dimanche 1 novembre 2026

    Les Chroniques de Yelgor : La Fêtes des Djoros (par Horlod)

    Pas d'article trop long pour ce mois-ci, puisque le dernier m’a demandé pas mal de temps. Comme j’ai achevé les Chroniques de Yelgor 2 et 3, je posterai encore les illustrations qui l’enlumineront au cours de l'année, au fur et à mesure qu'elles arriveront à terme. Horlod a saisi d’une excellente manière le duel « amical » entre une jeune Allytah et Orkeä Aj Vijjsas, la cheffe d’un clan hyksos dans lequel nos héros sont accueillis avant de reprendre leur quête de la princesse Célimène, laquelle leur causera bien des ennuis ! Je remercie le dessinateur pour son sens du mouvement et sa mise en scène énergique.

     

    dimanche 11 octobre 2026

    Les Chroniques de Yelgor : La Piste du Lancoeur (par Huba)

    Le mois d’octobre débarque avec son cortège de goules et de gobelins, mais comme j’achève le tome 2 des Chroniques de Yelgor, je vous propose une nouvelle scène de celui-ci. Celle-ci montre l’indécision de nos héros en exil, un thème qui me paraît à la mode en ce moment ! J’apprécie l’aspect très moyenâgeux que le talentueux Huba a conféré au Dauphin. Cette illustration réunit aussi Heldar d’Avon, le vieux paysan, et Tigrishka la fille adoptive d’Allytah. Ces personnages secondaires pèseront dans le récit et leur présence vous permet de constater le gros merdier qui se débat dans le monde de Yelgor, avec ses chevaux mécaniques, ces « furries » et autres émanations grotesques du cerveau décadent de l’auteur. Ce n’est qu’une illusion, voyez-vous. Je contrôle ce chaos et je vais vous expliquer ici comment… 


    « Pourquoi tu ne termineras jamais ton Loré ! »

    On sait que pour une bonne fantasy il faut un univers – enfin « un lore » selon la nouvelle nomenclature, que je renommerai « loré » par pure provocation mesquine – riche, avec des peuples, des religions, une géographie, une monnaie… Un monde secondaire comme l’appelait le vénérable J.R.R. Tolkien, qui en a bâti un si complet qu’en accomplir le tour relève d’une titanesque gageure. La Terre du Milieu ne compte pas que des langues, mais aussi des généalogies interminables, une histoire s’étendant sur des milliers d’années et une profondeur insoupçonnée dont le Seigneur des Anneaux et le Hobbit ne sont que la partie émergée. Seulement voilà : son loré n’a jamais été conçu pour arriver dans les mains des lecteurs lambda. Celui-ci ne consiste souvent qu’en notes contradictoires, en brouillons et en contes abandonnés. Certes, depuis son décès, il existe des publications de ses textes officieux, mais Tolkien écrivait d’abord pour son propre divertissement. Il avait un métier, une reconnaissance professionnelle et une position sociale qui lui procurait du temps pour que croisse son jardin imaginaire. 

    Le succès qu’il a rencontré – aussi mérité soit-il – a donné le « la » à une forme de fantasy que l’on a baptisée du sobriquet un peu infamant de BGF pour « Big Commercial Fantasy » et tous les thuriféraires de Tolkien se sont engouffrés dans cette voix, parfois par goût, souvent par pur mercantilisme. Ce qui caractérise cette mouvance : une importance absurde accordée aux détails du loré avec cartes, généalogies des rois et des innombrables divinités, langues, chronologie, etc., oubliant que la création de Tolkien tenait autant de l’exception que de la prouesse littéraire. Ce modèle et son impact culturel retentissants ont institué le loré en obsession dans le microcosme de la fantasy. Il devient la priorité et se transforme souvent en une course au perfectionnisme aigu au détriment de l’histoire ! Tous les petits rouages du monde doivent tourner les uns dans les autres à la perfection, comme une horloge suisse. Sauf qu'en tant qu’auteur débutant, vous êtes seul à la barre de ce drôle de navire et vous ne viendrez jamais à bout de cet océan. Je surlignerai cette évidence : le loré ne sert à rien si vos personnages ne le ressentent pas dans leur chair.

    Dans la grande famille des auteurs de fantasy ou de SF, avant que n’adviennent l’ère des sagas interminables, le loré relevait moins de l’obsession que de l’outil narratif. Je ne connais pas toute la littérature pulp, mais durant son moment de gloire, Robert E. Howard et H. P. Lovecraft, pour ne citer qu’eux, ont abordé le problème d’une manière plus féconde et surtout moins castratrice. Si R. E. Howard a bien construit un monde avec son « âge hyborien », celui-ci demeure « lacunaire » – mot employé ici sans aucune notion péjorative – ce qui lui permettait de suivre Conan le Cimmérien dans ses aventures en improvisant ses rencontres en fonction de ses besoins dramatiques. Il existe certes une ébauche encyclopédique de l’hyborie, avec une carte, mais à aucun moment ce document ne supporte la comparaison avec la création de Tolkien. 

    Cette différence s’explique par les conditions de production des deux hommes : Tolkien inventait son univers dans une optique de perfectionniste dilettante [1] là où Howard menait de front une carrière d’écrivain, ce qui le poussait à une efficacité immédiate pour payer son train de vie. Dans le cas d’Howard Philippe Lovecraft, la conception du loré devient encore plus abyssale. Bien que l’on parle plus d’un mélange d’horreur et de SF dans son cas, additionné d’une pointe de fantasy avec ses très « dusaniennes » Contrées du Rêve, Lovecraft n’a jamais effectué d’arbres phylogénétiques pour ses monstres indicibles et même ses Dieux aux noms gutturaux demeurent dans une nébuleuse interprétative. C’est parce que Lovecraft et Howard ont conservé des trous béants dans leur loré que ceux-ci ont donné un abri à l’imagination de milliers de lecteurs. Lovecraft a poussé la logique dans ses derniers retranchements en prêtant sa création à de nombreux correspondants pour qu’elle essaime autour de lui. [2]

    Ces deux exemples nous montrent qu’un loré, même incomplet, constitue un terrain fertile pour accueillir des histoires palpitantes.

    Abordons les terres du jeu de rôle, car celui-ci a contribué à cette obsession pour le loré [4] et accordez-moi une escale dans ce port pour souligner une évidence : vous n’êtes ni le Games Workshop de Warhammer ni la compagnie qui détient actuellement les droits d’AD&D, licence qui passe dans plus de mains qu’une prostituée du bois de Boulogne. Ces deux titans ludiques sont co-créés par de multiples employés et, afin de survivre économiquement, ces deux titres tissent du loré de manière industrielle. Second problème, le jeu de rôle constitue aussi un médium narratif avec ses spécificités propres : le loré doit procurer aux joueurs et au MJ de quoi déployer des aventures toujours mouvantes, ce qui comporte moult éléments à décrire : lieux, PNJ, cartes, monstres… En tant qu’écrivain ou scénariste isolé, vous ne possédez pas cette force de frappe colossale.

    J’en arrive à un autre point très important : l’hubris du démiurge ! Un piège satisfaisant pour n’importe qui. Vous inventez tout, vous êtes le Maître de la machine céleste ! Cela vient avec un prix qui se cache dans les détails : plus vous créez d’embranchements dans votre monde, plus vous le trouvez incomplet et plus vous remplissez un tonneau des danaïdes. Les généalogies se succèdent, puis les mythologies byzantines aux nombreux dieux, puis les différentes églises, puis les monnaies, puis, puis… Une spirale de fractales vous absorbe. En échangeant avec plusieurs personnes, je suis souvent tombé sur des artistes qui se perdaient dans ce cycle sans fin, car il vous procure la satisfaction d’avancer sur votre histoire, alors que vous n’en avez pas écrit une ligne. En revanche, vous montez une falaise de papiers qui s’écroulera sur vous. Souvenez-vous que le loré reste un travail « invisible » : une énorme part de celui-ci ne sera pas perceptible par les lecteurs. 

