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    mercredi 1 janvier 2025

    Ephéméride 2024-2025

    Cela fait un moment que je n’ai plus réalisé d’éphéméride pour la nouvelle année, mais j’ai éprouvé le besoin de jeter un coup d’œil dans le passé de ce blog pour en tirer quelques conclusions avant de démarrer l’année 2025, laquelle, les personnes qui possèdent une once de jugeote n’en doutent pas une seconde, sera encore pire que 2024, car chaque année, c’est connu : tout augmente ! C’est une loi universelle, gravée dans le marbre de l’éternité (si tant est qu’une telle chose existe !).


    Cet article sera subjectif, grinçant, et foutraque ! Vous êtes prévenu.

    D’abord, je noterai en préambule que ce blog a plus de dix ans, et qu’il est resté mon espace de communication préféré avec le vaste monde, bien plus que les autres moyens apparus depuis, ce qui me classe, je l’imagine sans peine, dans la catégorie des « Boomers », quoique je n’appartienne en aucune manière à cette génération. Ni Fesse-de-Bouc et son abominable interface, ni ex-Twitter ce nids à trépanés du cerveau pour qui 140 caractères représentent le summum de la lecture philosophique et encore moins les suivant, comme ce cancer cérébral de TikTok, ne m’ont convaincu. J’use bien d’Instagram, mais j’avoue qu’il s’agit d’un pis-allée, d’autant plus que cette plate-forme se désertifie. Quant à ma page Deviant-Art, elle demeure en état de coma depuis un bon moment déjà, étant donné que je n’ai plus dessiné depuis… Trop longtemps pour mon propre bien-être mental.

    Depuis que j’ai abandonné critiques et autres analyses filmiques, la fréquentation du blog a drastiquement chuté, comme je m’y attendais. La critique offre un certain confort pour le lecteur qui se sent en connivence graveleuse avec celui qui émet une opinion sur un objet culturel plus ou moins connu. Cette forme de complaisance me plaisait de moins en moins et cet exercice me gâchait ce que je lisais ou ce que je voyais, puisque le processus d’assimilation de l’œuvre était destiné à nourrir les articles en retour. Cependant, l’écriture de ces articles ne s’est pas avérée inutile, au contraire, s’interroger sur nos goûts, sur ce qui les articulent et comment cela s’emboîte reste une démarche intéressante et riche d’enseignements quant elle est accomplie avec honnêteté, mais d’une part, je n’arrivais juste plus à suivre le rythme des sorties, d’autre part, je trouvai de plus en plus pénible de n’avoir pour visites que des personnes venues là pour le ricanement. Même sur d’autres sites, cette expression de sarcasme pédante, un peu vaine, m’est passée comme un rot acide en bouche. Malgré tout, il est à noter qu’à ce jour, mon article sur l’adaptation ratée de Gunnm de Robert Rodriguez attire toujours des lecteurs, mais peu d’entre eux explorent le monde autour de ce court texte, lequel ne mérite pas autant de reconnaissance tant je l'ai torché en vitesse entre deux portes.

    À travers ces lectures critiques, j’avoue que j’ai éprouvé un dégoût de plus en plus lancinant vis-à-vis de ce que l’on me proposait. Tant et tant de récits actuels ne possèdent plus l’étoffe de ce qui sortait dans les années 80-90. J’orbite peut-être autour d'une idée de vieux con – et pourquoi pas, j’assume, j'en ai l’âge – mais il me semble que la créativité de manière globale – avec toutes les exceptions qui sont à inclure là-dedans – a subi une nette baisse de qualité au mitan des années 2000. Pourtant, pour le « moi-d’autrefois » trouvait dans cette boue une sujet bien gras à exploiter, mais voilà, avec mes récits en préparation, et l’existence qui s’en est mêlée, je l’ai définitivement accompli le tour de la question.

    Enfin, il y a un second élément dans l’équation : entre mon déménagement et les innombrables problèmes liés non seulement à mon logement, mais aussi à mon travail, j’ai éprouvé plus d'une fois les limites du surmenage, ce qui m’a obligé à me recentrer sur mes textes et la publication de ceux-ci.

    Ce qui m’amène à l’essentiel :
    Entre la collaboration fructueuse avec MakuZoku, ExpExp et plus récemment de K-Zlovetch ou WingedAyalis, je suis très content de la palette de style présente sur ce blog.

    Tout cela est bien beau, mais une personne un tantinet curieuse me demanderait pourquoi est-ce que je m'obstine à m’associer avec des illustrateurs alors que j’écris ?

    Les trois quarts de mon activité artistique se réalisent à « porte close », c’est-à-dire que je ne montre pas de texte en cours d'avancement, car je les juge illisibles. Ce qui me prive de matière pour entretenir ce lieu qui est censé être une vitrine de mes travaux. Du coup, le recourt à des illustrateurs de talents m’a paru comme une solution judicieuses pour lever le voile sur une partie de ces univers sur lesquels je passe – mine de rien – une heure à une heure et demie par jour, tous les jours, depuis plus de quinze ans maintenant.

    En parlant de cela, je suis aussi content de la collaboration que j’ai débuté avec l’écrivain Tom Larret qui m’a permis de rédiger une courte nouvelle à quatre mains, processus dont je raffole puisque je l’ai déjà expérimenté avec Steve Martin sur l’Œil & la Griffe. J’espère renouveler ce genre de « bœufs » littéraire, tant cela procure un effet galvanisant sur la création.

    Au final, je suis assez satisfait de l’orientation de cet endroit, même si l’hémorragie de lecteurs se poursuit de manière inexorable. Je pense que cela ne s’arrêtera pas : la guerre de l’attention entre les différents médias est devenue féroce, et je ne posséderai jamais la machinerie capable de rivaliser avec des groupes et des personnes bien plus équipés dans le domaine que je ne le serais jamais.

    Maintenant, un petit résumé de ma production de 2023-2024 : 

    2023 a été une drôle d’année : j’ai sorti deux titres, mais l’un d’eux, les Céruléens, restera encore bloqué dans les limbes pour longtemps, je le crains. Le sujet en est tellement polémique que je ne l’exposerai pas sur la place publique. C’est pourtant dommage, car j’aimais bien la manière dont j’avais agencé le récit, et la dynamique entre Ethel Arkady et son alter ego « divine », la cruelle et colérique Sekhmet.

    Mais je me suis rattrapé avec Pornopolis : Akemi Himiko, un mini-comics qui narre la première rencontre entre Ethel Arkady et Akemi Himiko, une antagoniste que j’apprécie énormément, et qui reviendra, n’en doutez point, dans d’autres histoires, notamment Un Dîner en Ville.

    J’en ai parlé en long, en large, et en travers, mais ma meilleure sortie date de la fin d’année 2024 : Adélaïde : livre premier : les journal d’Herbert Engellmann couronne près de 10 ans de travaux sur un monstre littéraire dans lequel je me suis lancé à corps perdu. Quoique n’ayant pas Ethel Arkady comme protagoniste, il se déroule dans son univers, et l’explore un peu plus en profondeur, le tout sur fond de guerre civile. C’est une histoire ambitieuse, dont je suis assez fière, en particulier de l’avoir amené à un premier tome fini.

    En parlant de cela, je vais lister ici les différents textes sur lesquels j'avance, pour vous donner un aperçu de ma production pour l’année à venir :

    – Adélaïde : second livre : le Récit de Ned Flaherty.
    Après avoir collé aux basques d’Herbert Engellmann, ce récit s’accroche à celles de son détective privé, Ned Flaherty, lequel est nanti d’un bras gauche artificiel conçu par le même Engellmann, ce qui facilitera son enquête en eaux troubles, entre vampires, faëries et rumeurs d’assassinat présidentiel. Une histoire qui renvoie autant au Steampunk qu’au polar hard-boiled avec quelques femmes fatales comme la « Chasseresse Pourpre » avec laquelle Ned sera obligé de s’allier, contre son gré, bien entendu !

    – La Chauve-Souris d’Or :
    En 1921, on retrouve Ethel Arkady sur le paquebot de luxe SS Diamant, en compagne de l’archéologue Gertrude Bell, laquelle a exhumé un artefact remontant à une période préhumaine : une « chauve-souris d’or » qui attirera la convoitise du sorcier Aleister Crowley. Un récit qui plonge avec délice dans le « pulp » et dont j’ai enfin achevé le premier jet. J’aime bien cette histoire, quoiqu’elle présente un aspect assez foutraque, mais elle se clôt sur une de mes meilleures scènes d’action dans laquelle Arkady affronte une abomination lovecraftienne, le tout sur fond de tempête apocalyptique.

    – 100 Cercueils partie 1 :
    Celui-là, je pense que je le découperai en trois parties. En 1847, en Arizona, Ethel Arkady alors âgée de 12 ans, se retrouve prisonnière de l’orphelinarium de « la Veuve Noire » après avoir perdu ses parents pendant la bataille de Monterrey. Cette institution, gérée par les vampires, produit, au terme d’une sélection drastique, des sujets capables de devenir des « goules ». Apprentissage du combat, des poisons, mais aussi culturel, rien n’est épargné aux têtes blondes. On y suivra donc les déboires d’Arkady – qui n’a même pas encore gagné son nom – pour s’évader de cet enfer terrestre. Alors, ici, j’avais envie de me confronter à un style que j’avoue ne pas trop porter dans mon cœur : la « Young Littérature ».

    – Pornopolis 1 & 2 :
    Retour dans nos années 2000 et des brouettes, pour l’aventure la plus « cul » d’Ethel Arkady qui aura commis l’erreur de se confier au mauvais amant, ce qui l’enverra tout droit entre les bras d’Akemi Himiko, un de ses plus redoutables adversaires. Je peaufine ce récit depuis longtemps, au point que j’en ai déjà scribouillé plus de quatre versions sans être satisfait. Cette fois, c’est la bonne et j’espère sortir le premier tome, illustré, courant 2025 ! Le deuxième est en cours de rédaction, et il promet d’être aussi complexe en termes d’inflorescences descriptives.

