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    jeudi 4 juin 2020

    Bibliothèque des Ombres : carnet de lecture 03 : Mangas, BD & adaptations Lovecraftiennes (bis) !

    Troisième salves de critiques minimales pour fêter ce troisième mois et demi de confinement pour ma part, avec la nette impression d'être en taule, dans un asile de fou, dirigé par une bande de maniaques paranoïdes en liberté. Mieux vaut avoir de saines lectures sous la main pour ne pas péter tous les câbles en même temps...

     Dylan Dog : Berceuse Macabre/Barbara Baraldi & Corrado Roi

    En Italie, Dylan Dog est une institution culturelle. Avec quelques autres personnages du géant éditorial Bonelli. Dylan Dog, né sous la plume de Tizanio Sclavi est un dandy aux allures de Rupert Everett qui traîne son spleen dans les ruelles d’une Londres fantasmatique dans laquelle il résout des affaires impliquant du surnaturel.

    Dans cette Berceuse Macabre, c’est Baraldi qui remplace Sclavi au scénario, mais le changement n’entache en rien la qualité du script anxiogène, sublimé par les planches suintantes d’encre de chine de Roi qui exhalent des relents d’expressionnisme allemand.

    Un traitement graphique bien poisseux que les blagues de l’assistant de Dylan, Groucho, peine à adoucir. Il faut dire que les auteurs s’attaquent à l’enfance inquiétante, un de ces thèmes horrifiques qui fleurète avec les limites de ce que l'on peut montrer dans la fiction d'épouvante. Cette enquête glauque est emmêlée avec une narration parallèle racontant les déboires d’un vieux conteur… dont les histoires semblent faire échos aux événements.

    Car dans l’univers de Dylan Dog, rien n’est simple, ni même achevé et une dernière case peut très bien relancer le récit ou amener le lecteur à reconsidérer tout ce qu’il vient de lire.

    Série atypique, qui a hérité du sens de l'absurde et du fantastique celui qui fut longtemps son scénariste, Tiziano Sclavi, Dylan Dog mérite votre attention, et qui sait ? Peut-être prendrez-vous goût au doux frisson du cauchemar[1].


    Une Année sans Cthulhu/Thierry Smolderen & Alexandre Clerisse

    Comment résumer un récit monstrueux qui perd le lecteur dans un labyrinthe de témoignages d’un même événement qui, chacun, en donneront une interprétation différente ? Car c’est le pari adopté par le scénariste Smolderen et le dessinateur Clerisse. Continuant leurs explorations du vingtième siècle à travers le prisme de l’imaginaire, comme ce fut le cas avec Souvenirs de l’Atome (consacré aux années 60 et à la SF de Cordwainer Smith) ou l’Eté Diabolik,  (consacré aux années 70 avec en point de mire le fumetti d’espionnage éponyme) ils s’attaquent ici aux décennies 80, au cinéma d'horreur.

    Marqués au fer rouge par le jeu de rôle – et les faits divers l’entourant – autant que par l’émergence du jeu vidéo et des sciences cognitives, les deux auteurs mixent le tout en un récit qui aurait pu devenir indigeste, n'était-ce leurs capacités a synthétisé les innombrables thématiques dont ils se sont emparés. Ce qui aurait pu ressembler un gros mélange de culture « nostalGeek » conserve ici un parti-pris fort, grâce à une écriture lyrique, usant de la métaphore et du symbolisme avec habileté et à un graphisme qui mue continuellement pour fusionner les différents niveaux de réalités auxquels nous sommes confrontés.

    Débutant comme un film d’horreur classique de la décennie, les personnages – et le lecteur – ne tardent pas à se perdre dans un écheveau de pistes toutes plus incohérentes les unes que les autres et qui, pourtant, parviennent à s'emmêler harmonieusement. Les auteurs se gardent bien de déflorer le mystère qui palpite sous cette intrigue, demeurant en cela plus proche de Twin-Peaks que de Strangers Things.