    Une autre forme de vice se dissimule dans cette pratique du « worldbuilding » intensif : la muséification ! Vous composez avec zèle un monde qui vous paraît si complet que vous vous retrouvez bloqué, incapable de le mettre en mouvement de crainte que les actions de vos personnages ne détricotent tout ce que vous avez échafaudé, quand leur rôle consiste justement à bousculer ce même monde. Ce défaut n’est pas réservé aux gens de plume : lors de parties de jeu de rôle, j’ai souvent vu des maîtres de jeu si obsédé par la cohérence du loré que les personnages-joueurs ne possèdent plus que des miettes de potentialités. La partie se résume alors à une ennuyeuse visite encyclopédique.

    La création de loré engendre la frustration assez particulière de ne pas « en savoir assez » et cela nourrit une forme de boulimie au cours de laquelle plus vous creusez et moins vous vous sentez prêt à passer le cap de la rédaction… À cela, j’ajouterai la présence de l’IA qui endossera le rôle d’une secrétaire très affable. Elle répondra à vos sollicitations avec une honnêteté toute mécanique et une obligation algorithmique à vous garder captif de sa compagnie. Vous produisez donc encore plus de détails, de manière industrielle et superfétatoire.

    À ce stade, le lecteur se demandera où je souhaite en venir ? 

    À ceci : la première et la plus importante question à se poser concernant votre loré est celle-ci : « est-ce que cela servira l’histoire que je veux écrire ? ». Il existe une règle du milieu littéraire qui dit : « tuez vos chéris ! (mais conservez les brouillons) ». Est-ce que la généalogie de la famille royale jusqu’à la soixante-deuxième arrière-grand-tante a un impact sur l’intrigue principale ? Non ? On s’en fout ! Est-ce que connaître toutes les monnaies de vos pays imaginaires, région par région, aura une importance sur le destin de vos héros ? Non ? Poubelle ! Si, dans votre page un de votre chapitre un, aucun de ses éléments n’apparaît et que vos protagonistes les ignorent, alors ils ne servent à rien. 

    J’exposerai ici une méthode, qui demeurera valable que pour ma pomme, mais je pense néanmoins nécessaire de l’approcher à ce stade, parce que vous pourriez croire que je critique une pratique qui possède par ailleurs un certain intérêt. Il se trouve qu’elle me fascine aussi, mais voilà, dans mes plus jeunes années, je lui ai alloué que trop de temps et j’ai vu moult créatifs sombrer dans ses sables mouvants. 

    Donc : 

    L’élément le plus important reste, à mon humble avis, que le monde conserve assez de plasticité pour accueillir les conséquences des actions de vos personnages. 

    À cette fin, la magie ou toute autre formes d’exotisme reposeront sur des prémisses très simples qui vous donneront assez de latitude pour improviser pendant votre premier jet sans menacer la cohérence générale. Considérez le loré comme une épice qui saupoudre le récit. Elle relève le plat, mais ce sont les protagonistes qui en constituent l’ingrédient principal. La société que vous organisez autour d’eux, la magie, les pays et tout le saint-frusquin n’existent qu’en tant que cadre à tout cela. J’irai même un peu plus loin en disant que si vous effacez le loré, l’évolution sentimentale et dramatique de vos personnages devrait rester cohérente. Quelques concepts simples, qui soutiennent votre proposition, vous aideront bien plus que la connaissance encyclopédique de votre univers. Ces concepts deviendront les piliers de votre création.

    Ceci posé, passons à ce que j’ai nommé de manière un peu pompeuse : la Coagulation. 

    J’emploie cette méthode autant dans Yelgor que dans les Aventures d’Ethel Arkady. Elle utilise les fameux piliers dont je parlais plus haut, mais elle leur adjoint d’autres éléments : 

    Une affirmation dans votre récit ne permet pas d’établir une loi de votre monde. Imaginons qu’un personnage X découvre dans un grimoire que les mages perdent leurs pouvoirs à quarante ans. Voilà quelque chose d’intéressant ! Cependant, vous ne savez pas encore si le pouvoir des magiciens possède une date de péremption. Votre personnage principal trouve certes cette information, mais peut-être est-elle erronée ? Induite par l’antagoniste ? À moins qu’elle ne soit placée là pour rassurer les quidams vis-à-vis des mages alors que ceux-ci savent très bien que leur maîtrise des arts occultes croit avec l’âge ? Autant de questions intéressantes que vous exploiterez en fonction de l’évolution de votre premier jet. Maintenant, imaginons que vous poursuivez cette palpitante histoire et que cette donnée se glisse dans un autre document, puis, parce que cela noyaute votre intrigue, le personnage X rencontre un mage qui a perdu ses pouvoirs après 40 ans. Avec ce détail final, vous avez « coagulé » votre monde, car le récit demandait une réponse. D’une affirmation fantaisiste dans la diégèse de la fiction, vous êtes parvenu à une loi et, du coup, vous avez apporté une pierre à votre loré. Dans ce monde-ci, les mages perdent pour certaines raisons – encore à découvrir – leurs pouvoirs après 40 ans. 

    La coagulation, vous l’avez observée, crée de manière organique une contrainte. Bien sûr, cela vous obligera à noter celle-ci dans un document idoine. Cette technique ne satisfait pas le désir d’exhaustivité, mais elle fabrique un loré efficace pendant le processus d’écriture tout en évitant de vous éparpiller dans une fractale sans fin. Cependant, en fonctionnant comme cela, vous ouvrez de nouvelles interrogations dont vous n’aurez jamais les réponses, ce qui ne cause aucun dommage à votre trame principale. Avons-nous toutes les réponses sur le monde de la réalité véritable qui nous entoure ? Non ! J’en déduis donc que votre monde secondaire vivra très bien avec des mystères.

    Je sais qu’en exposant cela, je tourne le dos au prérequis, souvent admis dans le joyeux milieu des amateurs de SFFF, qu’un loré cohérent constitue l’alpha et l’oméga d’un récit et ce d’autant plus qu’il court sur certains sites d’aide à l’écriture, ou même dans des vidéos d’analyses YouTubesques, mais cette autopsie constante et morbide du loré a déformé la vision générale que nous avons de cet élément et le moindre interstice devient une faille, une erreur de scénario, la preuve que l’auteur s’est trompé, en dépit du fait que rien n’assèche plus l’imagination qu’une intrigue sans mystère. Les trous dans la trame ne sont pas forcément péjoratifs et les œuvres qui conservent une pincée d’ésotérisme littéraire auront bien plus de charmes que celles qui s’étendent ad nauseam sur leur loré, lequel dissimule parfois une narration poussive. [3] 

    Cette volonté explicative possède quelque chose de scolaire et elle montre surtout une profonde méfiance envers l’intelligence des lecteurs. Pour parler franc : je me fais chier devant de tels objets culturels ! J’aime qu’une œuvre m’échappe, se torde entre mes doigts pour la bonne raison que je sais que j’y reviendrai un jour, de la même manière que je retourne souvent aux films de David Lynch ou de Satoshi Kon parce qu’ils gardent une part de mystère. Satoshi Kon affirmait d’ailleurs qu’il préférait les œuvres qui ne lui livrait toutes les clés de compréhension et sa filmographie est régie par cet axiome : tout est explicable… Jusqu’à un point de rupture dans la diégèse où le spectateur s’interroge sur ce qu’il a vu. Je pense que ce modèle, quoiqu’il faille composer avec les spécificités du médium, demeure applicable à la littérature.

    En conclusion : selon moi, un loré fonctionnel répond aux questions qui meuvent les personnages, mais il n’a pas à être exhaustif. Vous éprouverez moins de frustration à le cuisiner avec des piliers solides, une réserve de loré « liquide » et enfin des mystères. 

    Quelle que soit la méthode que vous choisissez pour votre histoire, il y a une seule vérité qui compte : vous n’achèverez jamais votre loré, et c’est très bien comme ça !

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    [1] – Point d’interprétation péjorative de ma part, je souligne juste une différence économique entre les deux écrivains.

