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    mardi 25 avril 2017

    Philosophie de Comptoir 02 : Attention ! Coup d'état et Macronnades en vue !

    Ces élections françaises qui ont eu lieu ce week-end ensoleillé d’avril 2017, pour furent aussi lamentables qu’historiques. Je m’explique.

    Et il y en a encore des tas comme ça... Quand la préférence (nationale ?) devient aussi voyante, on se fout un peu de notre gueule...

    D'une part, l’on a eu un candidat proposant une refonte de notre république – celui que j’appellerais la Merluche – et, tout aussi important, prennait en considération un environnement qui ne va pas en s’améliorant grâce à cette bonne vieille anthropocène. La Merluche s’est aussitôt attiré la haine caricaturale des éditocrâtes et autre laquais d’or. Même le grand, Joan Sfar, l'aristocrate de la BD que le monde nous envie, est sorti de sa cachette pour nous la jouer en mode propagande des années 30 avec bolcheviques un couteau entre les dents. En étant honnête deux secondes, de communisme, il était très peu question chez Merluche. Néanmoins, les intentions étaient bonnes, mais dérangeantes — surtout pour une certaine forme de commerce — pour une partie de nos maîtres. Il ne fallait pas laisser la moindre chance de passer le cap du second tour à cet histrion !

    En ce sens, la politique de la terre brûlée du duo Hollandouille et Hamon [1] s’est révélée très efficace. Stupide certes, mais efficace. Autant le dire aux gauchistes de tous poils : le parti socialiste est mort, définitivement. François Hollandouille et sa clique de gauchiasses [2] l’ont atomisé et éparpillé aux quatre vents. Même l’idée de socialisme a été anéantie par un quinquennat dont la plus infime décision était frappée du sceau de l’extrême-droite. Pour l’arrivé du F. Haine au pouvoir, on a eu l’entraînement…

    LOL !

    De l’autre l’on a eu au mieux des paltoquets falots, au pire des opportunistes totales. Ah ! Le feuilleton navrant de François Fion le châtelain enchaîné à ses casseroles. Mais ce n’était rien comparé au battage médiatique entourant le retour de l’hyper-président 2.00. Emmanuel Micron, sorte de clone de François Hollandouille et de Nico l’agité. Surfant comme un psychopathe en rut – l’homme pourrait donner son visage au Patrick Bateman d’American Psycho de Brett Easton Ellis dans un remake fantasmé – sur les cicatrices encore à vif du règne de Nico-Napoléon-en-petit, ce politicien véreux a reçu la bénédiction des Dieux médias. En coulisse, il n’est que le masque de Glodman-Sachs, J.P.Norgan et autres banques d’affaires hautement toxiques. Soit le parfait VRP automatique de la finance mondialisée.

    Au final, le scénario était écrit depuis longtemps en une prophétie auto-réalisatrice, à longueur d’éditos et d’émissions télé durant lesquelles le traitement partial des candidats était tellement visible que cela en devenait grotesque. Crachant des mots de manières aléatoires – j’aimerais qu’on m’explique QUI arrive à comprendre les discours de Micron ? – Emmanuel Micron s’est taillé un costard royal, enchaînant les meetings basés sur du vent. La nouvelle de son accession au second a entraîné une copieuse éjaculation des boursicoteurs du CAC 40.

    Hey Paul... On va parler de ton avenir dans la boîte...

    Évidemment, face au second challenger – l’omniprésente Marine La Peine – Emmanuel Micron va gagner, c’est là aussi écrit comme dans un scénario dirigiste de mauvais jeu de rôle téléguidé par un MJ bourré. Sauf que… Sauf qu’à force d’en parler, les médias ont créé un golem tant ils ont contribué à sa dédiabolisation. Ce qui me conduit à considérer que la victoire de Micron n'est pas encore actée. Nous ne sommes plus en 2002 et la donne politique a changé depuis ce lointain passé. La plupart des journalistes et des commentateurs ont deux décennies de retard sur les événements, mais je crains que le présent ne les rattrape par une ironie du sort assez dangereuse, quoique réjouissante sur l'instant…