    Au final une excellente BD qui restitue un imaginaire que l’on croyait mort en enterré dans toute sa noirceur. Ce qui est en soi un bel exploit !


     Riff Reb’s : A bord de l’étoile Matutine ; Le Loup des Mers ; Hommes à la Mer/Riff Reb

    Passionné par la mer et les histoires de marin, le dessinateur Riff Reb s’est attelé à bâtir un schooner d’adaptations de romans sentant les alizées pour les amateurs du genre. Cet album rassemble l’intégrale de ses recherches graphiques en un objet fort esthétique, à la reliure solide, ce qui est déjà une grosse qualité en ces temps.

    Les différents récits sont narrées avec maestria, le texte préexistant permet à Riff Reb de tirer le meilleur de son art en se concentrant sur son découpage. Les amateurs d’abordage et de naufrages en tous genres en seront pour leurs frais.

    Utilisant souvent une langue riche, ponctuée par des idiomes maritimes, Riff Reb compose des planches grandioses en usant de la bichromie pour sublimer la mélancolie de ses personnages, des clochards célestes, incapable de demeurer sur la terre ferme, car toujours tiraillé par le parfum obsédant de la mer qui promet à ceux qu'elle envoûte une liberté sans entrave, en dépit des innombrables sacrifices exigés par Poséidon et ses naïades.

    Entre contes de pirates et chasse aux phoques tournant à la catastrophe sous la houlette d’un capitaine tyrannique, ces tranches d'existences englobent tous les aspects de la vie des marins des siècles passés. Une lecture recommandée si les embruns vous titillent les narines !


    NeuN/Tsutomu Takahashi

    1940, treize enfants ont été fabriqués à partir de l’ADN d’Aldolf Hitler pour pérenniser le troisième Reich. Les officiers nazis décident d’éliminer toute la lignée, excepté un individu qui aurait développé des pouvoirs psychiques remarquables.

    Connu pour ses œuvres qui s’aventurent dans les recoins les plus sombres de l’esprit humain, le mangaka Takahashi s’intéresse ici au nazisme et plus particulièrement à la manière dont il a été vécu en Allemagne. Un sujet pour le moins lourd qui est supporté par une mise en scène qui hérite de ses traits charbonneux pour imprimer une infinie noirceur à l’ensemble.

    Bien que s’abreuvant au calice du thriller ésotérique, l’auteur parvient à rendre cette intrigue solide en se focalisant les personnages dans un découpage harmonieux, très lisible. Ne nous épargnant guère sur les horreurs de la guerre il s'autorise quelques bizarreries gothiques en confrontant nos héros à des émules de Mengele.

    Du fait de son traitement sérieux et de son sujet épineux, ce récit ne convient qu’aux lecteurs ayant un estomac résistant et une grande ouverture d’esprit, mais le résultat en vaut le détour.

    ———————————————————
     
    [1] - Il est à noter que Dylan Dog a eu le droit à deux adaptations cinématographiques, l’une éponyme, l’autre adaptant une œuvre de jeunesse de Sclavi amorçant déjà ce que sera l’enquêteur en cauchemar. Je vous conseillerai plutôt l’adaptation italienne de 1994 : Dellamorte Dellamore de Michele Soavi, dans laquelle on retrouve d’ailleurs Rupert Everett dans le rôle principal, mais aussi le cocktail détonnant d’humour (noir) et de terreur qui fait la saveur de ce fumetti atypique.

    dimanche 23 juin 2019

    Bibliothèque des Ombres : Panaché ! (ouvrages en vracs...)

    Après plusieurs mois consacrés à la bêta-lecture et à l’achèvement de deux romans, j’ai forcément pris du retard dans mes chroniques littéraires. Séance de rattrapage donc, avec un principe lapidaire : plus ou moins 10 lignes pour vous donner envie de jeter un œil (ou pas) à ces quelques opuscules.