    – Un Dîner en Ville :
    Alors… pressenti comme la nouvelle annuelle s’intercalant entre Pornopolis 2 & 3 pour creuser un peu plus la relation entre Ethel Arkady & Akemi Himiko auxquels je souhaitais offrir une aventure en duo, ce texte a grossi jusqu’à atteindre les dimensions d’un court roman dont j’ai achevé le premier jet. Néanmoins, je suis assez satisfait de celui-ci, même si la fin m’a surpris moi-même. Se situant dans le cadre de Pornopolis, cette histoire possède une évidente charge érotique !

    – Les Chroniques de Yelgor : chant deuxième : la Nuit du Fer-Vivant :
    Après le premier tome, je me suis vraiment lancé dans une saga de « fantasy » complète, avec une véritable odyssée pour nos personnages qui ont toujours les adorateurs de Sol aux fesses. Comme si cela ne suffisait pas, j’ai rallongé la sauce en narrant les aventures de jeunesse d’Allytah Nédérada, notamment le chapitre de sa vie où elle perd son bras droit, ce qui a un tantinet agrandi le récit à un tel point que je me demande si je ne séparerai pas ce roman en deux. À ma décharge, la carte de Yelgor m’offre pléthore de possibilités, et l’extension de l’histoire vers l’extérieure (le premier tome demeurait un quasi hui-clos) me permet d’explorer ce monde très particulier, et comme j’apprécie le fait de me surprendre, je le peuple de tout un tas de créatures exotiques plus ou moins fréquentables.

    J’en resterai là pour ces éphémérides !

    En vous souhaitant chance et bonne santé pour l’avenir.

    dimanche 11 avril 2021

    Bibliothèque des Ombres : la BD à l'heure Argentine

    Gros plan sur la bande dessinée argentine qui mérite d'être bien plus connues sous nos latitudes.

    Perramus : la ville & l'oubli /Juan Sasturain & Alberto Breccia :
    Éditions Futuropolis 

    Ayant obtenu l’oubli auprès d’une sorcière après une délation, un homme sans nom – qui deviendra le fameux « Perramus » – est embarqué dans une série de voyage aux frontières de la réalité en compagnie de l’écrivain Jean-Louis Borgés et d’acolytes excentriques. Leurs buts : sauver la Vérité qui se meurt sous les bottes de la dictature des Généraux.

    En 1976, l’Argentine bascule sous le régime dictatorial des Généraux. L’absurde et l’arbitraire régissent la vie du dessinateur Alberto Breccia. De cette époque il tire, en compagnie du scénariste Juan Sasturain, cette épopée grotesque, aux confins du réalisme fantastique cher à Gabriel García Márquez. Usant sans retenu d’un trait torturé, de lavis blafards, associés à de nombreux collages et autres expérimentations visuelles inédites, Breccia nimbe d’une angoisse omniprésente le moindre geste de ses personnages.

    Car, outre les visages grimaçants que Breccia impose à toutes les figures de l’autorité, les métamorphosant en gargouilles immondes, l’histoire n’est pas en reste en termes de surréalisme absurde, grotesque et effrayant. Un nabab de l’exploitation de guano, une île prisonnière d’une guerre perpétuelle contre un ennemi dérisoire, un réalisateur de bande-annonce pour des films de propagande qui ne seront jamais tournés… ne sont que quelques exemples des aberrations croisées par nos héros.

    Chef-d’œuvre de la Bande-Dessinée mondiale, Perramus est surtout un avertissement minutieux sur les symptômes de la dictature que sont l’absurde et l’arbitraire. Une lecture importante !

    La Grande Arnaque : Intégrale / Carlos Trillo & Domingo Mandrafina
    Édition Ilatina

    Dans un pays imaginaire d’Amérique du sud, un général corrompu transforme sa nièce en une idole destinée à édifier sa population. Agressée par son oncle, objet des désirs libidineux d’un ex-officier SS, l’idole décide d’échapper à l’emprise de ces hommes malfaisants. Elle se réfugie auprès d’un privé miteux pour établir un plan afin disparaître. Mais le duo croisera sur sa route le tueur le plus redouté de la junte : l’Iguane…

    Les nouvelles éditions iLatina déterrent le patrimoine, assez peu connu dans nos contrées, de la BD sud-américaine et pour cette première salve livrent des incunables du genre. Tout comme Alberto Breccia, avec qui il a déjà travaillé, le scénariste Carlos Trillo a vécu la sinistre dictature des généraux. Il se sert ici du polar hard-boiled pour explorer les ressorts de la propagande à travers ses personnages, dont le fameux Iguane.

    Le noir et blanc sobre et les trognes expressives de Mandrafina font des merveilles pour matérialiser cette histoire sur la manipulation des symboles par un pouvoir oppresseur dont la justesse reste, hélas, d’actualité.

    Alvar Mayor : les cités légendaires / Carlos Trillo & Enrique Breccia
    Éditions Ilatina

    Cartographe née dans les cimes de l’Amazonie, Alva Mayor entraîne avec lui les aventuriers à la conquête des prétendues cités d’or qui les attendraient dans les profondeurs de la forêt.

    En plusieurs contes cruels, le scénariste Carlos Trillo déroule une intrigue historique dans une ambiance moite, matérialisée par le noir et blanc suffocant d’Enrique Breccia. Entre réalité et mysticisme, Alvar Mayor entraîne à sa suite des Européens rendus fous par la quête de richesse, tombant souvent dans les hallucinations engendrées par la fièvre de l’or, partageant en cela le destin d’un certain Aguirre.

    Jetant un regard désabusé sur le monde qui l’entoure, le personnage principal navigue entre ses deux cultures, ce qui lui permet de faire le lien entre les différents protagonistes qu’il aura l’occasion d’emmener dans son sillage. À la veulerie ordinaire répondent les mythes ancestraux qui acquièrent une réalité presque palpable et dangereuse dans l’environnement sylvestre.

    Bien que chaque histoire possède sa propre fin, toutes partagent comme thématique commune une plongée dans les méandres de l’inconscient humain.

    vendredi 30 octobre 2020

    Les Années Fléaux (d'après Norman Spinrad)

    Les récents événements m’invitant à penser que « Winter is Coming » et au pas de charge, j’en profite donc pour déterrer une vieillerie rester dans mes cartons. Cette BD en quatre planches a été réalisée en 2003, dans le cadre d’un atelier. Elle adapte de manière très infidèle l’excellente nouvelle Les Années Fléaux de l’auteur visionnaire – un peu trop à mon goût, pour être honnête – Norman Spinrad. Parce qu’au train où nous fonçons vers le mur, j’ai la sensation que nous nous préparons à un futur immédiat en forme de dysenterie. 

    Cliquez sur les images pour la lecture !

     

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    Postface :

    Nos Années Fléaux

    Ou quand la réalité rejoint la fiction...

    Les autorités aux manettes s’accommodent de jouer les pompiers pyromanes. Après tout, ne goûte-t-on pas à notre tour à la fameuse Stratégie du Choc théorisée par les Chicago Boys et déployée dans les pays du tiers-monde pour évincer les régimes un peu trop à gauche aux goûts de l'Oncle Sam ? C’est à notre tour de danser une tarentelle infinie, comme un Troupeau Aveugle, vers le ravin de nos illusions qui est juste là, devant vous !

    Nécron1er se fait Néron devant l’incendie de Rome et ne change rien à ses habitudes de pervers narcissique et toute l’Europe suit ce pâle ersatz de Patrick Bateman sous cocaïne avec un bel ensemble. Depuis Mars, ce n'est qu'une suite de mesures complètement ineptes, saupoudré d’un matraquage médiatique à même de briser les esprits les plus résistants. Impossible de passer outre cet égrégore terrifiant qui s’impose dans tous les cerveaux au quotidien. Aussi émergente soit-elle, cette maladie actuelle aurait nécessité, je ne sais pas, peut-être, par exemple, d’agrandir les capacités d’accueil des hôpitaux tout en revalorisant les métiers de la santé. Ou d’ouvrir ces foutus numerus clausus. Rien ne sera fait en six mois, avant la reprise des hostilités grippales. Vous êtes surpris par autant d’incompétence ? 

    Pas moi !

    Il est à craindre que les maigres bénéfices de mesures au mieux abracadabrantesques dont l’efficacité reste encore à démontrer n’aboutissent à la destruction rapide de toutes nos institutions et à un appauvrissement généralisé dont je me demande si, au final, il ne fera pas plus de dégâts que le virus en lui-même. Parce que, à ce train, on se précipite vers une crise économique d’une ampleur jamais connue et à côté de laquelle, celle de 1929 ressemblera à un conte de fées repeint par la palette sirupeuse de l’oncle Walt.

    Donc, je vous invite à lire le mode d’emploi du « monde de demain » que nous propose Norman Spinrad dans les Années Fléaux, entre paupérisation extrême, fléaux endémiques et remise au goût du jour du crimepensée cher à Orwell. Autant dire que je plains sincèrement les générations futures qui vont se coltiner un monde auprès duquel Mad Max fera figure d'aimable blague.

    Humanity Sentenced to Burn !

    lundi 21 septembre 2020

    Vittalium250g : La couverture !

    Il me reste encore un peu de boulot administratif sur mes précédents opus (La Femme Écarlate & Les Chroniques de Yelgor.1 : la nuit de l’auberge sanglante), mais voici qu’est arrivée la superbe couverture de mon complice Duarb Du pour Vittalium250g qui sera, mine de rien, la première aventure au long court d’Ethel Arkady que je publierai, alors que je bosse sur cet univers depuis une bonne dizaine d'années.
     