    En dehors des authentiques nœuds intellectuels, je ne connais aucun être humain sain d'esprit capable de choisir entre la peste et le choléra. Même à droite, je ne les vois pas adhérer à Micron, celui-ci étant un rot émanant directement du dernier gouvernement. D'autre part, il n'est pas certains que ceux qui ont voté à « gauche » enfin, je veux dire socialiste, reporte leurs voix sur le roquet qui n’aura gagné que par forfait. À ce stade, et à moins de comptabiliser les bulletins blancs, je crains que le calcul des banquiers ne soit caduc. Cela étant, le milieu des affaires – comme nous l’apprend l’histoire – s’accommode très bien des régimes fascistes. En ce sens, la Peine est pour eux moins nocive – car tournée vers un passé déjà mort et enterré depuis des décennies – qu’un Merluche plus conscient qu’un cap doit être franchi à l’orée de ce nouveau millénaire [3].

     Les crevards, je suis là ! Ça va chier !
    Pour ma part, cette comédie, ce sera sans moi. Mais je nous souhaite bien du courage parce nous allons de toute façon encore perdre cinq ans.
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    [1] – Une insupportable Valls médiatique en 49.3 temps : Hamon appelle la Merluche à le rejoindre. Hamon et ses multiples revers de vestes, son programme improvisé en direct des plateaux n’est pas un seul instant crédible. La Hollande sort donc de sa prostration pour nous avertir des dangers que représente « le communisme » de la Merluche. La meilleure publicité que notre mérou vindicatif pouvait avoir de la part de la tanche encore aux commandes. Par contre est-ce qu’Hamon a fait le moindre geste en voyant poindre la catastrophe ? Ou n’était-il pas parti prenante – peut-être à son corps défendant – du scénario de la Hollande pour mettre sur le trône son clone ? Mystère ! Toujours est-il que le résultat est là. Je félicite le machiavélisme de la Hollande qui se dissimule sous une apparence de bonhommie affable.

    [2] – Vocable de l’extrême-droite, je sais… Mais cela défini tellement bien ce que je pense très sincèrement de la bande de bras cassés et de girouettes médiocres s’étant disputé le pouvoir ces dernières années. C’est bien simple : ils ont réussi à faire encore pires que leurs prédécesseurs, que ce soit économiquement ou socialement.

    [3] – Sans compter sur la participation aux débats d'un nouvel attentat, qui pointe son nez de la manière la plus opportune du monde...

    Une dernière pour la route. Bateman Style's...
     
     

    dimanche 24 mai 2015

    Bibliothèques des Ombres : Redneck Movies : Ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain/Maxime Lachaud



    En voyage dans les terres de l’Oncle Sam, vous dérivez dans un paysage fait de bicoques délabrées sous un soleil de plomb. Vous conduisez depuis des lustres, avec pour seules compagnies les cactus, les mouches et les cadavres de tatous achevant de se dessécher dans la poussière de la route rectiligne. Vous êtes paumés dans un décor désertique échappé d’un film post-apocalyptique. Vous allez bientôt tomber en panne d’essence. Vous vous arrêtez dans une station-service, vraisemblablement la dernière dans ce qui semble être le trou du cul du monde. La lumière est aveuglante, gluante. Elle colle aux objets, imbibe de sueurs rances la moindre surface. Vous dégoulinez, vos mains sont moites. Ce superbe guide GPS avec sa voix d’actrice porno intégrée vous a fielleusement claqué dans les doigts, la chaleur ayant achevé de griller ses fragiles entrailles électroniques. Vous voilà obligé de chercher votre chemin sur la vieille carte usagée de votre arrière grand-père, laquelle n’est plus à jour depuis des siècles. Vous êtes dans la merde.

    Autant demander votre route aux autochtones. Alertés par les soubresauts asthmatiques de votre moteur, ils sortent de leurs bicoques en tôles ondulées, s’avançant d’un pas chaloupé sous le cagnard. Ils chassent devant eux quelques poules faméliques qui caquètent en s’enfuyant entre leurs jambes, peinant à prendre leur envol. Le grand type au nez cassé vous observe d’un air mauvais. Ses yeux porcins vous scrutent tandis que sa bouche aux chicots moisis exhale une puanteur d’alcool frelaté. D'ailleurs, un petit panneau en ruine, écrit à la main avec du saindoux sur lequel vrombit un essaim de mouches vertes, annonce que vous trouverez dans cette station le meilleur « Moonshine » de la région. Derrière son père peu ragoutant avec sa salopette maculé par plusieurs couches de tâches suspectes, la transformant en une toile de Pollock inquiétante, sa fille – à moins que ça ne soit sa sœur – aux formes plantureuses vous regarde avec intensité, dissimulée dans l’ombre de son stetson. Elle fait plusieurs va-et-vient entre le vieux distributeur rouillé de sodas et l’ombre du porche, roulant des hanches, mettant en valeurs ses énormes seins que la sueur imprime sur son tee-shirt.

