est une autre histoire…



    La nouvelle année est l’occasion de tirer des bilans, je vais donc sacrifier à la tradition. Si ce blog continu vaille que vaille son existence, on ne peut pas vraiment dire que l’affluence soit au rendez-vous. Sans surprise c'est la rubrique « Foutages de Gueule Ultime » qui reçoit le plus de visites, lesquelles sont prétexte à débat sur l'état déplorable de la création. Malgré le plaisir que j'éprouve à y épancher mon inépuisable fiel, je préfère de loin me plonger dans la rédaction des univers d’Arkady et de ses joyeux compagnons, aussi cette rubrique ralentira-t-elle dans les mois qui viennent. Les imbéciles et les fils à papa ont tellement vérolés la production francophone dans tous les médiums que je n'en vois plus l'intérêt...

    Aüz, dessin préparatoire par Didizuka.

    Des heureux changements personnels m’ont amené à prendre un immense retard dans mes projets Bds ou de romans. Ainsi, Un massacre payant  mettant en scène Ethel Arkady est reporté, mais j’espère le boucler avant fin 2013. Une autre histoire de maison hantée écrite en parallèle devrait suivre.

    Prime-Time, premier essaie de couverture. Dessin par Horlod.

    Au niveau des Bds la plupart des collaborations se sont arrêtées en court de chemin. Soit les dessinateurs se sont lassés (proposer une fiction en ces temps de crises demande une certaine dose conséquente d’abnégation, de patience et de rouerie. A moins d’être adoubé par la naissance, c’est un parcours du combattant dont on a peu de chance de ressortir indemne.), soit il y a eu des différends artistiques. Ainsi, Prime-Time, Wall-Street Payback, La Fille aux Yeux de Diamant, La Foie et La Dame Noire demeurant à l’état de friche. Je consacrerais une nouvelle rubrique à ce sujet. Chacun de ces scénarios bloqués est susceptible d’être repris. Certains sont plus finalisés que d’autres mais tous méritent de croiser le chemin de lecteurs potentiels et d’exister.

    La Fille aux yeux de Diamant, recherche pour le personnage de Charon par
    Alain Letroye. 

    Seul « Monatos » avec le dessinateur DavB progresse très lentement. Mon activité de bibliothécaire me permet de manger, d'avoir un toit et plus de confort mais c’est un frein chronophage et mes histoires n’avancent plus que par soubresauts successifs. Comme d’autres, je suis confronté aux affres du boulot alimentaire et à ses conséquences néfastes dont l’épuisement nerveux. Ecrire ou dessiner se transforme en torture après s’être agité, toute une journée enfermée face à des lecteurs quelquefois odieux avec le personnel. Si les idées trottent dans le crâne, leur faire passer le cap de la main exige certains jours trop d’efforts. Je ne relancerai pas le débat sur la professionnalisation de l’activité artistique tant la question, soulevé sur de nombreux forums se métamorphosent souvent en une foire d’empoigne ou les insultes volent bas.


    Une étude d'Arkady pour Wall-Street Payback.

    Débuté en 2011 Aüz, un projet BD avec Didizuka, devrait renaître de ses cendres courant 2013. Il en est de même pour le chapitre des aventures d’Arkady se déroulant dans les années 1920 dont le story-board est presque achevé, mais dont j’ai la flemme de commencer les planches.

    La Dame Noire, dessin de Nicolas Pitz.


    Pour autant 2012 est-elle une année à marquer, comme les autres d’une croix noire ? Non. Malgré un ralentissement prodigieux de ma capacité de production, il y a eu quelques avancés. Ainsi la publication d’une nouvelle « La Cathédrale de Chair » pour un Appel à Texte, ainsi que ma participation aux recueils de Roman Francophone pour les anthologies Handicap et Artistes. Pour tout ceci, je me dois de saluer bien chaleureusement Didizuka, Sissy Pantelis et Tomthomas Krebs qui ont bien voulu prendre sur leurs temps et relire les horribles premiers jets.


    La Foie avec les Frères Fradet.