    Le Pitch :
    La multinationale pharmaceutique ULV inonde les médias de réclame pour son nouveau médicament révolutionnaire : le Vittalium. Accompagnée par le policier surnommé  « le Bouledogue », Ethel Arkady surprend un trafic de dryades vivantes lié à la fabrication de cette panacée en gélules…

    vendredi 23 juin 2017

    Cinoche B comme Bon... : Logan de James Mangold (2017).

    Ce n'était pas gagné d'avance que le film me plaise, d'autant que j'y ai été avec ma compagne sur un gros coup de tête, sans savoir à quel sauce j'aillais être cuisiné. Sachant qu'en prime, les charmants hôtes de Kinépolis Belgium ont tous faits pour me pourrir la séance avec leurs haines des sacs, puisque j'embarque toujours au moins un livre pour esquiver la lobotomie publiciste que nous inflige les multiplexe.

    Une affiche au look rétro parce que merde, ça le fait plus...

     Prologue.

    Premier plan. Un homme dort, ivre mort dans une voiture dont les banquettes et le plancher sont jonchés de cadavres de bouteilles. De lui, nous ne percevons que quelques détails épars, ses chaussures, ses habits défaits. Deuxième plan. Le cadre est rempli par des bottes d'inconnus nerveux. Ils sont en train de dépouiller la limousine de l’ivrogne. La porte s’ouvre. Le conducteur titube, enjoint d'une voix rauque aux gangsters de bien vouloir partir. Cette demande ne recevra qu’un coup de feu pour toute réponse. Alors que les malfrats retournent à leurs affaires comme si de rien n’était, l’homme se relève. Dommage pour eux, cet individu est en partie immortel et possède des griffes d’adamantium sous la peau… Le sang ne tarde pas à couler et les membres tranchés à valser. En une séquence, parmi une des plus belles caractérisations réussies avec celle des Aventuriers de l’Arche Perdue, James Mangold expose ses intentions esthétiques pour les deux heures à venir…

    1. Synopsis.

    Logan nous conte le voyage chaotique d’un Wolverine fatigué, souffrant d’un long empoissonnement suite à l’application d’adamantium sur ses os pour en faire une arme vivante. L’intoxication a pris des proportions telles que même son pouvoir de régénération est saisi de folie : ses plaies se ferment de manière anarchique, ses griffes ne sortent plus aussi bien qu’antan. En attendant une mort, désormais inéluctable, Logan prend soin d'un Charles Xavier en bout de course dont les crises de sénilité peuvent annihiler des centaines de personnes. Les deux vieillards sont flanqués d’un troisième larron, Caliban qui possède le don de débusquer les autres mutants et qui a fui une mystérieuse corporation tentaculaire pour se réfugier dans le trou à rats qui leur sert de demeure. Leurs routes erratiques croisent celle de Laura, une Mexicaine caractérielle d’une dizaine d’années dont les bras et les jambes dissimulent des griffes similaire à celles de Logan. Laura a été exfiltrée d’un programme d’armes vivantes mis au point par les anciens employeurs de Caliban. Et les actionnaires, en appelant à leur milice privée, sont bien décidés à récupérer chaque centime de leur investissement… Acculés par la firme et ses mercenaires, Logan, Xavier et Laura débutent une fuite en avant vers un ailleurs imaginaire.

    2. Le Cinéma est Politique !

    Logan s’avère être la surprise de l’année et la preuve que l’on peut réaliser un film de super-slip sans user d'une imagerie clinquante. Bénéficiant d'un traitement épuré, Jame Mangold évite le recours aux « destructions porn », devenu la norme dans le moindre blockbuster générique. Simple, mais non simpliste, le scénario trace sa route collant de près à nos héros en évacuant le superflu. C’est une fuite en avant, un road-movie matinée de cyberpunk [1] auquel nous assistons. Ce canevas à priori rachitique fournit pourtant assez de matière aux auteurs pour décrire la dégénérescence programmée des États-Unis dont les territoires, comme un miroir de l'organisme souffreteux de Logan, subissent une détérioration accélérée [2]. Il est amusant de constater que – dans ce genre aussi formaté – James Mangold parvient à glisser à intervalles réguliers des critiques acerbes à l'ambiance politique délétère de ce début de millénaire. Dans l’encéphalogramme plat du cinéma grand public actuel, revoir une démarche de créateur intègre apporte un supplément de plaisir au cerveau.

    Dès l’ouverture, on nous présente un Logan esclave, comme d’autres galériens bien réels eux, de l’überisation du travail « Ton patron dans ta poche ». Réduire à ce pitoyable expédient notre héros nous donne une idée vertigineuse de sa chute sans qu’il ait besoin de se lancer dans un résumé des épisodes précédents. Le métier de chauffeur de limousine constitue également un alibi idéal pour démarrer l’intrigue, cette fonction facilitant l’accessibilité et les rencontres. Exit les bases rutilantes et autres « Thunder Room » de pacotilles. L’école de Xavier n’est plus qu’un souvenir lointain. Nos protagonistes squattent une ancienne citerne pourrissante abandonnée là par une multinationale japonaise, car « l’investissement n’était plus profitable », dixit le mercenaire en chef, renvoyant avec cette pique narquoise notre trio à leur condition de clodo. Évoquons aussi les clients de l’hôtel-casino, pantins à peine plus actifs que des crashs-tests dummies, se camant au bandit-manchot. Parfaits symboles d’une civilisation obsédée par la gadgetisation à outrance et le culte de Mammon.

    Le premier acte – se déroulant aux alentours du Nouveau-Mexique – nous présente un sinistre mur faisant office de frontière. La plupart des personnages que croisent nos héros paraissent soient endormis – les badauds de l’hôtel – soit antipathiques comme cette matrone adepte de la délation. Les rares coups de main viendront de la part d’autres marginaux, laissés pour compte de la modernisation forcée de l'Amérique, réfractaires à l'überisation et pratiquants religieux [3]. En plus de ces rencontres, et outre leurs ennemis, notre trio s'accrochera avec des camions autonomes, fonçant en aveugle sur la route et dont le seul dispositif de sécurité est un avertisseur sonore. Un animal ne s’écartant pas à temps de la trajectoire de l’engin automatisé à toutes les chances de se faire écraser. Cette mécanique bornée se retrouvera dans les titanesques moissonneuses batteuses fauchant sans se fatiguer des champs de maïs OGM. L’un des personnages révèle à Logan que ces étendues agraires stériles servent à fabriquer le sirop inverti, un sucre dont l’industrie alimentaire est friande et [4] entraînant une forme de dépendance assez nette, en même temps qu'une perte de la sensation de satiété. McDonald et de nombreuses boîtes raffolent de ce produit. À l'inverse du spirituel et de l'humain, l'automatisation à outrance est présentée ici comme un phénomène néfaste dont l'influence s'exerce à la fois de manière visible — les mercenaires — et de façon plus souterraine, elle est une omniprésente menace à l'arrière-plan.

    Le deuxième acte enfonce encore le clou de l'allégorie sur les méfaits de la marchandisation mécaniste avec la découverte des conditions de naissance de Laura et des autres jeunes mutants. Enfants élevés en laboratoire dans le seul but de faire d’eux des « machines » de guerre, ils sont considérés comme des produits déficients dont il est aisé de se débarrasser. Dans ce monde anticipé asphyxiant, toute existence est calculée à l’aune de son utilité mercantile [5]. Entre la marchandisation des corps – envisagé comme de simples denrées – et l’apparition d’un clone de Logan « décérébré », autant dire que le scénariste-réalisateur n’y va pas avec le dos de la cuillère sur sa critique du libéralisme outrancier. Ce n’est pas non plus un hasard si les mercenaires qui poursuivent assidument nos héros ont des membres mécaniques. Quelque-soient leurs opinions – certaines tirades désabusées de leurs chefs face à la réelle dangerosité de Logan, Laura et Charles Xavier sont tout à fait recevables – ce sont des agents du système – symbolisé par leurs prothèses robotisées – et donc mus par le même nihilisme chaotique que les bolides télécommandés.

    L’introduction du personnage du savant Zander Rice — sorte de docteur Mangele un poil caricatural – si elle entérine les positions prises par le cinéaste, demeure à double tranchant et menace souvent de faire sombrer le film dans le grotesque. L'idée du double de Logan par exemple fleurète avec une thématique de série Z, mais dans le cadre du récit elle instille une métaphore pleine de sens, Logan combattant son monstre intérieur : le Wolverine, cette incarnation de l’arme biologique « parfaite » que le complexe militaro-industriel a vue en lui. Cette réserve mise à part, ce chercheur dévoyé matérialise à merveille une science sans conscience, contaminé par les impératifs économiques, ne se préoccupant plus guère des conséquences de l’utilisation de son savoir.


    Une ambiance de film d'horreur...

    3. Violent Logan.

    Le film de James Mangold s'efforce à fabriquer un antidote à la surenchère de destruction, apanage du genre super-slip très discutable. Son approche  de la violence – pourvu que l’on s’intéresse à ses enjeux – est viscérale. Le réalisateur insiste sur son impact, n’hésitant pas un instant à faire basculer son métrage dans les ornières du gore. Dans une interview [6], le cinéaste confirme le sentiment qui était le mien à la vision, soit que son excessive brutalité n’est pas présente uniquement pour donner un cachet « adulte » à son œuvre afin d'épater la galerie, mais bien pour développer un propos. Dégoutté par l’aspect « inoffensif » qu'arbore les actes extrêmes dans le super-slip, transformant les corps humains en balles de caoutchoucs pouvant défoncer des murs de briques, l’auteur opte pour une démarche inverse dans laquelle le moindre coup entraîne de lourdes conséquences, à la fois physique, mais aussi psychologique. En ce sens, la citation du western Shane de Georges Stevens (1953) mettant en exergue les séquelles de la violence sur le court comme le long terme trouve tout son sens.