    Troublé par la créature dont les chairs alanguies par la fournaise sont autant d’appels à une bestiale copulation, vous demandez votre chemin à « Father Fred ». Tirant sur son cigare éteint et mâchonné depuis trois longues heures, celui-ci vous assène d’abord une mauvaise nouvelle. Bien que bardé d’équipement ultra-moderne, votre voiture vient de rendre son dernier soupir. Et il ne faudra pas espérer avoir une pièce de rechange dans les prochains jours. Mais qu’à cela ne tienne, vous allez profiter de la générosité des bons gars du Sud (et peut-être avoir la chance de culbuter Sassy-Sue dans la paille…). Dans trois jours, on organise le festival de la viande de porc dans la ville voisine. Un beau moment de convivialité où vous pourrez tâter le cul des vaches (et des fermières) tout en dégustant des produits locaux…

    Vous êtes bien naïf…
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    Cette introduction en forme d’hommage vous prépare à entrer dans le monde merveilleux des Rednecks Movies ! Vous allez explorer les méandres les plus insalubres d’une mythologie contemporaine que le cinéma d’horreur des années 70-80 a contribué à installer dans notre inconscient collectif. Qui ne connaît pas le Redneck Movie et ces poncifs ?

    Popularisés par une pléthore de survivals bas du front dans lesquels des teenagers débiles se perdent chez les pécores locaux, tous consanguins et forcément cannibales, ces films sont farcis de stéréotypes que des légions de mercenaires de la pellicule ne cessent de recycler de remakes en reboots (mais si, vous voyez de qui je parle…). Et pourtant, cette forme de scénario abêti n’est que la pointe de l’iceberg que cet ouvrage vous propose d’aborder.

    En remontant aux racines socio-économiques de ces récits, Maxime Lachaud démontre, si besoin était, que la fiction contient en son cœur une vérité cachée. Partant de l’histoire du Sud des États-Unis et de leurs rapports avec l’esclavage, l’auteur revient sur les conséquences méconnues qu’a eues l’afflux de cette population sur les ouvriers agraires. Reléguées en dessous des esclaves, virées de leurs champs comme des malpropres, ces communautés rurales appauvries se sont refermées sur elles-mêmes. Survivant parfois en autarcie, elles ont développé un chauvinisme et une bigoterie exacerbés.

    Envie, colère et paupérisation ont jeté les dès d’un jeu morbide entre les blancs et les noirs sous les regards amusés des grands capitalistes de l’époque. Le Ku-klux Klan – de sinistre mémoire – a prospéré sur les ruines morales de toute une population électrisée par des prédicateurs proches de la démence. Dans cette ambiance mortifère, il n’était pas rare que le plus petit incident soit monté en épingle et aboutissent à des lynchages cathartiques d’une violence inouïe perpétrés par des groupes hystériques et bigots. Femmes et enfants participaient parfois à la mise à mort du bouc émissaire et l’on faisait ripaille sous les arbres à pendus. La guerre de Sécession et la catastrophe économique qui en a résulté ont accentué l’image d’un Sud déliquescent. Immaculés et pimpants, les manoirs des grands propriétaires terriens ayant fait faillites se sont transformés en ruines inquiétantes, hantées par une noblesse décatie s’enfonçant dans la folie et la consanguinité.

    En passant en revue tous ces soubresauts, parfois peu perceptibles par le grand public que nous sommes, Maxime Lachaud nous dépeint les États-Unis du Sud dans toutes leurs complexités : un territoire où la violence du Far-West est encore de mise. Un endroit fait d’une multitude de luttes perdues, de strates de rancœurs enkystées dans les âmes et la poussière.