    Enfin, une de mes collaborations avec la même talentueuse Didizuka sur le One-Shot « On lave son linge en famille », hommage aux vieux comics d’horreur comme « les contes de la crypte » s’est matérialisé et se diffuse petit à petit dans d’autres pays que la France. Je crois que sous ces auspices, je dois me résoudre à ne plus postuler dans la vieille Europe, mais ailleurs, ou l’on apprécie encore les récits fantastiques…

    Couverture de Monatos par DavB


    À bientôt en 2013 pour de nouvelles aventures donc…

    Une autre illustration de Didizuka pour On lave son linge sale en famille...


    PS : Le passage d'une année à l'autre est souvent l'occasion de faire des petits "Best of". Voici donc ce que je retiens de cette merveilleuse année.

    En vrac : Le mieux : Sarkozy a dégagé !! Le pire : Il a laissé derrière lui un pays ravagé par le communautarisme et la haine. Il faudra beaucoup de temps pour que le paysage politique français (mais pas seulement) s'en remette.

    Cinéma : Des rares films de 2012 pour lesquels je me suis déplacé, c'est ParaNorman (L'étrange pouvoir de Norman) qui mérite les éloges. Scénario en béton, réalisation impeccable, le film conjugue à merveille l'horreur au conte pour enfant sans les prendre pour des glands.

    A l'opposé du spectre, Prometheus restera le film de merde ultime, le mètre étalon du genre, boursouflé de prétention artistique, gangrené de médiocrité scénaristiques et de maladresses dans la réalisation. 




    A côté de cet infect étron, même le très médiocre The Dark Knight Rise et sa polémique journalistique moisie passe pour un chef-d'oeuvre, c'est dire ! Quant à Pixar, il confirme tout le mal que je pense d'eux avec Rebelle, une production qui porte très mal son titre...

    BD : En tant que bibliothécaire, je lis aussi pas mal de BD. 2012 fut une année chargée de livres (4000 sorties environ) mais au final peu d'ouvrages retiennent l'attention. Je parlerais seulement de l'apparition sur le marché du comics de l'éditeur Urban Comics qui exécute un travail titanesque pour la reconnaissance du médium à travers de belles rééditions des classiques de Vertigo et de DC comics. Certes cela fait très mal au porte-monnaie mais au moins sommes-nous vengés des délires de Panini comics...



    Un titre ne cesse de surgir dans ma tête, c'est l'excellent Nou3 de Grant Morrison et Franck Quietly, mélange incroyable de SF cyberpunk et d'émotions dans lesquelles nos amis à quatre pattes sont pris à partis dans des guerres humaines qui ne les concernent pas....

    Signalons un éditeur peu connu : les Editions Muffin qui font dans le Yaoi américain avec une aventure "gay" de Sherlock Holmes (une thèse largement mise en avant dans les films de Guy Ritchie) dans "L'aventure du Concussoris Magnus" dont l'impression, la mise en scène et l'histoire en font un des meilleurs mangas du moment.



    Dans le registre du foutage de gueule ultime, outre le coup marketing de La Page Blanche, n'oublions pas Glénat, éditeur peu scrupuleux qui fait payer au prix fort le manga 2001 Night Stories en crachant à la figure des lecteurs avec une finition de merde, un papier glacé pourri qui prend les empreinte de doigt et une reliure collée. Pour 99€, l'acheteur peut exiger un peu plus d'effort....

    samedi 16 juin 2012

    Foutage de Gueule Ultime : Prometheus.


    Un film sur les grosses têtes....

    Autrefois, lorsque j’étais enfant, mon père, un fan de SF autant littéraire que filmique me montra Alien. Ce film fut un véritable choc. J’en ai fait des cauchemars, des visions d’horreur : spécialement la chose nommée « Face-Hugger », inquiétante combinaison d’une main, d’une araignée et d’un scorpion. Une créature qui par son design peu ragoutant a fait date dans l’histoire du cinéma.

    Par la suite, j’ai suivi tous les autres films de la saga. Quelques peu inégaux, présentant toujours certaines idées bien barrées, cette série a bercé toute une partie de ma jeunesse, jusqu’à l’adolescence. Principalement cet étrange vaisseau, perdu sur une planète de cauchemar, contenant dans sa soute les redoutables choses qui n’ont jamais censé de faire carburer mon imagination.
     