    Littérature :

    1/Women in Chains : petite pentalogie de la violence faite aux femmes (ActuSF ; 2012) & La Maison aux fenêtres de papier (FolioSF ; 2009) de Thomas Day
    Je triche dès le premier sujet puisqu’il s’agit de deux ouvrages. Comme je les ai lus il y a cinq mois leurs intrigues demeurent assez vagues dans mon esprit. Reste la mélopée gracieuse de la plume de Day, sa pureté stylistique et son esthétique de la cruauté exemplaire. Le roman, s’inspirant en partie des Yakuza-eiga[1] des années 70, ne comporte aucune ligne, aucun mot qui ne soit pas indispensable à sa compréhension. Les scènes s’enchaînent à une vitesse faramineuse et l’auteur à la bonne idée de relier les péripéties aux événements traumatiques d’Hiroshima & Nagasaki. Une symbolique très forte donc, que Thomas Day affronte à bras-le-corps. Quant à WIM, si certaines nouvelles m’ont marqué – la première avec sa résurgence des sacrifices incas est impressionnante – d’autres m’ont laissé de marbre. 



    2/Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas (Édition Fabbri, 2003)
    Une saga rondement menée qui revient sur une période de l’histoire de France assez peu exploitée : le basculement de l’empire napoléonien dans la monarchie et ses nombreuses bisbilles politiques. Aprsè lecture, j’ai la sensation que ce texte est plus cité sur une connaissance empirique de son contenu que sur ce qu’il s’y trouve réellement écrit. Edmond Dantès fomente bien une revanche cruelle, néanmoins exempte de violence inutile. Usant de sa fortune, le Comte manipule, marchande avançant patiemment ses pions sur un échiquier de relations sociales hypocrites liant tous les personnages. Dans ce contexte délétère, Alexandre Dumas dépeint son protagoniste comme une calamité divine ensevelissant ses ennemies sous le poids de leurs propres péchés[2].

    Souvent comparé à un vampire dans la deuxième partie, Edmond Dantès en endosse tous les attributs, moins l’absorption de sang. Sa séduction ravageuse et sa faculté d'apparaître dans les moments les plus opportuns tendent à faire basculer le roman dans les ornières du fantastique. À la manière du Dracula de Bram Stocker, Edmond Dantès est l’étranger qui apporte le malheur et la maladie sur ses adversaires, l’antagoniste puissant qui se dissimule en pleine lumière ! Ce traitement surnaturel du personnage est renforcé par une ambiance gothique flamboyante qui explose lors des nombreuses séquences oniriques qui parsèment le récit.[3]

    Bande-Dessinée :

     


    3/Renjoh Desperado de Ahndongshik (Kurokawa ; 2018)
    Un univers délirant peuplé de mygales à tête de chats et de vers des sables ; un désert tout droit sorti d’un film de Sergio Leone parcouru par des brutes épaisses ; et enfin une guerrière, handicapée de surcroît, qui trace sa route au fil de sa lame. Un bon petit manga biberonné aux séries B, aux westerns décomplexés et autres bisseries italiennes. Tout pour me plaire ! Les pérégrinations de notre héroïne Monko, dont le cœur d’artichaut l’amène à se fourrer tête la première dans les pires ennuis, sont réjouissantes à suivre, pour peu que vous aimiez ce mélange des saveurs. Cerise sur le gâteau déjà bien crémeux le découpage est impeccable, ce qui devient une denrée assez rare dans les productions nippones récentes. L’œil n’est jamais perdu dans la page et l’auteur a le bon goût de tracer des paysages pour poser l’espace de ses scènes d’action. Enfin, loin de nous faire avaler un personnage féminin fade, gavé au nouveau « girl-power » qui entend dépouiller les protagonistes de la moindre faiblesse pour en faire des icônes en titane — donc des monstres — Monko trébuche, commet des bourdes énormes, souvent à cause de ses appétences amoureuses… mais elle se relève toujours. Même avec un bras en moins…