    La Nature joue un rôle non négligeable dans ces fictions. Indifférente aux destins des créatures qui se battent à sa surface, elle est hostile, engendre dans la boue des marais des sangsues géantes et des monstres de Gila dans le désert. Impitoyable, le soleil grille la couenne des touristes. Les mouches et les moustiques pullulent et harcèlent hommes et bêtes. La chaleur décompose tout, exhale des odeurs fétides, gonfle les chairs et brûle les cerveaux, nous rappelant à notre état de primate. Les coïts ne sont que d’horribles viols collectifs, le moindre mot de travers peut entrainer une spirale de violence sans fin. On ne survit là-dedans qu’en biberonnant un alcool capable d’assommer un bœuf en deux verres…

    Si la nuit, le vent et la tempête se faisaient les complices des vampires, des fantômes et des savants fous aux belles heures de la Hammer Film et du cinéma gothique, la fiction sudiste s’empare du jour. Les monstres ne se cachent plus dans les ténèbres. Toutes les horreurs imaginables ont lieues dans la lumière du soleil qui cesse dès lors de devenir un astre d’espoir.

    Le « Gothique sudiste » comme le dénomme Maxime Lachaud n’est pas récent. Ses racines se trouvent dans la littérature. Et quelle littérature ! À l’inverse de bons nombres d’érudits qui tendent à séparer de manière un peu pédante la Culture avec les œuvres d’exploitation, le journaliste les unit en une même unité. La plus fine plume américaine a ainsi donné naissance à ce genre : des auteurs comme Tennessee Williams, Marc Twain, William Faulkner ou Truman Capote. Plus contemporains, Cormac Mc Carthy, Harry Crew ou Joe R. Lansdale continue de creuser ce sillon où l’hyperréalisme des descriptions participe à l’élaboration d’une esthétique de la décrépitude. Fasciné par le monstre humain, ces auteurs ne s’embarrassent pas de mort-vivants ou d’un folklore faisant appels aux vieilles légendes usées jusqu’à la corde. L’horreur des carcans moraux, la ferveur religieuse et la promiscuité forcée face à un environnement hostile forment un terreau bien plus brut et effrayant pour les écrivains.

    Dès les années 20,le genre s’affiche sur les cinémas pour colorier en rouge les rêves des spectateurs. Oscillant au fur et à mesure de ses incarnations entre le cinéma d’auteur et la série B poissarde, il donne naissance à quelques chefs-d’œuvre pelliculés. Des cinéastes comme John Huston (La Nuit de l’Iguane, Reflet dans Œil d’or [1]) ou Elia Kazan (Baby-Doll) retranscrivent le soufre qui hante les classiques littéraires en se jouant de la censure de l’époque, ouvrant la voie à d’autres réalisateurs qui repousseront les limites de la violence et du bon goût.

    Tout comme le western, dont il est le rejeton turbulent, le gothique sudiste conserve dans son discours le thème de la Frontière. Frontière physique avec ses territoires inhospitaliers martelés par un soleil de plomb, mais aussi frontière corporelle. La question de la sexualité débridée et de la viande hante le genre de manière maladive. Tendant volontiers le cou aux censeurs de tous poils, les différents réalisateurs ont affronté de front pléthore de sujets tabous, se livrant à une radioscopie de l’inconscient glauque de l’Amérique profonde. Pédophilie et viol sur fond de noblesse décatie (Baby-Doll), viol homosexuel (Délivrance de John Boorman), cannibalisme (Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper), zoophilie… Les rejetées de Dieu se vengent sur les citadins privilégiés, le Sud viole, démembre et détruit le Nord le temps d’une illusion née de la chaleur étouffante.

    Mais Maxime Lachaud ne s’arrête pas à ses classiques, nous entraînant loin dans les méandres des productions locales dont les comédies sudistes mettant en vedette Burt Reynolds. Bâties sur le folklore du bouilleur de cru pourchassé par le shérif et ses sbires tentant d’appliquer les lois de la prohibition, ces films révèlent une vraie culture locale avec ses propres mythes. Le Moonshine, alcool frelaté fabriqué grâce à la lumière de la pleine lune et capable de rendre aveugle celui qui le consomme sans précaution est au cœur de ces légendes.

    Le temps d’une étape dans la gaudriole et nous découvrons que les archétypes du gothique sudiste ont infecté tous les cinémas. De l’Australie (Razorback de Russel Mulcahy, Réveil dans la Terreur de Ted Kotcheff) en passant par la France (La Traque de Serge Leroy, Canicule d’Yves Boisset) et la Belgique (Calvaire de Fabrice du Welz), les ploucs homicides se sont disséminés partout. Ils ont contaminé la nature qui cesse de prendre la pose pour les cartes postales, se transformant en infâme bourbier glacial prêt à nous happer.