    [2] – Pour le meilleur et parfois le pire ! Je ne reviendrai pas ici sur les calamiteuses réécritures howardienne de Sprague de Camp, qui a transformé Conan en une expression du surhomme américain en opposition totale avec la vision noire et nihiliste de Howard, ni sur les bricolages manichéens du corpus lovecraftien par August Derleth. Un fourvoiement qui sera bien sûr entériné avec le jeu de rôle l’Appel de Cthulhu et les innombrables thuriféraires de Lovecraft. (Jeu que j'aime par ailleurs, je vous rassure. J'ai commencé à découvrir le jeu de rôle avec ce titre.)

    [3] – Comme je l’entends, le mystère n’est pas de l’inconsistance, celle-ci tenant de la facilité d’écriture puisqu’elle se manifeste souvent contre les lois primordiales – les fameux piliers dont je parlais – qui régissent la diégèse. Des erreurs de ce type sont repérables dans le premier jet et s’incarnent par un excès de coïncidences, des pouvoirs aux effets aléatoires, des personnages affaiblis quand cela arrange l’auteur, etc.

    [4] – De même que dans le milieu du jeu vidéo, mais ne m’intéressant que très superficiellement à celui-ci, je me garde d’en discourir. 

    samedi 12 septembre 2026

    Les Chroniques de Yelgor : Allytah & Skadi Nédérada (by Murazaki Sora)

    Après la photo de groupe, concentrons-nous sur les deux sœurs qui traverseront la saga. Après une scission malheureuse avec un illustrateur que j’aimais bien, j’ai voulu reprendre leur design en m’aidant de l’aquarelle de Murazaki Sora qui a déjà œuvré sur Ethel Arkady et dont le style convient bien à l’exercice. Ces nouveaux dessins en couleur me plaisent beaucoup, même si l’artiste a atténué les cicatrices faciales de notre héroïne. C’est sa lecture et je la respecte, mais cela engendre un léger problème de continuité. Le résultat, cependant, ne démérite pas et ce point de détail demeure d’une importance mineure.

    Allytah & Skadi ont une histoire particulière : elles avaient été conçues bien avant que je sache comment leur apparence et leur caractère se manifesteraient dans la saga littéraire, car il existe un monde entre une table de jeu de rôle et les pages d’un roman. Elles se sont coagulées par couches successives : Influences graphiques, bricolages de lore, lubies esthétiques… Tout cela a fini par produire deux protagonistes qui ne ressemblent plus beaucoup à leurs premières incarnations.

    C’est d’ailleurs une des choses que j’aime dans la création : un personnage commence parfois comme une silhouette, un concept séduisant, puis il vous oblige à creuser, à vous interroger. Quelque part, je ne suis pas très éloigné de Robert E. Howard qui pensait que Conan le forçait à raconter son histoire. Certaines réponses étaient prévues depuis longtemps ; d’autres ont été inventées après coup pour expliquer pourquoi j’étais tombé sur une association d’idées saugrenues. Pour cet article, je détaillerai ma cuisine interne et dont  mes influences me nourrissent, mais je souligne que les ai reconstruite a posteriori : lorsque j’ai dû expliciter à Murazaki ce que j’avais en tête pour Allytah & Skadi, j’ai dû mettre des mots sur une image qui existait déjà dans mon esprit depuis des décennies. Voyons cela !

    Allytah a connu moult variations graphiques et son aspect ne s’est « coagulé » que récemment. À part les brûlures qui lui ont abîmé la partie gauche du visage, la plupart des éléments caractéristiques de son personnage étaient présents dès sa première apparition sous ma plume : le chapeau, le bras artificiel et son épée. Certains détails ont cependant fluctué, comme la longueur des cheveux, le masque, la couleur de sa peau. Je suis aussi passé d’une drow de l’univers AD&D à une noctule dans mon propre univers, plus proche d’un style « furry », bien que j’ai atténué celui-ci : Allytah est une hybride humaine-noctule. Cette ascendance a complexifié son histoire familiale et démontre sans recourir à une encyclopédie de lore que toutes les peuplades de Yelgor se mélangent bien avec l’homo sapiens. Pourquoi, comment ? Ce sera une des nombreuses questions qui sera élucidée dans la saga… Ou pas… Nous verrons. 

    Cette hybridation cache aussi un second choix esthétique un peu plus provocateur, je le confesse : étant donné qu’une partie de la culture pop actuelle tend à gommer le dimorphisme sexuel alors que je préfère au contraire qu’il ait droit de cité dans mes dessins, y compris en poussant les potards à fond. Pour moi, cela ne réduit pas un personnage à son apparence : Allytah peut être une guerrière mutilée, une hybride, une sœur, une combattante exceptionnelle tout en possédant une anatomie indiscutablement féminine. Je ne vois pas pourquoi ces propositions s’annuleraient. Et puis, l’art étant par essence affaire de « fait du Prince », pourquoi me priverais-je de ce choix ? Oui, Gernier est chiant : interdisez-lui un truc et il l’accomplira dans la seconde suivante.

    Comme j’ai établi que les noctules volent et ressemblent donc à des sarments, les imposants nichons d’Allytah nécessitaient une explication logique. Qu’à cela ne tienne : sa mère est tombée amoureuse d’un humain. Du coup, à l’inverse des autres noctules, Allytah est dotée d’une impressionnante constitution, mais elle ne possède pas d’ailes… 

    Tout comme Ethel Arkady, l’imaginaire d’Allytah plonge ses racines dans quelques œuvres qui m’ont marquées, telle La Femme Scorpion, que je vous recommande au passage si vous avez l’estomac accroché et que vous acceptez les changements de ton et de style dans le flux de la narration. Ses mutilations émulent le mythe du « guerrier handicapé » qui m’obsède depuis des lustres et particulièrement le film Samouraï sans Honneur d’Hideo Gosha, ainsi que le manga L’Habitant de l’Infini. Et concernant le nom, très voisin, de celui de Battle Angel Alita, le titre de Gunnm chez nos amis d’outre-Atlantique ? Mystère, je vous l’avoue. Parfois, un personnage apparaît dans ma tête avec son patronyme et je n’arrive pas à en changer. Je ne nierais pas que je l’ai dévoré, lu et relu les aventures cyberpunk de Gally pendant quelques décennies, cependant je n’ai jamais relié Allytah à cette œuvre. 

    Voici un croquis colorisé de l’ancienne Allytah, pour vous donner une idée.

    Passons à Skadi, alias la Comtesse, la redoutable sœur de notre héroïne. Son design ne m’appartenait pas à l’origine puisqu’elle a été créée par le joueur-MJ de notre très longue campagne. Dans le cadre de mon adaptation romanesque, j’ai dû fournir un travail de réappropriation. En tant qu’antagoniste, Skadi a été conçue à l’opposé de sa sœur, et son physique se devait de matérialiser cette différence. 


    Je me suis donc éloigné de son apparence dans AD&D telle que nous l’avons définie. Finie la drow et bonjour la noctule à l’aspect de furry badass. Maigre, capable de voler – ses ailes sont repliées dans ses avant-bras – vêtue de cuir façon Hellraiser et possédant une cape à col de revers rouge comme le Dracula de Christopher Lee, son design évoque l’autorité, l’assurance et une puissance sexuelle dominatrice. Son surnom de « Comtesse » ne provient pas de nulle part. Je cherchais cette imagerie au croisement de plusieurs influences horrifiques et son costume est inspiré par certaines tenues BDSM existantes que j’ai envoyées à Murazaki et le travail qu’elle a fourni se montre à la hauteur de ce que j’attendais. 

    Si Allytah refuse le pouvoir, Skadi le convoite. Elle apparaît au milieu du tome trois et elle met déjà en pièce mon plan narratif, conservant la caméra sur elle. Intelligente, machiavélique et excellente tacticienne, je ne résiste pas à l’envie de la regarder s’emparer du trône de Yelgor. Je n’en révélerai pas plus sur elle pour le moment, préférant que vous découvriez ses secrets dans le roman. Tout comme Allytah, elle se situe au croisement de plusieurs influences et je ne cacherai pas celles de Zatoichi pour sa cécité ainsi que celles du héros de Code Geass – un très bon anime de mecha, si vous aimez ce genre – pour son côté stratège et calculateur. 