    4/Marshal Law de Pat Mils & Kevin O’Neil (Urban Comics, 2019)
    San-Futuro, anciennement San Francisco, est devenue la capitale d'une population bigarrée de « super-héros » éprouvettes. Leur existence résulte de la superscience du docteur Shocc, un ex-nazi tendance Mengele, qui a vendu ses recherches au gouvernement américain pour bénéficier d'une amnistie. Engagé volontaire dans la guerre du Viêt Nam après avoir gobé la propagande de l’Esprit-Civique (le Superman local), notre anti-héros se métamorphose en « Marshal Law ». Engoncé dans son costume de cuir aux relents de 3e Reich, il traque la vermine super-héroïque dans une ville en proie à la dépravation. Son credo : « Des héros ? Je n’en ai jamais vu ! »

    Les deux auteurs anglais de ce comics aux allures punk adressent un sublime doigt d’honneur aux encapés. Le dessin de Kevin O’Neil, au diapason du propos anarchiste, surchargent les cases de graffitis absurdes et de personnages minuscules se bastonnant à mort. C’est souvent cruel, atroce, bourrés d’un humour au vitriol et qu’est ce que cela fait du bien en cette période de Marvelerie extrême ! La déconne exacerbée n’empêche cependant pas Pat Mils de délivrer quelques saillis sur les pires travers de l’Oncle Sam et son impérialisme meurtrier. Pour le scénariste anglais, les super-héros renvoient à une idéologie gangrénée par le fascisme. Cette idée sert de fil rouge à Marshal Law qui gratte le verni de cette nouvelle mythologie. Parce qu’à l’inverse des Marveleries mises en boîte par la souris aux grandes oreilles, nous sommes ici en présence d’auteurs qui n’oublient pas de mêler un propos pertinent dans leurs divertissements. Cela s'appelle un chef-d’œuvre provocateur, et c'est aussi rare qu'une vierge dans un bordel !


    5/Slaine : l’aube du Guerrier de Pat Mils, Angie Kincaïd, Mike McMahon… [et al.] (Delirium, 2019)
    Avant d’être dessinée par Simon Bisley, Slaine a parcouru les pages du magazine 2000 A.D.[4]. Créé en commun par Pat Mils et sa femme Angie Kincaïd, les aventures du barbare se déroulent dans une Bretagne celtique imaginaire dans laquelle les romains n’ont pas encore posé un pied. La sélection des épisodes clés proposés par les éditions Delirium met en lumière des styles aussi hétéroclites qu’efficaces, qui rehaussent un scénario primitif à souhait. Dommage que les planches charbonneuse de Kincaïd n’eussent pas été plus nombreuses, tant celles-ci confèrent au récit une esthétique impressionnante.[5]

    MikeMcMahon de son côté compose des affrontements guerriers dans des planches impressionnantes, s'agençant en une myriade de cases, moments de tensions extrêmes figés par le dessin. Si le scénario manque parfois d’une réflexion aboutie sur les thématiques mythologiques qu’il met en scène – nous sommes dans une fantaisie de pur divertissement dans laquelle on ne retrouve pas les échos des interrogations d’un Robert E.Howard par exemple – l’aspect esthétique de l’ouvrage offre à l’amateur du genre son content de combats épiques, de sorciers maléfiques et de trognes en tous genres.


    6/Conan : les comics-strips inédits : 1978-1979 de Roy Thomas, Ernie Chan & Steve Buscema (Neofelis éditions, 2018)

    Conan, puisqu’on en parle… J’ai toujours louvoyé dans l'orbite des adaptations de Roy Thomas pour le compte des éditions Marvel, craignant sans doute une aseptisation du propos initial de Howard. Pourtant, le graphisme de Steve Buscema m’attirait. Cette réédition forte à propos des éditions Néofélis, qui font dans le comics « vintage », m’a décidé à l’achat. Que je ne regrette pas ! Outre le trait élégant de Buscema et d’Ernie Chan, les scénarios de Roy Thomas s’avèrent souvent très bons, respectant l’esprit du personnage en essayant de ne pas trop l’édulcorer. Ce qui arrive tout de même une fois ou deux, Marvel veillant au grain, je suppose. On retrouve donc la dichotomie entre le barbare et le civilisé corrompu, cher à Howard, traduite dans le langage de la bande dessinée.