    À travers la visite de cet immense pan de la culture cinématographique, l’on s’aperçoit que les horreurs que nous ont infligées les cinéastes, qu’ils soient des génies au sommet de leurs gloires ou de besogneux tâcherons de la série Z, ne parlent que de notre rapport conflictuel avec la nature dans toute son âpreté. Condition de vie hostile et humanité corruptible, encline à toutes les folies font bons ménages pour tisser des marais d’illusions dans lesquelles nous aimons nous enfoncer.

    Derrière nos écrans tactiles, notre belle assurance, nos gratte-ciels symbole de notre égotisme, se cache un barbare sans foi ni loi.

    Un livre indispensable pour tout amateur du genre qui en découvrira tous les soubassements et pour les néophytes qui pourront se régaler d’une prescription abondante de films (et de romans…).

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    [1] Reflet dans Œil d’or : Une petite perle du genre avec un Marlon Brandon en général homosexuel confit dans sa frustration, se rinçant l’œil sur les corps d’éphèbe de ses sergents tandis que sa femme délaissée s’envoie en l’air avec toute la caserne…

    mardi 15 mai 2012

    La BD de Reportage en Question

    Après une très longue absence dû autant à un boulot accru qu'à un monstrueux déménagement (je ne m'en suis pas encore remis d'ailleurs), j'ai très peu posté depuis deux mois et mes nombreux projets en ont pâti. Autant dire que je vais m'y remettre sous peu avec la suite de la nouvelle, et d'autres petites choses. En attendant, une nouvelle critique BD sur un phénomène de plus en plus à la mode mais que je trouve un poil limité...

    GAZA 1956, EN MARGE DE L’HISTOIRE/JOE SACCO

    Pour bien réfléchir autour de la bande-dessinée de reportage, il est important de se poser la question du médium. Est-ce que, à notre époque, la BD est le médium le plus approprié pour rendre compte un événement donné dans toute sa complexité ? Ne vaut-il pas mieux parfois une bonne fiction des familles pour pouvoir embrasser une culture, un événement….



    Non pas que certaines BD de journalisme manquent d’un dessin approprié ou d’un propos mais je m’interroge sérieusement sur la pertinence de celles-ci. La BD journalistique n’a rien à voir avec les anciennes illustrations exécutées par des artistes besogneux pour les quotidiens du 19ème siècle. (comme dans des quotidiens comme "l’assiette au beurre" ou "l’illustration" ). Même si Joe Sacco se rapproche un peu de cette démarche, on doit avouer à la lecture que son œuvre est un peu maladroite.
    

    Je m’explique.

    L’auteur décrit un événement oublié de la guerre du Moyen-Orient (le massacre d’une centaine de Gazaouis en 1956) en appliquant à la BD des méthodes de recherche journalistique. Joe Sacco se réclame d’une BD novatrice, qui serait selon lui ancrée dans la Vérité. Hors cette approche du sujet va induire une maladresse contenue dans la nature même du dessin qui n’est que subjectivité. Poser un trait sur sa feuille de papier traduit déjà une intention et un état d’esprit de manière encore plus vive qu’un simple texte, lequel pourra avoir l’apparence d’un compte-rendu sec. (ce qui n’est jamais vraiment le cas nous sommes d’accord.) Le postulat de départ de Joe Sacco ne tient pas une seule seconde face à une analyse minimale de la chose.

    Prenons la photographie par exemple.

    Lorsque les premières photos de reportage apparurent dans les quotidiens, l’opinion publique perçut cette technique comme un la représentation définitive de la Réalité. Hors n’importe quelle photographie est, au sein de la presse, choisie selon des critères très précis. L’angle de prise de vue, les filtres utilisés pour tirer l’image, le grain de l’émulsion chimique….  sont autant d’artifices qui induisent une sensation, un sentiment et donc de la subjectivité. N’importe quelle photo de reportage trahit les intentions conscientes et inconscientes de son auteur et donc LA vérité (si tant en est qu’il y en ait une). Pourtant, une photo est bien plus « objective » dans sa représentation du réel qu’un dessin…
    

    Dans ce cas, comme nous le voyons bien, le présupposé de l’objectivité ne tient pas une seule seconde quand on emploie un médium comme la BD.