    La férocité inhérente à la nature de Logan, qui l’a condamné à être marginalisé, le suit comme une malédiction durant tout le métrage. Cela explique le choix d’une mise en scène sèche, à la fois peu démonstrative – le cinéaste se débrouille souvent pour détourner son objectif –, mais aussi terrifiante dans les quelques plans qui laisse entrevoir le résultat des coups portés : membres tranchés, geyser de sang, têtes coupées et éventrations sont au rendez-vous. Ce refus des conventions du super-slip permet à James Mangold, de nous offrir un moment d'ironie dramatique en jouant sur nos habitudes de spectateur lorsque la limousine en fuite ne parvient pas à défoncer une grille métallique.

    La violence, dans Logan, contamine les relations sociales lesquelles – à de rares exceptions près – sont marquées par le sceau de la bêtise, de la brutalité et/ou de la duplicité de la plupart des protagonistes. Rien que les quelques clients qui se partagent les sièges de la limousine de Logan nous sont antipathiques, oscillant dans un rapport de pure subordination – patron capricieux d’un jour, – et de mépris total, telle cette horde de dindes fêtardes. On ne loupe pas non plus les délateurs zélés, comme cette rombière à l’œil torve et la lippe molle, épiant les moindres faits et gestes des personnages avant de finir par appeler les autorités pour quelques piécettes, entraînant la mort de l’infirmière de Laura.

    Les quelques moments de répit dans cet univers de brutes épaisses et bornés se trouveront lors de deux rencontres significatives, d’une part avec la très pieuse famille afro-américaine dont chacun des membres s’avère très bien caractérisé à coups de petits détails discrets – ce qui nous emmènera à éprouver un peu plus d’empathie pour ces gens, et préparera d’autant mieux le terrain pour la vague de folie qui suivra – puis chez les « enfants perdus », bref interlude de paix avant un ultime déchainement de fureur.

    Mais la soif de sang n’est pas présente que chez les antagonistes. Nos héros – même s’ils servent d’ancrage dans le récit – demeurent des êtres façonnés par la violence. Même malade, Logan conserve quelques traces de Wolverine et la manière dont il découpe les malfrats en quelques secondes sans plus y penser donnent déjà une idée du peu de crédit qu’il accorde à la vie humaine [7]. Charles Xavier, à cause de sa vieillesse, est devenu une bombe mentale à retardement capable d’occire plusieurs personnes à des kilomètres à la ronde. Quant à Laura, elle apparaît dès le début comme un animal indompté dont la propension au massacre le dispute à l’absence de scrupules de ses poursuivants. Ce que les quelques scènes la présentant démontreront, la cadrant comme une créature menaçante fonçant avec férocité sur ses proies.

    La monstruosité de Logan éclate dans deux séquences : d’une part lors de l'attaque de l’hôtel, et d’autre part dans le premier climax se déroulant dans la ferme. La scène de l’hôtel nous offre l’occasion d’éprouver un peu de sympathie pour les antagonistes. Ceux-ci, bloqués par une crise de Charles Xavier, voient débouler vers eux un Logan résistant aux ondes mentales du vieillard. Le mutant dégaine les griffes et progressent inexorablement vers ses ennemis pour les occire les uns après les autres en leur perçant le crâne. Impuissant, les mercenaires contemplent la mort fondre sur eux. James Mangold s’attarde sur les regards terrifiés des hommes épinglés sur place tandis que le fauve se dirige vers eux, inversant l’objet de notre affect. Nous avions identifié ces soldats comme « les méchants » – et nous les avions relégués dans la case des individus à écharper sans plus y revenir – sauf que la cruauté de cette scène nous rappel que ce sont aussi des êtres de chair. En quelques cadrages bien sentis, James Mangold inverse notre référentiel : qu’éprouveriez-vous en voyant arriver sur vous ce monstre griffu alors que vous êtes conscients, mais paralysés ? Les actes de Logan et Laura se chargent alors d’une toute autre résonnance, nous offrant un grand moment de cinéma horrifique.

    Attention ! Ça va piquer un peu...
    Le climax se déroulant dans la ferme joue avec plusieurs thématiques inhérentes au fantastique pour parvenir à ses fins. D’une part, c’est une séquence qui rappelle que la sauvagerie de Logan infecte tous ceux qui l’approchent. Une malédiction qui jouxte la figure du loup-garou et qui s'incarnera dans son clone décérébré, lequel massacrera la famille qui aura eu la malchance d’accueillir le trio de fuyard. J’ai signalé le brio avec lequel le cinéaste parvient à brosser en quelques détails les membres de la maison et ce soin n’avait rien de gratuit. Outre le jeu d’acteurs très juste qui rend encore plus prégnante l’existence de cette communauté, cette patiente description avait pour unique but de nous confronter à la mort de tous ces gens des lames du Wolverine. Le clone, en croquemitaine impassible, remplit sa mission avec une brutalité inouïe, mettant au tapis moult slashers. Vous vous demandiez ce que donnerait un représentant du genre dans lequel le tueur en série masqué et increvable zigouillerait des personnages auxquels vous vous étiez attachés plutôt que les sempiternels ados mous du bulbe ? James Mangold nous offre cette séquence sur un plateau d’argent. Avec ruse, le cinéaste déjoue nos attentes – oui, nous souhaitions assister à un spectacle sanglant –, mais pas de cette manière ! En plus de concevoir trois enjeux dans une même scène – la pitoyable mort de Charles Xavier, l’enlèvement de Laura et le massacre de la famille – James Mangold fignole un combat aussi symbolique que destructeur, opposant Logan à Wolverine. Et nous savons très bien que le premier à peu de chance d’en réchapper entier.

    La violence contamine tout les êtres qu’elle touche, que ce soit au travers de l’intoxication qui épuise Logan – le décomposant petit à petit – que les jeunes mutants, lesquels ne sont pas en reste, lorsque pourchassés et acculés, ils finiront par montrer des dents et utiliser leurs pouvoirs de manière létale. Si les autres films de la franchise X-Men nous épargnaient des visions apocalyptiques, ce n’est pas le cas ici. Encore une fois, l’ambivalence voulue par le réalisateur tourne à plein rendement puisque les capacités surnaturelles infligent d'imposantes mutilations aux adversaires. Les enfants perdus s’uniront pour martyriser le chef des mercenaires avec un sadisme qui renvoie directement à la mort de l’antagoniste de l’Échine du Diable de Guillermo Del Toro. Enfants que le réalisateur n’épargne pas, ainsi Laura est-elle harponnée dans le thorax tandis que d’autres sont exécutés sans état d’âme. Un acte radical qui était — jusqu'à ce film — l'apanage de minuscules productions horrifiques... Que de tels événements puissent être montrés face caméra, sans esquive stylistique, en dit plus long sur l'ahurissante carte blanche qui a dû être âprement négociée en coulisse que n'importe quels plans gore. La violence, surtout lorsqu’elle est exercée contre des mineurs, est un des tabous les plus lourds du cinéma hollywoodien…

    Au final, le cinéaste se joue de nous – nous espérions un film bourrin –, mais en travaillant à tisser un fort lien l’empathique avec les personnages, en les ancrant dans un monde tangible, l'auteur décuple l’impact de ses combats. Et si ces quelques scènes ne durent que quelques intenses secondes, elles ont été préparées avec minutie en amont pour que leurs puissances en soient accrues. Le réalisateur travail le super-slip en le dotant d’une gravité que n’avaient pas les autres représentants du genre. Symbole d’une bestialité à fleurs de peau, Logan/Wolverine était sans nul doute le protagoniste idéal pour questionner notre rapport à la violence. James Mangold s'avère souvent plus roublard dans cet exercice réflexif que les métrages pontifiants de Michael Haneke, car à l’inverse du cinéaste autrichien adulé par la critique cannoise, le réalisateur de Logan respectent son publics.

    La jeune Laura (Dafne Knee) et ses crises de rage aussi lycantropiques que celles de son ainé...

    4. Méta.

    On peut déplorer cette manie qu’ont les derniers films hollywoodiens à faire de la citation d’œuvres antérieures un passage obligé. Il faut pourtant ici reconnaître que James Mangold le fait avec classe et toujours pour servir son propos. Si l'emploi du western Shane s'impose de lui-même, la pensée de l’auteur s'étend à d'autres sphères artistiques, incluant les comics et même Shakespeare dans leurs cheminements.

    Personnage issu d’un comics, Logan est le héros d’un film qui montre des comics, sans être l’adaptation d’aucun d’entre eux. En le rendant « réel », le scénariste fait des bandes-dessinées un compte-rendu d'une l’histoire passée sans que nous sachions comment celles-ci se sont produites. Les BD subliment le passé sans tenir compte de la réalité crasseuse que celui-ci peut présenter, ce que les choix esthétiques du réalisateur ne cessent d’exacerber. La poussière, la crasse et la décrépitude participent pour beaucoup à l’ambiance malade du film. D’autre part, ces quelques fascicules revêtent une importance cruciale pour la jeune Laura dont l’affreuse captivité l’aura coupé de toute culture et donc de tout roman personnel. N’ayant eu que peu d’aperçus du monde extérieur, élevé hors-sol, elle se raccrochera aux illustrés comme d’autres à la foi. Ce parallèle est rendu prégnant par la séquence se déroulant durant le repas de famille [8]. Même si Logan n’a de cesse de ridiculiser la confiance aveugle de sa pupille, l’on devine que cet avatar civilisationnel est pour elle un point d’ancrage, un de ses éléments qui lui apporte une once de spiritualité.

    Le cinéma ajoutera une couche supplémentaire de bagage à Laura, dont elle usera durant l'homélie finale, ne possédant pas d’autre référent pour marquer cette étape de sa vie. Il est à noter qu’alors que l'univers du film nous représente une humanité 2.0, ce sont un vieux fascicule de BD vintage et un antique film des années 50 qui servent de corpus culturel aux héros, comme si l’ère numérique ne produisait que des œuvres évanescentes, à l’obsolescence immédiate.