    Perdues aux quatre vents, les planches sont issues de matériaux parfois dégradés, et cela se ressent à l’impression. Publiées dans les journaux à une cadence quotidienne, ce qui représente un travail harassant, les planches originelles n'ont pas bénéficié d'une conservation qui les aurait préservées. Vendues ou abîmées par les aléas de la vie, elles ne sont plus disponibles, il faut donc se débrouiller avec l'impression médiocre en vigueur dans les quotidiens, ce qui explicite des empâtements et des défauts inévitables dans le produit fini.

    En regard de la cadence de travail infernale, la cohérence narrative et graphique de l'ensemble force encore plus le respect. Par économie de temps, les dessinateurs se débarrassent des détails pour se concentrer sur l’action, le rythme. Cette méthode par l’épure aboutit à un découpage nerveux, sec comme une trique qui sied à merveille au style de R.E.Howard, lequel ne s’embarquait pas non plus de fioriture inutile. Peut-être une des meilleures adaptations des pérégrinations du barbare.

    Beaux livres :



    7/Dungeons & Dragons : Art & Arcanes : toute l’histoire illustrée d’un jeu légendaire de Michaël Witwer, Kyle Newman, Jon Peterson… [et al.] (Huginn & Muninn, 2018)

    Bonne idée des éditions Huginn & Munnin de déterrer les faits les plus saillants de l’histoire de AD&D. Partant de la base, avec la confection du jeu dans le sous-sol de Gary Gygax et Dave Arnesson, le livre se présente comme une encyclopédie exhaustive de cet univers foutraque qui pioche dans tous les classiques de la fantasy et dans toutes les mythologies. L’occasion de constater que, plus que l’influence trop vite identifiée de Tolkien, Gygax s’abreuvait bien plus aux récits de Howard (encore !) mais aussi aux Cycles des Épées de Fritz Leiber. Du wargame au jeu de rôle, en passant par le jeu vidéo, les auteurs démontrent l’ascendant du grand-père de la culture populaire du XXe et du XXIe siècle. L'ouvrage détaille avec une iconographie pléthorique les étapes de la croissance et de la chute de TSR. Le style un peu trop hagiographique et complaisant nuit parfois au propos, de même que les différents flyers et publicités de l’époque n’apportent pas grand-chose au texte. En revanche les nostalgiques des Royaumes Oubliées et de Dark Sun pourront se régaler des illustrations pleines pages de Jeff Easley, Brom, Larry Elmore & quelques autres qui, par leurs talents, ont contribués à installer durablement AD&D dans l’imaginaire collectif. Un ouvrage sympathique, qui trouvera sa place dans les étagères des vieux rôlistes…

    ___________________________________________________________

    [1] — Films mettant en scène des yakuzas s’entretuant dans des guerres de territoires sanglantes. Le pinacle de ce sous-genre du polar est porté par des réalisateurs comme Kinji Fukasaku, Seijun Suzuki et certains films de Takashi Miike.

    [2] — Le juge voit sa femme devenir une meurtrière grâce à d’habiles suggestions toxicologiques du Comte, le banquier est acculé à la banqueroute, le militaire déshonoré…

    [3] — L’adaptation en anime, Gankutsuou de Mahiro Maeda, se souviendra de ce rapprochement pour creuser encore plus le sillon du gothique débridé grâce à un choix graphique inédit et audacieux tout en franchissant allégrement la frontière du fantastique, le Comte se métamorphosant en authentique vampire.


    [4] Magazine de BD anglais mythique, hanté par des titres hauts en couleur de la contre-culture comme Marshal Law, Judge Dreed, la Balade de Halo Jone etc..
     