    Alien est un conte d’horreur dans un univers appartenant à la SF que son approche sensitive place dans une optique très particulière, celle de la terreur matérialiste. Il n’y a pas de fantôme et pas de divinité à laquelle se raccrocher. Contenant une complexe histoire sous-jacente que le scénariste Dan O’Bannon s’est bien gardé de nous révéler, le film envoie le spectateur et ses personnages dans un univers glacial. C’est l’histoire d’une rencontre du troisième type qui bascule dans le cauchemar. L’Autre est une chose incompréhensible et destructrice, une créature en constante mutation dont on ignorera tout. Cette manière d’envisager les rapports de force entre extraterrestres et humains n’est pas loin de l’approche de l’horreur de H.P.Lovecraft.

    La présence d’une technologie reposant sur un concept aussi monstrueux que le mélange de la chair à la mécanique a engendré toute une pléthore d’œuvres parallèles. Il est à parier que nombres de monstres de jeux vidéos, de bandes-dessinées, voire même de romans doivent beaucoup à ce film. Et je ne parle même pas du cinéma bis qui a enfanté une armada de pellicules pompant allègrement le schéma scénaristique du premier Alien (Métamorphosis : The Alien Factor, Contamination, Créatures, la Galaxie de la Terreur et bien d’autres….)
    Œuvre phare de la Science-fiction adulte Alien, en se vautrant dans la saleté, a fait basculé le genre du space-opera en pyjama dans le cyberpunk. Cette esthétique allait rapidement gagner en popularité dans les années 80. Adieu l’USS Enterprise de Star-Trek, véhicule spatial trop propre sur lui et bonjour le vaisseau poussiéreux, hanté par un ordinateur de bord aux ordres d’une multinationale aussi rapace que tentaculaire. Adieu équipage trop souriant, trop poli, portant sur eux des joggings ou des combinaisons inadéquates. Dans Alien, on a droit à un équipage de prolos de l’espace. Des personnages bien construits, stressés par leurs situations et qui ne pourront qu’improviser face à des événements les dépassant totalement.

    Alien premier du nom a donc été aussi novateur que 2001,l’odyssée de l’espace, dans un tout autre style. Le scénariste a fait le pari payant de bétonner son univers, jouant avec l’imagination du spectateur pour lui suggérer le pire.

     Aidé par la réalisation de Ridley Scott alors au zénith de son talent, nous sommes embarqués dans ce monde menaçant, fait d’ombres où la lumière est une denrée aussi précieuse que trompeuse, le clair-obscur dissimulant sournoisement le danger. L’excellent travail sonore comportant tout un jeu de sons feutrés, lesquels seront distincts selon les différents secteurs du Nostromo, contribuera à nous immerger dans une atmosphère angoissante. Ajoutons à cela une musique discrète mais inspiré de Jerry Goldsmith et vous avez un classique de la SF horrifique qui demeure toujours d’actualité 33 ans après sa production.

    Cette longue introduction sert à faire le parallèle entre deux périodes de la saga qui nous permettant d’assister à l’agonie d’un certain cinéma puisque Prometheus est la préquelle de Alien. Tourné en 2012 et en 3D, Prometheus sent déjà la naphtaline.
     
    A 30 minutes à peine du début, impossible de rester de marbre face à un massacre intégral : acteurs de seconde zone, déluge d’incohérences, scènes ratées, raccord avec le film original capillotracté, réalisation molle…. L’impression d’avoir été pris pour un crétin est intense… Logique d’une époque de capitaliste triomphant qui biaise par le bas tout ce qu’elle touche. On n’est plus là pour rêver mais pour consommer.

    Les auteurs n’auraient-ils pas revu leur copie avant de s’atteler à la rédaction de ce truc ? Il y avait pourtant matière à introduire une dose de folie en partant de la découverte du vaisseau transportant les œufs d’Aliens. Pourquoi les créateurs des humains et des Aliens sont-ils de foutus anthropomorphes quand tout semble suggérer le contraire ? Est-ce que cela n'aurait pas eu plus de sens de faire ressembler les extraterrestres à des formes évoluées de la célèbre créature de Giger, ce qui paraissait suggéré dans le premier film plutôt qu'à des fans de SM ?? Quid de leurs origines biomécaniques ? Sont-ils à base de silicium ?? Etc… Ne cherchez pas une once d’imagination durant ces 2 heures 10 de film.
    Un "Ingénieur" donc....
    Le scénariste Damon « Lost » Lindelof[1], appliquant la recette de sa série à succès sans réfléchir, multiplie les personnages sans ne jamais en développer aucun. Il en sera de même pour les idées qui parsèment le film : Je suis à peu près certains que mieux présentées certaines d’entre elles auraient pu aboutir à quelque-chose, un embryon de long-métrage plus intéressant. Cette méthode engendre une quantité invraisemblable d’incohérences de toutes sortes, à un tel point qu’on se demande si le film n’a pas été rédigé par un adolescent sous cocaïne !! Le malheureux spectateur, attiré par la promesse d’un bon film de SF grâce à la force du marketing virale a le droit à une enfilade incroyable de stéréotypes éculés.