    La référence à Shakespeare est moins évidente, mais d’une part le scénario de Logan fonctionne comme un drame shakespearien et d’autre part – , et ce, même si le personnage existe bel et bien dans les comics – Caliban est un patronyme tout droit issu de la dernière pièce du barde anglais : la Tempête. Dans ce récit, Caliban est un monstre – symbolisant souvent la violence, la terre et la mort – esclave du magicien Prospero. Il n’est pas très difficile de deviner une analogie avec le rapport trouble qu’entretiennent le mutant éponyme et le docteur Zander Rice. Une relation de subordination insupportable qui s'achèvera par un explosif suicide.

    Littérature, bande-dessinée et cinéma nourrissent l’œuvre de James Mangold de manière habile puisque chaque élément possède une charge parabolique rentrant en résonance avec la trame du scénario, à l’inverse d’autres productions bêtement métatextuelles [9].

    5. Le Syndrome MCU.

    Il faut néanmoins soulever, dans l’accueil critique qui a été fait au film, un paradoxe qui devient de plus en plus prégnant dans la pop-culture actuelle. Le spectateur ne goûte plus un long métrage comme un tout, mais comme l'énième épisode d’une interminable série. Alors que jusqu’à l’aune des années 2000, les œuvres cinématographiques étaient vues comme des objets complets, l’influence croissante du Marvel Cinématic Univers nous a conditionnés à considérer qu'un film ne soit qu’un fragment d’une narration géante, particule infime d'une gigantesque mosaïque dont les différentes pièces s’assembleraient avec une parfaite symétrie. Ce qui appauvrit la qualité des unités qui la composent la grande-œuvre puisque celles-ci deviennent des épisodes coûteux – souvent médiocres – d’une saga dont la finalité est toujours retardée, repoussant les enjeux du récit dans un avenir nébuleux, et donc l’intérêt que l’on éprouve au visionnage. Manne à billets verts pour spectateurs crédules, cette méthode asphyxie le 7e art.

    Si l’on considère que les films doivent se faire suite, il est sûre que ce Logan a dû largué beaucoup d'amateurs de super-slip sur le chemin. Il faut dire que James Mangold et son scénariste ne s’embarrassent guère de la continuité imposée, nouvelle « poule aux d'or » des exécutifs hollywoodiens. Logan se débarrasse d’un revers de main de toute la mythologie X-Men. Ce n’est pas ce qui intéressait les auteurs. Car oui ! Ici l’on parle d’une œuvre d'auteur, et pas d’un quelconque produit torché à la va-vite par un « Yes-man ! » affichant une volonté artistique proche du néant. James Mangold prend les thématiques du comics à bras le corps, mais les transpose dans son propre univers, teinté d’un fort parfum de poussière, de sang et de colts fumants. Parce que, à l’aune des différents films de son réalisateur, il ne fait nul doute que celui-là, bien plus que son premier effort sur la franchise, est marqué par sa sensibilité.

    Outre la violence endémique, on retrouve le goût de Mangold pour les antihéros vieillissants [10] ou en marge de la société, souvent contrebalancés par des opposants aussi ambigus qu’eux [11]. En bref, le réalisateur a apporté dans le monde des super-slips ses thématiques, son style, mettant l’accent sur les fragilités de protagonistes prisonniers d’un système déshumanisant, au lieu de se plier à un cahier des charges épais comme une centaine de bibles. Plutôt que d’attaquer le film sur un point qui n’a jamais été sa pierre d'achoppement – raccrocher les wagons d’une saga – je préfère célébrer celui-ci comme étant une vraie vision d’auteur sur un personnage emblématique.

    Par sa violence viscérale, ses nombreuses zones d’ombres, Logan s’impose pour moi comme l’unique adaptation des X-men valables. L’idée magnifique rampante à l’intérieure de la kitschitude des comics de Chris Claremont – aussi illisibles aujourd’hui que du Blake & Mortimer — ne pouvait trouver meilleur terreau qu’un grand western flamboyant n’hésitant jamais à verser dans la cruauté pour appuyer son propos.

    __________________________________________________________

    [1] — Les amateurs du jeu de rôle Shadowrun apprécieront d’ailleurs le principal antagoniste de l’affaire, un « monsieur Johnson » onctueux au possible, campé par Boyd Holdbrook.

    [2] — Par un « fait exprès » amusant, ce film avec son image sépia et ses paysages déglingués hume tellement la déréliction que l’étape suivante paraît être celle d’un monde à la Mad Max… Un rapprochement pas si innocent que cela puisque le réalisateur avoue avoir été inspiré par la Fury-Road de Georges Miller...

    [3] — À propos du bénédicité : alors que ce passage aurait pu m’extraire de la fiction, je n’y ai vu qu’une opposition passive – peut-être inconsciente – des personnages au matérialisme aride qui les cerne. D’où le fait que cette scène m’ait moins gêné aux entournures, car elle s’inscrit dans un contexte, dans laquelle tous les rapports humains ont été remplacés par la brutalité aveugle de l’économie de marché.

    [4] — Vous retrouverez certainement cette petite mignardise sur la liste des ingrédients de votre nourriture industrielle…

    [5] — On notera ici une légère facilité scénaristique avec ce témoignage recueilli sur Aïe-Phone qui comporte effets de montage et de mise en scène difficile à avaler si la prise de vue a été faite de manière clandestine.

    [6] — in Mad Movies n°305.

    [7] — On pourrait rétorquer que les voleurs ont ouvert le feu en premier, mais la réplique de Logan si l’on y réfléchit à froid, est encore plus psychotique de par l’ampleur des blessures qu’il inflige et de son acharnement.

    [8] — Il y a dans Logan une dichotomie sympathique entre la foi, les objets qui la symbolisent et son importance – les êtres reposant sur un terreau culturel fécond deviennent plus humains que les adeptes du dogme libéral – et de sa relative inutilité face à la brutalité. La religion ne sauve pas la famille lorsque le clone de Logan les attaque. De même que la BD ou la poupée de Wolverine ne sont que des fétiches et n’ont de valeurs que celle qu’on leur donne.

    [9] — Comme l’infect Deadpool qui s’appuie sur des références « geek » pour dérouler son gore décérébré…

    [10] — Sylvester Stallone en vieux flic simplet témoin de la corruption endémique régnant dans sa petite ville dans l’excellent Cop land.

    [11] — Le face à face tendu et moralement ambigu entre le fermier handicapé interprété par Christian Bale et le bandit de grand-chemin incarné par Russel Crowe dans le très bon remake de 3h10 pour Yuma.

    mardi 25 avril 2017

    Philosophie de Comptoir 02 : Attention ! Coup d'état et Macronnades en vue !

    Ces élections françaises qui ont eu lieu ce week-end ensoleillé d’avril 2017, pour furent aussi lamentables qu’historiques. Je m’explique.

    Et il y en a encore des tas comme ça... Quand la préférence (nationale ?) devient aussi voyante, on se fout un peu de notre gueule...

    D'une part, l’on a eu un candidat proposant une refonte de notre république – celui que j’appellerais la Merluche – et, tout aussi important, prennait en considération un environnement qui ne va pas en s’améliorant grâce à cette bonne vieille anthropocène. La Merluche s’est aussitôt attiré la haine caricaturale des éditocrâtes et autre laquais d’or. Même le grand, Joan Sfar, l'aristocrate de la BD que le monde nous envie, est sorti de sa cachette pour nous la jouer en mode propagande des années 30 avec bolcheviques un couteau entre les dents. En étant honnête deux secondes, de communisme, il était très peu question chez Merluche. Néanmoins, les intentions étaient bonnes, mais dérangeantes — surtout pour une certaine forme de commerce — pour une partie de nos maîtres. Il ne fallait pas laisser la moindre chance de passer le cap du second tour à cet histrion !

    En ce sens, la politique de la terre brûlée du duo Hollandouille et Hamon [1] s’est révélée très efficace. Stupide certes, mais efficace. Autant le dire aux gauchistes de tous poils : le parti socialiste est mort, définitivement. François Hollandouille et sa clique de gauchiasses [2] l’ont atomisé et éparpillé aux quatre vents. Même l’idée de socialisme a été anéantie par un quinquennat dont la plus infime décision était frappée du sceau de l’extrême-droite. Pour l’arrivé du F. Haine au pouvoir, on a eu l’entraînement…

    LOL !

    De l’autre l’on a eu au mieux des paltoquets falots, au pire des opportunistes totales. Ah ! Le feuilleton navrant de François Fion le châtelain enchaîné à ses casseroles. Mais ce n’était rien comparé au battage médiatique entourant le retour de l’hyper-président 2.00. Emmanuel Micron, sorte de clone de François Hollandouille et de Nico l’agité. Surfant comme un psychopathe en rut – l’homme pourrait donner son visage au Patrick Bateman d’American Psycho de Brett Easton Ellis dans un remake fantasmé – sur les cicatrices encore à vif du règne de Nico-Napoléon-en-petit, ce politicien véreux a reçu la bénédiction des Dieux médias. En coulisse, il n’est que le masque de Glodman-Sachs, J.P.Norgan et autres banques d’affaires hautement toxiques. Soit le parfait VRP automatique de la finance mondialisée.

    Au final, le scénario était écrit depuis longtemps en une prophétie auto-réalisatrice, à longueur d’éditos et d’émissions télé durant lesquelles le traitement partial des candidats était tellement visible que cela en devenait grotesque. Crachant des mots de manières aléatoires – j’aimerais qu’on m’explique QUI arrive à comprendre les discours de Micron ? – Emmanuel Micron s’est taillé un costard royal, enchaînant les meetings basés sur du vent. La nouvelle de son accession au second a entraîné une copieuse éjaculation des boursicoteurs du CAC 40.

    Hey Paul... On va parler de ton avenir dans la boîte...