    Dans l’univers de la fiction, les deux sœurs Nédérada sont reconnues pour leur maîtrise martiale exceptionnelle et elles savent toutes les deux qu’elles sont les seules à pouvoir se vaincre en duel singulier. Leurs cicatrices respectives proviennent de leurs affrontements successifs que je narrerai au compte-gouttes, soit dans la saga, soit dans les Contes de Yelgor.

    Voilà, j’espère que cette visite de mes cuisines conceptuelles vous aura plu. Il me reste encore d’autres illustrations à poster en ces lieux, d’autant que le tome 2 s’approche de la ligne d’arrivée et que le tome 3 voit son premier jet à deux doigts d’être achevé. Je rentrerai peut-être dans l’arène du dessin sur la suite des aventures d’Allytah, car ne plus tâter du pinceau me manque depuis des années, bien que mon style soit bien plus brouillon que celui de mes collaborateurs extérieurs.

    mardi 1 septembre 2026

    Les Chroniques de Yelgor : Le Bivouac (par Didier Normand)

    Nous sommes au mois de septembre et je suis toujours pris dans les Chroniques de Yelgor dont j’achève la rédaction du troisième volume. Je poursuivrai ensuite la mise en page du second qui démarre son cycle de bêta-lectures (au cas où : je recherche des bêta-lecteurs pour mes histoires) et il sera agrémenté des dernières illustrations. S’il me reste un peu de temps, je débuterai le plan du quatrième volume qui s'est déjà bien éloigné de ce que je pensai écrire en premier lieu.

    Pour cette nouvelle incursion dans mon monde déglingué, je vous présente un nouveau venu, le talentueux Didier Normand. 

    Son trait très frazettien épouse à la perfection à mon univers de fantasy, aussi brutal qu’étrange. Je l’ai découvert par hasard, car ses dessins ont circulé sur mon mur de Fesses-de-Bouc puisqu’il travaille pour certaines maisons d’édition de SFFF et quelques groupes de metal. Un homme de goût, assurément ! Me trouvant alors en deuil d’une précédente collaboration, je lui ai envoyé un mail de contact. Je m’attendais comme pour pas mal d’autre sollicitation à une fin de non-recevoir. Je classe maintenant ces très agaçantes choses dans la pile des « on oublie », mais Didier ne m’a pas laissé en plan et m’a répondu dans une missive aimable en moins d’une semaine. 

    J’ai commencé par lui demander une couverture pour une nouvelle que je réécrirai dans quelque temps. J’ai perdu le script original et la première illustration dans un crash système assez désagréable. Je doutais que Didier se prêtât à l’exercice pour un particulier, mais à ma grande surprise, il a accepté ! Je lui suis reconnaissant, car je n’ai pas la chance de collaborer avec un tel talent autodidacte tous les jours. Je vous proposerai bien sûr la superbe peinture à l’huile qui en est résultée, dans un autre article.

    Ce nouveau dessin réunit les « Héros de la Prophétie » autour d’un bivouac lors d’une séquence en flash-back. Cette illustration constitue presque une image d’Épinal d’une équipe de jeu de rôle et cela me rappelle que ce récit reprend et adapte une vieille et longue campagne d’AD&D. De manière assez inhabituelle chez moi, j’ai demandé à Didier d’insérer des clins d’œil aux anciens joueurs de cette partie. Ils m’ont accompagné pendant toutes ces années sur les sentiers de l’imaginaire et je souhaitais leur rendre un discret hommage. 

    J’ignore s’ils se reconnaîtront si jamais ils tombent par hasard sur celle-ci, j’aime à penser que oui. Cette image constitue presque une capsule temporelle en ce qui me concerne. Elle me rappelle aussi que cet imaginaire que nous avons partagé se matérialise dans la réalité, ne serait-ce que sous la forme un peu dérisoire du dessin que je vous propose. 

    Et rien que ça, c’est beau !


     

    dimanche 9 août 2026

    Eve Kellermann : La Louve de l'Autoroute

    Après un bon gros craquage de slip dans mon emploi civil, j’ai réussi à reprendre les pinceaux… J’avais l’intention de soulager un peu mon esprit de quelques visions. Je suis toujours attaché à la technique du lavis et de l’écoline rouge que j’explore depuis un moment. Elle allie souplesse et rapidité avec une pointe d’accident qui rend le dessin vivant. 

    Quant au sujet, il est lié à quelques récentes mauvaises expériences de jeu de rôle que j’ai enchaînées coup sur coup. Le loisir reposant sur des interactions humaines, quand certains gougnafiers décident de vous gâcher une ou plusieurs sessions chèrement arrachées à un agenda plein comme un œuf, cela vire très vite à la séance de roulette chez le dentiste. En sus, vous n’avez même pas la possibilité d’assister à la fin du récit, ce qui aggrave le mécontentement ressenti, d’autant que mon plaisir, en plus de construire une histoire à plusieurs, consiste à explorer toutes leurs potentialités dramaturgiques. 

    Ces mésaventures ayant tout de même duré quelques mois, j’ai accumulé pas mal de frustration créative, ce qui a fini par entraîner la continuation des aventures d'Eve Kellermann dont la voix a grossi comme une énorme tumeur 
    dans un coin de ma cervelle.

    J’ai donc oublié son origine ludique – pour autant, j’aimerais toujours lui trouver une table accueillante – pour la redessiner dans une version plus vieille, ce qui a abouti à ce résultat. Pour mal faire, j’ai ouvert une nouvelle histoire – pauvre de moi – qui la met en scène. Je ne sais pas encore ce que donnera ce chaos créatif total, mais je m’amuse bien en explorant un genre que je n’ai pas abordé dans mes autres récits, bien que je l’apprécie : le « Road Movie ». Après le « Redneck Movie », je reste cohérent dans mes inspirations cinématographiques.


    Ce nouvel article me permet de vous signaler que les Aventures d’Ethel Arkady en comics continuent de paraître dans le fanzine OMB, dont le cinquième numéro est disponible… depuis quelque temps. J’y suis accompagné par les bandes dessinées absurdes d’ExpExp, mon vieux complice et de quelques autres personnes. C’est toujours un plaisir de participer à ce genre de publications.
     

     Un peu de musique pour se mettre dans l'esprit : 


    lundi 6 juillet 2026

    Les Aventures d'Ethel Arkady : Arkady contre les Vampires !

    Après avoir connu un soleil de plomb, voici que nous avons eu quelques jours de répit, ce qui me permet de vous présenter un dessinateur, Zuleta avec lequel je produirai, si tout va bien, un nouveau comics Arkady ainsi que quelques illustrations. Notre rencontre fut marquée par des événements à la fois cocasses et bien embêtants. 

    Suite à un concours de circonstances assez ubuesque, il a réalisé non pas une image, mais une page de BD mettant en scène Ethel Arkady et c’est évident : nous parlons la même langue artistique. Comme il habite dans mon coin, nous essayons de nous voir et après une nouvelle série de hiatus abracadabrantesques, les étoiles s’alignent enfin. 

    J’espère donc que Zuleta restera quelque temps dans mes univers ! En attendant la suite des événements, voici la fameuse planche dont la qualité et l’énergie m’esbaudissent. Tout le personnage de ma féline favorite s’y trouve. Elle ne correspond à aucune histoire en particulier, j’ai laissé les rênes de la fiction, mais j’aime beaucoup le résultat !


     

    dimanche 14 juin 2026

    Les Aventures d'Ethel Arkady : La Chauve-Souris d'Or (by K-Zlovetch)

    Et nous voilà en juin… 

    J’avais conservé une illustration pour ce mois-ci, puisque je me suis engagé dans un récit bien pulp avec une Ethel Arkady impliquée dans une intrigue que n’aurait pas reniée Indiana Jones lui-même. À travers cette nouvelle histoire, je rends hommage à cette trilogie de films que j’adore, l’ayant prise de plein fouet dans mon enfance. Le mélange de folie pimentée d’une esthétique western-spaghetti a pas mal construit mon imaginaire, sans parler d’un de mes premiers contacts avec le gore avec les têtes de nazis explosées, les cœurs arrachés et le vieillissement express ! Tout pour me plaire. Même s’il m’est arrivé de snober un temps la saga, j’y suis revenu depuis, l’appréciant d’autant mieux que je comprends ses mécanismes et la précision diabolique du découpage de Steven Spielberg.