    Joe Sacco, en recherche d’authenticité, va jusqu’à se mettre en scène en train de faire les recherches pour son livre, dans un bel accès d’autosatisfaction. Or cette mise en abîme pour le moins gratuite écorche un peu plus un récit trop fouillé, se perdant dans des considérations souvent inutiles. Alors certes, toute cette sombre histoire mérite bien 500 pages mais doit-on forcément souffrir des doutes de son auteur devenant LE personnage central de l’histoire ?

    
    Joe Sacco dans sa propre BD....

    Professer une attitude d’auteur sérieux et remplis de doute (que je ne remets pas forcément en cause) tout en employant LE moyen d’expression le plus subjectif de tous, cela interpelle un peu. L’auteur confesse s’être documenté à l’aide de photos et avoir conçu ses dessins en utilisant ce support, ce qui amène à se poser la question de savoir si la BD était le seul moyen de raconter cette tranche d’histoire et si oui, pourquoi ne pas en tirer une fiction qui aurait eu le mérite de :

    1 – Nous plonger au beau milieu de l’histoire.

    2 – Nous faire oublier toute les lourdeurs narratives dont se rend régulièrement coupable Joe Sacco.


    Au-delà de tout intérêt porté aux événements historiques, malgré un découpage parfois intéressant, les nombreuses tergiversations que l’auteur nous impose finissent par élimer notre bonne volonté de lecteur. Personnellement il m’a fallu 15 longs jours pour venir à bout de ce pavé là où une BD se lit en 30 minutes (disons une semaine pour les énormes pavés…).

    Las, l’auteur avoue ne pas être arrivé à retirer tout le potentiel horrifique du drame qu’il dissèque en long, en large et en travers. Une conclusion prenant la forme d’un tel aveux d’échec a de forte chance de rester en travers de la gorge de nombres de lecteurs (dont votre serviteur). Comme pour se dédouaner, Joe Sacco nous offre donc en toute fin une rapide mise en scène en focalisation interne du calvaire d’une des victimes. Cela ne marche pas.

    Reconnaissons que Joe Sacco se débrouille graphiquement et qu’il posséde les moyens de mettre en scène SA reconstitution. L’ensemble aurait donc gagné à être épuré, l’auteur n’aurait pas dû faire l’impasse sur le choix d’un point de vue, quitte à combler les trous noirs laissés par l’histoire en utilisant son imagination.
    Est-ce vraiment important de savoir si les soldats étaient 40 ou 35 ?? ….

    Une fiction aurait eu le mérite de nous impliquer dans la vie des personnages. On aurait pu s’accrocher à eux et donc charger les silhouettes d’encre de chine de notre compassion….
    Ce choix qui me rend si perplexe peut s’expliquer par un rejet de plus en plus embarrassant d’une part de l’intelligentsia de refuser tout bienfait à la fiction car TOUT aurait été écrit (ou dessiner, comme vous voulez…). Le réel et le présent ne seraient donc devenus l’Alpha et l’Oméga de tout art narratif de qualité. Maintenant et ici deviendrait donc le seul et morne horizon de tout auteur, condamné à tourner en rond autour de son nombril. Cette approche d’un cynisme évident appauvrit considérablement les œuvres actuelles tout en affichant un souverain mépris pour le lecteur lambda (deuxième effet kiss-cool).

    L’AFFAIRE DES AFFAIRES/LAURENT ASTIER ET DENIS ROBERT.


    Un effet que nous retrouvons dans L’Affaire des Affaires, œuvre qui, quoique moins maladroite, manifeste toujours cette volonté de vouloir nier la fonction cathartique de la fiction. Le récit fonctionne mieux, sans doute grâce à un graphisme plus énergique mais on se sent peu à peu gagner par un ennui morose. La faute à une histoire complexe dont les tenants et aboutissants, même s’ils sont graves, ne sont que maladroitement mise en valeur.



    On aurait pu se passer des longues séquences d’atermoiements de son auteur, lesquelles alternent avec quelques métaphores bien plus efficaces que toutes les circonlocutions légales dont nous abreuve jusqu’à la nausée le héros/scénariste. En effet, en laissant de temps à autre les coudées franches à son dessinateur ce qui donnent lieux à quelques bonnes planches qui nous font rentrer de plein pied dans le domaine de l’illustration, ou du strip caricatural acerbe telle qu’on en faisait dans les journaux satiriques du 19ème siècle.