    Évidemment, face au second challenger – l’omniprésente Marine La Peine – Emmanuel Micron va gagner, c’est là aussi écrit comme dans un scénario dirigiste de mauvais jeu de rôle téléguidé par un MJ bourré. Sauf que… Sauf qu’à force d’en parler, les médias ont créé un golem tant ils ont contribué à sa dédiabolisation. Ce qui me conduit à considérer que la victoire de Micron n'est pas encore actée. Nous ne sommes plus en 2002 et la donne politique a changé depuis ce lointain passé. La plupart des journalistes et des commentateurs ont deux décennies de retard sur les événements, mais je crains que le présent ne les rattrape par une ironie du sort assez dangereuse, quoique réjouissante sur l'instant…

    En dehors des authentiques nœuds intellectuels, je ne connais aucun être humain sain d'esprit capable de choisir entre la peste et le choléra. Même à droite, je ne les vois pas adhérer à Micron, celui-ci étant un rot émanant directement du dernier gouvernement. D'autre part, il n'est pas certains que ceux qui ont voté à « gauche » enfin, je veux dire socialiste, reporte leurs voix sur le roquet qui n’aura gagné que par forfait. À ce stade, et à moins de comptabiliser les bulletins blancs, je crains que le calcul des banquiers ne soit caduc. Cela étant, le milieu des affaires – comme nous l’apprend l’histoire – s’accommode très bien des régimes fascistes. En ce sens, la Peine est pour eux moins nocive – car tournée vers un passé déjà mort et enterré depuis des décennies – qu’un Merluche plus conscient qu’un cap doit être franchi à l’orée de ce nouveau millénaire [3].

     Les crevards, je suis là ! Ça va chier !
    Pour ma part, cette comédie, ce sera sans moi. Mais je nous souhaite bien du courage parce nous allons de toute façon encore perdre cinq ans.
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    [1] – Une insupportable Valls médiatique en 49.3 temps : Hamon appelle la Merluche à le rejoindre. Hamon et ses multiples revers de vestes, son programme improvisé en direct des plateaux n’est pas un seul instant crédible. La Hollande sort donc de sa prostration pour nous avertir des dangers que représente « le communisme » de la Merluche. La meilleure publicité que notre mérou vindicatif pouvait avoir de la part de la tanche encore aux commandes. Par contre est-ce qu’Hamon a fait le moindre geste en voyant poindre la catastrophe ? Ou n’était-il pas parti prenante – peut-être à son corps défendant – du scénario de la Hollande pour mettre sur le trône son clone ? Mystère ! Toujours est-il que le résultat est là. Je félicite le machiavélisme de la Hollande qui se dissimule sous une apparence de bonhommie affable.

    [2] – Vocable de l’extrême-droite, je sais… Mais cela défini tellement bien ce que je pense très sincèrement de la bande de bras cassés et de girouettes médiocres s’étant disputé le pouvoir ces dernières années. C’est bien simple : ils ont réussi à faire encore pires que leurs prédécesseurs, que ce soit économiquement ou socialement.

    [3] – Sans compter sur la participation aux débats d'un nouvel attentat, qui pointe son nez de la manière la plus opportune du monde...

    Une dernière pour la route. Bateman Style's...
     
     

    mardi 27 septembre 2016

    Philosophie de Comptoir : La carotte poivrée dans l'oignon

    Ouverture d’une nouvelle rubrique de ce blog qui me permettra de me lâcher sur un sujet ou un autre. D’habitude, ma crémerie c’est la fiction, mais parfois il faut sortir de sa zone de confort. Je ne me prétends pas journaliste, sociologue ou quoi que ce soit en –ogue… mais certains événements, certaines personnes ont le don de déclencher des réactions épidermiques chez moi ! Cet espace navigant entre humour noir et recherche de sens est un domaine dans lequel je ne mâcherais pas mes mots. Il y aura moult apartés, grossièretés et pis encore… Amateurs de poneys roses et de sorcières mignonnes, passez votre chemin !



    1. L’Origine du mal.

    Un opportuniste – appelons-le Pandor – a signé avec un célèbre éditeur, que nous renommerons Panama Jack, un album jeunesse qui a envahi les bacs. Jusqu’ici rien que de très logique, mais les choses se gâtent quand on connaît les termes du contrat.

    Selon sa propre légende, Pandor aurait présenté l’embryon de cette BD à plusieurs éditeurs qui auraient refusé, faisant saigner son pauvre petit cœur. Ni une, ni deux le bonhomme passe à l’autopublication sur le Oueb 2.3.4.5 – comme beaucoup d’autres artistes, dont votre serviteur – et il rencontre un phénoménal succès outre-Atlantique. Au passage, celui-ci utilise des bénévoles pour corriger et traduire sa BD en plusieurs langues… La solidarité 2.00 m’arrache des larmes de crocodile ! Le bougre arrive à vivre du mécénat de ses lecteurs de manière confortable pour pouvoir pratiquer son activité à plein temps – petit détail à se mettre sous l’oreille pour la suite.

    Comme beaucoup d’autres personnes, Pandor use d’une licence créative, mais — à la différence de ce blog où j’interdis quiconque d’employer mes travaux à des fins commerciales — notre ami, lui, a laissé son ouvrage libre de droits. Tant qu'on le crédite, n’importe qui peut prendre ses images pour les vendre. Sans qu'il n'ait son mot à dire, ni qu'il n’y touche un kopek. Vous avez bien lu. Pandor explicite sa démarche en développant de l’argument de la pub – gratuite – qu’il reçoit de son œuvre. Pour lui, tous les prolongements annexes de son Webcomics ne sont que des produits dérivés. Ce qui en dit long sur l’esprit mercantile dans lequel est conçue cette « œuvre ».

    J’ignore — et à ce stade je m’en fous — si Pandor a fait appel à Panama Jack pour inonder le marché francophone ou si celui-ci, par l’odeur du succès alléché, l’a contacté. Toujours est-il que ni une, ni deux, l’harpagon des livres signe avec Pandor pour un album tiré à la hauteur d’une bagatelle de 10.000 exemplaires.

    Le chiffre donne une idée de l’indicible bêtise de la chose… Mais en plus Pandor, croyant dur comme fer à sa petite morale égotiste — typique de cette génération née avec une cuillère en argent dans la bouche — est rétribué de 350 $ par mois, considérant Panama Jack comme un mécène. Un choix qui a fait hurler les auteurs de BD professionnels qui bouffent déjà du foin à longueur de temps. De nombreuses personnes sont venues essayer de dialoguer, parmi elles du beau linge (Boulet, le scénariste Thierry Gloris et quelques autres…), mais Pandor campe sur ses positions dans une posture quasi autistique, balayant tous les arguments raisonnables avec un cocktail de chiffres et de moraline indigeste.

    Pour Pandor, Panama Jack ne lui offre que le service de « l'impression ».

    Comment t’expliquer, le demi-sel ?

    Ton accord c’est du caca en barre et ça fout tout le monde dans la panade. À part Panama Jack... qui doit en crever de rire à s’en faire exploser la panse ventrue.

    Ma tronche à l'annonce de cette arnaque...

    2. Du rôle de l’éditeur.

    Ça peut surprendre, mais un éditeur n’est pas un imprimeur. Voilà.

    Quelques minuscules recherchent sur le net — puisque tu aimes ça, Pandor — suffisent pour en avoir la preuve.

    Les premiers éditeurs étaient aussi des imprimeurs et des libraires puisque souvent le dépôt de vente était situé près des rotatives. Mais les deux professions sont distinctes. Au fur et à mesure des mutations du métier, le patron de l’imprimerie se mua en éditeur et les deux fonctions se sont scindées.

    Actuellement, l’éditeur fait un parie sur la viabilité de son poulain et il le diffuse pour que les potentiels lecteurs puissent avoir accès à son œuvre. Ce faisant, il apporte une plus-value au travail de l’auteur en l’aidant à revoir sa copie. Il est son premier public critique, celui qui lui donnera un recule nécessaire pour peaufiner son ouvrage.

    Ensuite, l’éditeur propose un service de révision pour éviter les fôtes d’aurtografes. Il fait le maquettage pour que le livre que vous retrouverez dans votre libraire soit agréable à vos petits yeux ébahis. Enfin, il assure la promotion du produit fini et le défend becs et ongles contre les diatribes de la presse. Éventuellement, il paye aussi la traduction pour la diffusion sur le marché étranger. Tout ceci n'est que théorique et valable dans un monde fait de miel, d'abeilles toutes douces et de merveilleuses licornes.

    Sur l’œuvre de Pandor quel aura été le travail de Panama Jack ?