    [5] — J’ajoute aussi que le travail accompli par cette dessinatrice renvoie au tapis nombre d’autres de ses consœurs qui pleurent à longueur d’éditos geignards sur l’absence de femmes dans les nominations angoulémoises. Outre que je me moque éperdument du sexe d’un artiste, je souligne ici que le fait que réclamer des quotas ne va pas sauver ces belles personnes de la médiocrité graphique dans laquelle elles se complaisent. Que ce soit une Angie Kincaïd qui donne dans la fantasy bourrine ou une Chantal Montellier, il existe des femmes talentueuses qui méritent d’être reconnues. Mais c’est étrange, ces virtuoses de la plume et du pinceau ne perdent pas de temps en trémolos outrés sur Twitter. Elles bossent !

    mardi 3 juillet 2012

    Preview : On lave son linge sale en famille.

    Comme je ne serais pas très présent durant les deux mois qui viennent, la rédaction de mon premier roman étant chronophage, je vous propose des aperçus de projets en cours, dont celui-ci que je scénarise et qui est dessiné par la talentueuse Didizuka.


    Scénario avec pré-découpage.

    Découpage.

    Crayonné et encrage.

    mardi 15 mai 2012

    La BD de Reportage en Question

    Après une très longue absence dû autant à un boulot accru qu'à un monstrueux déménagement (je ne m'en suis pas encore remis d'ailleurs), j'ai très peu posté depuis deux mois et mes nombreux projets en ont pâti. Autant dire que je vais m'y remettre sous peu avec la suite de la nouvelle, et d'autres petites choses. En attendant, une nouvelle critique BD sur un phénomène de plus en plus à la mode mais que je trouve un poil limité...

    GAZA 1956, EN MARGE DE L’HISTOIRE/JOE SACCO

    Pour bien réfléchir autour de la bande-dessinée de reportage, il est important de se poser la question du médium. Est-ce que, à notre époque, la BD est le médium le plus approprié pour rendre compte un événement donné dans toute sa complexité ? Ne vaut-il pas mieux parfois une bonne fiction des familles pour pouvoir embrasser une culture, un événement….



    Non pas que certaines BD de journalisme manquent d’un dessin approprié ou d’un propos mais je m’interroge sérieusement sur la pertinence de celles-ci. La BD journalistique n’a rien à voir avec les anciennes illustrations exécutées par des artistes besogneux pour les quotidiens du 19ème siècle. (comme dans des quotidiens comme "l’assiette au beurre" ou "l’illustration" ). Même si Joe Sacco se rapproche un peu de cette démarche, on doit avouer à la lecture que son œuvre est un peu maladroite.
    

    Je m’explique.

    L’auteur décrit un événement oublié de la guerre du Moyen-Orient (le massacre d’une centaine de Gazaouis en 1956) en appliquant à la BD des méthodes de recherche journalistique. Joe Sacco se réclame d’une BD novatrice, qui serait selon lui ancrée dans la Vérité. Hors cette approche du sujet va induire une maladresse contenue dans la nature même du dessin qui n’est que subjectivité. Poser un trait sur sa feuille de papier traduit déjà une intention et un état d’esprit de manière encore plus vive qu’un simple texte, lequel pourra avoir l’apparence d’un compte-rendu sec. (ce qui n’est jamais vraiment le cas nous sommes d’accord.) Le postulat de départ de Joe Sacco ne tient pas une seule seconde face à une analyse minimale de la chose.

    Prenons la photographie par exemple.

    Lorsque les premières photos de reportage apparurent dans les quotidiens, l’opinion publique perçut cette technique comme un la représentation définitive de la Réalité. Hors n’importe quelle photographie est, au sein de la presse, choisie selon des critères très précis. L’angle de prise de vue, les filtres utilisés pour tirer l’image, le grain de l’émulsion chimique….  sont autant d’artifices qui induisent une sensation, un sentiment et donc de la subjectivité. N’importe quelle photo de reportage trahit les intentions conscientes et inconscientes de son auteur et donc LA vérité (si tant en est qu’il y en ait une). Pourtant, une photo est bien plus « objective » dans sa représentation du réel qu’un dessin…
    

    Dans ce cas, comme nous le voyons bien, le présupposé de l’objectivité ne tient pas une seule seconde quand on emploie un médium comme la BD.