    J’ai donc repris les éléments principaux avec un supplément d’horreur pour faire bonne mesure, puisque j’ai déplacé le théâtre des opérations dans le monde d’Arkady dans lequel les secrets enfouis ressurgissent toujours pour répandre la mort et la désolation autour d’eux. 

    Ethel Arkady est tirée des rêves brumeux de l’opium par une nouvelle venue dans ma galerie de femmes fatales : Gertrude Bell, une authentique archéologue, espionne et intrigante pour l’Empire britannique au Moyen-Orient. Un autre personnage « bigger than life » dont je m’étonne qu’elle n’ait jamais été utilisée dans des histoires fantastiques, excepté un biopic que je n’ai pas encore vu. Elles parcourront une partie du Moyen-Orient à la recherche de la fameuse « Chauve-Souris d’Or », laquelle contient des révélations choquantes sur les religions abrahamiques tout en étant poursuivies dans leur quête par des militaires français, une secte et une tribu de bubastis du désert. Vaste programme !

    K-Zlovetch, dont j’apprécie le style, m’a déjà honoré d’une illustration Arkadienne et je lui ai demandé pour l’occasion de créer un instantané « cinématographique » de cette épopée, car elle maîtrise cette forme particulière qui joue avec les tropes du genre. Je souhaitais appliquer ce traitement à Arkady, toutes mes histoires m’apparaissant avant de poser la première ligne comme des films mentaux. Le lion qui s’oppose à la féline dans ce temple s’appelle Vérion et constitue un autre clin d’œil à la saga littéraire de mon amie Tom Larret à qui j’ai emprunté ce personnage de manière taquine. 

    J’espère que le résultat final se hissera à la hauteur de ce que cette bande-annonce graphique promet. En tout cas, je m’amuse beaucoup à l’écrire, ce qui est plutôt bon signe. Certes, ce n’est pas ma veine habituelle, qui inclut souvent une critique acerbe du monde actuel, et je reste ici dans un cadre beaucoup plus décomplexé quant à l’action – une course-poursuite et une grosse scène de bataille dans un caravansérail dès l’introduction quand même –, mais j’éprouvais le besoin de concevoir quelque chose d’un peu plus premier degré. Ceci étant, cela ne m’empêche pas de le réaliser avec le même soin que mes autres romans et de nombreuses lignes scénaristiques seront reliées à cet épisode… 

    J’espère que cela vous amusera autant que je me suis régalé à voir la réalisation de cette image !


     

    lundi 25 mai 2026

    Les Aventures d'Ethel Arkady : Pornopolis tome 1 : Prisonnière !

    J’ai pris un peu de retard dans mes publications mensuelles, car entre le boulot qui devient chronophage et une accumulation de fatigue autant physique que psychique, une certaine négligence s’est installée dans cet endroit. 

    Mes récits ont poursuivi leur chemin, malgré les avanies que la société ne cesse de me balancer à la tronche, dont la sortie de la première partie de Pornopolis, que je polis depuis un peu plus d’une décennie. Grâce aux différentes illustrations d’artistes qui m’ont accompagné dans cette folie, cet ouvrage reste l’un de ceux dont je suis le plus fière. Un écrin stylistique et graphique pour un genre honni que j’ai pris à bras le corps ! Je n’aurais pas fini ce premier roman d’une série de trois sans l’extraordinaire couverture d’Horlod, dont le trait convient à merveille à mes écrits, et je suis honoré qu’il ait accepté de voyager dans mon univers une nouvelle fois. 

    Je précise toutefois que, comme une majorité de mes récits — et celui-ci plus encore — l’ouvrage s’adresse à un public mature et averti. 

    Cliquez sur l'image pour acheter le livre !


    Extrait : 

     « Non ! La bubastis était ignorante de ces absurdités ! Au contraire, elle accompagnait ses caresses de frémissements, de halètements, s’enfonçant dans les profondeurs de ses terminaisons nerveuses, sans aucune arrière-pensée parasite. Elle vivait, insouciante, refusant de juger ses instincts et ses appétits monstrueux à l’aune des valeurs castratrices qui pesaient de tout leur poids sur les hommes. »


    vendredi 1 mai 2026

    Festival Fantastique et Dessins

    Comme l’année dernière, j’ai passé une partie de mon mois d’avril au BIFFF (Brussels Festival of Fantastique and Fantasy Films) pour vendre mes romans, grâce à la complicité de la librairie The Skull que je fréquente depuis… des décennies et à qui je dois un certain encombrement de mes étagères ! Une année qui s'avéra moins bonne que les autres au niveau des recettes et au terme de laquelle j’ai chopé la trachéite du siècle ! J’ai écopé d’une semaine sous antibiotique pour laquelle je remercie la ventilation pourrie du Heysel. 

    Néanmoins, je souligne que cet inconfort demeure très marginal en regard du fait… que j’aime ce festival ! Je me sens presque chez moi dans ses allées et j’adore retrouver les gens qui le composent. Si je n’ai pas atteint le nombre de ventes de l’année dernière et je ne suis pas le seul – le nouveau gouvernement belge a sabré comme un porc dans les budgets de la culture, on se demanderait presque si celle-ci, sous sa forme la plus débridée, ne constitue point une cible idéale pour les politiciens qui souhaitent des individus formatés, mais je vire au complotiste, là –, je suis tout de même parti avec d’excellentes rencontres et des étoiles dans les yeux et quelques Blu-ray en plus sur des étagères déjà en état d’obésité morbide.

    J’aime être exposant pour le festival, car cela me laisse un peu le temps de dessiner, ce qui mine de rien ne m’arrive plus si souvent. J’ai achevé deux images assez complexes pendant ce laps de temps, sans parler des dédicaces que j’ai réalisées pour ceux qui ont été tentés par mes histoires. Du coup, je reprends ma technique aux couleurs de l’événement pour ces compositions, c’est-à-dire noir et blanc additionné d’un peu d’écoline rouge. J’ajoute quelques projections à l’aide d’une brosse à dents que je maîtrise de mieux en mieux.


    La première illustration représente « Grinder », l’alter ego lycanthrope d’Eve Kellermann que j’ai situé dans une église. J’ignore encore comment utiliser ce personnage, mais j’aimerais le développer ailleurs que dans le jeu de rôle d’où elle vient. Son existence constitue une sorte de retour en arrière pour moi puisque ma première héroïne était aussi une louve-garou du nom d’Eve, que j’ai dessiné pendant longtemps, et même si les romans possèdent cette naïveté digne du débutant et que je ne les ai jamais retravaillés depuis. Je pense que cette seconde version sera appelée à devenir un personnage prolo à la Jack Burton (dans les Griffes du Mandarin), un de mes films de chevet, par ailleurs. Pour la thématique, je suis parti sur des questions de justice, de vigilantisme, ce que je n’ai pas encore exploré. Bien sûr, elle évoluera dans l’univers d’Ethel Arkady, mais ça sera une autre branche, parallèle au récit principal, mais qui le croisera de temps à autre.

    La seconde constitue une dédicace géante pour une personne qui m’a pris l’intégrale de la saga Arkady et celle des Chroniques de Yelgor dans la foulée, je me suis dépassé et j’ai confronté son avatar de jeu de rôle à une Akemi Himiko déchaînée. Petite différence avec l’année dernière : je n’avais pas le papier idoine et celui-ci buvait l’encre de chine comme un alcoolique après une année de sevrage ! J’ai donc abandonné mes velléités de dégradés et je me suis acharné, malgré mon erreur de base, pour explorer les effets graphiques inédits obtenus par ce contre-emploi du papier. 
     
     
    En ce qui concerne les films, j’en ai vu plus cette année et j’avoue que la sélection possédait plus d’intérêt que l’année précédente ou rien ne m’attirait. Mention spéciale pour Gaua qui revient sur les histoires de sorcellerie dans le Pays basque, avec un réalisateur très rock’n roll. Film parfait pour le festival celui-ci amalgame les visions empruntées à Bosch, Goya, Félicien Rops et quelques autres artistes fantastiques. Avec sa photographie renvoyant autant aux BD qu’aux livres de conte, sa cruauté et ses tableaux délirants et je pense que je le chercherai dès qu’il sortira en support physique pour en profiter à nouveau. Cela montre la vitalité du cinéma espagnol, même si celui-ci n’est pas très bien distribué en France et en Belgique alors que ce sont nos voisins directs.
     