    Il s’épargne d’entrée de jeu les risques puisqu’il sait déjà que l’œuvre possède un lectorat, prêt à passer à la caisse de surcroît. De plus, la logique de Pandor est tellement tordue qu’elle en devient flippante. Je cite un de ces commentaires :

    « Donc ce buzz, dit-il la vérité ? En partie, oui, c’est pour ça que ça marche. Il est possible à n’importe qui de faire des produits dérivés de […], de façon commerciale, en suivant un ensemble de règles de la Creative Commons Attribution permissive que j’ai établies. [Panama Jack] qui imprime à 10 000 exemplaires mon webcomic n’est qu’un produit dérivé à mes yeux (comme déjà dit). Pour faire un parallèle, je le considère comme si j’avais un film et qu’ils imprimaient la figurine du héros. Rien de plus. Nous avons eu une collaboration que je décris en anglais sur le blog de […] J’en suis satisfait, c’est super cool un premier album imprimé, mais cliquez sur le bouton « HD » sur le site de […], et vous y aurez plus de détails, plus de couleurs que dans l’album imprimé. Ma BD principale, mon support de choix n’est pas l’album de Glénat. Ce n’est pas le média principal de […]. D’autres projets suivront comme l’éditeur allemand […] qui vient de rejoindre le mécénat de […], le livre de la […] ou une édition régionale en breton de […]. Ce n’est que le début, le projet n’a que deux ans et je ne compte pas tout ça comme un manque à gagner. Je n’y vois que les effets positifs de personnes qui utilisent la base de ressources que j’ai créée, avec respect, dans les règles qui me conviennent pour créer plus de valeur autour de la série. Et ça fonctionne. »

    Par où commencer ? Pandor considère que le seul support viable de sa BD c’est le Web. Pourquoi pas, je n’ai rien à lui reprocher. Par contre, imprimer en 10.000 exemplaires une BD au rendu laxiste en pure connaissance de cause exprès me laisse songeur…

    Une BD c’est du papier — des arbres — de la couleur et de la colle. Ce sont des gens qui empaquètent, une distribution et des libraires en fin de chaînes qui doivent gérer des bacs déjà pleins à craquer…

    Enfin, et tout aussi important à mes yeux, un album relié c’est pérenne. C’est pour ça que moult scribouillards – ne prenez pas la mouche, je m'inclus dans le lot – tentent l’édition classique. Bien traité, un livre se conserve très longtemps ! [1] Ses pages ne se corrompent pas et même si votre électricité disparaît, vous pouvez toujours en profiter. Néanmoins le papier à un coût humain et écologique. Et donc, tous ces efforts et quelques arbres ont été mis au service d’une BD — mal imprimé —, qui sera considéré par son auteur comme un vulgaire flyer de MJC [2].

    Et j’ai très envie de demander à ceux qui encouragent ce mec :
    C’est ÇA l’avenir de la BD que vous défendez ?
    Vous vous foutez de ma gueule ?

    Mon ami le loup-garou est emballé à cette idée...

    Le nombre d’exemplaires de cette pantalonnade est atterrant pour une première publication. En général, le tirage pour un premier album d'un jeune dessinateur atteint un millier d'exemplaires — estimation à la louche en étant très, très optimiste — avec une couverture médiatique qui se résume souvent à peau de zob.

    Ajoutons au dossier déjà bien lourd que Panama Jack possède assez de puissance financière pour assurer lui-même la gestion du stock et la diffusion ce qui est logiquement le travail d’un autre intermédiaire dans l’écosystème du livre : le diffuseur. L’économie substantielle que fait Panama Jack sur les droits d'auteurs ET de diffuseur lui permet de rogner sur les droits d'auteurs et de baisser le prix de l'album. Dans un élan de générosité qui arracherait des larmes à Roger Corman il propose la BD à un très petit prix 9,99 €. Même si inférieur à la moyenne pour une BD [3], c’est très cher pour un flyer…

    Et des gens pourtant très intelligents défendent cette magouille !
    Vous pétez un câble, les gars !
    Vous n’avez pas honte ?

    Ah ! Et au fait, j’ai juste une question… Si ta BD est si géniale, Pandor, pourquoi est-ce qu'on a refusé ton projet ? Parce que jusqu’à preuve du contraire, les petits chats et les sorcières façon Miyazaki, ce n’est pas une thématique sujette à polémique, n’est-ce pas ?

    Tes interlocuteurs n’auraient-ils pas cerné, au-delà de la technique virtuose issue de l’animation, une certaine paresse intellectuelle, Pandor ? Tu vois, il y a des éditeurs qui sont des rats en affaire, mais d'autres possèdent assez d’éthique pour te dire non, et dans la foulée te pousser à réfléchir, te remettre en question avec un bon coup de pied au cul.

    Que tes petits Mickey fonctionnent sur le Web c’est une chose, que cela soit mérite un écrin de papier (à la ramasse) pour te faire une obscène pub géante en est une autre…


    Les vieux de la vieille ne lui disent pas merci...

    3. Les Auteurs de BD, ces doux rêveurs en voie de disparition…

    Réveillez-vous ! On vous le dit, l’avenir c’est le crowdfunding. L’éditeur ? Ce n’est qu’un imprimeur !

    Bon.

    De par mon parcours pluridisciplinaire, j’ai croisé moult personnes sur ma route dont des créatifs. Nombre de connaissances, lointaines ou proches tâtaient du crayon – souvent avec un talent insolent – et se posaient des questions pertinentes sur l'art. Nombre d’entre eux n’ont même pas eu ne serait-ce que l’ombre d’une chance qu’éclore comme ils le méritaient. Vous pouvez me rétorquer qu’ils n’avaient qu’à être meilleurs, à croire en eux, car quand on veut, on peut !

    Sauf que non.

    Mais avant de démêler cet imbroglio, retournons quelques décades en arrière, à une époque où le monde de la BD n’était pas bouché par des kikoolols adeptes des préceptes de Saint-Shônen (la volonté plus forte que tout… Mon cul sur la commode !)

    1/ Dans les débuts de la BD francophone, celle-ci paraît sous forme de magazine [4] et les auteurs sont payés à la planche. Plusieurs magazines de BD ont vécu jusqu’à la fin des années 80 qui est, grosso-merdo, le moment ou ça a commencé à déconner grave. Plusieurs de ses journaux ont mis la clé sous la porte tandis que les ventes chutaient. Bon, eux c’est la vieille garde, la crème. Des artistes au sens noble du terme qui en avaient dans le pantalon et qui ont bousculé les conventions d’un jeune média qui en avait besoin. On pourrait citer en vrac Goscinny, Greg, Franquin, Gotlib, mais aussi la bande de Metal Hurlant qui a contribué à la reconnaissance de la BD en tant qu’art à part entière grâce à des monstres graphiques comme Moebius, Druillet, Caza, F’murr… Ce système de paiement à la planche perdure en Italie, au Japon et aux États-Unis. Cette méthode est bancale, mais permet aux plus besogneux de croûter plus ou moins décemment.

    2/ C’est à la fin des années 80 — la datation n’est pas précise, mais cet article n’a pas la prétention de refaire l’histoire de la BD, juste d’expliciter un contexte — que la publication en journal, sauf cas rares, cesse. Les BD seront désormais imprimées sous forme d’album. Autrefois l’album demeurait la récompense pour les séries qui passaient le crash-test de la parution en magazine. L’avantage de l’album est que vous possédez le récit complet (encore que…) L’inconvénient pour les auteurs est que ceux-ci doivent faire un dossier éditorial qui comprendra des planches, des recherches, des découpages… Déjà un bel investissement d’énergie sans avoir la certitude d’être publié. Et quand bien même signent-ils pour un premier recueil, qu’il faut recommencer les démarches d’un projet à l’autre, en admettant que l’album se vende bien. Rappelons aussi pour approfondir le contexte que le ou les auteurs d’un album vivent d’une avance sur droit pendant la confection du bousin. Avance sur droit qu’ils doivent rembourser si l’ouvrage se plante en librairie. De quoi logiquement décourager n’importe qui de vouloir foutre ne serait-ce qu'un pied dans ce marigot.

    3/ Je ne parlerais pas des nombreuses traductions de comics et de mangas dont les mastodontes de l’édition nous inondent. D’après mes observations sur le terrain, le public du franco-belge et des BDs allochtones n’est pas le même et les lecteurs des uns glissent rarement d'un domaine à l'autre. Ensuite je n'entends pas mettre en concurrence des pays dont la sensibilité demeure différente dans l'approche du médium. En nous concentrant sur le Franco-belge, en parcourant les bacs d’une librairie, il est patent que la cadence de publication s’est accélérée jusqu’à atteindre un point limite qui a dévalué le travail fourni sur un album de BD. Combien de ses bouquins ne sont-ils là que pour permettre aux grosses boîtes d’édition de faire du remplissage linéaire ? Une BD de qualité au graphisme inventif et au scénario alerte se retrouvera noyée dans une masse informe de papier. Elle ne sera qu’un dégât collatéral pour mettre en avant un énième épisode d’un milliardaire en blue jeans.

    Avec cette surproduction — et le secteur de la BD n’est pas le seul impacté — comment les auteurs peuvent-ils vivre, puisqu’ils se partagent un public qui n'est pas en expansion. De plus, les écoles d'art forment toujours de petits nouveaux gonflés d’orgueil prés à être dépucelé avec violence par un marché saturé. Il n’est pas étonnant de voir des auteurs – parfois même de vieux briscards — jeter l’éponge.

     
    Attention, pulvérisation sociale en court !

    4. Une erreur d’interprétation.

    Dans un contexte économique dans lequel l’on instaure la loi El-Khomri, Pandor accepte un marché inique, créant un précédent qui ne jouera certainement pas en faveur des auteurs.

    D'un autre côté, les partisans du logiciel libre y voient une révolution, un signe que les choses bougent dans le bon sens. Certes, les licences libres permettent le partage d’information, elles possèdent leurs utilités et je ne renie pas le travail que certaines personnes exécutent pour déblayer le terrain. Je peux même comprendre jusqu’à un certain point leur manière de penser, mais elle ne fonctionne pas dans ce cas précis, car avec Panama Jack en scène, nous ne parlons plus d’un échange, mais de commerce.

    Et cela fausse toute la donne.

    Outre le fait que ceux qui aiment les histoires de Pandor devront passer à la caisse pour avoir l’ouvrage sous un format papier dans une qualité altérée, le côté commercial du projet implique un changement de paradigme. Pandor entraîne, qu’il le veuille ou non, tous les auteurs à sa suite. Croire que les éditeurs n’ont pas les yeux braqués sur ce phénomène relève au mieux de la naïveté, au pire du crime de félonie.

    Gangrené par la culture du gratuit, les futurs auteurs de BD ne devront-ils plus compter que sur l’hypothétique générosité — sujette aux caprices, aux modes et à l’air du temps — des internautes pour pouvoir en vivre ? Car Pandor ne jure que par des systèmes de financement en ligne. Dans certains commentaires qui entourent cette affaire, une statisticienne reprend les chiffres issus de ses sites, et ils font peur. Sur un nombre faramineux d’inscrits, seule une petite poignée arrive à faire leur beurre en marchant sur la gueule des voisins. Violence sociale, que ferait-on sans toi, ma douce ?