    Joe Sacco, en recherche d’authenticité, va jusqu’à se mettre en scène en train de faire les recherches pour son livre, dans un bel accès d’autosatisfaction. Or cette mise en abîme pour le moins gratuite écorche un peu plus un récit trop fouillé, se perdant dans des considérations souvent inutiles. Alors certes, toute cette sombre histoire mérite bien 500 pages mais doit-on forcément souffrir des doutes de son auteur devenant LE personnage central de l’histoire ?

    
    Joe Sacco dans sa propre BD....

    Professer une attitude d’auteur sérieux et remplis de doute (que je ne remets pas forcément en cause) tout en employant LE moyen d’expression le plus subjectif de tous, cela interpelle un peu. L’auteur confesse s’être documenté à l’aide de photos et avoir conçu ses dessins en utilisant ce support, ce qui amène à se poser la question de savoir si la BD était le seul moyen de raconter cette tranche d’histoire et si oui, pourquoi ne pas en tirer une fiction qui aurait eu le mérite de :

    1 – Nous plonger au beau milieu de l’histoire.

    2 – Nous faire oublier toute les lourdeurs narratives dont se rend régulièrement coupable Joe Sacco.


    Au-delà de tout intérêt porté aux événements historiques, malgré un découpage parfois intéressant, les nombreuses tergiversations que l’auteur nous impose finissent par élimer notre bonne volonté de lecteur. Personnellement il m’a fallu 15 longs jours pour venir à bout de ce pavé là où une BD se lit en 30 minutes (disons une semaine pour les énormes pavés…).

    Las, l’auteur avoue ne pas être arrivé à retirer tout le potentiel horrifique du drame qu’il dissèque en long, en large et en travers. Une conclusion prenant la forme d’un tel aveux d’échec a de forte chance de rester en travers de la gorge de nombres de lecteurs (dont votre serviteur). Comme pour se dédouaner, Joe Sacco nous offre donc en toute fin une rapide mise en scène en focalisation interne du calvaire d’une des victimes. Cela ne marche pas.

    Reconnaissons que Joe Sacco se débrouille graphiquement et qu’il posséde les moyens de mettre en scène SA reconstitution. L’ensemble aurait donc gagné à être épuré, l’auteur n’aurait pas dû faire l’impasse sur le choix d’un point de vue, quitte à combler les trous noirs laissés par l’histoire en utilisant son imagination.
    Est-ce vraiment important de savoir si les soldats étaient 40 ou 35 ?? ….

    Une fiction aurait eu le mérite de nous impliquer dans la vie des personnages. On aurait pu s’accrocher à eux et donc charger les silhouettes d’encre de chine de notre compassion….
    Ce choix qui me rend si perplexe peut s’expliquer par un rejet de plus en plus embarrassant d’une part de l’intelligentsia de refuser tout bienfait à la fiction car TOUT aurait été écrit (ou dessiner, comme vous voulez…). Le réel et le présent ne seraient donc devenus l’Alpha et l’Oméga de tout art narratif de qualité. Maintenant et ici deviendrait donc le seul et morne horizon de tout auteur, condamné à tourner en rond autour de son nombril. Cette approche d’un cynisme évident appauvrit considérablement les œuvres actuelles tout en affichant un souverain mépris pour le lecteur lambda (deuxième effet kiss-cool).

    L’AFFAIRE DES AFFAIRES/LAURENT ASTIER ET DENIS ROBERT.