    La caractérisation des personnages donnent la nausée. Ce qui est fort dommageable puisque pour que le suspens fonctionne, nous devons impérativement nous attacher à eux.

    Holloway (Logan Marshall-Green) est un scientifique au look de GI, passant la moitié du temps à biberonner de la vodka tout en enfreignant au moins 250 000 protocoles scientifiques. Interprété par une endive cuite. Holloway affichera un air blasé jusqu’à sa mort. Sa seul motivation demeurera de s’envoyer en l’air avec « sa meuf parce qu’elle est bonne… ». Les extraterrestres ne lui arracheront qu’un haussement d'épaule blasée. Que voulez-vous, il en a vu de dur dans le 9-3. Figure autrefois récurrente du cinéma de Luc Besson, il semble que le « jeune de banlieue », ou son avatar fantasmé par les médias dont le GI n’est qu’une variante issus de la culture américaine, a infecté peu à peu tout l’espace de la fiction contemporaine. Avec son attitude méprisante, sa haine viscérale de la culture sous toutes ses formes, sa misogynie prononcée, ce personnage est parvenu à s’imposer comme porte étendard de toute une génération laissée à la dérive. Il y aura, je le souhaite, des universitaires masochistes qui se pencheront sur cette période noire de notre septième art pour étudier sociologiquement ce nouvel archétype de « héros » et la manière dont son idéologie faite d’opportunisme s'est infiltrée dans la fiction comme étant la seule manière d’être pour l’homme moderne. 

    N’échappant pas à ce nivellement par le bas, le personnage féminin central, Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) sera soumise à son mari GI, catholique et aussi ignorantes des règles de sécurité que son mari. Ayant la foi, elle pourra se remettre très rapidement d’une grossesse poulpesque expresse ainsi que d’une césarienne tout aussi rapide que propre[2]. Ses agrafes ne partiront pas et ses entrailles ne se dérouleront pas sur le sol. C’est merveilleux d’avoir la foi…. rappelons une règle de base pour scénariste débutant : lorsque l'on fait un film censé faire peur, il faut que les personnages soient VULNÉRABLES et pas immortels !! Entre une Ellen Ripley (Sigourney Weaver) qui, dans les années 70', incarnait une femme assez forte pour survivre dans un milieu hostile et Elisabeth Shaw qui tire sa force non pas d’une quelconque intelligence mais bien de la foi !! 

    Sans prendre en compte qu’un équipage mixte est une aberration à cause des tensions sexuelles que cela peut engendrer et qu’il aurait été plus malin d’avoir un casting unisexe regardons un peu les quelques compagnons de voyage de nos valeureux scientifiques. Cela ressemble à une liste digne d’un inventaire à la Prévert oscillant entre un cartographe punk n'ayant pas le sens de l'orientation ; L’obligatoire blonde platine frigide dont la présence s’avérera inutile ; un équipage de militaire « United color of Bandes de con » pour compléter les quotas raciaux et dont l’implication dans toute cette histoire est à la hauteur de l’ennui qui traverse de part en part le malheureux spectateur ; un androïde nazi perfide aux motivations mystérieuses, à moins que l’on est oublié de brancher quelques fils dans son cerveau positronique et des figurants qui serviront de chair à canon. On a l’impression d’assister à un slasher de base avec la bande d’ados attardés crispantes dont on attend avec impatience le sordide trépas tant est grande l’envie de les occire nous-mêmes. Seul Michael Fassbender incarnant David le robot défaillant sort son épingle de ce jeu de massacre.
    Image de Rest-Gestae
    Cette bande de branquignol ne cessera de se foutre sur la gueule tout au long du trajet. Etant donné qu’il s’agit d’un voyage d’exploration, probablement avec un décalage temporel vis-à-vis de ceux restés sur Terre à quelques années-lumière, n’est-il pas plus logique de penser que les membres de l’équipage auraient eu le temps de se connaître lors d’entraînements spécifiques ? Ne fait-on plus passer des batteries de tests physiques et psychologiques pour les missions spatiales ??