    Ces sites, surfant sur le Webeldorado façon Über — dont ils ne sont que la déclinaison pour les artistes — se sucrent au passage d’un pourcentage sur les donateurs. Ne leurs jetons pas l'opprobre, ce sont avant tout des entreprises, pas des organismes de charité. Les sommes captées et reversées par ce système court-circuitent les cotisations sociales et les autres dispositions de solidarité nationale [5]. Au final, nous obtenons un mécanisme encore plus exclusif que celui de l’édition normale assortie d’un individualisme inouï qui laissera pas mal de naïfs sur le carreau quand il faudra se payer les soins de santé. Ajoutons à cela que les auteurs qui dépendent de ce système sont livrés pieds et poings liés aux caprices de leurs publics qui peuvent se détourner d’eux à la moindre tocade.

    En France les études artistiques coûtent assez souvent un bras [6] et une large partie de la population ne peux pas y avoir accès même en se saignant aux quatre veines. Or cet enseignement n’est pas anecdotique, car le dessin, la mise en scène et le scénario s’apprennent comme n’importe quel autre domaine de connaissance. L’école n’est certes pas l'unique moyen d’acquérir ces techniques qui transforment un peintre du dimanche en un artisan accompli, on peut tout à fait se débrouiller en autodidacte, la montagne à gravir n'en est cependant que plus haute… Répétons-le, mais ce n’est pas parce que l’on prend un crayon en main que l’on peut se targuer d’être un artiste du jour au lendemain. Tout cela représente un coût en temps, en argent et en travail.

    Quand Pandor se donne, la gueule enfarinée, à Panama Jack avec pour seul filet de sauvetage un public qui peut l’abandonner aux premiers changements de mode, cela revient à se livrer pieds et poings liés à deux systèmes qui fonctionnent de la manière similaire. L’un possède encore la faible sécurité d’un « choix », d’une prise de risque de la part de l’éditeur tandis que le deuxième est administré par les caprices d’une foule consensuelle. Cela ne devrait pas rassurer Pandor…

    Parce que je ne suis pas certain que Panama Jack ou d’autres de son acabit attendaient de la part d’un auteur un tel renoncement à ses droits les plus basiques. Alors que toutes les actualités montrent que notre système économique cherche de plus en plus à se débarrasser de l'humain, voilà un idiot qui réalise les fantasmes des actionnaires avec un sourire étincelant.

    Je n’ai même pas envie d’épiloguer sur le fait que le bougre se félicite de s’être forgé grâce à sa force de volonté et tout le sempiternel tralala de cette caste de gens imbus d'eux-mêmes. Il retombera sur ses pattes, il a eu le temps et l'argent de se mener une porte de sortie, mais pas les autres, ceux qui rament déjà et ceux qui n’aspirent qu’à éclore.

    Non ! Les licences libres, extraites de leur contexte aux forceps comme cela a été fait ici ne sont pas une solution. Pire, elles peuvent provoquer un dangereux précédent qui va offrir une arme supplémentaire aux gros éditeurs pour accaparer des contrats à moindres frais.

    Que reste-t-il à négocier quand on retire même la paternité d’une œuvre à son auteur ?

    Désolé fils, mais d’autres ont réussi comme-ça, accepte de mettre ton paraphe sur tes petits dessins pour qu’on soit réglo et prend une carotte poivrée dans l'oignon ?


    La négociation du contrat d'auteur moderne...

    5. Des Licences Libres.

    Que l’on ne se méprenne pas, ce blog et sous licence libre non commerciale. Cela veut dire que je refuse que tout ce qui a été écrit ou montré ici soit vendu sur mon dos. Si contrat il y doit y avoir, je compte bien en retirer un fruit pécuniaire. Je ne méprise pas encore assez mon travail pour tendre le cul et me faire tondre. C’est parce que la mention « non-commerciale » existe que nous pouvons partager de nos talents respectifs sur la toile dans une relative quiétude, sans craindre de nous retrouver exploiter par des margoulins sans scrupules. Le système est bancal, mais au moins fournit-il une corde de sécurité.

    Les licences libres ne sont pas là pour permettre au premier éditeur fainéant de se baisser et de s’emparer de l’œuvre qui aura fait le buzz pour se sucrer dessus. Outre que l’on avait déjà connu le brouillon de cette méthode avec la vague des Blogs-girly de sinistres mémoires, voilà que l’on devrait tout céder aux grands seigneurs des livres et en être reconnaissant, car « ils ont le cœur sur la main ».

    Croire qu’internet fait office de solution miracle c’est se foutre le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Il est loin le temps de l’exploration de ce continent virtuel. Les portes se sont peu à peu fermées et les plateformes collaboratives ont vu l’émergence de société mettant en place leur web artiste, produits aseptisés pour attirer le lambda inculte.

    Avec le système du crowdfunding, il est à craindre que la création ne s’homogénéise encore plus. Les goûts et les allégeances du public sont trop volatiles et consensuels pour que l’on puisse s’appuyer sur un pareil mécénat pour construire une œuvre cohérente qui ne radote pas les derniers succès populaires du moment. Pour preuve, le style de Pandor ne reprend que des motifs déjà vu qui renvoient au Miyazaki de Totoro sans rien paner à l’essence des films qu’il imite maladroitement. Avec cette façon de fonctionner, les œuvres ambitieuses seraient balayées dans les poubelles de l'histoire. Cette méthode fabriquerait à terme un darwinisme social encore plus agressif que celui du monde de l’entreprise au profit des plus habiles à flatter leur audience en débitant en boucle les mêmes thèmes insipides.

    Le système éditorial actuel est certes perclus de défauts, mais il ne faut pas pour autant oublier que de petits éditeurs effectuent un véritable travail, défendent des auteurs qui ne sont pas forcément en adéquation avec les goûts du public. Et l'on a besoin de personnes qui sont prêtes à se mouiller pour donner naissance à des livres qui remettent en cause nos présupposés, nous fassent réfléchir. Le divertissement peut être intelligent et la BD que vous achetez pour lire dans le métro peut aussi vous parler, derrière les images et les phylactères…

    Interroger son époque, choquer, faire sens et rechercher la beauté dans la fange, c’est l’essence même de l’art. Retirez ceci de l’équation et vous n’obtenez qu’un gâchis d’énergie, de talents et au final de papier.


    Toute cette histoire me donne envie de...
    6. En guise de Conclusion…


    Il y aurait encore une pléthore de choses à rajouter. Cette affaire n’est qu’une énième goutte d’eau dans un le vase fêlé du système éditorial qui a largué depuis des siècles les amarres avec la réalité.

    Que va-t-il advenir de la tonne de papier utilisé pour concrétiser son petit rêve de gamin capricieux et égotiste ? Tout cela aboutira-t-il lamentablement au pilon ? Pandor n’a-t-il vu dans ce marché inique que son intérêt à court terme ? Au reste, puisqu’il fonctionne sous licence libre, pourquoi ne pas avoir poussé le concept jusqu’au bout et se servir des outils disponibles pour réaliser son album en impression à la demande ?

    Sans être forcément contre le système des licences libres, je m’inquiète un tantinet des dérives qui pourraient entraîner un tel précédent. Comprenons bien que rien n’est gratuit dans la vie et que tout à un coût.

    Construire une œuvre d'art nécessite une formation, une connaissance minimale de l’histoire de l’art et de la grammaire du médium que l’on choisit pour s’exprimer.

    Personne ne peut accoucher d’une BD lisible sans s’y consacrer pleinement. Les licences libres offrent certes la possibilité de se tailler une maigre fenêtre pour montrer ses travaux, mais elles ne nourriront pas son homme. Le mécénat du crowdfunding peut-être intéressant, mais son usage reste à double tranchant.

    La solution choisit par Pandor demeure épouvantable parce qu’elle créé une brèche dans le droit d’auteur dont les puissants se serviront pour accentuer la lutte entre tous pour une potentielle et éphémère audience.

    Enfin Pandor, de part son discours incohérent, sa fatuité et ses rêves de gloire est devenu l’incarnation de la mentalité de l’époque : irresponsable. Quand quelqu’un vous présente un contrat sur lequel il est écrit en lettres de sang : Sodomie Pour Tous, la décence veut que l’on dise NON ! On peut toujours dire NON ! Pandor a réussi à faire annuler un projet éditorial antérieur, refuser lui était donc possible. Sous-entendre que l’on se sert du système capitaliste pour son propre profit, de quelques manières dont l’on envisage le profit, c’est lui faire une allégeance de fait.

    ____________________________________________

    [1] Oh ! Oui ! Très longtemps ! En travaillant dans les réserves de ma bibliothèque, j’ai mis la main sur les premiers livres de poche importés par les Américains en Europe après la Seconde Guerre mondiale et même des raretés de 1800 parfaitement lisibles… Le volatil support numérique n’a pas encore atteint cette persistance aux outrages du temps (changement de format de fichiers dû aux caprices des entreprises, corruption des mêmes fichiers, plantages de la machine...)

    [2] Je n'ai rien contre les MJC, c'était pour souligner le côté grotesque de la chose.

    [3] Encore que cela reste relatif si on regarde du côté des mangas.

    [4] Dans le cadre de cet article, j’omettrais les strips qui paraissaient dans certains quotidiens qui obéissent à d’autres règles.

    [5] Pardon, je traduis en langage MEDEF : les charges sociales…

    [6] En gros deux systèmes coexistent en France : d’un côté les écoles privées dont le diplôme n’est pas reconnu par l’état mais dont le minerval coûte un rein sur E-bay par an ; de l’autre les Beaux Arts qui n’ont d’yeux que pour une approche très « art contemporain » – sur lequel il y aurait beaucoup à dire – de l’art d’où le côté technique est volontairement évacué pour se concentrer sur le concept…