    Pour l'affiche, je n'ai pas trouvé de meilleur définition...

     
    Dans le genre, Never After Dark m’a pas mal impressionné les rétines aussi, en prenant la direction du Kaidan ega pour basculer sur quelque chose de plus sadique et cynique, d’ailleurs pas mal influencé par les chutes grinçantes des histoires de Creepy ou des Contes de la Crypte. Le fait que le film soit basé sur l’ambiance ne l’a pas aidé face au public du festival, mais c’est une variation intéressante sur le thème de la maison hantée et du spiritisme à la sauce japonaise avec tout de même pas mal de séquences assez douloureuses et une introduction de gore décomplexé, plutôt rare dans ce type de récit, ce qui transforme cette pellicule quelque chose d’assez différent de ce qui a été accompli jusqu’à maintenant.

    dimanche 22 mars 2026

    Les Aventures d'Ethel Arkady : Pornopolis tome 1 : Prisonnière - Couverture (par Horlod)

    Après bien des avanies, je boucle enfin le premier tome de ce qui demeure, avec Adélaïde, une de mes plus grosses sagas à ce jour : Pornopolis. Cette histoire est née de ma volonté de composer le roman pornographique ultime. 

    Alors, je n’atteins sûrement pas le quart de ce que je prévoyais, mais je pense que j’ai réalisé quelque chose qui possède une certaine vision du genre, en m’inspirant d’auteurs qui l’ont travaillé dans le but de commenter notre humanité. Obsédé par l’importance du corps dans nos vies, et celui-ci étant souvent utilisé dans la fiction comme un vaisseau pour la narration, j’ai voulu le remettre au centre des préoccupations littéraires. Quoi de mieux pour cela que l’érotisme et la pornographie pour traiter de cette question ô combien intéressante, mais que notre époque pudibonde rejette avec force ?

    Ce roman revient de très loin, puisqu’il a d’abord été pensé comme un scénario de BD – estimant que le genre m’offrait plus de liberté de publication potentielle – et sur les conseils de différentes personnes, il a été continuellement remanié entre 2009 et 2012, avant que cette déclinaison ne soit morte et enterrée. Je l’ai ensuite repris sous une forme littéraire, sentant dans l’histoire quelque chose qui m’attirait. De la version BD, il reste quelques pages, des recherches graphiques et au moins deux tomes achevés. Outre ce travail, j’ai aussi accompli une longue session de lectures thématiques qui s’est étalée sur une bonne décennie. Je ne prétends pas avoir la science infuse ni la vérité à ce sujet, mais disons que ces années de réflexion m’ont servi à étoffer le roman de séquences auxquelles je n’aurais pas pensé autrefois.

    Tout cela pour en revenir à mes patronages qui auront chacun apporté une pièce stylistique à mon histoire. D’Alan Moore j’ai récupéré le mariage de l’ésotérisme et de la sexualité ; de J.G.Ballard et plus particulièrement la Trilogie du Béton, j'ai conservé les noces entre la technologie la plus froide et la sensualité ; du Marquis de Sade un goût pour la cruauté, mais également la question complexe de la domination (auquel j’ai adjoint les réflexions d’Étienne de la Boétie sur la servitude volontaire, les deux fonctionnant, à mon humble avis, comme un diptyque sur le même thème) et mon tour d’horizon seraient incomplets sans citer le comics Omaha the Cat Dancer de Reed Waller et Kate Worley dans lequel toutes les scènes érotiques se trouvent justifiées par l’état psychologique des personnages. Je mentionnerai aussi les œuvres sadomasochistes de Pichard sur la religion, bien qu’elles soient intervenues plus tardivement dans ma galaxie d’influences. Néanmoins, elles portent des interrogations qui hantent mon écriture, avec une approche similaire, empreinte de méchanceté et d'humour noir.

    Je me suis lancé dans cette aventure sans penser une seule seconde qu’elle me prendrait autant de temps, bien que je n’ai point rédigé Pornopolis en continu. De plus, cette histoire ayant été réfléchie de manière graphique, j’ai conservé cette connivence entre le dessin et l’érotisme, après tout, celui-ci possède toujours, à mon sens, une certaine sensualité. Les couleurs, le trait, tout cela procède de quelque chose d'émoustillant, quand on y songe . La rencontre avec quelques illustrateurs de talents a donné corps à l’œuvre finale. Je ne cache cependant pas que cet aspect a ralenti la naissance du texte, puisque chaque chapitre demande le double de temps pour être achevé.

    Ce qui m’amène enfin à la conclusion de tout cela : la magnifique couverture d’Horlod pour le roman. Je ne lui ai donné que deux indications : les couleurs et le thème de l’emprisonnement. Pour la palette, qui caractérise toutes les histoires à tonalité érotique, je me suis tourné vers From Beyond de Stuart Gordon, adaptation très, très libre de la nouvelle « De l’Au-delà ». Le directeur de la photographie Mac Ahlberg a décliné pour l'occasion une symphonie de magenta, rose, violet… Une esthétique qui agresse les yeux, mais qu’une partie de mon esprit a associée à une connotation sexuelle. Un virage, car même si les créatures lovecraftiennes semblent a priori éloignées de ces considérations esthétiques, elles constituent un élément clé de l’intrigue – et vous les retrouvez dans la composition d’Horlod.

    Pour toutes ces raisons, je suis plus qu’heureux de vous présenter cette magnifique illustration qui conclue en beauté dix-sept ans d’écriture et de dessin… 

    Plus que deux autres romans à achever. J’espère mettre moins de temps !






    mercredi 11 mars 2026

    Les Aventures d'Ethel Arkady : Un Dîner en Ville

    Nous sommes au mois de mars et alors que 2026 a bien entamé sa pente vers l’horreur, je continue mon programme de publication, parce que la fin du monde ne m’a jamais empêché d’écrire. J’avais montré précédemment la très belle couverture de Huba pour les aventures d’Ethel Arkady, voici donc celle que j’ai réalisée pour l’occasion. 

    Aujourd’hui, je vous présente la mise en page d’Un Dîner en Ville, un court récit des Aventures d’Ethel Arkady où une simple négociation mondaine tournera au duel psychologique mortel.

    Vous noterez que la police de titre est la même que celle de la BD, ce qui relève d’une direction artistique logique puisque cette histoire se place dans la filiation directe de la saga très particulière de Pornopolis. La palette, avec les nuances de pourpre, de magenta et de violet, que j’ai imposées aux illustrateurs qui ont travaillé sur cette saga, a été pensée pour créer une forme d’homogénéité. Ce trio de couleurs symbolise le sexe et le musc et je l’ai donc exploité dans tout ce qui se rapporte de près ou de loin à l’érotisme. Je me suis beaucoup inspiré du film From Beyond de Stuart Gordon et en particulier de la photographie saturée de Mac Ahlberg qui m’a marqué au fer rouge. J’ignore si ce choix m’est personnel, ou si l’œuvre de Stuart Gordon vue durant mon adolescence, m’a tellement impressionné que j’ai associé ces couleurs à tout ce qui concerne la pulsion libidineuse, mais cela m’apparaît comme une évidence.

    Pornopolis demeure une énorme parenthèse dans les Aventures d’Ethel Arkady – avec Adélaïde –, ce qui me met d’ailleurs en face d’un de mes plus gros problèmes : j’allonge la sauce quand une histoire m’emmène dans des thématiques si nombreuses qu’il ne me reste d’autre solution que de partir dans un mode exploratoire.