    Malgré un terreau fertile pouvant supporter une trame faite de ramifications sinueuses, les enjeux narratifs de Prometheus tiennent sur un modeste feuillet de papier toilette :

    Le vieux Weyland[3] décide de faire confiance à un couple d’archéologues aux théories fumeuses exposées en cinq secondes chronos : l’être humain a été créé par des extraterrestres, à son image. Malgré le peu de preuves qu’ils fournissent au vieil industriel, celui-ci met sur pied une expédition coûteuse pour aller explorer une lointaine planète située à quelques millions d'années-lumière dans le but d’obtenir la vie éternelle. Bien-sûr le vieillard sera du voyage pour surgir de sa boîte, tel un diable rouillé, à quelques minutes des révélations finales.

    Guy Pearce (Weyland), qui sera maquillé à la truelle dans le film.
    Les effets de maquillages ont bien régressé
    depuis l’avènement du numérique. 
    Là où Alien avait l’intelligence de conserver une unité de temps et de lieu pour mieux développer les relations entre les personnages, Prometheus nous fait subir des changements de lieux aussi nombreux qu’incohérents, éclatant tout azimut un scénario déjà gravement handicapé par des personnages creux. A tenter par tous les moyens de dynamiser le récit, les auteurs s’éparpillent et multiplient les erreurs de scripts aberrantes : deux des personnages, le cartographe et un collègue qui sera rapidement tué, se perdent dans le vaisseau Alien alors qu’il était censé en sortir. Il faut savoir qu’à l’intérieur du Prométhéus existe une carte en 3D du vaisseau et que celui-ci est composé d’un seul couloir et de pièces attenantes. Trop occupé à draguer la frigide, le capitaine qui supervise les opérations n’avertira pas les hommes qu’une présence de vie se manifeste près d’eux…. Ces enchainements de péripéties navrantes se poursuivront durant tout le métrage.

    Je ne vais pas oublier ma bourde scénaristique préférée. Holloway GI enlève son casque trente seconde après avoir constaté que l’air est respirable…. Contaminant de manière définitive toute l’atmosphère de la caverne, sans oublier de se contaminer lui-même avec de possibles virus étrangers. Si seulement l’histoire avait pu partir sur ces rails-là, c’eût été très plaisant….

    Le "Space Jockey" de 1979....

    Centre de toutes nos attentions, l’expédition chaotique de nos glorieux savants nous amènera à découvrir des « obus » au lieu d'œufs. Ces objets cylindriques exsudant un liquide noir donnent logiquement naissance à :

    - Un proto-alien, sorte de tentacule ressemblant à un phallus géant se comportant comme un cobra. Agressive, la chose s’introduit sous la peau du cartographe punk. Une fois infecté celui-ci se transforme en une version encore plus moche de Hulk.

    - Si ce liquide infecte un humain et que celui-ci a des rapports sexuels non protégés avec une humaine on obtient une pieuvre qui se transforme en « Face-Hugger » géant..... Comment une petite créature devient-elle grande sans rien ingérer, mystère….

    - Un « Ingénieur », race d’être censément supérieur se mettant à agir comme le premier bourrin venu en exterminant tout le monde….

    - La carte des étoiles fait atterrir les humains sur la planète militaire des Ingénieurs. Pourquoi des êtres ayant décidé de nous métamorphoser en Hulks ratés nous confieraient-ils une carte menant à leur base militaire ?

    - La représentation de la terre est conforme à son aspect actuel alors qu’avec le décalage temporel, en tenant compte de la dérive des continents, ceux-ci devraient avoir une autre disposition, plus proche de la pangée.


    On pourrait continuer des heures à relever tous les égarements de ce film qui sous-estime gravement l’intelligence de ses spectateurs. Les changements apportés à l’univers des premiers Aliens ne s’arrêtent pas là. L’esthétique générale pâtit d’une nette régression artistique.
     