    Un effet que nous retrouvons dans L’Affaire des Affaires, œuvre qui, quoique moins maladroite, manifeste toujours cette volonté de vouloir nier la fonction cathartique de la fiction. Le récit fonctionne mieux, sans doute grâce à un graphisme plus énergique mais on se sent peu à peu gagner par un ennui morose. La faute à une histoire complexe dont les tenants et aboutissants, même s’ils sont graves, ne sont que maladroitement mise en valeur.



    On aurait pu se passer des longues séquences d’atermoiements de son auteur, lesquelles alternent avec quelques métaphores bien plus efficaces que toutes les circonlocutions légales dont nous abreuve jusqu’à la nausée le héros/scénariste. En effet, en laissant de temps à autre les coudées franches à son dessinateur ce qui donnent lieux à quelques bonnes planches qui nous font rentrer de plein pied dans le domaine de l’illustration, ou du strip caricatural acerbe telle qu’on en faisait dans les journaux satiriques du 19ème siècle.


    En dehors de ces fulgurances qui prouvent encore une fois qu’un dessin vaut mieux que de longues explications, Denis Robert nous expose d’interminables tunnels de dialogues redondants tour en nous assommant à coups de philosophie de comptoir. Pas forcément le meilleur moyen de s’attirer les bonnes grâces du lecteur.

    On se dit alors que le rythme n’a pas été pensé et que les auteurs ne ce sont pas posés la question de la pertinence du support BD pour leurs histoires. Non pas que la BD doive forcément se cantonner à la fiction mais il faut bien comprendre qu’elle est un médium de communication rapide. Le dessin et le texte doivent se compléter et il faut qu’il y ait une adéquation entre la narration écrite et dessinée pour que cela fonctionne correctement. Les japonais l’ont particulièrement bien compris et leurs mangas informatifs n’oublient jamais la place importante de la dramaturgie dans leurs processus (ce qui explique aussi leurs succès, voir les « Gouttes de Dieu » consacrés à l’œnologie.)


    C’est d’autant plus dommageable que les auteurs avaient ici matière à bâtir un excellent suspens en prenant soin de préparer un montage adéquate tout en nous épargnant de longues scènes de dialogues absolument rébarbatives. Je pense que son auteur, en particulier Denis Robert, s’est improvisé scénariste sur le tas, sans prendre en compte les spécificités de la BD. Alors certes, l’appétence du public français pour le linge sale politique (et dieu sait qu’il y en a) a joué en faveur de son auteur mais cela ne fait pas oublier une construction bancale.


    Je pense que cette voie, tout du moins comme elle est envisagée pour le moment, c’est-à-dire sur des phénomènes de mode évanescent, comporte en elle les germes de sa propre destruction. Finalement ce ne sont pas les sujets qui sont en cause de l’échec de la BD de reportage envisagé en occident (je ne parlerais pas du côté asiatique car ils ont une manière de faire autrement plus performante de ce point de vue.) mais bien la manière de traiter le sujet. Tout se passe comme si les auteurs ne peuvent pas se séparer de leurs imposants égos et que celui-ci devait forcément phagocyter le sujet.

    Que ce soit Joe Sacco ou Denis Robert, les choix de mises en scènes desservent le propos. Si les deux auteurs, journaliste de formation à la base, ont d’indéniables qualités dans leurs domaines respectifs, il est important de remarquer que devenir un auteur de BD demande de s’entraîner tous les jours. Il ne s’agit pas ici de faire du journalisme mais de raconter une histoire par le biais de personnages. Quelque-soit la notoriété gagnée par un journaliste, cela ne fait pas de lui un bon auteur de BD.

    samedi 1 octobre 2011

    Monatos planche 18.

    Il s'agit d'une BD commencée avec le dessinateur DavB depuis un an environ. Essentiellement expérimental, nous essayons pas mal de chose (enfin plus DavB que moi à ce stade, gloire à lui) autant sur l'histoire que graphiquement. Voici deux tentative de la planche 18 au cours de laquelle l'héroïne est envoûtée par le couple royale du royaume du rêve, Titania et Obéron....