    Heureusement, Un Dîner en Ville appartient à la catégorie des courts récits, circonscrits à un instant dans la vie de mon héroïne. Je souhaitais montrer la complicité entre Ethel Arkady et la sémillante Akemi Himiko, aussi quoi de mieux qu’une négociation mondaine, pleine de dangers invisibles, pour tester leurs liens dans les flammes de l’enfer ? Avec sa forme en huis clos, ce récit me restreint à une efficacité et à une économie de moyens qui me reposent entre deux monstres littéraires. Un second avantage à cette brièveté se trouve dans la faible durée de rédaction et de polissage, du premier jet à la publication, il ne s’écoule guère qu’un ou deux ans, là où d’autres histoires m’en demandent plus du double.

    J’espère que cette histoire, riche en rebondissements, vous plaira. Elle ne s’adresse pas à des lecteurs prudes ou qui flancheront suite à des vapeurs à cause de scènes extrêmes, que ce soit dans le sexe ou l’horreur graphique – je m’en donne à cœur joie dans les deux – mais pour peu que ce soit votre came, je pense que vous vous en délecterez.

    Ce genre de format me plaît d’autant plus qu’il rappelle à mon bon souvenir le temps béni de la collection Gore chez les défuntes éditions Fleuve Noir. J’assume cette glorieuse filiation avec aplomb, que ce soit dans l’humour noir, la présence de séquences bien crades et d’autres qui sentent les aisselles, le sperme et la cyprine, mais le tout avec une certaine recherche littéraire. De quoi vous mettre l’eau à la bouche avant le plat de résistance.

    Quant au premier volume de Pornopolis, j’ai de bons espoirs de le sortir avant le Festival Fantastique de Bruxelles où je serai exposant, pour ceux qui souhaitent me dire bonjour… 

    Comme d’habitude, l’ouvrage est disponible au format papier ou Kindle, mais j’avoue que je suis un inconditionnel du format physique et il est surtout pensé pour celui-là.


    Extrait : 
    « Arkady, qui percevait l’ironie mordante avec laquelle Himiko cinglait son public, n’existait plus que comme un tronc dont la tête, ceinturée par un filin, contemplait sa vulnérabilité absolue. Ses mains, ramenées en arrière, ne lui servaient plus à rien, et l’angle de pliure suggérait même qu’elles avaient disparu, ne lui laissant que des épaules pour toutes articulations.  »


    dimanche 1 février 2026

    Les Aventures d'Ethel Arkady : Un Dîner en Ville - Couverture

    Alors que nous avons atteint la fin de l’hiver, certaines choses se dégèlent de mon côté. J’en avais déjà causé dans mes éphémérides, mais j’achève plusieurs histoires de longue haleine, dont certaines m’ont accompagné pendant des décennies. Le « Dîner en Ville » arrive à la conclusion de sa mise en page après une bataille épique avec le logiciel de la plateforme TheBookEdition ! Il ne me reste plus que quelques corrections d’ordre esthétique à opérer sur la couverture avant que celle-ci ne se trouve enfin à disposition de vos mirettes. 

    Les histoires longues envahissent la mémoire, se métamorphosent souvent en marathon interminable dans lequel les meilleurs d’entre les meilleurs se perdent, avoir quelques nouvelles ou des récits courts sur les côtés pour se reposer le cerveau relève de la nécessité. Cela assouplit l’esprit avant de passer à quelque chose de plus velu. Dans cette histoire je pousse la symbolique de la dévoration, sexuelle, alimentaire et psychique dans ses derniers retranchements et cela m’a donné l’occasion de jouer avec le duo Akemi Himiko et Ethel Arkady. J’espère que vous apprécierez ce roman. De mon côté, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à l’écrire, bien que son style et ses thématiques le réservent à un public plus qu’averti ! 

    Et pour les nouveaux venus, il n’existe pas de sentier clair dans le monde d’Arkady, si vous  choisissez ce « diner », vous aurez une histoire complète, cependant sachez que les autres titres s’agrègent en un univers complexe.

    J’ai demandé à Huba une illustration qui reprenne les principes que j’avais déjà établis pour la BD Pornopolis, notamment dans les tons, mais aussi dans la manière qui est maintenant la mienne de penser ma charte graphique pour le corpus Arkadien, exception faite des Chroniques de Yelgor qui en sont séparées. Le sorcier qui ricane dans le quatrième de couverture ne ressemble pas à son incarnation romanesque, mais il constitue un clin d’œil dont je vous laisse, le cas échéant, trouver la référence ! En ce qui concerne Akemi Himiko, elle dérive un peu de son design original, non à cause de Huba qui s’est approprié l’univers de la féline, mais parce que je ne suis pas intervenu à temps pour solliciter des corrections. 

    Mon travail civil ayant pris la meilleure part de moi-même, j’avoue avoir vécu la fin de l’année dans une camisole de fatigue, j’ai nagé la brasse dans une purée de pois et du coup, mon personnage en a pâti. Néanmoins, et malgré ce problème de continuité, j’apprécie ce dessin qui exprime la teneur de l’histoire tout en accomplissant l’exploit de rester à peu près chaste en dépit du sujet, ce qui constitue un exercice d’équilibriste graphique admirable.

     



     

    samedi 3 janvier 2026

    Ephémérides 2025 - 2026 : Année de sortie !

    On commence avec une nouvelle Ethel Arkady pour l’année 2026, de la main de Murazaki Sora, une excellente aquarelliste ! Cette version plus « présentable » me servira pour mes communications commerciales, même si je ne sais pas pourquoi Murazaki l’a doté d’une poitrine… opulente, je ne lui avais pas demandé !

    Il y a des éphémérides qui plus difficiles à écrire que d’autres. Mine de rien, cela fait plus de dix ans que j’anime ce blog, parfois avec de la fatigue, parfois avec un enthousiasme renouvelé, et ce, même si le format est devenu ringard dans le monde actuel. C’est mon coin de web – dont je ne suis qu’un locataire parmi d’autre, ce dont j’ai conscience – mais cela me plaît d’envoyer des lettres en bouteille dans l’océan de données. Alors, que dire de l’année écoulée ?

    Avatar de collaboration : 
    La fin d’une collaboration qui me tenait à cœur m’a atteint plus que je ne le pensai. Je sais que ça surprend, mais le Gernier est un animal très sentimental ! Je suis quelqu’un qui aime la coopération créative, un reste de ma période de cameraman-monteur. J’apprécie l’émulation que cela entraîne. D’aucuns avanceraient que cela flatte aussi l’ego d’un écrivain raté, ce que je comprends, et j’obtempère à cette assertion, je ne le cacherais point : je ne suis pas un hypocrite. Cependant, c’est toujours un honneur et un plaisir de trouver une personne avec laquelle cette confluence magique éclot.

    De 2021 à 2025, j’ai vécu au rythme des dessins de mon complice dans le crime. Cela entrait dans une logique d’affinité : nous sommes sorti du même bain contre-culturel, à deux-trois poils de cul près. Je reste son humble débiteur pour tout ce qu’il m’a apporté que ce soit personnellement, un dessin ayant réussi à me tirer d’une profonde rechute dépressive, ou professionnellement. Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin, mais celle-ci s’avéra dure à encaisser. Je savais que nos chemins se sépareraient, il travaille à ses projets, moi aux miens. Cette entente entre gentlemen est née dans un contexte bien définie, mais elle l’a dépassé avec le temps. La cessation brutale de cette association m’a déprimé. Un échange aussi long laisse des traces dans la tête, l’art rapproche les esprits et donc prête le flanc à de l’attachement. Le côté contractuel « client – et – artisan » devient plus flou, les frontières avec l’amitié plus poreuse.

    J’aimerais ajouter que ce questionnement ne concerne pas mes autres collaborations avec des artistes dont j’apprécie le style et qui me suivent dans mes aventures depuis un moment. Certaines sont de vieux complices comme ExpExp que je remercie pour sa fidélité ; d’autres sont des revenants dans mes univers, tel Horlod qui a déjà accompli un chouette boulot sur mes personnages et avec qui je partage un certain esprit pour la série B déjantée ; auquel s’adjoignent des nouveaux venus à l’instar de Huba qui a conçu la spectaculaire couverture pour mon prochain roman à sortir ; de K-Zlovetch qui a accepté de poursuivre ses incursions dans les histoires d’Arkady, en plus de ses propres créations que je vous invite à explorer. Tout cela est bon, mais il me reste une amertume pesante sur l’estomac, d’autant plus que le motif de cette rupture de contrat, extérieur à notre travail commun, m’a semblé disproportionné au regard de l’investissement artistique et humain dans lequel nous nous sommes engagés. « Chat échaudé craint l’eau froide » comme le dit le proverbe, et depuis lors, j’avoue avoir mis un de la distance dans mes échanges avec les illustrateurs, j’incline moins au jeu et à la confiance qui aura marqué les années précédentes.