    Le Nostromo de Alien était un vaisseau sale, anxiogène de par son immensité abyssale. En comparaison, le Prometheus est un vaisseau propre, lumineux. L’ensemble est si aseptisé qu’on en vient à sentir des relents de décor de studio et de « carton-pâte ». Un retour en arrière phénoménal pour une saga qui a toujours mis en avant la saleté. On peut aussi se demander pourquoi certaines technologies présentées à l’écran n’apparaissent pas dans le premier Alien alors que Prometheus se déroule AVANT ? Pourquoi les scaphandres ont-ils un aspect design, contemporain, là ou ceux d’Alien ne s’encombraient pas de superflu, les auteurs ayant privilégié une approche fonctionnelle dans la conception des différents objets ? Cet effort de recherche s’avère payant sur le long terme puisque le film ne s’inscrit pas dans une période donné mais dans un temps imaginaire. Un avantage que n’aura pas sa préquelle qui prendra dix ans dans les mâchoires seulement 15 jours après sa sortie.

    J’ignore si H.R.Giger a participé à ce carnage mais si les décors du premier Alien en imposaient, ceux de Prometheus sont d'une pauvreté absolue. Exit les mattes-painting peints sur plaque de verre et les effets d'optique qui permettaient d'obtenir un résultat bluffant. Le numérique ne donnent à voir que des images lisses. La reprise des décors biomécaniques issus directement d’Alien provoque l’inévitable comparaison entre les deux films, au détriment du plus récent. Du risible tableau de bord du vaisseau des ingénieurs, en passant par le « Space-Jockey » qui perd quelques mètres entre les deux films, tout est à l’avenant. Le vaisseau de Giger se démarquait par son gigantisme, celui de Prometheus paraît petit…. 

    Le "Space Jockey" de Prometheus.... Il y a pas comme un problème...
     
    Je me demande donc comment un réalisateur un minimum doué peut-il approuver un script d’une telle indigence ? En étant bon public, on pourrait croire que celui-ci a été écrit par un adolescent de 15 ans !! Comment une équipe a-t-elle pu penser que cela avait un quelconque intérêt, hormis pécunier ? Ridley Scott a t-il perdu tant d’argents lorsque Facebook est entré en bourse pour accepter d’être le mercenaire de producteurs avides ?

    Il me fallait manifester ma mauvaise humeur après avoir subi cette arnaque. Depuis quelques temps déjà les affiches des multiplexes ne proposent plus que des blockbusters acéphales ou des films essayant de flatter l’intelligentsia[4]. Vendu comme la prequel d’un classique du cinéma en capitalisant sur la renommé d’un réalisateur autrefois doué, Prometheus est, comme beaucoup d’autres films récents[5], un gloubi-goulba atroce. Voulant à tout prix capitaliser des franchises exsangues sans prendre de risque, les grands studios ne laissent aucune idée originale franchir les portes de leurs bureaux, fournissant au public des films neutres au potentiel artistique proche du zéros absolu.

    Je me suis laissé avoir par la promesse de passer un bon moment de cinoche, poussé par des critiques de presses dithyrambiques, le souvenir d’un premier film comptant parmi les grandes réussites du cinéma de science-fiction… Maintenant, aux spectateurs avertis de ne plus se laisser avoir, de ne plus cautionner ce type de film creux aux discours putrides. Il y a encore tant de bons films à chercher ailleurs, là où les majors ne tournent pas leurs regards corrupteurs…

    Mauvaise nouvelle : Ridley Scott prépare le remake
    de Blade-Runner.... 
                                                                                       

    [1] - Même si je peux deviner que beaucoup d’entre vous se sont souvent pâmés devant les élucubrations d’une histoire montée au jour le jour avec pour unique technique de narration la méthode du marabout bout-de-ficelles, soyons honnête un moment, Lost a tout du pire nanar italien sans en avoir la folie qui permet de faire tenir debout leurs énormités sans s’attirer les foudres des spectateurs.

    [2] - Un comble pour la saga Alien qui n’a jamais craché sur les scènes gores !!

    [3] - Fondateur de la Weyland compagnie, une multinationale tentaculaire que l’on retrouve dans les premiers Alien.

    [4] - Je me fendrais d'un autre billet plus-tard, concernant la Handicaploitation qui fait fureur en France.....

    [5] -  Avatar  – Inceptionla planète des singesThe Thing, le remake…. Les exemples sont trop nombreux pour qu'on puisse se souvenir de tous....