    En dehors de ces fulgurances qui prouvent encore une fois qu’un dessin vaut mieux que de longues explications, Denis Robert nous expose d’interminables tunnels de dialogues redondants tour en nous assommant à coups de philosophie de comptoir. Pas forcément le meilleur moyen de s’attirer les bonnes grâces du lecteur.

    On se dit alors que le rythme n’a pas été pensé et que les auteurs ne ce sont pas posés la question de la pertinence du support BD pour leurs histoires. Non pas que la BD doive forcément se cantonner à la fiction mais il faut bien comprendre qu’elle est un médium de communication rapide. Le dessin et le texte doivent se compléter et il faut qu’il y ait une adéquation entre la narration écrite et dessinée pour que cela fonctionne correctement. Les japonais l’ont particulièrement bien compris et leurs mangas informatifs n’oublient jamais la place importante de la dramaturgie dans leurs processus (ce qui explique aussi leurs succès, voir les « Gouttes de Dieu » consacrés à l’œnologie.)


    C’est d’autant plus dommageable que les auteurs avaient ici matière à bâtir un excellent suspens en prenant soin de préparer un montage adéquate tout en nous épargnant de longues scènes de dialogues absolument rébarbatives. Je pense que son auteur, en particulier Denis Robert, s’est improvisé scénariste sur le tas, sans prendre en compte les spécificités de la BD. Alors certes, l’appétence du public français pour le linge sale politique (et dieu sait qu’il y en a) a joué en faveur de son auteur mais cela ne fait pas oublier une construction bancale.


    Je pense que cette voie, tout du moins comme elle est envisagée pour le moment, c’est-à-dire sur des phénomènes de mode évanescent, comporte en elle les germes de sa propre destruction. Finalement ce ne sont pas les sujets qui sont en cause de l’échec de la BD de reportage envisagé en occident (je ne parlerais pas du côté asiatique car ils ont une manière de faire autrement plus performante de ce point de vue.) mais bien la manière de traiter le sujet. Tout se passe comme si les auteurs ne peuvent pas se séparer de leurs imposants égos et que celui-ci devait forcément phagocyter le sujet.

    Que ce soit Joe Sacco ou Denis Robert, les choix de mises en scènes desservent le propos. Si les deux auteurs, journaliste de formation à la base, ont d’indéniables qualités dans leurs domaines respectifs, il est important de remarquer que devenir un auteur de BD demande de s’entraîner tous les jours. Il ne s’agit pas ici de faire du journalisme mais de raconter une histoire par le biais de personnages. Quelque-soit la notoriété gagnée par un journaliste, cela ne fait pas de lui un bon auteur de BD.

    lundi 31 octobre 2011

    Immobilier mon Amour.



    Parce que je me mets à rechercher de nouveaux lieux pour vivre et que je n'ai plus cherché depuis 9 ans à peu près, je réalise à quel point la situation à Bruxelles, ville que j'aime autant que je hais est devenue quasiment similaire à celle de Paris. Alors qu'il y faisait autrefois bon vivre et qu'on pouvait trouver des loyers corrects, les choses se sont compliquées grâce à la capitalisation à outrance dont la violence psychologique autant que physique nous jette les uns contre les autres.

    Outre la Gentrification accélérée, méthode de vente/location à l'arrache, les proprios demandent des garanties, des dossiers et se permettent "de sélectionner" les futurs locataires sur des critères qui empêchent l'accession d'une grande majorité de personnes à un toit.

    Quand les logements ne deviennent pas purement et simplement des biens de locations de vacances pour bourgeois étrangers, voir la vidéo de Seb Musset


    La violence capitaliste envahit tout comme du chiendent. Alors merci à tous les connards qui permettent un tel état d'esprit dans tous les domaines de la vie, merci à tous les enfoirés de faire de notre quotidien une espèce de course de rats perpétuelle. 

    Merci à tous les lâches qui se font sous eux en pérorant des complaisants "c'est comme ça". C'est comme ça parce que VOUS voulez laisser les choses comme ça à travers des renoncements et des bassesses dans votre vie de tous les jours.  

    Et merci aux trous du cul de l'Union Européenne qui s'engraisse sur le sol Belge sans JAMAIS reverser une putain de dîme pour faire vivre l'état, donc la collectivité.

    Je vous Hais Tous.