    Cela m’a aussi obligé à revoir ma stratégie, à ne plus rassembler tous mes œufs dans le même panier. Ce qui m’amène à un autre point qui a découlé du premier : sans mon ex-complice, je me suis tourné vers des personnes dont j’aimais le style. Pointilleux dans mon fonctionnement créatif, je sais ce que je cherche dans un trait, mais s’ils se trouvent de très bons dessinateurs sur le net, j’ai été trop souvent confronté à des délais très flous – ce qui n’est pas un problème, je comprends les contraintes quotidiennes, j’y suis moi-même assujetti – mais surtout à de l’absence de réponse. Le « ghosting » reste un élément de communication très frustrant. J’ai parfois attendu des mois sans aucun signe de vie, ce qui a eu pour effet de déstabiliser mon planning. Il m’est arrivé de payer deux à trois factures en même temps, autant dire que le portefeuille à manger sa race ! Donc, si vous lisez cela, et si je vous écris un jour, chers artistes : j’adore votre travail, il embellit mes jours et mes nuits, mais en cas de demande de collaboration, un « non » clair et précis sera bien plus apprécié qu’une non-réponse : je n’ai pas de temps à perdre et vous non plus. La sincérité demeure toujours l’alpha et l’oméga d’une relation saine, d’autant que je sais que mes histoires et mon style restent très particuliers, donc je ne m’offusque pas d’un refus.

    Jeu de Rôle & Loisir : 
    Petite parenthèse un peu moins déprimante, j’ai augmenté mes heures de loisir, malgré le fait que mon boulot alimentaire se démène pour les détruire. Je me perfectionne donc en tant que maître de jeu. Cela m’amuse beaucoup et m’a amené à explorer de nouveaux territoires dans mes créations, le jeu de rôle ayant cette qualité de l’improvisation immédiate, j’exploite des périodes qui n’apparaissent pas dans mes romans. Une de mes joueuses, qui a déjà démontré son talent dans les Chroniques de Yelgor, Nero, s’est fendue de deux portraits : son personnage – une espèce que nous avons construite pour l’occasion – et son antagoniste. Un geste qui m’a touché et que je partage ici. Quand je disais que l’art possédait une sorte de magie sur l’âme, je ne plaisantais pas. 


    Écriture : 
    Ce qui me donne une passerelle toute trouvée pour discourir de littérature et de ce que j’ai accompli cette année : 2026 verra peut-être une la sortie d’histoires en court depuis longtemps. 

    • Pornopolis : Prisonnière : le premier tome de ma trilogie de « PornoFantasy », appellation bancale faute de meilleurs termes pour la caractériser, se rapproche de la fin. Je terminerai ce premier tome dans le courant février. Il ne me restera plus qu’une couverture et je pense que je lancerai enfin sur les ondes ! Ce sera un petit événement pour moi, puisque j’ai commencé ce récit… en 2009 ! Il aura connu plusieurs versions, dont au moins deux scénarios sous forme de BD, avant d’être transformé en roman !
    • Un Dîner en Ville : ce court roman, qui s’insère entre le premier et le deuxième tome de Pornopolis, sortira dans les mois qui viennent. Comme d’habitude, il reste lisible séparément, mais il me permet de jouer un peu avec le thème de la nourriture et du sexe tout en liant cela avec un peu de sadomasochisme puisque j’explore la relation sulfureuse entre Arkady et la sémillante Himiko.
    • 100 Cercueils : mon récit pour adolescents, avec Arkady, approche de la fin pour le premier tome. À la base je n’avais prévu qu’un seul roman, mais je suis maudit au niveau de la longueur de mes histoires ! Je me suis retrouvé avec un volume qui atteint déjà les 500 pages, en cause la description du microcosme dans lequel se déroule les événements, ce qui semblerait superfétatoire, mais essayez de retirer les plans d’ensemble d’un film d’action et vous verrez que les scènes deviendront incompréhensibles. J’espère caser la suite et la fin de cette aventure en un seul tome… 
    • La Chauve-Souris d’Or : je l’ai allongé un chouïa, parce que la relation entre Ethel Arkady et Gertrude Bell m’appelait. Je réagis parfois à l’appel de mes personnages, ils ont presque une seconde vie dans ma tête et je ne deviens que leur humble scribe. Cette histoire me permet aussi de réaliser un récit pulp à la « Indiana Jones » à travers l’association improbable entre ces deux personnages que tout sépare. Poursuites endiablées dans le sable d’Irak, anciennes cités antiques englouties, réminiscences lovecraftiennes et duels dantesques seront chapeautés par un antagoniste retors et qui constitue mon hommage à ma chère Tom Larret !
    • Les Errantes : Dans le cadre des « Chroniques de Yelgor » j’ai enfin trouvé mes « prêtresses d’Ejulie », la déesse de l’amour de ce monde, et en tirant les fils de ma pensée, j’ai réussi à créer quelque chose qui me tenait à cœur depuis des années, quand ce n’est pas une deux décennies : un culte complexe relevant d’une spiritualité immanente et anarchiste. Elles me passionnent et j’ai prévu au moins trois histoires à leurs sujets, ainsi qu’un jeu de rôle, parce que la structure s’y prêtait bien. 
    • En parlant des « Chroniques de Yelgor » : comme je suis sortie du huis clos, je me suis retrouvée devant un problème de taille : tout un univers à forger pour suivre la fuite de mon groupe de survivants – dont les fameuses Errantes constituent une pièce importante – et il en est résulté un second tome très, très long. Trop long ! Je l’ai coupé en deux. Donc, le tome 2 : la Nuit de l’Exode est achevé et le tome 3 : La Nuit du Fer-Vivant, arrive à sa version finale du premier jet. Il ne me restera plus que les dessins à fournir pour le troisième et cinq chapitres à illustrer pour le deuxième. Peaufiner tout cela me demandera encore de la sueur, de l’angoisse, de l’argent et de la patience, mais je m’approche du but, et cela me rassérène un peu.
    • Trois Sculptures : Une expérimentation qui était appelée à disparaître dans les limbes de mes disques durs, mais voilà, la vie trouve toujours un chemin. Écrite après un voyage très éprouvant, elle mélange des obsessions morbides en même temps qu’une réflexion sur l’identité, ce qui constitue notre centre et comment celui-ci peut-être altéré par le corps. Hommage à Sade et à J.G.Ballard période Trilogie du Béton, c’est un de mes récits les plus sombre et cruel – c’est dire – toutefois empreint de moquerie et d’humour très, très, très noir !
    • Apprivoiser une Louve : Une autre histoire que je n’avais pas prévu de rédiger, qui dérive d’une partie de jeu de rôle, mais voilà, je suis tombé amoureux du personnage que j’ai construit et comme d’habitude, je n’ai pas résisté à l’envie de lui donner une voix. À la base, je souhaitais m’exercer à un genre que je n’ai jamais exploré : la romance ! Mais chassez le naturel… Si le premier quart du roman reste bon enfant, la seconde met le cap vers l’horreur pure et dure avec une séquence de torture dans laquelle je règle mes comptes avec le mot « bienveillant » qui me sort par les narines !


    Donc, voilà pour ces éphémérides ! Finalement, l’ensemble donne une sensation positive quand on regarde dans le rétroviseur, mais quelle année de douleurs en tout genre. Politiquement, j’ai déposé les armes depuis longtemps, l’actualité se transforme en une version gonzo de l’émission Groland et il devient difficile de découvrir une pépite intelligente dans la connerie qui nous entoure. Mais je m’accrocherai à l’art, c’est la seule bouée qui me reste.

    Une bonne année à tous, 
    À bientôt !